Dix-neuf ans plus tard
Résumé : «ll y avait dix-neuf ans que la cicatrice de Harry avait cessé de lui faire mal. Tout était bien. » Jamais Harry aurait imaginé que l'entrée à Poudlard de son cadet aurait pu à ce point chambouler cette certitude. Alors qu'Albus se lie d'amitié avec le jeune Scorpius, Harry se voit obligé de faire des concessions avec le père de ce dernier, son vieil ennemi de toujours, Drago Malefoy. Par amour pour leurs enfants, les deux hommes viennent à dépasser leur a priori et se découvrent sous un nouveau jour, tandis que semble planer au dessus d'eux une menace dès plus familière. Une situation qui risque bien de changer leur vie à tout jamais. POST-HOGWART. [Ne prend pas en compte la pièce de théâtre «Harry Potter et l'Enfant Maudit» et légère modification de l'épilogue.]
Disclamer : L'univers et les personnages de Harry Potter appartient à JK Rowling. Rien ne me revient si ce n'est pas le contexte de cette histoire que je prends plaisir à imaginer.
Bêta : Je remercie mon cousin -qui se reconnaîtra- pour sa relecture, ses conseils et ses corrections. Partager cela avec toi est une grande joie, tu sais à quel point ce projet me tient au cœur (et la POP d'Ombrage est là pour me rappeler à mes devoirs!). Ton regard de passionné, extérieur au monde de la fanfiction, est précieux et, sans toi, la qualité de cette fiction ne serait pas la même. Merci pour cela, et merci d'être là!
Bonjour, bonjour! Bienvenue sur ma première fanfiction HP (ma première tout court à vrai dire) et je vous remercie dors et déjà de vous y intéresser. Ma passion pour HP remonte à de nombreuses années maintenant mais l'envie d'écrire une fanfiction sur le sujet m'est apparu il y a deux ans. Jusqu'ici, ma passion pour l'écriture s'exprimait au travers des forums RPG mais j'ai décidé d'ouvrir une nouvelle page de mon histoire avec les mots. Ce qui devait être à l'origine une fiction entièrement basée sur la relation entre Harry et Drago est finalement devenu une histoire légèrement plus complexe, d'une vingtaine de chapitre environ. Elle n'est pas terminée, loin de là, mais j'ai finalement décidé de me lancer et de publier le premier chapitre en espérant recueillir quelques avis qui me feraient progresser et avancer dans cette histoire. J'espère qu'elle vous apparaîtra aussi réaliste et complète que je le voudrais. Bonne lecture.
Potterheadement, C'Chanel
En cette mâtinée brumeuse de septembre, un calme étonnant planait sur Londres. Il faisait encore nuit, mais les pépiements d'oiseaux résonnaient dans l'air. On commençait à apercevoir les premières lueurs du jour. Les premiers passants sortaient de leur habitation, grimpaient dans leur voiture ou se dirigeaient vers les transports en commun les plus proches.
Au 12 Square Grimmaurd, le désormais Manoir Potter anciennement Black planait le silence. Une douce odeur de café et de pain grillé flottant dans l'air. Harry, encore en bas de pyjama, descendit les escaliers en veillant à ne pas faire trop de bruit. Il tenait dans ses bras la dernière de la famille, Lily, qui sommeillait toujours à moitié, le visage caché dans le cou de son père.
Il était encore tôt, à peine six heure. Pourtant, il leur avait fallu se lever car une journée de travail bien remplie attendait le brun. Et il fallait d'abord déposer Lily qu'il ne pouvait clairement pas emmener au ministère.
