Niveau deux

William Weasley traversa l'Atrium d'un pas rapide et rejoignit le second hall en un temps record. Il n'était pas particulièrement pressé, mais il n'était pas du genre à traîner les pieds. Il aimait que les choses soient faites vite et bien, et fendre la foule présente dans le grand hall du Ministère de la Magie faisait partie de ces choses qu'il aimait faire de manière efficace. Il atteignit donc la vingtaine d'ascenseurs mis à disposition du personnel et du public et s'engagea dans le premier ascenseur qui s'ouvrit, vide. Il avait rendez-vous avec son père dans dix minutes. C'était un rendez-vous hebdomadaire qui lui plaisait bien, un moment privilégié avec son père, qu'il n'avait pas beaucoup vu ces dernières années. Vivre sur un autre continent ne paraissait pas être la mer à boire quand les moyens de transports magiques se disputaient la médaille du plus rapide, du plus pratique, du moins gênant, mais le travail et la vie en Égypte ne lui avaient pas laissé beaucoup d'opportunités de revenir sur le sol britannique pendant les années qu'il avait passées là-bas. Il n'avait pas non plus fait les efforts nécessaires pour venir passer les quelques week-ends où sa mère l'avait invité — et pourtant, payer un Portoloin une fois de temps en temps aurait été dans ses moyens.

Ces déjeuners avec son père, une fois par semaine, lui donnaient l'impression de renouer avec lui, tandis qu'il allait régulièrement au Terrier, et encore plus régulièrement au Quartier général de l'Ordre du Phénix.

— Niveau sept, Département des jeux et sports magiques, Siège des ligues britanniques et irlandaises de Quidditch, Club officiel de Bavboules, Bureau des Brevets saugrenus.

Malgré la raison principale qui l'avait poussé à revenir en Angleterre, il était heureux de l'avoir fait. Il se sentait utile, il se sentait entouré. La célèbre banque de Gringotts lui avait permis de délaisser ses fonctions de Briseur de Sorts en Égypte pour venir travailler à Londres auprès des gobelins et de leur sale caractère, et, en dépit de l'ennui profond que lui procurait son nouveau travail, il était pleinement conscient des nombreuses opportunités qui s'étaient offertes à lui. Rien que la semaine précédente, il avait assisté à trois réunions de l'Ordre du Phénix, était parti en repérage deux fois en-dehors de ses heures de travail et avait effectué une nuit de garde au sein du Ministère ; il avait déjeuné avec son père le vendredi midi, avec ses jumeaux de frères le samedi tandis que ces derniers avaient fait le mur pour le rejoindre dans une auberge de Pré-au-Lard ― il n'était pas particulièrement fier de lui et de son soi-disant statut d'ancien Préfet-en-Chef sur ce coup-là, mais il ne le regrettait pas. Il avait bu du Whisky Pur Feu avec Sirius Black le soir même et aidé sa mère à préparer une tarte à la citrouille, son dessert préféré, le lendemain midi.

Et puis...

Et puis il avait vu Fleur Delacour les trois premiers jours de la semaine, ceux où elle travaillait, et ils s'étaient retrouvés pour leurs cours d'anglais bi-hebdomadaires dans le petit café moldu près de l'entrée du Chemin de Traverse. Ces moments avec elle le remplissaient d'une douceur complètement étrangère.

Éperdument amoureux, c'est ce qu'il était. C'était arrivé si vite qu'il ne s'était rendu compte de rien au début, si ce n'est du poison des plus agréables qu'elle semblait instiller en lui, et en bien d'autres hommes. Il avait haï l'effet qu'elle avait eu sur lui dès leur rencontre, en août, et il l'avait d'abord évitée du mieux qu'il avait pu. Jamais encore il n'avait ainsi perdu le contrôle de ses pensées et ce n'était pas une petite Française de rien du tout qui allait changer cela, ancienne championne du Tournoi des Trois Sorciers ou non. Hors de question. Et puis, un jour, il avait dû travailler deux jours entiers avec elle, sur...

— Niveau six, Département des transports magiques, Régie autonome des transports par cheminée, Service de régulation des balais, Office des Portoloins, Centre d'essai de transplanage, annonça l'ascenseur.

...sur les dossiers poussiéreux des comptes bancaires fermés depuis plus de trente ans, mais qu'il fallait apparemment ordonner. Et il avait pu observer tout ce qu'elle était, c'est-à-dire une jeune femme intelligente, curieuse, loyale et franche, avec un petit quelque chose d'arrogant qui, évidemment, au lieu de le rebuter, l'avait fait rire.

