Le confinement m'a donné envie d'écrire cette histoire. J'espère que ça vous plaira. ^_^


Cohabitation douce-amère

Chapitre 1

Le campus était en effervescence à cette heure-ci, certains cours étaient déjà terminés alors que d'autres commencent dans moins d'une heure. La plupart de ces étudiants flânait dans les alentours. Une jeune femme rousse, plutôt charmante à la poitrine imposante, marchait d'un pas assuré en direction d'une salle d'informatique où trônait une vingtaine de PC usés par le temps. Elle repéra rapidement la personne qui l'intéressait et qui justifiait sa venue ici.

- Ah ! Natsuki tu es là.

- Et bien oui logique puisque je t'avais dit que j'étais dans la salle 2 au rez-de-chaussée.

- Et sinon un bonjour accompagné d'un sourire chaleureux serait plus sympathique que cet accueil déplorable.

- Bonjour, Mai. Tu étais avec Tate, je présume ?

- Bonjour, madame Amabilité. Oui, il voulait me voir avant que son prochain cours ne commence. Mais dis-moi, tu sais que tu n'es plus étudiante dans cette université maintenant. Fu-fu-fu ! Qu'est-ce que tu fais ici et avec l'imprimante ? Tout ça à l'air bien suspicieux. Attends, mais c'est quoi ça ? S'enquit une Mai très curieuse tout en récupérant une des feuilles fraîchement imprimées par son amie.

- Rien, ne touche pas à ça ! T'es trop curieuse, ce n'est pas possible ça! Lança-t-elle en lui arrachant la dite feuille des mains.

- Calme-toi. Désolée de m'intéresser à ce que tu fais, je m'interroge c'est tout ! Je me demande ce que tu manigances.

- Je passais dans le coin pour récupérer des papiers à l'administration, d'ailleurs j'ai attendu une plombe ça m'a mis un peu les nerfs en pelote. La vieille femme à l'accueil avec ces lunettes à chaînette là mais quelle lenteur, elle doit le faire exprès c'est obligé. Enfin bref, j'avais besoin d'imprimer quelque chose d'important, alors quand j'ai vu cette grande salle ouverte avec tous ces ordis et ces imprimantes disponibles, je suis évidemment rentrée.

- Toujours aussi soucieuse des règles à ce que je vois…

- Moi je dis, si y'a des serrures c'est pour les fermer à clé, alors ce n'est clairement pas de ma faute.

- Bien sûr suis-je bête, l'évidence frappe aux yeux. Ah mais attends, ce n'est pas une petite annonce ça ? Fais voir ! Elle lui reprit la feuille des mains. Tu cherches un colocataire pour ton appartement ?

- Oui, tu sais mon père ne m'aide plus pour le loyer depuis deux mois, il n'accepte pas mon changement d'orientation dans mes études, tu penses bien que le sport ce n'est pas un futur pour une jeune fille de sa famille, enfin en tout cas ça devient difficile pour moi à la fin du mois. Vraiment très difficile. J'ai aussi l'assurance de ma moto à payer et l'essence qui va avec, ce sont des charges supplémentaires. Ma belle Suzuki consomme un max. Je pensais qu'il finirait par me renvoyer de l'argent, qu'il ne me laisserait pas vraiment tomber. Que… Enfin, on dirait bien que cette fois il a laissé tomber mon cas qu'il doit trouver sûrement désespéré ou je ne sais quoi. Je l'ai eu au téléphone y'a de ça deux semaines et on s'est embrouillé sévère, j'étais en furie, j'ai été méchante aussi mais je lui ai dit mes quatre vérités… À croire qu'en plus d'être un mauvais père, il est orgueilleux et rancunier. Je crois que je ne vais pas entendre parler de lui avant un bon moment et ce n'est pas lui qui fera le premier pas, j'en doute. Il coupera peut-être le lien, qui sait ? Il est tellement imprévisible et idiot… Cela me pendait au nez depuis le temps.

.