Il se dirigea tranquillement vers la cuisine dans laquelle il avait commencé à préparer le petit déjeuner. Avec douceur, il déposa son fardeau sur une chaise, autour de la table et la petite rousse ronchonna pour la forme, avant de se frotter les yeux. Tandis qu'il prépara un chocolat chaud et disposa les toasts sur une assiette, une petite voix s'éleva, bougonne:
« Papa, pourquoi on se lève si tôt ? J'ai pas faim, je veux dormiiiir ... »
« Il faut que tu manges, ma puce. Je t'ai préparé tes toasts. », il les déposa devant elle avec de la marmelade et de la pâte à tartiner, avant de s'installer en face, son café noir à la main, « Je dois aller au travail plus tôt, ce matin. Et je dois d'abord te déposer chez Mamie Molly. Il parait que Hugo sera là? »
« Oui » répondit-elle, encore un peu endormie tandis qu'elle commençait à étaler maladroitement la confiture sur ses toasts sans conviction, « Il a dormi chez Mamie et Papy cette nuit parce que Tante Hermione et Oncle Ron ont passé la soirée en amoureux . On va aller sur le Chemin de Traverse, Mamie a des courses à faire. Tu crois qu'elle nous emmènera à la ménagerie ? »
Avec horreur, Harry pria de tout son cœur pour que se ne soit soit pas le cas. Dans le cas contraire, il risquerait de revenir chez lui avec un enfant ET un animal. Lily était folle des animaux et le tannait toujours pour en adopter. Elle lui avait déjà ramené toutes sortes d'oiseaux et de petits mammifères qu'il fallait faire soigner puis libérer ou donner. Ils avaient déjà un croup nommé Patmol. Il ressemble à s'y méprendre à son défunt parrain sous sa forme animagus, hormis sa queue fourchue. Lily l'adorait. Harry, quant à lui, trouvait la présence de l'animal bien trop contraignante pour imaginer subir celle d'un nouvel ami à deux, quatre ou six pattes. Ginny avait donné consigne à Molly de ne jamais céder aux demandes de la fillette sous menace de s'occuper elle-même de la bête. Il espérait que l'autorité naturelle de Ginny Weasley agissait également sur sa propre mère. Toutefois, Harry doutait que cette consigne s'étende à son propre cas. Etant divorcés, il était probable qu'elle n'ait rien spécifié à ce sujet le concernant. C'est pourquoi il dit:
« Bien sur, tu trouveras peut-être un compagnon à poil ou à plume, pour chez Maman. »
Il accorda un sourire qui se voulait enthousiaste à sa fille mais qui voulait plutôt paraître crispé. Lily ne fut pas dupe et eut une moue boudeuse. Si ménagerie elle visitait, il était peu probable qu'elle en sorte avec une créature magique dans les bras. Elle s'en rendit compte. Il lui caressa tendrement la tête pendant qu'elle se replongea dans son petit-déjeuner, déçue.
Il prit une gorgée de son café et reporta son attention sur la fenêtre qui menait au jardin qu'il avait fait aménager à l'arrière du Square Grimmaurd. Il n'y avait pas spécialement attiré par le spectacle de leur jardin un peu abandonné par les enfants maintenant pré-adolescent, à l'exception de Lily qui y passait énormément de temps. En fait, il attendait quelque chose.
Ce quelque chose se matérialisa dans le ciel, quelques minutes plus tard alors que Lily débarrassait son bol. Un hibou, de taille plutôt moyenne, vint rapidement se poser sur le rebord de la fenêtre.
« Oh Papa, c'est Asphodèle ! Regarde. Albus nous a écrit ! »
La dite-Asphodèle, nommée ainsi en rapport avec la plante entrant dans la composition de la goutte du mort-vivant -Albus aimait particulièrement les potions et la botanique-, se mit à en frapper la vitre frénétiquement. Elle ne s'arrêta que lorsqu'Harry vint ouvrir. Aussitôt, elle s'envola dans la cuisine et atterrit promptement sur la table où elle reçut les caresses de la jeune fille. Elle tendit néanmoins sa patte, docile. Harry entreprit de lui détacher le parchemin solidement ficelé à l'aide de sa baguette Il le décacheta d'un nouveau sort et le déplia. La petite rouquine grimpa sur les barreaux de sa chaise pour lire au dessus de son épaule. Asphodèle vint, quant-à-elle, se percher sur sa tête. Il n'y fit pas d'attention, trop occupé à lire la lettre de son fils.
