POV 1 : NARCISSA

PARTIE 1 : NAISSANCE

11 Janvier 1997, 2h35, Manoir Malfoy,

Narcissa regardait Anthéa Lestrange d'un regard tendu. Son immobilité perturbait l'épouse Malefoy. Sans les battements de cils presque imperceptibles de la vieillissante mère Lestrange, l'ancienne benjamine des Black aurait presque pensé qu'Anthéa était une statue de cire. Cela faisait des heures qu'elle était assise ainsi, droite, les mains posées sur ces genoux, regardant le mur d'en face sans bouger. Narcissa était partagée entre la fascination et l'effroi. Bien que l'effroi fût un meilleur adjectif pour qualifier cette femme.

Elle se souvenait d'elle comme si c'était hier. Cela faisait une éternité qu'elle ne l'avait pas vu, pourtant Narcissa n'avait jamais pu oublier le visage si particulièrement sévère de cette épouse Lestrange. De plus, cette dernière n'avait presque pas changé ce qui arrangeait les aléas de sa mémoire. Hormis quelques rides aux coins des yeux, et quelques touches de gris dans ces cheveux auburn tirés en chignon banane, cette sorcière était exactement la même que dans ces souvenirs : stricte et d'une froideur inégalable.

Elle ne savait pas grand-chose sur cette sorcière qui, par sa naissance, dans la branche irlandaise de la famille Rosier, faisait d'elle une lointaine parente. Elles ne s'étaient jamais parlées, en dehors des banalités d'usage. Elle ne savait même pas pourquoi c'était elle qui se chargeait de cela pour dire vrai. Et le pire c'est qu'elle n'osait même pas lui demander tant cette femme la mettait mal à l'aise.

La mère de Rodolphus et Rabastan Lestrange était de ces personnes qui font transparaître si peu d'émotion sur leur visage que l'on vient à se demander si elles en éprouvent vraiment. Sans qu'elle sache pourquoi, par sa simple présence, Anthéa avait le don de donner des frissons à Narcissa. Depuis le mariage de sa sœur, alors qu'elle était encore toute jeune, elle ne l'avait pas revu, pourtant cette sensation de froid dans le dos et de malaise qu'elle avait ressenti en la voyant passer la porte de son ancienne demeure la veille de l'union de Bellatrix et Rodolphus, était exactement la même qu'elle ressentait à présent.

Cela faisait longtemps que les deux sorcières étaient là, assises l'une en face de l'autre, attendant silencieusement un bruit qui tardait à se faire entendre. Narcissa ne savait pas précisément depuis quand exactement, mais à vue d'œil cela devait faire à peu près quatre heures que cela avait commencé. Narcissa n'avait qu'une hâte, que ce soit terminé et qu'Anthéa s'en aille de sa maison. Quatre heures, c'était étonnement long. Mais, quatre heures en présence de cette femme, c'était encore plus long.

Alors qu'elle était perdue dans sa contemplation de la mère Lestrange, un nouveau gémissement d'effort et de douleur étouffé s'échappa de la pièce adjacente. Lorsque la femme dans la chambre s'était tu une minute plus tôt elle avait espéré, comme à chaque nouvelle tranche de silence des trois dernières heures, que la fin de cette période d'attente était venue, mais visiblement ce n'était pas le cas. Narcissa commençait à s'inquiéter.

Cela était anormalement long, quelque chose n'allait pas c'était sûr. Plus le temps passait et moins la sorcière arrivait à contrôler ces manifestations de douleur et plus elle s'inquiétait. La sorcière des ténèbres fatiguait et c'était très mauvais signe. Et puis cela ne devait pas durer aussi longtemps, elle le savait pour y être passée elle aussi. Il y avait un problème elle en était certaine. Cela la démangeait d'entrer dans la pièce pour voir ce qu'il se passait, mais l'ancienne détenue lui avait formellement interdit d'entrer. « Je te défends d'entrer dans cette pièce Narcissa tu m'entends !? Je veux être seule. » avait – elle dit.

C'était ridicule. Tout chez cette femme était devenu ridicule depuis son retour de prison. Et même avant d'ailleurs. Depuis que Voldemort avait planté ses griffes en elle il y a de cela si longtemps, la jeune fille aimable et sensée qu'elle avait connu avait cessé d'exister. Elle avait laissé place à la femme odieuse et cruelle qu'elle était devenue. Après tout ce qu'il lui avait fait comment pouvait – elle encore éprouver tant d'admiration pour lui ? Pas plus tard qu'il y a huit mois et demi il l'avait torturé, battu et souillé et pourtant elle continuait à se prosterner à ses pieds comme s'il était un dieu. Elle n'arrivait pas à comprendre. Ça la dépassait complètement.