Un énorme chariot était venu barrer les portes de l'ascenseur, forçant Bill à se retrancher au fond de la petite cabine. Une multitude d'objets en tout genret était entassée sur les différents niveaux du chariot, tous en pire état les uns que les autres. Fumée grisâtre, relents des plus désagréables, vibrations et craquements s'échappaient des ustensiles et accessoires. Le chariot continua sa lente progression, jusqu'à prendre la quasi-totalité de l'espace. Les portes se refermèrent juste derrière un homme trapu d'une quarantaine d'années portant un chapeau plissé et une légère brûlure sur la joue, probablement due à l'un des Portoloins brisés qu'il transportait.

De fil en aiguille, reprirent les pensées de Bill, il avait dû se rendre à l'évidence, qui était qu'il s'agissait d'une collègue de travail avec qui il avait un nombre grandissant d'intérêts communs, et avec qui il aimait passer du temps. Un jour, au début du mois de septembre, elle lui avait dit qu'elle était venue travailler à Londres pour améliorer son anglais, et c'est tout naturellement qu'il lui avait proposé son aide. Cela aurait dû lui mettre la puce à l'oreille, lui qui, s'il n'était pas dénué de patience, n'avait aucune idée du fonctionnement de sa propre langue. Ils avaient dégoté un petit café tranquille à l'extérieur du monde sorcier et c'est ainsi qu'ils étaient venus à se côtoyer en dehors des heures de travail. Souvent, elle se démotivait face aux difficultés que représentait la relation entre les lettres et les sons, mais il en riait et ne baissait jamais les bras. Un jour, en sortant d'une de leurs sessions et après l'avoir quittée, il avait raté son transplanage pour rejoindre le Square Grimmaurd et s'était retrouvé avec deux doigts en moins. Ce soir-là, il avait été incapable de penser à autre chose qu'à son sourire, qu'à ses yeux lumineux, qu'à ses regards furieux lorsqu'il la reprenait sur certains mots, qu'à son enthousiasme à l'idée de revoir sa famille pour Noël, alors qu'il restait encore deux mois, qu'à son air sérieux au travail et si enjoué à l'extérieur de Gringotts... Il avait été dans l'impossibilité de penser à autre chose qu'à Fleur toute entière.

Et il avait accepté de perdre le contrôle, parce qu'il savait qu'essayer de combattre ses sentiments serait peine perdue.

— Niveau cinq, Département de la coopération magique internationale, Organisation internationale du commerce magique, Bureau international des lois magiques, Confédération internationale des sorciers, section britannique.

Un peu comme s'il avait haussé les épaules, l'air de dire que ce n'était pas grave, qu'il n'y pouvait rien, qu'il préférait chérir cette admiration plutôt que de la planquer sous son lit comme s'il s'était agi d'un vieux monstre.

Et c'est à cet instant que Fleur Delacour entra dans l'ascenseur, se collant comme elle le put à l'une de ses parois afin d'éviter le sorcier et son chariot, considérant ses Portoloins d'un œil suspicieux, sachant immédiatement qu'un seul d'entre eux aurait la capacité à créer un incendie dans ses magnifiques cheveux.

Sentant son souffle se couper contre sa volonté, Bill sourit doucement, accueillant l'effet qu'elle avait sur lui avec félicité. Au début, il attribuait avec rancœur son attirance pour elle à son héritage vélane, mais se savoir amoureux d'elle l'avait aidé à accepter cette attirance, car elle lui avait un jour confié, dans un de leurs moments privilégiés, que son héritage n'était à l'origine que de réactions purement physiques. Les sentiments profonds qu'il avait réussi à lire en son fort intérieur allant bien au-delà de cela, ils avaient eu raison de sa culpabilité, et il avait pu laisser libre cours à un amour naissant.

En bref, à vingt-cinq ans, il était heureux d'avoir fait la véritable découverte du cœur qui battait dans sa poitrine.

— Fleur ! l'appela-t-il par-dessus les secousses du chariot.

Son regard transperçant se posa sur lui, le brûlant tout entier, et ils échangèrent un sourire.

— Bill ! s'exclama-t-elle, clairement surprise de le voir. Comment vas-tu ?

Que faisait-elle au Ministère de la Magie ? Ils s'étaient à peine croisés le matin même, et il ne savait par conséquent pas ce qu'elle avait prévu de faire aujourd'hui, jusqu'à leur cours d'anglais planifié en fin de journée.

— Bien, je déjeune avec mon père, répondit-il en ignorant du mieux qu'il put les regards de l'agent qui les toisait tour à tour. Et toi, qu'est-ce que tu fais ici ?