« C'est bien Albus. Il a été répartie à ... », il manqua de s'étouffer, « Serpentard ?! Oh… je vois. »
« OoooOooOoh ! » s'exclama Lily, mi-surprise, mi-décontenancée,« Est-ce qu'Albus va avoir des ennuis ? »
Surpris, Harry se tourna vers sa cadette.
« Bien sur que non chérie, pourquoi tu dis ça ? »
« Je sais pas… tu fais une drôle de tête. C'est parce que personne dans la famille n'a jamais été répartie à Serpentard ? »
« Non! Oui. Enfin… », elle le regarda ne semblant pas bien comprendre les hésitations de son paternel, « Je suis juste étonné. C'est vrai que les Potter ont tous pratiquement appartenu à Gryffondor, et les Weasley aussi mais ... en fait, non, je ne suis pas vraiment surpris. », il se rendit compte en prononçant ces mots qu'ils étaient vrais.
« Parce qu'Albus veut toujours être le meilleur ? »
Harry se mit à rire. Elle fronça les sourcils, semblant se demander ce qu'elle avait dit de mal. Après tout, Albus avait tendance à tout vouloir savoir et tout réussir. Ça avait toujours été ainsi.
« Oui, quelque chose dans ce genre là. Disons que cette maison lui va bien. Elle lui permet de… », il repensa succinctement à sa propre répartition et aux termes employé par le Choipeaux, «…. d'accomplir de grande choses. Oui, c'est à peu prêt ça. »
« Alors, on est content ? » demanda-t-elle, retenant un sourire malicieux, il rit de nouveau.
« Es-tu contente ? »
« Oui ! »
«Alors oui, on est très content! »
Ils échangèrent un grand sourire et il reporta son attention sur la lettre de son fils tandis que Lily continuait de deviser.
« Tu crois que j'irais à Serpentard, moi aussi ? »
« Peut-être, ma puce. » répondit Harry à demi-mot, concentré sur sa lecture.
Elle semblait séduite par l'idée. Il était peu probable que Lily devienne vert-et-argent, cependant, mais il était trop distrait pour y réfléchir. Et de toute façon, Lily s'en désintéressa subitement et se mit à jouer avec Patmol qui venait d'arriver la queue agitée de frétillement joyeux. Asphodèle abandonna son perchoir, à savoir le crâne de la gamine, pour retourner sur le rebord de la fenêtre.
Harry achevait sa lecture. Albus semblait légèrement inquiet de sa réaction, nota-t-il, un peu contrarié. Ne lui avait-il pas dis que n'importe quelle maison lui irait du moment que lui s'y sentait bien? Il avait dû encore laisser traîner quelques préjugés sur les Serpentard dans ses conversations avec Ron. Super Harry. Il allait foutre des complexes à ses enfants à cause des quelques vestiges de ses préjugés ridicules sur les Serpentards. Formidable.
Albus semblait heureux, pourtant. Il lui décrivait sa salle commune, bien que son père n'en eut nul besoin, ce qu'il ignorait. Il n'avait jamais parlé à son fils de son escapade dans la Salle Commune des Serpentard, lors de sa deuxième année, étant donné qu'il avait ce jour-là brisé à peu prêt la moitié du règlement de l'école. Ce n'était peut-être pas une mauvaise idée de lui avoir tut ce détail.
Albus enchaînait ensuite sur les cours, qu'il attendait avec impatience. A l'heure qu'il était, il devait être aux anges. Décidément, il ne changerait jamais. Harry songea qu'il aurait presque pu finir à Serdaigle, curieux et studieux comme il l'était. Puis, il lui parlait succinctement de ses camarades de maison et Harry ne put s'empêcher de remarquer que le fils Malefoy était nommé à plusieurs reprises. Si il avait su un jour que ces deux-là finiraient par se retrouver dans la même maison … C'était presque un retour en arrière de 25ans. Sauf que lui en avait décidé autrement.