De nouveau Narcissa s'égara dans ses pensées, perturbées uniquement par les gémissements plaintifs de la sorcière noire, jusqu'à ce que cette symphonie s'interrompe une nouvelle fois et que la sœur aînée de Thorfinn ne sorte de la pièce, dans son tablier de « médecin » non conventionnel.

Narcissa sortit de son état de réflexion en la voyant passer devant elle à toute allure. Puis elle se leva pour aller suivre cette femme qui faisait Office de Guérisseuse faute de mieux. Quand la fille de Cygnus Black la rejoint, Celle-ci était dans la salle de bain et se lavait énergiquement les mains. Narcissa s'approcha en toussotant pour signaler sa présence mais la Rowle ne lui accorda aucune attention et continuait de se savonner.

- Pourquoi est-ce si long ?

Demanda Narcissa en apparaissant dans le champ de vision de la ''guérisseuse''.

Cette dernière s'essuya lentement les avants bras en croisant brièvement son regard, sans lui répondre, ce qui ne faisait qu'agacer Narcissa encore plus. Son taux de patience avait déjà atteint son seuil critique.

-Quelque chose ne va pas ? … Quelque chose ne va pas dit le moi !

Dit-elle un peu plus vivement n'ayant toujours pas de réponse.

- Ce n'est qu'un petit contre temps, rien d'alarmant. Se sera bientôt finit. Répondit dit alors la vieille fille de sa voix rauque sans la moindre trace d'intérêt.

Cela ne plut pas du tout à Narcissa qui exprima son mécontentement elle la retenant violemment par le bras lorsque cette dernière avait repris le pas vers la chambre.

- Je t'ai posé une question Euphemia. Dit Narcissa avec le plus de retenue qu'elle pouvait, malgré l'impatience qu'elle ressentait.

- Et je t'ai répondu que ce n'était rien d'alarmant. Dit – elle en se dégageant de son entrave. Ils ne peuvent pas tous être aussi facile que fut le tien ! Certains sont particulièrement difficiles, ce qui est le cas aujourd'hui. Je sais ce que je dis Narcissa, et si je te dis qu'il n'y a rien d'alarmant c'est qu'il n'y à rien d'alarmant compris ?

Les deux anciennes ennemies d'école se regardèrent fixement, leur querelle d'antant comme ravivées, puis un nouveau gémissement provenant de la salle conjointe interrompa leur duel de regard. Euphemia se tourna vers la chambre puis fixa de nouveau Narcissa qui n'avait-elle pas bouger d'un pouce.

-Maintenant si vous voulez bien m'excuser Votre grâce. Dit – elle d'un ton sarcastique. J'ai du travail qui m'attend.

Narcissa regarda Euphemia marcher vers la chambre à coucher et s'y engouffrer avec colère. Puis elle prit une grande respiration et repartit s'assoir en face d'Anthéa qui n'avait pas bougé d'un cil. Cela ne valait pas la peine de s'énerver. Euphemia était insupportable depuis Poudlard et elles se détestaient aimablement depuis, il n'y avait pas de raison pour que ça change maintenant.

Ennuyée et à bout de patience Narcissa posa sa tête contre la surface lisse du mur de l'antichambre. Tout de suite son corps fut parcouru par les vibrations que produisaient les plaintes de la patiente d'Euphemia contre le mur. Instinctivement elle sourit.

Avant d'entrer à l'école Andromeda et elle s'amusaient à produire des vibrations de ce genre contre la paroi qui séparait leurs deux chambres. Avec le temps elles étaient même venues à crée un langage de vibrations qu'elles seules pouvaient comprendre.

Narcissa ouvrit grand les yeux. Cela faisait des années qu'elle n'avait pas repensé à sa sœur aînée autrefois tant admiré et aimé. Maintenant qu'elle y repensait cela lui paraissait si lointain ! Toute son ancienne vie lui paraissait lointaine. Le temps où ses sœurs et elle étaient heureuse et innocente était révolu depuis tant d'années qu'elle avait du mal à se souvenir qu'un jour elles l'avaient été. Le temps est une chose cruelle qui détruit tout. Il lui avait pris ses sœurs, ses parents, et tant d'autre chose ! Et maintenant il menaçait de lui enlever la seule consolation qu'il lui avait donné : son fils.

Narcissa secoua la tête. Décidément l'ennuie ne lui réussissait pas. Pourtant elle n'avait pas le choix. Tant que ce n'était pas fini elle devait rester là à attendre. Alors elle ferma les yeux et attendit.