— Oh, mais on est meurcredi. Ce n'est pas le vendredi, 'abitueullement, que tu manges avec lui ?

— Si, mais exceptionnellement, nous avons changé de date.

— Niveau quatre, Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, section des animaux, êtres et esprits, Bureau de liaison des gobelins, Agence de conseil contre les nuisibles.

L'homme au chariot bafouilla quelques mots à Fleur pour lui indiquer qu'il devait sortir. Bill fut soulagé que l'espace se libère un peu, ne serait-ce que pour laisser plus d'air dans le compartiment qui empestait les Portoloins usagés. Plus d'espace aussi pour ses poumons, plus d'espace pour son cœur, ses yeux et ses oreilles. Plus d'espace pour Fleur.

Cette dernière remit un pied dans l'ascenseur, vite suivie d'une nouvelle personne.

— Bill ! sourit Arthur Weasley. Tu es en avance, fiston ! Je n'en ai pas pour longtemps. Je suis passé voir un collègue. Je récupère mon chapeau et je suis tout à toi. Bon anniversaire ! termina-t-il en prenant son fils dans ses bras.

— Tu ne m'avais pas dit que c'était ton anniveurseure ! s'étonna Fleur, qui les observait avec un doux sourire sur les lèvres. C'est pour ça que tu es là alors qu'on n'est pas vendredi, conclut-elle.

Les deux hommes se tournèrent vers elle, l'un rougissant fortement, l'autre arborant un sourire interrogateur. Ses yeux écarquillés passèrent rapidement sur le visage de la jeune femme et son sourit s'élargit.

— Miss Fleur Delacour, je me trompe ? Arthur Weasley, enchanté, enchaîna-t-il.

— Moi de mêume.

Spontanément, elle lui tendit une main qu'il serra sans attendre. De son côté, Bill était pris au dépourvu.

— Vous avez participé au sinistre Tournoi, l'année dernière, confirma Arthur comme pour lui-même.

— Et vous êtes le peure de Bill.

Arthur Weasley se tourna finalement vers son fils, dont les joues étaient aussi écarlates que quelques secondes plus tôt. Gérer ses interactions avec Fleur était une chose. Les gérer avec un membre de sa famille présent ne faisait pas partie de ses habitudes.

— Je... je connais Fleur car nous sommes collègues. Elle travaille aussi à Grin...

— En feut, l'interrompit-elle sans ménagement, la premieure fois que j'ai vu Bill, c'était lors de la troisieume tâche du Tournoi. Il était venu encourager 'Arry Potter avec votre femme.

Bill se souvenait précisément de ce moment. À l'époque, il avait à peine remarqué la présence de la jeune femme. Le fait qu'elle, de son côté, ait noté sa présence au point de rectifier la vérité sur leur rencontre sans même avoir à y réfléchir lui donna une bouffée de chaleur, doublée d'une montée d'adrénaline. Jamais il ne s'était pris à imaginer ce que Fleur pouvait ressentir pour lui, absolument certain qu'il s'agirait d'une pure perte de temps. Il n'était même pas question d'en discuter avec son subconscient. Il était heureux d'être son collègue, son tuteur, son ami, mais il n'aspirait pas à plus. La remarque de la jeune femme ne changeait rien à ses intentions, mais, alors qu'il savait parfaitement qu'elle préférait ignorer ce qui n'avait pas d'importance pour elle, il ne put s'empêcher d'être flatté de ne pas faire partie de cette catégorie.

— Eh bien, quoi qu'il en soit, félicitations pour votre courage lors de ce Tournoi, jeune fille. Que faites-vous donc au Ministère ?

Un regard inquisiteur glissé fugacement vers son fils accompagna sa question, tandis que l'ascenseur stoppait subitement sa course folle.

— Niveau trois, Département des accidents et catastrophes magiques, Brigade de réparation des accidents de sorcellerie, Quartier général des Oubliators, Comité des inventions d'excuses à l'usage des Moldus.

— J'ai pris un café aveuc une amie française qui travaille ici, reprit Fleur, et je me rends maintenant au Bureau magique des résidents sorciers étrangers. Je dois y renouveler mon peurmis de résidence pour obtenir un peurmis longue durée. C'est obligatoire après 4 mois. Et vous, vous travaillez au Service des objets moldus, non ?

— C'est tout à fait ça, sourit Arthur en lançant un énième coup d'œil à son fils, momentanément occupé à remettre une mèche rousse derrière son oreille. J'en déduis que vous comptez rester dans notre pays encore un moment. La France ne vous manque pas trop ?

