J'imagine qu'il faudrait que j'arrête de boire avant d'écrire. Le problème, c'est que contrairement à nos trois protagonistes, j'étais sobre en écrivant ça ... Mais pour une fois que j'écris quelque chose d'un peu drôle et moins sérieux, il faut fêter ça !
Cette fic est venue quand j'ai évoqué avec différentes personnes les soirées picoles de certains personnages de Yamato. Et je me suis dit qu'il aurait été dommage de ne pas en faire quelque chose d'un peu plus travaillé.
Les personnages étant encore assez jeunes à l'échelle de l'âge qu'ils ont dans la série, je m'excuse d'avance s'ils ont un petit côté OOC, j'ai vraiment fait de mon mieux (mais allez imaginer le caractère d'un futur dirigeant despotique torturé par ses problèmes relationnels lorsqu'il n'a que 18 ans, ce n'est pas si facile ...).
Dans tous les cas, j'espère que ça vous plaira !
Révérence et Sujétion
Partie 1
Honnêtement, les vêtements civils ne lui allaient pas si mal, mais il craignait vraiment d'être reconnu … Dans un élan désespéré, le jeune homme ramena ses cheveux en arrière, pensant peut-être pouvoir les attacher sur sa nuque, et découvrir son visage de ces mèches éparses qui s'épanchaient habituellement sur son front. Il se trouva franchement ridicule, coiffé de la sorte, et pas si méconnaissable que ça.
S'il ne doutait pas de sa capacité à sortir de la tour en douce, le jeune homme redoutait qu'un soldat ne le reconnaisse, et ne le ramène à sa chambre. A dix-huit ans, il estimait qu'il avait bien le droit de sortir quand il en avait envie, mais il savait également que, malgré qu'il n'ait pas encore accédé au trône, les menaces pesant sur lui étaient réelles. Après tout, il était maintenant l'héritier au pouvoir, depuis la mort de son frère.
Mais il en avait assez de regarder Baleras par sa fenêtre : il n'avait jamais rien fait comme il supposait que le faisaient les autres enfants.
Devait-il s'en plaindre ? Le jeune homme ne le savait pas vraiment, en réalité. Il avait envie de savoir ce que cela faisait d'être un adolescent normal, vivant dans cette ville qu'il allait bientôt diriger.
Alors il avait fait parvenir un message à deux personnes qu'il estimait, et allait tenter de le découvrir.
Elk s'était assis à une table, dans ce dinner miteux où la lettre lui avait donné rendez-vous. Il n'avait pas prévenu Wolf, son colocataire, d'où il se rendait : celui-ci aurait sûrement pensé qu'il partait faire la fête, et n'aurait, de toute façon, pas tenu à l'accompagner.
Une clochette accrochée au-dessus de la porte tinta : une personne entrait dans le restaurant.
- Wolf ?
- Elk ?
C'était bel et bien son ami qui venait de passer la porte du restaurant. Le jeune homme l'invita à s'assoir avec lui.
- Qu'est-ce que tu fais là, tu n'étais pas sorti danser ? lui demanda Wolf en s'asseyant à sa table, l'air incrédule.
- Et toi alors ? lui renvoya Elk en serrant dans son poing la lettre qu'il avait reçue.
- J'ai reçu ça, dans mon casier.
Ouvrant sa veste, le jeune homme sortit un rectangle de papier. Une lettre.
- J'ai eu la même, dit-il en lui tendant son propre carton. Tu n'as pas une idée de qui aurait pu nous envoyer ça ?
- On le saura bientôt.
L'air sombre de son camarade ne le rassura pas. Il ne s'inquiétait pas de sa capacité à se sortir du danger : Wolf et lui avaient intégré l'armée, après leur formation de soldat. Ils étaient bons, et la plupart de leurs instructeurs étaient formels : ils seraient capitaines avant leurs quarante ans s'ils poursuivaient leurs efforts.
Ils s'étaient bien trouvés, liés d'une amitié indéfectible depuis leurs premiers jours de service militaire obligatoire : les deux jeunes adolescents qu'ils étaient alors avaient été amenés à partager un dortoir, et ne s'étaient pas quittés depuis, malgré le certain écart d'âge qui les séparait. Maintenant qu'ils étaient adultes, ils partageaient un appartement, qui ressemblait plus à un capharnaüm qu'à un logement …
On aurait pu facilement se méprendre sur Elk : c'était un soldat à la carrure frappante, et sa jovialité à toute épreuve faisait des ravages chez les aspirantes. Au contraire des préjugés qu'on avait parfois sur lui, c'était moins sa force que son esprit stratège qui lui valait la plupart du temps les compliments de leurs instructeurs. D'autre part, Wolf était bien plus discret, mais non moins redoutable : à côté de son ami, il paraissait moins impressionnant, malgré ce regard acéré qui ne trompait personne sur sa clairvoyance, et c'était une grande misanthropie qui habitait le jeune homme.
