CHAPITRE 1 : ET AINSI SURGIT LA NUIT
C'était une chaude soirée d'été.
Rey avait travaillé avec acharnement et sans une seule minute de repos durant toute la journée. Elle se sentait vidée de toute énergie ; recouverte de la tête aux pieds d'huile de moteur et de transpiration.
Malgré la nuit qui venait de tomber, la chaleur était étouffante. Rey n'avait qu'une hâte ; finir sa journée et sauter sous la douche.
Lorsqu'enfin elle termina ses dernières réparations, Plutt, son ignoble patron, était déjà parti depuis longtemps retrouver son canapé et sa bière.
La brunette s'essuya négligemment le visage, traçant par la même occasion un large trait noirâtre sur son front, puis rangea ses outils avec minutie.
Elle ferma le hangar et se dirigea tranquillement vers le petit mobil-home qu'elle occupait, perdue dans un coin de la casse automobile ou elle travaillait. Avec le maigre salaire que lui verser Plutt, c'était tout ce qu'elle pouvait s'offrir en termes de loyer.
Au détour d'une montagne d'épaves en décomposition, la jeune femme entendit un bruit suspect. Ses sens se mirent en éveils. Il n'était pas rare que quelques imbéciles alcoolisés s'immiscent à travers le grillage pour voler quelques pièces ou se faire des frayeurs. De même qu'il était courant que quelques animaux errants se retrouvent coincés sous une carcasse de moteur.
Rey avait malgré elle assistée plusieurs fois à des combats clandestins de chiens et de poules ; l'entourage d'Unkar Plutt était loin d'être recommandable. Parfois, ils abandonnés certains animaux blessés dans les dédales de voitures, et Rey était la seule âme charitable pouvant leur porter secours. Si elle en avait eu la possibilité, la jeune femme aurait certainement fait une excellente vétérinaire.
Alors qu'elle s'apprêtait à poser le pied sur la première marche du perron, un nouveau couinement se fit entendre. Rey fronça les sourcils et fit marche arrière. Sa douche pouvait attendre encore quelques minutes, après tout...
Elle se faufila entre les voitures à pas feutré pour éviter de faire fuir l'animale. Au vu des feulements, elle était presque certaine qu'il s'agissait d'un chien. Il avait probablement la patte coincée sous une portière, cela arrivait fréquemment...
Quelle ne fut pas la surprise de Rey lorsqu'elle trouva enfin la bête en question. De toute évidence, c'était un chien, mais il devait mesurait au moins 2 mètres de long ; il était gigantesque et un peu effrayant.
Lorsqu'il la vit, il tourna brusquement sa gueule dans sa direction et montra ses crocs acérés en poussant des grognements. La brunette sursauta de surprise. Elle prit une grande inspiration, leva les mains en l'air en signe de bonne foi, et s'approcha « calmement » dans sa direction. Alors qu'elle n'était plus qu'à quelques centimètres de lui, il poussa un nouveau grondement féroce envers elle et le cœur de Rey manqua de s'échapper de sa cage thoracique.
S'il le voulait, il pouvait ne faire qu'une seule bouchée d'elle ; son museau faisait la taille d'un énorme melon. Mais heureusement pour elle, le chien semblait très faible et ses mouvements étaient ralentis par la douleur.
- Je ne vais pas te faire de mal... souffla la jeune femme en s'approchant encore un peu. Je veux juste t'aider...
La bête fixa Rey d'une façon très étrange ; mais la brune était trop préoccupée par la mare de sang qui entourait le chien pour s'en apercevoir. L'éclairage public de la ruelle qui se trouvait derrière le grillage n'éclairait pas grand-chose, cependant il aurait fallu être aveugle pour passer à côté de l'entaille béante se trouvant sur son flanc gauche ; une partie de sa chaire semblait avoir été littéralement arrachée.
- Calme-toi... Je vais regarder ta blessure, d'accord ?
Avant de poser ses mains sur lui, Rey regarda le chien pour être certaine qu'il n'allait pas lui dévorer le bras ; et comme s'il avait compris ses paroles, il ferma la gueule et attendit.
La jeune femme s'agenouilla sur le sol, ignorant le sang tâchant ses genoux, puis caressa tendrement le sommet de la tête de l'animal. Ce dernier se laissa faire sans émettre la moindre objection. Au vu de son état, il ne devait pas avoir l'habitude de recevoir des gratouilles, il était probablement né dans la rue. Pourtant, à son contact, il se montra étonnement docile.