Flashback

« - Papa, tu sais que tu ne m'envoies plus d'argent ? Le mois dernier j'ai cru que c'était une erreur mais je n'ai rien reçu ce mois aussi.

- Bien sûr que je le sais, c'est moi qui fais les virements tout de même. Je t'ai aidée à payer tes études en psychologie et ton logement étudiant jusqu'à maintenant mais je t'avais prévenu : seulement si tes études me conviennent. Et ce n'est plus le cas à ce que j'ai pu voir.

- Mais Papa, je ne suis plus une enfant ! Je ne veux pas faire de la politique comme toi ou de la science comme maman ou de la psychologie comme oncle Naru, ce n'est pas moi ça. Tu ne peux pas m'obliger à faire quelque chose que je n'aime pas, ça n'a aucun sens. Tu veux mon malheur ou quoi ?

- J'ai un nom à porter Natsuki et toi aussi quoique tu en dises.

- Tu parles d'un nom, il a plus d'importance que moi ! Mais je m'en fiche des autres, c'est ma vie merde!

- Natsuki, surveille ton langage ! Tu parles comme une sauvage mal éduquée des bas quartiers. Tu veux avoir la vie dure, on dirait ! Et bien soit, fais comme bon te semble, mais dans ce cas tu devras te débrouiller toute seule, par tes propres moyens. Il est hors de question que je participe à ton échec professionnel et que ça m'impacte par la suite car pense-y bien ça aura également un considérable impacte sur ta vie sociale et ton niveau de vie. Et s'il te plait ne fais pas parler de toi en mal à l'université ou je ne sais où, ça me serait très désagréable que ça revienne jusqu'à mes oreilles et tu sais que je peux tout savoir en un claquement de doigt. Tu te dis être une adulte raisonnée et capable, alors fais-le par toi-même.

- Quoi ?! Mais tu t'entends parler ? Mais je suis quoi pour toi ? Hein ?! Un employé gênant remplaçable ou quoi ? Tu m'énerves grave ! Je me fais moi-même et depuis la primaire, tu ne le vois pas, bon sang ! Depuis que Maman n'est plus là et depuis que ton taff est plus important que ta propre famille, tu entends ?

- Natsuki ! Ne me parle pas sur ce ton ! Tu n'as manqué de rien !

- De rien de matériel, ça c'est sûr. Si j'avais voulu un animal d'une espèce en voie d'extinction, tu aurais dit oui. Mais là je ne te parle pas de ton argent qui lui était bien présent, ne t'inquiète pas ça j'en ai eu plus qu'assez mais ce n'est pas ce dont un enfant à vraiment besoin… Mais je crois que ça ne t'a même jamais traversé l'esprit…

- Petite insolente ! De quoi me parles-tu !

- Tu ne me comprendras vraiment jamais, tu t'en contrefous de ce que je pense ou je veux dans le fond, il n'y a que les apparences, tes souhaits, ton foutu pognon et l'avis des autres bourges hypocrites, égocentriques et étriqués autour de ton nombril qui comptent ! Je m'en fiche, tu sais quoi, tu as raison laisse-moi vivre ! Allez, salut !

- Nats…

Elle raccrocha son téléphone avec véhémence, coupant la conversation infertile où elle en était, l'éteignant complètement par la même occasion et le balança au loin sur son canapé d'angle gris. Il rebondit sur un gros coussin et finit sa course sur le sol carrelé. Heureusement que son portable était bien protégé. Elle frappa de toutes ses forces son poing serré contre le mur de l'entrée en soupirant de rage, la mâchoire crispée à s'en faire grincer les dents, tous les muscles de son corps tendus. Elle avait sûrement était trop loin, mais depuis les années qu'elle retenait tout ça en elle cela était inéluctable. Elle avait enfin vidé son sac, celui qu'elle trainait depuis son enfance et qui lui pesait sur les épaules et la poitrine, l'empêchant de se donner de l'élan dans la vie. Son père ne lui reparlera peut-être jamais… Elle le savait, mais c'était trop tard pour revenir en arrière maintenant. Impossible de dédire les propos qu'elle avait littéralement crachés du tréfonds de ses tripes. Malheureusement, elle les pensait entièrement et sincèrement.

