-« Prince vaniteux, était-ce agréable de siéger sur le trône de ton père ? De faire tien, ce qui naguère était sien ? »

Le fils de Laufey émit un râle des plus rauques. À l'instant même où la lumière du jour frappa ses pupilles délicates, il regretta amèrement d'avoir ouvert les yeux. Son visage se crispa sous la douleur. Il cligna des yeux en maugréant et porta ses mains à son visage tentant péniblement d'atténuer son calvaire. Bien avant qu'il apprenne sa véritable nature, le Prince du Mensonge avait tenté d'augmenter son acuité sensorielle par les voies de la magie. Il pensait naïvement qu'une telle astuce lui conférerait un avantage sur son impétueux frère ainé. Loki apprit à ses dépens que comme bien des choses en ce monde chaotique, une acuité sensorielle accrue était une lame à double tranchant. Trop confiant quant à ses capacités à maitriser l'inconnu, il avait plongé dans un océan de douleur. En altérant ses sens, un nouveau monde de sensations inimaginables s'était ouvert à lui. Au début l'odeur de la cire du sol lui avait semblé tellement forte qu'il eut l'impression d'avoir les narines brûlées. Les simples bruits de pas d'un individu parcourant un couloir sonnaient comme un tintamarre infernal à ses tympans. Ses yeux capables de percevoir les formes dans l'obscurité brûlaient en la présence d'une simple torche trop proche. Lorsqu'il avait avalé une simple gorgée de vin, il se souvint l'avoir recraché comme si un acide concentré s'était substitué au nectar.

L'expérience fut si déplaisante, qu'il renonça rapidement à manipuler ses sens. Loki s'intéressa dès lors à l'art subtil des illusions. Toutefois, jamais il n'oublia la souffrance engendrée par ses petites expériences. Une souffrance qui ne lui semblait que trop familière en cet instant. Son esprit confus ne parvenait pas à ordonner ses pensées. Il haleta et hoqueta successivement comme si son corps avait oublié comment capter l'air. Son esprit même était consumé par une angoisse inextinguible. Il soupira et tenta de reprendre le contrôle de son esprit. Ses yeux s'habituèrent peu à peu à la clarté du jour. Une brise légère caressera doucement son visage. Il était visiblement étendu sur un sol rocailleux et poussiéreux. Loki remua les doigts et voulut redresser la tête mais une douleur insoutenable éclata tout au long de sa nuque. Il eut l'impression d'avoir des aiguilles enfoncées profondément dans les vertèbres. Comme en signe de protestation, chaque mouvement suscitait aussitôt une nouvelle vague de douleur. Le sorcier trouva néanmoins la force de relever le coude et passa sa main derrière son crâne. Il ne sut dire quel malencontreux travers de fortune l'avait laissé dans pareil état. Une voix aigüe et criante se fit une nouvelle fois entendre.

-« Prince vaniteux, t'es-tu délecté de ton forfait ? Toi, qui par deux fois trahit tes pères ? Toi qui terrassa ton géniteur et plongea l'homme qui fit de toi un prince dans l'oubli ?

À ces mots, le sang de l'Asgardien ne fit qu'un tour. La voix criarde n'était pas celle d'un homme, pourtant elle lui sembla malgré tout étrangement familière. Il redressa la tête à la recherche de son mystérieux interlocuteur. Face à lui se tenait ce qui fût autrefois un arbre vigoureux. Il était désormais calciné, dépourvu de toute grâce. En ce qui restait de ses branches, reposaient deux corbeaux de belles tailles. Lorsque ses yeux se posèrent sur les sinistres volatiles, un étrange mélange de nostalgie et d'aversion s'empara du sorcier. Loki ne connaissait que trop bien ces oiseaux de mauvais augures. Lui et son tumultueux frère les avaient méprisés toute leur enfance durant.