— Si, énormément ! répliqua-t-elle avec une grimace qui ne dévalorisait en rien ses traits splendides. Ma famille me manque, mais aussi la météo, la nourriture. Je n'arrive pas à m''abituer à votre cuisine. Mais mêume si beaucoup de choses me manquent, l'Angleteurre a beaucoup à m'offrir aussi. J'apprends l'anglais grâce à votre fils.

Elle coula vers Bill un regard reconnaissant dans lequel brillait une lueur espiègle.

— Il est très patient avec moi, continua-t-elle, je ne sais pas comment il fait ! Je peux êutre difficile.

Son rire envoûtant se répandit dans la cabine, cognant contre la poitrine de Bill, qui ne cessait de la regarder.

— C'est vrai que je suis patient, répondit le jeune Weasley dans un petit sourire ironique.

Arthur hocha vivement la tête, et dévisagea les deux jeunes gens comme s'il cherchait à trouver sur leur visage un secret bien gardé. Lorsque son fils se tourna vers lui, le prenant sur le fait, il haussa les épaules comme pour s'excuser.

— J'espère que la pluie arrêtera de vous déranger très bientôt. Je vous assure, Fleur, que c'est en partie grâce à elle que nous avons acquis nos magnifiques paysages verdoyants. Pour ce qui est de la cuisine, eh bien, je suis bien trop partial...

— Elle exagère un peu, intervint Bill, le regard pétillant. Pas plus tard que lundi, je l'ai vue dévorer une tourte au poulet à l'heure du thé.

Arthur Weasley s'esclaffa, tandis que l'ascenseur arrivait à sa destination.

— Niveau deux, Département de la justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des Aurors, Services administratifs du Magenmagot, Bureau magique des sorciers étrangers.

Les trois sorciers sortirent de l'ascenseur, dans lequel s'infiltrèrent sans attendre deux Aurors très pressés. L'air d'Arthur s'assombrit lorsqu'il se tourna vers la jeune femme.

— Ravi d'avoir fait votre connaissance, Fleur. Prenez bien soin de vous, lui dit-il, l'air grave.

Il sembla vouloir ajouter quelque chose mais se retint. Fleur lui adressa un sourire poli mais ne pipa mot.

— J'en ai pour une seconde, fiston. Je te rejoins ici, termina Arthur Weasley avant de faire demi-tour.

— Très sympa, ton peure, commenta Fleur en le regardant s'éloigner. Si le reuste de ta famille est comme lui, j'ai hâte de les rencontrer.

Abasourdi, Bill dévisagea sa collègue, qui lui souriait tranquillement.

— Mêume si, teuchniquement, j'ai déjà vu ta meure.

— D'ailleurs, à propos de ça...

Sans savoir quoi ajouter, il s'interrompit et se perdit dans les pupilles bleues de la Française.

— Oui ? l'encouragea-t-elle.

— Eh bien... Tu... Enfin...

— En général, tu parles plus cleurement, William.

Le dénommé William leva les yeux au ciel et accepta de ne pas trouver les mots nécessaires.

— Est-ce que tu sais où tu vas ? lui demanda-t-il à la place, en observant le panneau d'indications, où le nom d'un des différents bureaux changea tout à coup de place.

— Bureau magique des résidents sorcier étrangers. À droite. La deurnière fois, je me suis un peu peurdue.

— C'est normal, les directions changent en fonction de la disponibilité des couloirs, lui expliqua-t-il. Si tu pars maintenant, c'est à droite, mais cela pourrait changer si tu attendais trop.

— Mêume les couloirs sont des giroueuttes, dans ce pays. Je me souviens des euscaliers de Poudlard, c'était horrible.

— Tu veux que je t'accompagne ? lui proposa-t-il sans réfléchir.

La réponse ne se fit pas attendre.

— Pas question ! Je vais y arriver toute seule.

Il s'esclaffa en voyant son air offusqué.

— Et ne te moque pas de moi ! s'indigna-t-elle. Je t'assure que je trouverai ce bureau.

— Je n'en doute pas une seule seconde. Ce n'est pas pour ça que je ris. D'ailleurs, je ne ris pas, regarde.

Il prit son meilleur air sérieux, mais, deux secondes plus tard, ne put retenir le sourire qui s'étala de nouveau sur ses lèvres devant l'attitude de Fleur. Il aurait aimé rester là plus longtemps, avec elle, alors qu'il savait pertinemment qu'il allait passer un moment agréable avec son père. Cela n'avait rien d'inhabituel, étant donné qu'elle égayait chacune de ses journées et qu'il s'était vu faire de plus en plus d'heures supplémentaires sans y être forcé les jours où elle travaillait. Ces jours-là, lorsqu'il allait au Quartier général après le travail, il repassait de moins en moins souvent par son appartement.