- Merde, merde et merde ! Fais chier ! Il n'a jamais de temps à m'accorder, jamais ! Ce fantôme de père et en plus, il me coupe les vivres… Tout ce fric qui ne lui sert qu'à se pavaner comme un pan avec de grosses bagnoles de ministres, des costumes uniques de grands couturiers de mes fesses, posséder des baraques à droite à gauche dans tous les pays du monde juste pour y mettre les pieds tous les 3 ans, et se faire toutes les putes de luxe du globe à tour de bras ! Pu**** ! Maman, comment tu as pu vivre avec un homme pareil, il est tout le contraire de toi… Il devait passer son temps à te tromper et ne jamais être là pour toi non plus, quel égoïste sans cœur… »

Fin du flashback

.

- Sérieusement, il est vraiment atroce avec toi et tellement strict. Je ne le comprends pas, tu es sa fille unique quand même ! Comment un père peut faire ça. Tu penses vraiment qu'il ne va pas te rappeler ?

- Ouais, je suis sa fille mais pas celle qu'il aurait voulu… Me rappeler ? Tu rigoles, il va plutôt me laisser dans mon coin mijoter dans ma mouise, jusqu'à ce qu'il daigne réapparaitre dans ma vie, ça lui correspondrait plus. Quand monsieur l'aura décidé, il me reparlera ou pas d'ailleurs.

- Ne dis pas n'importe quoi ! Il ne peut pas faire un truc pareil. Et moi, je trouve que t'es une fille géniale, tu ne mérites pas de vivre ça.

- Merci Mai…

- Je dis que la vérité et Tate, Nao et Mikoto te diraient la même chose s'ils étaient là. Mais en faisant ça, il se rend compte au moins qu'il te met grave dans le pétrin. Genre, tu finirais à la rue, il s'en ficherait. Et même malgré le petit job que tu as trouvé récemment, le salaire ne suffit pas ?

- Il me saoule tellement... et non, je crois qu'il s'en contre-fiche que je sois dans la merde ou dans la rue. Mais je n'ai rien à dire pour lui, donc je la ferme encore une fois et je l'ignore. Après c'est lui qui est blindé de tune, pas moi… Je pense reprendre le nom de famille de maman très bientôt. Je préfère encore m'appeler Kruger que Kuga. Et puis, je toucherai l'héritage de maman, ma part, qu'à partir de mes 21 ans et c'est dans presque trois ans. Le loyer est assez élevé, et non je ne gagne pas assez avec le job mais je vais demander à faire des heures supplémentaires et je pense à prendre un autre taff aussi mais allier deux taffs avec les cours c'est difficile et cet appart est trop bien pour que je le change. J'ai donc pensé que je pourrais facilement utiliser la pièce où j'entrepose plein de cartons rempli de je-ne-sais-quoi pour en faire une chambre à vivre sympa. Elle est plutôt petite certes, mais pas désagréable avec un petit coup de peinture sur les murs et deux, trois trucs en plus.

- Je comprends, ça serait bête que tu loupes ton année et je sais que tu fais des efforts pour avoir ton diplôme. C'est vrai que l'assiduité et la rigueur ce n'est pas ton fort en temps normal, mais Natsuki tu es sûre de toi là ? Une colocation avec une autre personne que celle présente dans tes jeux vidéo? Sérieusement ? Tu pourrais peut-être prendre un appart moins cher, c'est une solution aussi. Ca risque de te coûter plus cher au début mais sur la longueur tu économiserais.

- Merci beaucoup du soutien, je peux savoir ce que ça sous-entend, Mai ? Tu sais, j'ai eu tellement de mal à trouver cet appartement et si proche de l'université que je n'ai pas du tout envie de me remettre dans le stress de chercher un autre appart. C'était vraiment trop le bordel, il demande tellement de garants et ce n'est pas en étant étudiante que je vais être crédible.