Sur l'arbre calciné étaient perchés Hugin et Munin. Les messagers d'Odin. Selon les légendes, les deux volatiles s'envolaient et parcouraient les neuf mondes dans l'unique but de revenir le lendemain matin afin de narrer au Père de tout, ce qu'ils avaient vu et entendu. C'est en raison de ces sinistres messagers qu'Odin obtint le surnom d'Hrafnaguð, le Dieu aux corbeaux. Symbole de mort et de sagesse, les corbeaux se faisaient souvent l'émissaire du Roi d'Asgard. Ils étaient autrefois vénérés par les habitants de Midgard comme étant les intermédiaires entre les hommes et les Dieux. Loki se mordit la lèvre inférieure. Les paroles de son défunt père lui revinrent à l'esprit

« Jour après jour, Hugin et Munin survolent les neuf mondes. À chaque fois, la crainte me dévore à l'idée que Hugin ne revienne point, mais c'est toutefois pour Munin que je suis le plus anxieux ! »

Les craintes d'Odin étaient justifiées. Après tout, la prétendue omniscience que lui prêtaient les mortels reposait en grande partie sur le concours des oiseaux. L'inquiétude du roi d'Asgard n'était toutefois pas partagée par ses fils. « Colporteur et délateur ! ». Voilà comment Thor et Loki surnommaient ces damnés corbeaux. Des titres moins valorisants mais ô combien plus appropriés aux yeux de Loki. Heimdall seul pouvait se targuer de tout contempler. Qu'importe le rôle que les Ases et les hommes prêtaient aux corbeaux, ces derniers n'étaient au final rien d'autre que des espions. Le sorcier savait mieux que quiconque à quel point Odin avait pour habitude d'embellir ses plus viles mesquineries sous le couvert de légendes mielleuses. À bien des reprises, le duo à plumes avait rapporté à Odin les frasques de ses fils dans les neuf royaumes. Comme les réprimandes s'accompagnaient bien souvent de sévères sanctions, Thor et Loki avaient bien vite appris à profondément mépriser ces soi-disant messagers.

Hugin et Munin avaient toutefois disparu en même temps qu'Odin. Le Prince du Mensonge s'était à maintes reprises interrogées sur leurs sorts. Après tout, il avait pour un temps revêtit les traits de son père lorsqu'il s'était, à l'insu de tous, emparé d'Asgard. De par leur nature mystique et leur lien étroit avec Odin, les corbeaux auraient sans l'ombre d'un doute percé à jour la supercherie. Redoutant pareil revers, Loki avait longtemps miroité l'idée de capturer les volatiles et de les servir cuits à la broche à l'insatiable Volstagg. Le balourd n'y aurait vu que du feu et comble de l'ironie, sa gloutonnerie aurait pour une fois servi d'ambitieux desseins. Le simple fait d'envisager que ces oiseaux de malheur puissent connaitre une fin si misérable arrachait à Loki un sourire espiègle. Toutefois jamais les corbeaux ne s'étaient manifestés après que Loki se soit substitué à Odin. Peut-être n'étaient-ils finalement qu'une simple extension de sa volonté. Sans leur maitre authentique, peut-être s'étaient-ils contentés de parcourir les neuf mondes à la recherche d'une carcasse faisandée. Quoi qu'il en soit, ils n'avaient de toute évidence manquée à personne. Pour preuve, une fois l'imposture de Loki exposée au grand jour, nul ne s'était enquis du sort des corbeaux. Pas même Thor et Heimdall.

Loki se massa derechef la nuque et adressa aux corvidés un regard venimeux. Leurs propos accusateurs l'avaient piqué au vif.

-« Ou rodiez-vous tout ce temps maudits pigeons ? Pensez-vous donc être en mesure de me juger ? »

En guise de réponse, les corbeaux se contentèrent de croasser. Peut-être était-ce seulement son imagination ou une mauvaise interprétation de sa part mais Loki eut le pressentiment que les oiseaux noirs se gaussaient de lui. Subitement ils adoptèrent à nouveau la langue des hommes.

