Le dimanche avait été pluvieux, météorologiquement atroce à vrai dire. Non seulement la pluie avait établi résidence pour la journée sur la région, mais le vent était également venu les saluer. Par les fenêtres rustiques, l'on pouvait distinguer les arbres comme effectuant un slow mélodieux avec les bourrasques, quoi que bataillant contre celles ci pour ne pas finir en branche morte sur le sol noyé d'eau. Derrière les vitres protectrices, les bourrasques sifflaient leur colère et se déchaînaient tandis qu'à l'intérieur, les résidents profitaient de la chaleur du foyer pour ignorer la gronde du temps.

Morgane ne semblait nullement perturbée par les bourrasques effrayantes du vent. En réalité, la jeune enfant de bientot huit ans jouaient à la poupée Barbie avec Lola, son amie d'école, et les deux étaient si plongées dans l'intrigue de leur scène de jeu, qu'aucune bourrasque ou torrent de pluie n'aurait pu les distraire. Le dimanche étant pluvieux, donc, Loki avait décidé de laisser les filles jouer tranquillement et de vaquer à ses occupations. Commencer un nouveau livre alors qu'il avait passé la nuit à lire ? Ou bien faire un peu de rangement ? La seconde option fut l'heureuse élue. Il enfila un vieux pantalon déjà sale et monta silencieusement au grenier. Lui qui avait l'habitude de faire le ménage tous les jours, il est vrai que cette pièce n'avait pas attisé sa curiosité ces derniers temps. Il fallait dire que...voilà déjà une année que Tony les avait quittés. Il avait tenté de garder une face neutre et adulte face au funeste anniversaire, mais rien à faire, la nuit tombée, il avait pleuré toutes les larmes de son corps en serrant l'oreiller si fort contre lui que les plumes auraient pu en jaillir sous la pression. Pour unique et bonne raison, cette pièce lui rappelait trop Tony, son défunt mari.

Non seulement Tony avait l'habitude d'y passer du temps pour bricoler, mais trop de souvenirs y régnaient. Et Loki ne pouvait se résoudre à s'en débarrasser. Trop tôt, trop douloureux, trop de tout. Il s'accroupit et commença à retourner carton après carton, croisa des cravates, des vieilles tasses, des bottes usées et poussiéreuses, des livres aux pages cornées et jaunies, des croquis d'armure, des pièces de celles ci également, des boulons, des écrous, des bds, de vieilles cartes postales, un album photo qu'il ne se risqua pas à ouvrir et, soudain, un carnet à la reliure d'or. Ce dernier était tout à fait neutre si l'on omettait cette reliure un peu tape-à-l'œil. Il fronça les sourcils et songea à ce que celui ci pouvait bien contenir. Il était effrayé de tomber sur des photos qui rouvriraient des plaies encore trop fraîches. Mais la curiosité le piquait de trop.

Il ouvrit à la première page.

Cher journal,

j'arrive pas à croire que je viens d'écrire "cher journal", ca fait ado qui va confier quelle chaussure elle porte ou un truc du style, bref. C'est débile, c'est n'importe quoi, pourquoi je me confie à un journal alors que j'ai Jarvis ? Je veux dire, non mais.

Bref.

Pourquoi je suis là ? Ah ben, pour réfléchir, sûrement, pour me faire une réflexion intérieure ou me convaincre que je perds pas la boule ? Non, je...c'est débile mais je suis amoureux. Et pas qu'un peu, en plus.

Comment narrez ça sans que ça paraisse trop conte de fée à la con dont tout le monde sait qu'ils n'existent pas ? Eh bien, tout simplement que...Non, pas tout simplement parce que c'est loin d'être simple.

Il y a quelques années de cela, je ne me souviens plus exactement, une attaque avait eu lieu à New York. Le frère de Thor; Loki. Nous avions tous cru qu'il s'agissait d'un psychopathe -sexy en plus de cela- mais en réalité ce dernier était contrôlé par Thanos. Oui, Thanos ! Celui que nous cherchons depuis le début. Alors nous avons gracié Loki, tout comme la justice asgardienne, d'où il vient. Enfin, ces histoires de famille sont plus complexe que cela. Mais passons.

Alors bien entendu, ce très cher Loki a voulu se racheter auprès de nous. Il nous a proposé son aide pour vaincre le crime au sein de l'équipe. Thor était ravi, Loki un peu moins de l'avoir dans ses pattes. Et faut dire, il a dérouillé le p'tit Loki. On l'a accepté, surtout Natasha et Steve avec qui il est devenu très ami. Moi ? C'est différent; On se dit bonjour dans l'ascenseur; Et ce dont j'ai surtout envie c'est de l'embrasser, de caresser ses lèvres, ses joues, ses cheveux. Mais je sais que lui non, sinon il ne serait pas aussi cul serré et poli avec moi. Il m'aurait sans doute déjà fait des avances, non ? Je suis Tony Stark je plais à tout le monde, merde. Et son crétin de frère -enfin que l'on crois crétin hein, parce que c'est tout de même lui qui a compris ce qui se tramait dans mon cerveau de ptit génie- il m'a fait un clin d'oeil en me suggérant que Loki aimait les hommes et surtout un.

Pas possible, non pas possible. J'ai cru à de l'humour mais venant de Thor, ça m'effrayait un peu quand même.

Alors, euh, comment dire ? Faut croire que j'ai tenté ma chance.

L'ascenseur, encore et encore. Il entre, petit jean noir sur son petit cul bien roulé et polo vert assorti à ses yeux de malade. Il me sourit. "Bonjour", encore. "Salut", je dis. Puis le silence, jusqu'à ce que : "Tu voudrais..." Et pourquoi je me la ferme encore ? Ca fait con, ca fait suggestif, point de su(ce)pension et tout. Espèce de con.

"Boire un verre ? Volontiers". Puis les portes s'ouvrent et disparaît en se balançant de gauche à droite ce petit cul que j'aimerais pétrir avec mes mains et surtout mordiller avec mes dents. Et voilà, je suis amoureux.

Loki termine ce premier extrait avec des larmes aux coins des yeux. Il ne s'était jamais rendu compte que Tony était attiré par lui à cette époque, et trop de chose se sont produites depuis. Il a les joues en feu en repensant au verre échangé et surtout au baiser qui a suivi. Il mourrait pour pouvoir revivre cet instant. Rien qu'une fois, rien qu'une seconde.

Au lieu de cela, il referme le carnet, le glisse sous son bras et redescend du grenier. Le carnet est déposé sur la table de nuit à son chevet avec la promesse que les prochaines lignes seront lues, elles aussi, avec beaucoup d'intérêt et d'émotion.

...A suivre.