- Tu es dans un piteux état mon grand... Constata Rey en examinant d'un peu plus près la blessure du chien. Qu'est-ce qui t'a fait ça ? Un grizzli ? Tu as de la chance de t'en être sorti vivant, ou de ne pas t'être fait arracher la patte au complet. Bon, je vais aller chercher un chariot dans l'atelier et je vais t'emmener chez moi, d'accord ?
L'animal émit un râle de douleur. Sa respiration était rapide mais le sang semblait avoir coagulé de lui-même, stoppant l'hémorragie.
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Il lui fallu moins de 5 minutes pour revenir avec le chariot qui lui servait habituellement à transporter les moteurs de voiture ; cependant l'état du chien errant semblait s'être nettement dégradé. Sa respiration qui était auparavant courte et puissante, était désormais presque inaudible. Sa tête reposait à même le sol et ses yeux étaient clos.
Rey approcha le chariot au plus près de l'animal. Elle avait l'habitude de porter des charges lourdes ; mais ce chien semblait peser au minimum une centaine de kilos.
- Je suis désolée mais je vais devoir te déplacer, et ça risque de faire mal... marmonna-t-elle à voix haute en tentant de bouger sa bête.
Après de multiples tentatives, le chien fut enfin prêt à être déplacé. La manipulation avait rouvert sa plaie et une trainée de sang marquait désormais le chemin jusqu'à la dépendance ou Rey habitait.
Lorsqu'enfin elle pénétra dans son salon, la brunette était ruisselante de transpiration. Quant au chien... il semblait avoir perdu connaissance.
Rey vida l'intégralité de sa trousse à pharmacie sur le sol de son salon, mais ne trouvant pas le moindre flacon de désinfectant, elle se rabattit sur la seule bouteille d'alcool qu'elle avait en sa possession, c'est un dire un whisky de piètre qualité. Sans prévenir, elle déversa la moitié de la bouteille sur la plaie. La bête ouvrit subitement les yeux et poussa un terrifiant grognement. Rey déglutit et se recula par précaution.
- Tout doux mon beau... Je vais nettoyer la plaie, d'accord ? Et ensuite, je vais te recoudre... lui expliqua-t-elle calmement en alliant les mots aux gestes. On va laisser passer la nuit, et si demain ça ne va toujours pas... Je trouverai une solution pour t'emmener chez un vétérinaire. Ça marche ?
Le chien émit un petit jappement pour lui signifier son accord et laissa retomber sa tête sur le sol. Rey s'empara d'une aiguille qu'elle stérilisa rapidement à l'aide d'un briquet, puis chercha du fil afin de le recoudre. Elle n'avait jamais soigné d'animal aussi imposant ; il allait probablement lui falloir la bobine entière pour refermer la plaie. Ce n'était pas la première fois qu'elle sauvait ainsi un chien errant, pourtant ses mains semblaient trembler plus que d'habitude.
- Il va sérieusement falloir que j'investisse dans une plus grosse trousse à pharmacie, marmonna-t-elle pour elle-même. Bon. Je te préviens, ça risque de piquer.
Rey prit une grande inspiration ; puis entama sa tâche.
Lorsque l'aiguille traversa la chaire du chien, elle s'attendait à ce qu'il sursaute, mais il se contenta de geindre faiblement. Rey s'appliqua et réalisa des points étroits pour être certaine qu'il ne les brise pas au moindre mouvement. Lorsqu'elle finalisa le dernier point, elle examina le résultat et fut plutôt satisfaite de son travail.
Le chien n'avait pas bougé. Elle lui caressa le sommet du crane en le félicitant.
Une fois la blessure soignée puis bandée, Rey lui apporta une couverture qu'elle posa délicatement sur lui.
Elle était épuisée, mais elle prit tout de même le temps de l'observer durant de longues minutes afin d'être certaine que tout allait bien.
Rey n'avait pas les moyens de l'emmener chez le vétérinaire... Elle avait à peine de quoi payer son loyer et de quoi manger. Mais elle ne pouvait pas le laisser mourir ainsi... Son seul espoir était qu'une bonne nuit de sommeil l'aiderait à reprendre du poil de la bête.
La jeune femme laissa glisser ses doigts au travers de l'épaisse fourrure du chien et fut surprise de constater à quel point il avait le poil soyeux. Elle le flatta ainsi pendant de longues minutes ; jusqu'à ce que la respiration de l'animal se stabilise, signe qu'il s'était endormit.
NDL : Bonjour ! J'espère que cette histoire vous plaira ! Si c'est le cas n'hésitez pas à laisser un petit commentaire ! :)