-« Aucune larme ne fût versée sur le sort de ton père véritable…

-Et les Nornes seules savent à quel point le sort d'Odin t'a indifféré après t'être emparé de ce qui était sien !

-Cela est faux ! » S'emporta Loki. « Je désirais seulement prendre ce qui me revenait de plein droit, jamais je n'ai souhaité le trépas d'Odin ! Je n'ai que faire de votre fiel corbeaux ! Où étiez-vous donc lorsque qu'Odin a trépassé ? Moi je me suis tenu à ses côtés ! Qu'en est-il de vous ? Étiez-vous en train de vous délecter de graines et de charogne tandis que Héla marchait sur Asgard ? Vous étiez dans la confidence d'Odin, vous auriez pu nous avertir Thor et moi ! Nous révéler ce qui nous attendait mais vous êtes illustrés par votre absence tout comme Odin s'est illustré par ses mensonges ! »

Loki hésita un bref instant puis reprit d'une voix tremblante.

-« Odin est mort ! Il n'est rien que je puisse faire pour changer ce fait ! Mais je ne l'ai pas renié ! En dépit de ses sombres secrets, je me suis battu pour son héritage ! J'ai conscience d'avoir commis des erreurs mais…

-Il ne réalise toujours pas ! » S'esclaffa Hugin.

-« Je ne saurais dire ce qui est le pire ! Qu'il nie ou qu'il ne comprenne pas ? » Répliqua Munin tout aussi moqueur.

-« Comprendre est toujours pire ! Ne pas comprendre soulage du poids de la responsabilité et de la culpabilité. Comprendre, en revanche, revient à souffrir.

-Et jamais il ne vient à l'esprit du Prince vaniteux qu'il n'est pas le seul à souffrir !

-Il est passé maitre dans l'art de s'apitoyer sur son sort il est vrai !

- En fin de compte, cherche-t-il à être aimé ou à être plaint ? Je ne saurais dire…

-Cela suffit ! Je ne tolérais guère plus longtemps vos caquetages indignes ! » Hurla Loki, excédé par l'insolence de ses interlocuteurs aux becs crochus.

Sans prévenir il matérialisa deux dagues affutées dans chacune de ses mains et les lança d'un geste expert vers les messagers d'Odin. Ces derniers s'envolèrent aussitôt et échappèrent de justesse à la morsure du métal. Le visage déformé par la colère et l'indignation, Loki les regarda s'envoler au loin en croassant.

-« Odin est mort mais il n'est rien que je puisse faire ! » s'époumona-t-il alors que les corbeaux s'éloignèrent à l'horizon.

Il serra les poings jusqu'à sentir ses ongles s'enfoncer dans ses paumes.

-« Il n'est rien que je puisse faire… » Répéta-t-il d'une voix blanche.

Le silence fut son unique réponse. L'Asgardien parcourut l'horizon du regard. Une terre calcinée et déserte s'offrit à sa vue. Nulle végétation, nul point d'eau n'égayait le territoire dans lequel il avait atterri. Cette terre n'était que cendre, roche et poussière. Sur bien des aspects, ce pays évoquait l'amer Niflheim bien que dépourvu de la brume et du froid. Le soleil brillait au sein d'un ciel sans nuages. Loki ne sut dire comment il s'était retrouvé en lieu désolé et dépourvu de vie à l'exception des deux oiseaux. Il était seul, au sens propre comme au figuré. Une impression qui l'avait longtemps suivi comme une ombre, bien qu'il fût élevé dans l'opulence au sein d'un vaste palais. Constamment dévoré par le sentiment d'être étranger à la terre dans laquelle il avait pourtant grandi, jamais il n'avait connu la paix et la quiétude de l'âme. Lorsqu'il apprit que l'homme qui prétendait être son père n'était en réalité que son ravisseur, un vide béant s'était emparé de lui. Il réalisa avec amertume à quel point son ressentiment était justifié. Étranger il l'avait toujours été. Il n'était qu'un Jotunn dont même le géniteur s'était détourné, écœuré par une apparente faiblesse. Qu'était-il ? Rien de moins que la Némésis des Ases. Un géant de glace travesti en Asgardien pour paraître plus présentable. Au final, il n'avait jamais été qu'un paria dès la naissance et ce qu'importent les plates excuses et les justifications qu'Odin lui avait servies.

