Chapitre 1 : Enfin libre
La prison d'Azkaban était connue au sein de la communauté sorcière de Grande-Bretagne comme le lieu le plus sordide, le plus déprimant, le plus sale… Beaucoup d'adjectifs pouvaient et étaient utilisés, bien qu'ils ne rendaient que très rarement justice à l'horreur que l'on éprouvait lorsque l'on se retrouvait bloqué sur cette île.
Oui, il y avait les Détraqueurs. Il y avait aussi du froid. De la saleté également, ainsi que des maladies et des individus peu recommandables. Mais surtout, pour les plus endurcis ou ceux qui avaient presque joyeusement succombé à la folie, il n'y avait rien à faire. Et Antonin Dolohov s'en rendait bien compte car il s'emmerdait.
Rien à faire de la journée à part écouter les gens se plaindre, gémir, pleurer, délirer, pleurer dans leur délire, rire en pleurant ou simplement délirer en riant, gloussant, ricanant. On s'en aperçoit quand on est encadré d'un côté par un sombre inconnu qui ne fait que geindre et de l'autre une détraquée extrêmement connue qui ne fait que glousser. Pourquoi ? Pourquoi parmi tous les détenus de cette putain de prison, fait-il fallu qu'on l'entrepose à côté d'une loque gémissante dont il ignorait le nom même après 14 ans de voisinage ?
En entendant un nouveau gloussement provenir de la cellule à sa gauche, Antonin se remémora tout à coup que le déchet qui occupait celle de droite était préférable à la folle de celle de gauche.
- Par Merlin, Bellatrix ! Essaie de la fermer un peu, espèce de dégénérée, se mit à beugler le russe.
Puis tout bas, il se mit à marmonner, comme il le faisait à son habitude, pour se donner quelque chose à faire autre que de compter pour la cent-soixante-treizième fois le nombre de briques qu'il pouvait voir ou que d'écouter ses voisins ; la première option était redondante et la seconde lui donnait envie de se tailler les veines dans un endroit où le moyen le plus sûr de réussir, c'était de les entamer avec les dents.
Il murmura donc. Le but était de faire des listes, des listes de tout et n'importe quoi, pourvu que la liste ait un sens et qu'elle puisse tenir assez longtemps pour l'occuper. Aujourd'hui, c'était les sorcières qu'il avait eu dans son lit. Il en était à la quarante-cinquième, Parme, une mignonne petite sang-mêlé qui s'était mise à hurler en découvrant le symbole sur son avant-bras gauche, lorsque le mur explosât.
Il mit un peu de temps à réaliser ce qui se passait. Heureusement, il n'avait pas vraiment été touché par l'explosion contrairement à la pathétique excuse d'un sorcier qui occupait la cellule voisine qui venait d'être réduit en charpie par les pierres délogées du mur. Par quel miracle ou par quelle sorcellerie il était demeuré intact, il n'en savait rien. Il s'en moquait aussi d'ailleurs. Bellatrix allait bien elle aussi. Elle allait même mieux que bien, elle riait toujours et avait l'air cinglée, agitant ses bras maigrichons devant l'ouverture béante qui avait été autrefois un mur de pierre. Désormais, le vent glacial et la pluie les giflaient tous les deux sans pitié et plusieurs sorciers luttaient contre les éléments pour approcher leurs balais de la tour de la prison.
- Il est revenu, dit Antonin dans un souffle. Le seigneur des Ténèbres…
Il aurait du s'en douter. Mais dans son état quasi permanent d'insensibilité sensorielle et émotionnelle, c'est à peine s'il avait remarqué les tiraillements que lui causait son tatouage. Ce fut l'immense tête de mort verte crachant un serpent qui lui fit réaliser ce qu'il était en train de se passer. La marque des Ténèbres, flottant fièrement dans le ciel, provoquait des cris hystériques de la part de la seule codétenue qui lui restait. Elle piaillait comme une de ces gamines moldues devant une licorne.
- Merde… Merde. Merde ! Merde !
Les jurons s'enchainèrent, Antonin ne parvenait pas à se calmer. Il allait devoir reprendre son rôle. Il ne voulait pas. Il en avait assez de ramper devant son « Maître », assez de cette cellule et de ne pas avoir eu de véritables libertés depuis qu'il a pris sa marque . Et surtout, plus qu'assez de cette grande malade qui ne la fermait jamais ! Si un jour on le remettait en prison, on le remettrait à côté de cette malade mentale. Donc évidemment qu'il allait s'évader selon le plan du Seigneur des Ténèbres mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il allait supporter cette tarée plus longtemps que nécessaire.
Il se mit donc à imiter Bellatrix, avec un peu plus de grâce tout de même, un seul bras levé, celui qui révélait sa marque et en s'appuyant du droit au reste du mur fracassé. L'effort seul lui causa la nausée : il y avait longtemps qu'il n'avait pas fait de mouvements amples, sa cellule trop étroite et son corps trop imposant malgré toutes ces années de malnutrition. En pensant à cela, il se fit la réflexion qu'il n'avait aucune idée du temps qu'il avait passé dans cette forteresse venteuse. Mais un sorcier vint mettre fin à ses réflexions en atterrissant à proximité de lui. Un autre était déjà reparti en balai en un temps record, se posant et embarquant Bellatrix qui ne pouvait pas être plus joyeuse ni plus bruyante.