Il n'aimait pas les gens, c'était un fait. Trop intègre pour accepter les mensonges et l'hypocrisie de sa propre société, il n'y avait pour le moment qu'en Elk qu'il eut une entière confiance.
Le duo d'aspirants était assez connu dans les cercles de l'armée, ayant déjà tapé dans l'œil de plusieurs instructeurs. Ils s'en sortiraient certainement avec les honneurs.
Et leurs deux esprits tombèrent d'accord sur le fait que c'était certainement pour cela que leur correspondant mystère leur avait donné rendez-vous dans ce restaurant douteux.
- Bonsoir.
Un sourire les interrompit dans leurs interrogations : un adolescent sous une capuche coupa court à leurs discussions. Les deux soldats remarquèrent tout de suite l'arme à sa ceinture, pourtant cachée sous sa veste.
- Bonsoir, lui répondit Wolf, méfiant.
- Vous avez bien reçu une lettre, n'est-ce pas ? Permettez que je me joigne à vous.
Il tira une chaise et s'y assit, les jambes croisées, et le menton posé sur le dos de ses mains entrelacées. Portant les cheveux tirés en arrière, ce visage ne leur semblait pas inconnu cependant …
- J'espère que je ne vous ai pas dérangé. J'imagine que le service pour l'armée n'est pas de tout repos.
- Nous sommes en permission, l'informa Elk.
- Je l'avais entendu dire, mais je n'aurais pas voulu perturber les plans que vous pouviez avoir pour profiter de ce temps de répit.
Ce qui frappa Wolf, ce fut combien son langage était loin d'être celui d'un adolescent. Il avait quoi, dix-huit, dix-neuf ans ? Le jeune homme échangea un regard avec Elk, toujours aussi suspicieux.
- Enfin, nous ne sommes pas là pour parler chiffons, ricana le plus jeune en s'adossant à sa chaise. Je suppose que mon déguisement tient la route, vu que vous semblez aussi méfiants que lorsque je suis arrivé.
Malgré l'image très policée que renvoyait ce gamin, un sourire fanfaron ne put s'empêcher de percer sur son visage.
- Je suis Abelt Dessler, ravi de vous rencontrer personnellement.
Les deux jeunes hommes ouvrirent des yeux incrédules.
- Votre Altesse ? Mais que faites-vous ici ?
- Moins fort, soupira-t-il. Je me suis donné du mal pour arriver jusqu'ici, ne ruinez pas tous mes efforts.
- Très bien, acquiesça Elk. Toutefois, je ne comprends pas ce que vous pouvez attendre de nous. Pourquoi toute cette mise en scène ?
- Je suis désolé de vous avoir fait peur, je ne suis pas sûr que mon oncle aurait accepté de me voir sortir en douce. Je comptais sur vous pour me faire visiter Baleras : après tout, qui de mieux comme guide pour un héritier sous couverture que deux soldats en permission ?
- C'est dangereux pour vous, l'arrêta Wolf. Êtes-vous sûr de ce que vous faites ? Ça ressemble à …
- Un caprice ? le coupa l'adolescent. Oui, c'est un peu ça. Libre à vous de refuser, je ne vous en voudrais pas.
- Mais n'auriez-vous pas pu le faire avec un garde du corps, plutôt que deux soldats que vous ne connaissez absolument pas ?
Dessler ferma les yeux un instant, un large sourire aux lèvres.
- Peut-être. Même si mon oncle ne m'aurait jamais laissé sortir. Cependant, je trouve ça tout à fait irresponsable pour un futur souverain de ne pas connaitre au moins sa capitale, vous ne croyez pas ?
Rouvrant les yeux, il plongea son regard dans celui de Wolf, qui en frissonna presque.
C'était un test.
- Je ne veux pas vous l'imposer. Je cherche juste un endroit où je puisse voir par moi-même le plus large tableau de cette ville, et où je ne risquerais pas d'être reconnu.
- Le Deyn, suggéra Elk.
Le jeune homme échangea un regard avec son ami. Une des boîtes de nuit les plus sélects de Baleras, dans laquelle ils avaient leurs entrées. Elle n'était ni trop loin de leur appartement, ni trop loin de la Tour d'où s'était évadé l'adolescent.
- Pourquoi pas ? Cela pourrait être amusant …
Wolf baissa les yeux, prenant une seconde pour réfléchir. Emmener le prétendant au trône gamilien en boîte de nuit ? Si on le lui avait dit, il ne l'aurait pas cru …
L'idée ne le réjouissait pas. C'était moins le risque qu'ils prenaient en accompagnant ce gamin qui l'effrayait, que le gamin lui-même. Le regard calculateur de l'adolescent l'avait inquiété, et il sentait bien que son ami pensait comme lui. C'était un test.
