LET'S DRINK PART.I
Samedi soir, 23 h. Centre-ville.
Trois mois que Lovino n'est pas sorti prendre un verre et voilà qu'il ne sait déjà plus comment se comporter en public.
Il a l'impression d'avoir tous les regards braqués sur lui ; n'importe sa façon de marcher, sa tenue ou bien ses moindres faits et gestes. Pourtant il sait qu'il n'a pas l'air si ridicule que ça. Le jeune homme n'est pas du genre vantard, mais il a confiance en ses goûts en matière de mode. Ils ne sont pas si désastreux que ça et sa tenue est très correcte - même un peu trop.
Alors pourquoi tout le monde le fixe ?
Il n'est même pas encore arrivé au lieu de rendez-vous qu'il a déjà envie de rentrer. Comment peut-il se sentir à l'aise en voyant cette fille vomir sur le trottoir, ce groupe de jeunes chantants beaucoup trop fort et ces bouteilles de bières écrasées contre sol qui l'obligent à les enjamber. Lovino à l'impression d'être dans un dépotoir ou bien dans l'endroit le plus délabré de la ville.
[Connard]
t ooOoouuu ? :3
Oh purée. Lovino ne peut pas croire qu'Antonio soit déjà bourré. Ou bien est-il comme ça naturellement ? Dur à dire après tout.
Soufflant d'exaspération, le jeune italien range son téléphone et s'avance encore plus dans la rue, zigzaguant et enjambant ce qui s'identifie à l'enfer.
Samedi soir, 23 h. Bar.
Lovino aurait cru que la musique allait lui exploser les oreilles, mais avec étonnement, c'est tout le contraire. Il faudrait peut-être qu'il arrête d'aller dans des boîtes de nuits et qu'il stoppe sa manie de tout comparer à cela.
Il y a du monde, des gens rentrent et sortent, mais le bar n'est pas plus bondé que la rue d'à côté et ça reste respirable. Les lumières artificielles rouges et vertes éclairent même les poubelles se situant un peu plus loin et l'odeur d'alcool et de cigarettes viennent se lover dans ses narines. Ce n'est ni désagréable ou répugnant ... c'est juste excitant.
Sa vie d'étudiant doit vraiment lui plomber le moral pour que ce simple bar le mette dans cet état. En prenant une légère inspiration pour se donner du courage - et surtout pour profiter de cette odeur - le jeune homme avance et rentre dans le bar sans plus attendre.
La musique rythme instantanément les battements de son cœur et la lumière tamisée envahie son champ de vision. Le bar est spacieux, accueillant et sent le neuf. Sans même avoir pu faire le tour d'un regard, l'atmosphère que dégage le décor, les meubles et les gens le mettent à l'aise.
À sa gauche, le comptoir en bois reluisant est saturé de monde et au centre, la table de billiard semble animée. Derrière elle une petite piste de danse se distingue et tout autour, comme piégé tel une proie, Lovino se voit encerclé de tables et de chaises - qui on l'air très confortables. Sur celles-ci, le jeune homme y distingue toutes sortes de récipients et de contenus ; des neutres, des colorés, des immenses, comme des minuscules. Une parade de boissons défile devant ses yeux et Lovino ne peut s'empêcher d'avoir l'eau à la bouche.
En s'avançant avec assurance il tombe nez à nez sur le bras levé d'Antonio. Celui-ci se tient debout, la main posée sur une table et le sourire radieux. Même beaucoup trop radieux.
« Lovino ! »
Heureusement que la musique est assez forte pour que le bar entier n'est pas entendu son prénom. Qu'est-ce qu'il peut être bête quand il s'y met.
Retrouvant sa nature grogneuse, l'italien le rejoint en mettant ses lunettes de soleil blanche sur sa tête. Sûrement une manière d'entrée avec classe, de pouvoir mieux distinguer les alentours ou bien d'apercevoir plus clairement le nouveau haut d'Antonio qui lui moule parfaitement les biceps. Mais avant même qu'il ne puisse étudier le corps de l'espagnol avec plus de concentration, son regard se tourne immédiatement vers deux silhouettes se situant à sa droite. Francis et Gilbert.
Évidemment que Lovino était au courant de leurs présences. C'est juste... un peu déstabilisant et gênant de les voir là, en face de lui. Il ne sait d'ailleurs pas pourquoi il est venu. Sûrement parce que les trois garçons ont une réputation de toujours trouver des soirées exceptionnelles et que Lovino avait besoin de ça ? Il prie secrètement pour trouver une autre excuse, mais rien ne vient.
« Salut. » Au premier abord, l'italien a peur d'avoir parlé trop bas. Ils n'ont sûrement rien entendu et en plus de ça doivent penser qu'il agit comme un parfait imbécile. C'est trop gênant.