Antonin ne parvint pas à la reconnaitre. Le nouveau venu lui était inconnu, trop jeune pour avoir combattu durant la Première Guerre, cet idiot venait certainement de finir son éducation à Poudlard et se réjouissait de rejoindre les rangs des mages noirs.
- Dolohov, le salua le sorcier. J'espère que tu n'as pas trop attendu, dit-il, un air arrogant et supérieur plaqué sur le visage.
- Qu'est-ce qui se passe ? Qui es-tu ? Il est vraiment revenu n'est-ce-pas, demanda le russe d'une voix qu'il espérait être contrôlée et calme.
- Ah oui, c'est vrai que vous ne recevez pas la Gazette du Sorcier ici ! Quoique ça n'aiderait pas non plus, ces imbéciles du Ministère sont persuadés que tant qu'ils n'annoncent pas publiquement que le Seigneur des Ténèbres est revenu, ils peuvent ignorer tout ce qu'on fait. Une bande d'idiots comme tu en as rarement vu !
Et il bavardait, faisait ses petites réflexions politiques, pendant que Dolohov gardait les yeux fixés sur la baguette qu'il tenait dans sa main. S'apercevant enfin du silence du futur ex-détenu et de sa fascination pour le morceau de bois magique qu'il faisait tournoyer avec nonchalance dans sa main, le jeune sorcier se reprit :
- Mais oui, j'oublie tout, s'exclama-t-il en sortant de la poche de sa robe un étui poussiéreux et le tendant au russe. Tiens et au fait, je suis Daven Rowle.
Mais cette introduction arrivait trop tard, Antonin Dolohov ne l'écoutait plus. Il ouvrit avec des mains fébriles l'étui pour découvrir avec une émotion sans pareille sa baguette, celle qu'il avait acheté chez Gregorovitch il y a si longtemps, intacte. Ce sentiment qu'il avait alors ressenti en refermant pour la première fois ses doigts autour du rude bois de cèdre, il le ressentit à nouveau, la chaleur réconfortante de sa magie se diffusant de nouveau à travers son bras pour ensuite le submerger entièrement. Merlin tout-puissant, que c'était bon. Enfin. Après tant d'années.
Il leva donc les yeux vers le gamin, il n'était plus que cela, un gamin, maintenant que lui, le grand et puissant Antonin Dolohov, avait retrouvé son pouvoir et sans hésiter prononça la formule d'une voix douce :
- Impero.
Aussitôt le gamin, Rowle, se détendit. Dolohov pouvait enfin commencer à obtenir des réponses.
- Daven Rowle, tu dis ?
- Oui.
La voix qui sortait de la bouche de Rowle ne tremblait pas, elle était monotone, vide d'expression. Parfait. C'était le signe que le sortilège était aussi puissant que la dernière fois où le Mangemort l'avait utilisé.
- Tu es l'héritier ? Le fils de Viro ?
- Non, l'héritier du titre est mon cousin, Thorfinn Rowle. Viro est mon oncle.
- Parfait, sussurra Antonin. J'aurais détesté d'avoir eu à tuer le fils du Lord Rowle. Dis-moi, combien de temps suis-je resté enfermé dans cet enfer sur mer?
- Presque quinze ans. Nous sommes en 1996, en janvier.
Cette réponse le fit bouillir de rage. Quinze ans ! Tout ce temps perdu ! La baguette toujours dirigée vers Rowle, il dut se contrôler et faire appeler à tout le calme dont il était capable pour ne pas lui balancer à la figure plusieurs maléfices douloureux dont seule la famille Dolohov a le secret.
- Maintenant, je voudrais que tu me dises tout ce que tu connais du plan du Seigneur des Ténèbres, de celui du Premier Cercle et comment cet ENFOIRÉ a fait pour revenir d'entre les morts, tonna Antonin tremblant de fureur.
Et Daven Rowle lui explique tout, comment Pettigrow avait fait revenir leur Maître, la scène du cimetière, le déni du ministère depuis près de six mois déjà et enfin l'évasion, ce plan orchestré pour que le maitre retrouve ses troupes, ses plus fidèles serviteurs, parmi lesquels se trouvaient le russe aussi doué pour créer des maléfices mortels que pour les utiliser en duel ou durant les exécutions. Ou encore les tortures. Sur des moldus en règle générale mais les sorts marchaient tout aussi bien sur les sorciers traîtres à leur sang.
Lorsqu'il se tut enfin, Antonin Dolohov ne sut pas quoi dire. Il ne voulait pas continuer à jouer au bon petit soldat. Pas à cause d'une soudaine prise de conscience que ce qu'il avait fait était mal non, mais à cause de son envie de liberté. C'était bien simple, clair, limpide : il ne voulait pas avoir à répondre à quelqu'un encore une fois, il ne voulait pas risquer de revenir dans cette cellule qu'il n'avait même pas encore quitté.