Quand il se rendit compte qu'elle ne bougeait pas et qu'elle ne le quittait pas non plus du regard, son visage s'empourpra. Il se sentait incroyablement bien avec elle, mais elle avait toujours le pouvoir de le rendre tout chose en moins de temps qu'il ne fallait pour dire « Weasley ».

Elle inclina légèrement la tête, sans cesser d'enflammer le cœur de Bill de son regard transperçant.

— On se voit ce soir ? vérifia-t-elle d'une voix douce.

— Bien sûr ! Comme d'habitude le mercredi.

— Et tu es sûr de ne pas vouloir annuler notre cours, étant donné que c'est ton anniveurseure ? lui demanda-t-elle tout aussi doucement.

— Cela ne me viendrait pas à l'idée, s'entendit-il répondre. Ce n'est qu'un anniversaire.

Et ce serait probablement le meilleur anniversaire de toute sa vie, se disait-il tandis que son cœur tambourinait dans sa cage thoracique.

— D'accord, accepta-t-elle simplement. Alors à ce soir. Et bon anniveurseure, Bill.

Sur ce, elle posa ses deux mains sur celles du jeune homme, s'en servant d'appui pour s'étirer vers le haut et atteindre sa joue, où elle déposa délicatement ses lèvres, dans un baiser qui dura de très longues secondes. Le visage enflammé, Bill fixait les panneaux d'indications sans les voir, trop occupé à sentir la proximité de Fleur. C'était totalement irréel.

— Merci, souffla-t-il en tournant lentement ses mains, de manière à mieux à la soutenir, paumes contre paumes.

Il sentit le contact sur sa joue s'effacer et ses poumons retrouver l'air qui les avait momentanément quittés, mais Fleur resta à quelques centimètres de son visage seulement. Leurs regards se croisèrent et il la vit sourire, presque hésitante. Médusé, il intercepta les yeux de la jeune femme faire un rapide aller-retour vers ses lèvres, avant de revenir les planter dans les siens. Sans pouvoir s'en empêcher, il resserra ses doigts autour de ceux de Fleur.

— Notre premier baiser n'aura pas lieu au Ministeure de la Magie, Bill, déclara-t-elle.

Éberlué, le jeune homme relâcha sa prise sur ses mains, et elle en profita pour les retirer. Il sentit une pression sur son avant-bras, à travers son lourd manteau d'hiver, et ils suivirent tous les deux de leur regard l'autre main, toute fragile mais déterminée, s'approcher de son visage, pour terminer autour d'une des mèches de ses cheveux roux.

— Tu as l'eur surpris, reprit-elle. Mais c'est la réalité.

— Quelle réalité ? bredouilla-t-il, sa poitrine prête à exploser sous la puissance des yeux de Fleur.

Il se sentait à deux mille lieux de la réalité, à ce moment-là. Ce n'était pas de sa faute si sa voix chevrotait comme celle d'un adolescent.

— La réalité, c'est que nous allons vivre queulque chose ensemble, sourit-elle comme pour le rassurer. Mais ne t'inquieute pas. On en parle ce soir ? Je préfeure notre petit café pour discuter avec toi.

La main de Fleur quitta ses cheveux pour s'attarder tendrement sur son cou, qu'elle caressa brièvement de son pouce, avant de s'écarter. Elle jeta un coup d'œil au panneau d'indications, souffla légèrement, et tourna à gauche.

Quand il revint au sas des ascenseurs du deuxième étage, Arthur Weasley trouva son fils bouche bée, le cœur à l'arrêt, les pommettes reflétant son état de détresse. Il pouffa.

— On y va ?


Note

Défi lancé à LittlePlume et Marie Lapiz il y a quelques semaines : écrire un OS sur deux personnages coincés dans un ascenseur. LittlePlume a déjà rempli sa part du marché en nous proposant un nouveau prologue (je vous laisser aller découvrir sa nouvelle histoire, Cent grammes de poussière), Marie Lapiz est en bonne voie (mais je n'en dirai pas plus), et c'est à mon tour de proposer un petit quelque chose... Vous aurez remarqué que les personnages ne sont pas "coincés"... tant pis. Je remercie LittlePlume et Marie Lapiz pour leurs corrections sur cet OS !

Au revoir, et courage à tous pour cette période.

-DNP