Mais tester quoi exactement, il ne l'aurait pas su.
Elk échangea un regard avec son ami, poussant un bref soupir, avant d'acquiescer.
- Très bien, nous vous y emmènerons. Nous dirons que vous êtes mon petit frère, qui vient en soirée pour la première fois.
Cela fit rire l'adolescent.
- Vous ne ressemblez pas à mon frère ; mais soit, l'idée me plaît.
- Nous ne pourrons pas vous vouvoyer, signala Wolf, un peu nerveux.
Cette fois-ci, il resta muet : lui, il vouvoyait toute sa famille. Etait-ce si anormal que cela, d'appeler son frère « vous », pour les civils ?
- Si vous estimez que c'est nécessaire, pourquoi pas.
Le regard qu'il posait sur lui ne rassurait pas Wolf. Mais ce coup-ci, il parut moins tranchant.
Ils passèrent sans encombre l'entrée de la boîte de nuit. La porte donnait sur des coursives surplombant le bar ainsi que la piste de danse, et où il était possible de s'asseoir pour siroter un verre.
Cela différait tellement des réceptions qu'organisait son oncle que ça surprenait fort l'adolescent que de découvrir ce qu'ils appelaient une boîte de nuit.
- Allons nous trouver une table, on ira chercher à boire après, statua Elk.
Le futur dirigeant gamilien n'avait, dès son entrée, pas apprécié l'ambiance du lieu. Entre la musique trop forte, le bruit assourdissant, les corps se frôlant dans tous les sens, et les relents d'alcool et de drogue, rien de ce qu'il découvrait ne lui plaisait. Mais il n'était pas là pour que ça lui plaise : il venait apprendre.
Les trois jeunes hommes trouvèrent une banquette circulaire autour de laquelle s'assoir, et Wolf se proposa pour aller chercher de quoi boire. Abelt lui tendit un billet, et insista pour payer à leur place.
- Alors, votre service se passe bien ? demanda-t-il à Elk, resté avec lui.
- Oui, c'est très intense, mais nous progressons vite. On ne cesse jamais d'apprendre, même si nous ne sommes plus des bleus.
- Ce doit être intéressant, en effet.
- Majesté, que venez-vous cherchez ici ? lui demanda brusquement le soldat. Je ne comprends pas l'intérêt de prendre autant de risques.
L'adolescent ferma les yeux. Il avait beau être plus jeune que lui, de presque six ans, il semblait au soldat que cela ne faisait aucune différence.
- Je vous ai dit vrai, Monsieur Domel : je trouve condamnable qu'un monarque ne connaisse rien d'autre que la tour où il a grandi. Je ne fais qu'essayer de comprendre la réalité, voilà tout.
- C'est un choix politique, je l'entends ; mais ce n'est pas responsable.
- Peut-être. Mais si j'avais fait cela sans passer par vous, on m'aurait tenu loin des choses les plus honteuses et répréhensibles ; ce que vous ne comptez pas m'épargner, pas vrai ?
Son sourire fit serrer les dents à Elk. Avait-il un sens des réalités aussi aigu qu'il lui semblait ?
Wolf revint avec de l'alcool.
- J'ai vu les verres être servis ; personne n'a rien mis dedans.
Dessler le remercia, et ils trinquèrent, les deux militaires essayant tant bien que mal de dissimuler leurs réserves face à ce jeune homme auquel ils devaient révérence et sujétion.
Le rythme des basses frappait sourdement, de façon terriblement continue, et c'était fatiguant juste de l'entendre. Elk capta le regard d'un groupe de filles à quelques tables de la leur. Certaines minaudèrent un peu, remarquant qu'il les observait. Mais il en resta à sa conversation avec Wolf et Abelt.
- Je crois que tu nous as attiré des ennuis, Elk, s'en amusa son ami, en voyant que deux des filles s'étaient décidées à venir les aborder.
- J'en tremble, rit son camarade.
- Cela vous arrive souvent ? s'étonna Abelt, amusé.
- C'est un véritable aimant à problèmes.
- Bonsoir messieurs, claironna l'une des deux jeunes femmes, une jolie rousse portant une robe grise. Serait-il possible de se joindre à vous ?
- Nous ne refuserions pas une si séduisante compagnie, s'amusa Elk. Tu vois Wolf, j'attire peut-être les ennuis, mais ils sont si charmants qu'on ne leur refuserait rien.
- Des ennuis ? l'interrogea la jeune femme, un peu méfiante de l'attitude de cet homme qu'elle avait imaginé être un peu plus civil.
- Veuillez excuser le rustre que je suis, Mademoiselle, sourit le soldat, mon ami a fait une plaisanterie, et je filais la métaphore. Mais c'est nous qui serions d'un véritable ennui si l'on n'avait pas envers vous la plus courtoise sollicitude.
Elle préférait ça.