Quinze ans ! Et à cela, il rajouta les huit ans durant lesquels il avait servi sans faillir, assassinant, torturant, enlevant, soudoyant depuis sa majorité. Il avait quarante ans désormais. Le tiers de la vie d'un sorcier moyen réalisa-t-il. Il était au tiers de sa vie et il ne possédait plus rien, plus de famille, il avait été renié par sa mère et sa grand-mère, seules survivantes en Angleterre et le reste des Dolohov encore en Russie lui étaient inconnus. De plus, ses possessions appartenaient au Ministère depuis longtemps. Elles avaient été saisi après son procès.
Mais il lui restait sa baguette. Il conservait son honneur, son pouvoir de sorcier, sa magie.
Il prit ainsi sa décision. Il choisit alors la liberté.
- Tu vas vider tes poches je te pris, ordonna-t-il.
Rowle s'exécuta dans la seconde et Antonin ne put s'empêcher de se féliciter de sa maîtrise du plus léger des Impardonnables: il se révélait toujours d'une incroyable utilité. Parmi ce qui se trouvait dans les poches du jeune naïf, Antonin mit la main sur quelques Gallions d'or, une noise solitaire, des clefs ainsi qu'une plume cassée.
- Portus, murmura-t-il en direction de la plume qui se étincela de bleu durant quelques secondes avant de reprendre son aspect original. Maintenant tu vas m'écouter attentivement: nous allons monter sur ce balai ensemble. Je vais me placer devant et tu vas gentiment me laisser diriger, c'est bien compris ?
Daven Rowle hochat la tête et Antonin Dolohov reprit:
- Tu m'aides donc à m'évader, tu respectes le plan. Mais dès que je te ferais signe, tu pourras toucher la plume qui te ramènera au Manoir Malfoy, là où tu devais m'emmener. Je me suis bien fais comprendre ?
Lorsque Rowle acquiesça sans un mot pour la seconde fois, il sentit qu'il avait besoin d'une confirmation verbale. Aussitôt, le russe reçut la réponse qu'il souhaitait, un « oui » en bonne et due forme. Il n'avait plus un moment à perdre et il enfourcha le balai sans hésiter, suivi du jeune sorcier. Dolohov donna un coup puissant au sol et les deux hommes s'élevèrent dans les airs, filant hors de portée et bientôt hors de vue de la forteresse maudite qu'était Azkaban.
Après un bon quart d'heure de vol dans une direction aléatoire car il ignorait où se trouvait quoi, Antonin ne put s'empêcher de jeter un regard derrière son épaule. Il ne voyait rien. Rien que la mer déchainée sans aucune île sur laquelle venaient s'écraser les vagues et sans aucune haute tour triangulaire et lugubre contre laquelle les vents violents venaient s'agiter. Il se remit à respirer sans même s'être aperçu qu'il retenait sa respiration depuis leur départ de la prison magique. Il se détendait pour la première fois depuis quinze ans.
- Rowle, tu peux utiliser le protoloin maintenant. Bon retour et désolé d'avance pour toi. Tu vas te faire punir pour avoir échouer à ta mission mais il n'est pas question que j'y retourne. Et puis franchement, mieux vaut que tu comprennes tout de suite ce qui t'attend dans notre petit club. Un conseil : dégage le plus vite possible et surtout ne prends jamais cette putain de marque, ajouta-t-il sur un ton plus sérieux et presque amical. Je suis sérieux, ce truc n'est pas un signe de pouvoir, c'est juste une laisse magique spécialement pour les idiots obéissants qu'on glorifie par le nom de Mangemorts.
Sur ces mots, il vit Rowle se saisir de la plume et disparaître dans un tourbillon de couleurs. Durant un moment, il se permit de fermer les yeux. Il écoutait le vent, il sentait la pluie sur son visage, il était conscient du froid. Surtout il était en pleine possession de ses moyens et de ses facultés; il n'eut même pas besoin de prononcer la formule du sortilège de Réchauffement pour se retrouver enveloppé d'une chaleur réconfortante. Mais il réalisa qu'il avait besoin de se rassurer sur sa capacité à faire de la magie.
- Pointe au Nord, murmura Dolohov.
Sa baguette se mit à tourner, telle une boussole. Le nord se trouvait droit devant, et il savait que Azkaban était une île au milieu de la Mer du Nord. Le plus logique à faire: éviter la Grande-Bretagne et donc l'ouest. A l'est, le continent et sa multitude de pays où il était presque inconnu. Puis Antonin se rappela un endroit en France où sa mère l'avait emmené, avant même qu'il n'entre à Poudlard, « la petite Bretagne » comme elle l'appelait affectueusement en affirmant qu'il n'existait pas d'endroit plus calme en France que la multitude de petites îles disséminées au large des côtes.
Vers l'est donc.