Loki inspira et regarda autour de lui à la recherche d'un indice. Cette terre lui était étrangère et sa mémoire lui faisait défaut. Même son propre corps lui semblait étranger. Il passa nerveusement sa main dans ses longs cheveux de jais. Ils étaient poisseux, maculés de saleté. Le Dieu de la discorde contempla ses mains avec appréhension. Quelque chose lui revint à l'esprit. Une pensée impure s'immisçait dans son esprit. Il senti la sueur perler peu à peu sur son front et son ventre se nouer. Ses jambes flageolèrent. L'incompréhension s'empara de lui. Ses jambes se dérobèrent. Il ne réalisa même pas qu'il était tombé à genoux sur le sol rocailleux. La pensée sombre continuait à s'immiscer dans son esprit comme des vers furieux gargouillant au sein d'une carcasse putréfiée.

-« Je…je suis mort ? » Hoqueta-t-il avec horreur.

-« Tout comme Odin…

-…Enfin, ses yeux daignent réellement s'ouvrir ! »

Loki pivota rapidement la tête. Les oiseux de malheur étaient revenus. Les corbeaux siégeaient à nouveau au sein des branches calcinées, le toisant avec l'autorité du destin. Tout le corps de Loki se mit à trembler sous l'horreur et l'incrédulité. Échappant à son contrôle, ses pensées s'ordonnèrent, modelant des souvenirs qu'il aurait préféré oublier.

-« Comment ? » Dit-il d'une voix où se confondait peur et confusion.

-« Tu connais déjà la réponse à cette question, Prince vaniteux !

-Comme bien des âmes il t'a emporté ! » Répondirent les lugubres volatiles sur un ton dénué de la moindre fibre de compassion.

-« Qui ? Qui donc ? » Répliqua Loki d'une voix blanche en se redressant.

-« Tu le sais déjà. Tu t'es agenouillé devant lui. Par deux fois tu lui as juré allégeance et par deux fois tu l'as trahi. Tu as servi ses noirs desseins en échange d'un monde mais en fin de compte tu ne lui as rien donné. Il a donc réclamé ta vie en guise de tribut. Prononce son nom, petit Prince ! » Susurra Munin

-« Non ! » Répondit Loki, sentant la panique le consumer.

-« Il est né avec la mort gravée sur le visage. Le jour même de sa naissance sa mère tenta de l'occire, terrifiée par ce qu'elle vit dans son regard glacé. Nulle créature dans les neuf mondes n'a emporté plus d'âme que lui. Il se dresse avec le sang d'un univers entier sur les mains. Prononce son nom ! » Continua Hugin totalement indifférent aux tourments de l'Asgardien.

Terrifié, Loki recula de trois pas.

-« Non ! Je m'y refuse ! » S'écria-t-il paniqué.

-« Attiré par le trésor que tu lui avais promis, il s'est abattu sur les tiens comme un loup affamé entrant dans une bergerie ! Il a gouté le sang de ton peuple et prophétisé son triomphe sur une montagne de cadavres. Prononce son nom !

-Non ! » Protesta à nouveau Loki.

-« Le dernier fils de Titan, l'amant de la mort ! Prononce son nom ! » Croassèrent les corbeaux à l'unisson.

Loki sentit tout son corps convulser. Il tomba à genoux.

-« Thanos… » Lâcha-t-il enfin du bout des lèvres.