« Oh ! Lovino ! » Au contraire de lui, Gilbert parle beaucoup trop fort. Il lève sa main en essayant de se mettre débout, mais l'alcool lui monte soudainement à la tête et il décide de rester assit, entre Antonio et Francis. « Ugh... »
« Bonsoir. »
L'italien remarque le sourire de Francis et il lui rend, un peu maladroitement. Ce sourire est excessivement trop poli, trop charmeur. Lui aussi semble avoir bu pas mal de verres.
Ces trois garçons sont trop pour Lovino.
« Vas-y, assis toi là. » Antonio lui indique la place à côté de lui.
Le jeune homme souffle dans sa barbe et s'assoit en s'entend la silhouette de l'espagnol se décaler vers l'autre côté.
En regardant autour de lui, Lovino étouffe soudainement. La chaleur de toutes les personnes présentes ici lui donne chaud, surtout avec Antonio à ses côtés. Maladroitement, il enlève sa veste en jean et la dispose sur le dos du banc sur lequel il est assis.
« Tu veux boire quelque chose ? » Antonio s'est légèrement approché de lui, par réflexe.
La musique n'est pas assez forte pour couvrir leurs voix, mais Lovino fait abstraction de ça.
« Hum... ouais. » Ses yeux bruns se baladent sur la table. Une pinte de bière vide, un verre de vin rouge et un autre avec seulement un fond de sangria. Vraiment rien de très appétissant pour lui.
Antonio suit son regard et sourit légèrement en voyant l'expression perplexe qu'affiche Lovino.
« Bon... c'est mon tour. » Francis se lève soudainement en finissant son verre cul sec. L'italien se demande combien de fois dans sa vie entière le français a-t-il dû faire ce geste.
« Fais-moi péter cette carte bleue ! »
La façon qu'a Gilbert de parler est tellement désinvolte et assourdissante. Et pourtant, le jeune homme la maîtrise parfaitement pour qu'elle paraisse assez amusante et entraînante. Lovino se demande s'il est aussi comme ça quelques fois, ou bien s'il apparaît que comme un gamin malpoli et agaçant aux yeux des gens.
« Qu'est-ce que je vous sers, messieurs ? » Tout ce qui sort de la bouche du blond paraît suave et putain d'étrangement attirant. A-t-il juste doublé de sexappeal en n'ayant que quelques grammes d'alcool dans le sang ?
« Du jägger bomb ! »
« Hum... un peu de vino tinto, por favor. »
Francis souffle en m'étant une de ses mèches rebelles derrière son oreille. « Ouais... prenez le moins cher surtout » Son visage maintenant submergé par les lumières saccadées et vives se tourne vers Lovino. « Et toi ? »
L'italien rapproche ses sourcils, en réfléchissant quelques secondes. Toutes ses boissons, toutes plus exotiques les unes que les autres et qui paraissent tellement familières pour eux sont totalement inconnues pour Lovino. Habituellement, il n'est pas du genre à se bourrer la gueule. Et quand il le fait c'est généralement pendant les grandes occasions où nonno Romeo ose enfin sortir ses bouteilles de Martini blanc - a.k.a la chose la plus beauf au monde. Mais étonnamment et avec une once de gêne, lui et Feliciano finissent assez rapidement pompettes.
En essayant d'effacer ses souvenirs de famille, Lovino répond sèchement : « Juste du vin blanc. »
Dimanche matin, 00h30. Bar.
Et putain, qu'est-ce qu'il est bon ce vin blanc...
Lovino pense ne jamais avoir goûté quelque chose d'aussi sucré, d'aussi doux mais aussi de tellement fort et d'alcoolisant de toute sa vie. C'est comme s'il tenait en main la combinaison parfaite du bonheur. Et il ne peut pas croire aussi au fait qu'il en soit déjà à son troisième verre.
Mais la tentation est trop forte et le goût trop intense. Où ne serait-ce que l'alcool montant dans sa tête qui lui dicte quoi faire ? Et si tout cela n'était qu'un cercle vicieux où Lovino est censé ne jamais s'échappé et est condamné à boire ce breuvage toute sa vie ?
Est-ce vraiment une malédiction, ceci dit en passant...
« Mais bien sûr que j'vais te le finir ce verre moi ! Regarde et admire ! Admire moi j'te dis ! »
Lovino se sent bien. Assez bien pour pouvoir supporter les cris de Gilbert et ses excès de fierté depuis quelques minutes. Il a un peu chaud, sent son cerveau légèrement se brouiller - mais toujours de façon agréable et subtile - et ce goût si sucré qui lui colle au palais.
Francis est maintenant en débardeur (Lovino à l'impression que plus la soirée avance et plus il se déshabille) et Antonio ri à gorge déployée, les deux bras derrière le dossier du banc. Ce son qui, d'habitude, l'énerve grandement parait maintenant si harmonieux et se fond parfaitement avec l'ambiance et la musique en fond.