- Comme si tu avais besoin de demander ce que ça sous-entend… C'est une évidence : parce que tu ne trouveras pas grand monde d'intéressé avec le foutoir qu'il y a chez toi, il y a des pièges partout, on peut mourir à chaque pas. Il faudrait que tu commences par faire du rangement et du grand ménage. Et puis, tu es du genre à sortir à pas d'heure, à gueuler quand un petit truc t'énerve, à te lever à n'importe qu'elle heure, à faire des siestes un peu partout, à écouter la télévision avec le son au maximum tu es du genre à laisser trainer tes sous-vêtements dans tous les coins, à remettre la vaisselle de la veille au mois suivant. Pour résumer, en fait il faudrait que tu trouves quelqu'un qui a comme passion première le ménage, la patience ou le bordel, ou bien quelqu'un qui accepte de faire agent d'entretien en même temps que coloc… Après, j'avoue pour changer d'appartement ça à l'air plutôt compliqué dans ta situation.

- C'est ça fiche toi de moi ! Je ne suis pas si atroce que ça… Tu exagères tout le temps tout !

- Malheureusement pour toi Natsuki, je n'exagère pas le moins du monde te concernant, ne fais pas l'innocente. Je ne dis que la vérité embellie mais peut-être que si tu l'entends de la bouche d'une autre personne que moi ou de Nao, ça te fera peut-être réagir et ce n'est pas plus mal.

- Bah je ferai quelques efforts, je ne suis pas une gamine égoïste !

- Et puis, tu sais c'est plus compliqué pour avoir un petit ami ou une petite amie, la colocation…

- Ce n'est pas du tout au programme, t'inquiète.

- Comme si ça se contrôlait. Je pense qu'être amoureuse ça te ferait du bien plutôt que tous tes jeux vidéo et tes mangas. Petite parenthèse d'ailleurs, y'a des examens la semaine prochaine, tu devrais t'y mettre rapidement et laisser ton nouveau MMORPG de côté.

- Tu es pire qu'une maman vraiment. Et puis, tu sais être célibataire ce n'est pas plus mal, je suis du genre solitaire et compliquée comme meuf. Je ne donne pas ma confiance si facilement, alors donner mon cœur c'est pas demain la veille. T'occupe, pour les révisions j'ai déjà commencé.

- Oui, bah essaie au moins une fois d'accepter quelqu'un dans ton cœur, tu as besoin d'amour comme nous tous, arrête de te voiler la face et j'aimerais te voir amoureuse juste pour voir comment tu es… Tu es peut-être une tsundere… Ah d'ailleurs, n'oublie pas que vivre en coloc, c'est un peu comme vivre en couple donc habitue-toi à ne plus avoir les mêmes libertés, la même intimité et surtout évite d'être trop solitaire et taciturne, sinon y'aura une ambiance pourrie et ça va aussi te bouffer la vie, pense-y. Et ! T'imagine si ton ou ta colocataire est en couple, le gros bazar que ça va être… Ta tranquillité va être ébranlée.

- C'est bon, c'est bon, j'ai compris… Je saurai choisir mon coloc selon des critères précis, ne t'inquiète pas. Et arrête de parler de ma vie de cette manière, je te jure ça m'horripile… Je plaints tes futurs gamins.

- Laisse donc mes futurs gamins tranquille. Très bien, je te laisse réviser pour les examens dans ce cas, moi je vais à la bibliothèque avec Tate.

- Tu ne t'arrêtes jamais !

- Et non, j'ai un emploi du temps bien organisé.

- Oui, pas comme moi, j'ai compris… Ne remue pas le couteau dans la plaie, méchante !

- Mais non, mais non, je sais que tu m'aimes dans le fond. Tu me tiens au courant pour tes recherches de colocataire et puis, je vois de mon côté si quelqu'un est intéressé. Et fais gaffe à ne pas te faire prendre dans cette salle alors que tu n'as rien à y faire ex-étudiante en psycho.

- Oui, oui. D'accord, merci. A vendredi, Mai.