À la mention de ce nom, un éclair de lucidité frappa subitement le sorcier. Les souvenirs cauchemardesques qu'il avait inconsciemment réprimés depuis son réveil prirent finalement forme. Résigné et abattu, il n'eut d'autres choix que d'accepter la funeste vérité. Il était mort à bord de l'Arche qui abritait les survivants de la Cité dorée. Attiré par le Tesseract que Loki avait subtilisé à l'insu de ses compagnons, le Titan Fou et ses sbires s'étaient abattus sur les Ases. Fidèle à sa sombre nature, l'amant de la Mort ne fit preuve d'aucune pitié. La maigre résistance que Thor et Loki avaient lui avait opposé fut si dérisoire que l'Ordre Noir ne prit même pas la peine de poursuivre les survivants. Thor, Heimdall, le géant de jade terrien répondant au nom de Hulk. Tous s'étaient inclinés face au Titan. Thanos et ses lieutenants les avaient balayés comme des fétus de paille. Lorsque le colosse violet avait réclamé son dû en échange de la tête de son frère, Loki avait feint l'indifférence espérant naïvement le tromper. Thanos ne s'était guère montré dupe. Le Titan Fou mit à mal le bluff du sorcier. Le masque de dédain de Loki vola en éclat, lorsque Thanos se mit à torturer le Dieu du Tonnerre à l'aide de la pierre du pouvoir. Après avoir vaincu Hulk pourtant si féroce, Thanos s'empara de son dû sous le regard impuissant des fils d'Odin. Il n'avait accompli ce que nul autre n'avait pu accomplir mettre la main et manier deux pierres de l'Infinie. Dans l'espoir insensé de sauver son frère et de stopper le nihiliste, Loki avait feint la loyauté. Il s'était une seconde fois agenouillé devant le colosse, lui jurant son éternelle allégeance. Un geste désespéré. Thanos était bien des choses mais il n'était pas un sot. Une fois encore, il vit clair dans le jeu du Dieu de la Discorde. Il stoppa le poignard de la trahison sans le moindre effort.

Loki avait trouvé son maitre. Il se souvint avec quelle aisance Thanos l'avait soulevé comme un vulgaire pantin désarticulé sous les yeux horrifiés de son frère. Il se souvint d'avoir senti ses poumons brûler et sa gorge se compresser sous la poigne de fer du Titan. Il se remémora le regard glacé de Thanos. Ses yeux pareils au lit d'un lac l'avaient empli de frisson. Comme une lame glacée entre les côtes. Lorsque Loki, en guise de dernière bravade lui affirma que jamais le Titan ne deviendrait un Dieu, ce dernier n'afficha nulle marque d'irritation. L'Asgardien ne lut ni haine, ni rage, ni colère sur le visage morbide du colosse. Thanos se contenta d'esquisser l'ombre d'un sourire. Le sourire d'être pour qui la vie était dénuée de sens. Le sourire d'un être façonné par la mort depuis sa naissance. Ce sourire morbide fut la dernière chose que contempla le fils de Laufey avant de sentir sa nuque céder.

-« Par le sang d'Ymir… » Souffla Loki hébété.

Il ferma les yeux. Il était mort. Il était réellement mort cette fois. Il avait à maintes occasions trompé le noir toucher de la grande faucheuse mais cette dernière eut finalement raison de ses astuces. Sa nature espiègle et envieuse lui avait joué un bien mauvais tour. S'il ne s'était pas emparé du Tesseract avant la destruction d'Asgard, peut-être que les Asgardiens n'auraient jamais croisé la route de Thanos. Réalisant la duplicité de son frère, Thor l'avait qualifié de « pire des frères ». Loki savait au plus profond de lui-même que son frère ne pensait pas réellement ce qu'il avait affirmé. L'horreur et la colère avaient fait naitre ses mots, toutefois au regard de ce qui leur était arrivé les paroles du dernier roi d'Asgard étaient teintées de vérité. C'était en partie sa faute, Loki ne pouvait le nier. Sa malice avait cette fois causée des conséquences catastrophiques. Il fût un temps où s'emparer du Tesseract lui aurait permis de régner sur Midgard. Acquérir l'objet avait finalement précipité son trépas. Les Nornes ne manquaient décidément pas d'ironie. La vision de son frère blessé et ligoté lui revint à l'esprit.