Les yeux vitreux, l'italien observe lui aussi Gilbert finir son, quoi... ? Quatrième verre de jägger bomb ?
Après réflexion, l'italien aimerait bien goûter lui aussi. Mais il est bien trop attaché à son vin blanc si doux et si parfait et à sa carte bleue.
« Gil... Monte pas sur la table ! » Prévient Antonio entre deux rires. Mais trop tard, le mal est fait.
L'allemand d'origine a un pied posé sur la table et son verre déjà porté vers ses lèvres. Il ne faut pas plus de cinq secondes pour que la liqueur disparaisse totalement et pour que ses yeux deviennent encore plus brillants. En jetant son verre il ne sait où, Gilbert s'essuie la bouche en rigolant fièrement.
« Oui, applaudissez-moi ! Je suis génial, je sais. » Et buvant ses saintes paroles, Antonio le rejoint dans son rire et applaudit.
« Hm. » Lovino grogne souvent. Un peu beaucoup même aux yeux de son grand père. Mais celui-ci ne ressemble en rien à ceux qu'il connaît tant. Ce n'était qu'un simple grognement - beaucoup plus sonore qu'il ne l'aurait voulu - mais seulement rempli d'amusement et accompagné d'un petit rire fugace.
Les regards se tournent vers lui et Francis décide de finalement prendre la parole, affichant un sourire mesquin.
« Oh... Je pense que quelqu'un ne te prend pas au sérieux Gil. »
Le prénommé relâche un rire étouffé entre ses dents aiguisées. L'italien ne répond pas tout de suite, comme il aurait l'habitude. L'alcool a le don de le rendre plus lent et étonnement moins tac au tac. Les sourcils rapprochés et les joues rouges, Lovino scrute agilement le visage d'Antonio. Peut-être... peut-être pourrait-il simplement insulter Francis en lui disant d'arrêter de déformer ses propos ou bien s'indigner face à tous ses regards braqués sur lui. Mais bizarrement, ça ne le dérange plus.
Antonio lui sourit, en affichant une légère moue. Peut-être croit-il le connaître trop bien ? Lovino a l'impression que l'espagnol se désole avant même qu'il est pu dire le moindre mot, la moindre insulte.
En devinant ceci, Lovino ressent les premières étincelles d'une flamme naître dans sa cage thoracique. Il a soudainement envie de lui prouver qu'il n'est pas comme ça. Qu'il peut être autre chose qu'un italien au sang chaud et à la langue bien pendue. Enfin pour la dernière, ça, il n'est pas sûr de pouvoir changer.
« Donne-moi s'en un de ton... de ton truc là. Ta pisse de chat. Je vais te montrer comment un putain d'italien boit. »
La dernière chose qu'aperçoit Lovino est le visage d'Antonio s'illuminant de surprise et son ridicule petit sourire qui s'accentue de plus en plus.
Il prend ensuite l'un des verres remplis sur la table, se lève et sans plus attendre, boit le contenu. À l'instant où le liquide touche sa langue, un goût qu'il n'a jamais connu vint hérisser les poils sur son bras. Le jeune homme retire instantanément ses lèvres humides du contenu et fait une grimace en se retenant de tousser.
Gilbert rigole en s'affalant sur le banc pendant que Francis range déjà son téléphone, dessus de ne pas pouvoir prendre une vidéo épic.
« Lovino... si tu— »
« Ta gueule ! »
Le jeune garçon ne veut pas entendre les conseils d'Antonio, ni le rire moqueur de Gilbert. Il veut réussir, il veut s'amuser, il veut... il veut être comme eux.
Alors c'est le souffle court et le poing serré qu'il murmure ses dernières prières et avale le liquide d'une traite.
En silence, les trois jeunes hommes l'observent, comme hypnotisé par son geste. Lovino sent sa gorge brûlée, son visage se froissé et des frissons parcourir son corps jusqu'au sommet de sa colonne vertébrale. Sa paume d'Adam fait des gestes de vas et viens et décide finalement de se stopper, après un moment de silence.
Lovino grimace en tirant la langue et pose violemment le verre - maintenant vide - sur la table.
« Connard. » Murmure-t-il.
Gilbert siffle avec ses doigts en agitant son poing dans les airs et Francis applaudit en hochant la tête.
Mais discrètement, sans vraiment vouloir l'accepter, Lovino sait que tout ce qui compte c'est la réaction d'Antonio. Et à sa grande surprise, il reste silencieux. L'espagnol le fixe, les yeux brillants, comme admiratif et ébloui par sa présence.
Alors c'est ça ? Ce sentiment de confiance et de plénitude qui grandit en soit ? Lovino se sent tellement... tellement plus, qu'il aimerait attirer toute l'attention vers lui.
Peut-être à t-il enfin réussit à devenir quelqu'un de cool.