« Thor… est-il ?

-Le Dieu du Tonnerre se tient toujours aux côtés des vivants, bien qu'on ne puisse en dire autant de son esprit souillé par le deuil et la défaite. » L'interrompirent les corbeaux à l'unisson sur un ton lugubre.

Loki ne sut dire s'il devait s'inquiéter ou se réjouir de cette nouvelle. Il inspira et regarde autour de lui. Cette terre désolée ne correspondait ni aux glorieuses vallées du Valhalla, ni à l'enfer glacé et brumeux d'Hellheim.

-« Quel est cet endroit ? » Fit-il en se redressant. « À la lumière de mes actions, Je puis comprendre que les portes du Valhalla me soient fermées mais cette terre déserte n'est pas le royaume des morts. Où suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? »

Les corbeaux se regardèrent un bref instant avant de croasser une fois encore. Loki leur adressa un regard ulcéré.

-« Entre vie et mort tu reposes. Ton âme tourmentée ne semble pas pouvoir trouver son chemin. » Glapit Hugin.

-« Comment ? C'est impossible ! » Protesta Loki en croissant les bras.

-« Peut-être est-ce la faute que tu as commise à l'égard de ton père qui t'enchaine en ce lieu ! » Continua Munin.

-« Encore ces griefs ?! Odin est mort ! Tout comme je le suis désormais ! Il n'est rien que je puisse faire !

-Oh ? » Commença Hugin sur un ton cassant. « Dans ce cas Prince vaniteux, je me dois de demander depuis mon perchoir…dans cet espace situé entre vie et mort… qu'est ce qui brille si furieusement par-delà cette vallée ?

-Et pourquoi donc cette lueur nous semble-t-elle si familière ? » Poursuivit Munin.

Le Prince du Mensonge toisa les volatiles sans comprendre. Il se retourna et regarda au loin. Par-delà l'horizon, il perçut une irrégularité qu'il n'avait guère observée jusque-là. Au loin, un faisceau lumineux semblait joindre le ciel et la terre. Il ne sut dire pourquoi mais il senti au plus profond de lui-même qu'il lui incombait de s'en approcher. Il accorda un dernier regard acerbe aux corbeaux.

-« Vous auriez tout aussi bien pu commencer par ce détail, fichus dévoreurs de charognes ! »

Il se détourna des messagers et s'avança. Il ne sut dire combien de temps il marcha. Le temps semblait illusoire en ces lieux et il ne disposait d'aucun repère. Il marcha encore et encore avec appréhension. Son esprit d'ordinaire si vif ne lui était d'aucun secours en ces lieux. Il marcha encore jusqu'à ce que ses pieds saignent. Enfin, après avoir parcouru une distance qui lui parut aussi vaste que le tronc de l'arbre monde lui-même, il aperçut une silhouette. Elle paraissait faire corps avec la lumière. Loki se protégea les yeux, incapable de discerner pleinement l'être se dressant au sein du faisceau.

-« Qui ? »

Alors que quelque pas seulement le séparait de l'énigmatique silhouette, le faisceau de lumière mourut, dévoilant pleinement l'être reposant en son sein. Loki écarquilla les yeux, incrédule. Devant lui se tenait un vieillard borgne doté d'une somptueuse armure dorée et d'une barbe aussi blanche que la neige. Ses traits paraissaient aussi vieux que les plus anciennes étoiles. Le sorcier senti son cœur battre plus vite.

-« Père ? »