Ses pensées dérivèrent presque automatiquement sur sa propre rentrée et tous les souvenirs qu'il avait de Poudlard. Un afflue de nostalgie le prit tandis qu'il songea aux quatre maisons, leurs rivalités et leurs affinités, leurs salles communes et les quatre tables de la Grande Salle. Lui revinrent en mémoire les soirées passées dans la salle commune de Gryffondor ou dans les dortoirs, à jouer aux échecs version sorciers avec Ron ou à la bataille explosive, à manger des sucreries de chez Honeyducks et à rigoler avec ses amis. Lui revinrent également, l'après-midi à travailler à la bibliothèque sous le regard inquisiteur de Mme Pince et celui, non moins inquisiteur, d'Hermione. Les cours, de plus en plus difficile. Et les professeurs, talentueux et fantastiques pour la plupart, mais de plus en plus exigeants au fil des années. Il n'oubliait pas non plus les entraînements de Quidditch, et surtout l'excitation des matchs, la pression ressentit mais aussi la satisfaction de la victoire. Et bien sur, il en vint à penser aux Serpentard de son époque. C'était de circonstance étant donné les dernières nouvelles.
L'image de Malefoy, et ses manières de Prince, qu'il avait détesté plus que personne au monde -hormis Voldemort- s'imposa à lui. Le séduisant Zabini et son éternel sourire moqueur. Crabbe et Goyle, ces deux grosses brutes à l'intelligence comparable aux véracrasses, à qui n'importe qui aurait pu faire gober n'importe quoi (dans le sens littéral comme figuré, d'ailleurs). Les critiques et les ragots aussi toxiques que du venin de Parkinson, Bulstrode et Greengrass. Marcus Flint, ses grandes dents et ses tricheries sur le terrain de Quidditch. Et l'effacé, mais non moins intelligent, Théodore Nott. Aujourd'hui, ils avaient tous grandit et étaient devenus adultes. Tous avaient mûris, changés, y compris lui-même. Il côtoyait certains d'entre eux au Ministère, avait appris à les apprécier et à les respecter, mais il n'était pas moins inquiet pour son fils. Albus, son doux et fragile petit Albus, s'en sortirait-il dans cette maison où le paraître et la capacité à sortir les meilleures cartes de son jeu au meilleur moment était de rigueur ? Ne se ferait-il pas manger tout cru ? Son cœur de père n'arrivait pas à l'imaginer ainsi livré à lui-même dans la fosse aux serpents.
Pourtant, il eut un sourire amusé quand il repéra le griffonnage, au dos du parchemin: « Je sais que tu m'as demandé d'arrêter d'embêter Albus, une fois à Poudlard. Et de l'aider un peu plus. Mais je ne peux pas m'empêcher de lui siffler dans les oreilles à chaque fois que je le vois ! Non mais Serpentard ! Mon frère est dans la maison rivale à la mienne ! Par Merlin, ça mérite bien quelques petites taquineries, non ?! Allez, je te laisse, je dois rejoindre les Gryffondor, la meilleure maison de Poudlard ! Demain, je vais m'inscrire aux sélections de Quidditch. J'ai trop hâte ! Promis, je veille sur lui, même si il est dans le camp de l'ennemi. Embrasse Lily pour moi. Je t'aime. James. »
La réaction de son aîné était égale à lui-même. Au fond, toutes ses taquineries n'étaient qu'un moyen de montrer son affection pour son cadet, il le savait. Au moins, il le prenait bien, malgré les termes employés. La fin de la guerre avait changé beaucoup de choix mais certainement pas mit fin à la rivalité entre Gryffondor et Serpentard. Heureusement, ça n'avait rien à voir avec une quelconque animosité malsaine. Une simple habitude, presque comme une tradition. Parfois, Harry se surprenait à regretter cette époque…
Le brun et la petite rousse transplanèrent au pied du jardin, devant le portillon en bois branlant. Se dirigeant vers la porte du Terrier, main dans la main, ils furent accueilli par une Molly souriante.
« Bonjour vous deux ! »
Harry lui déposa un baiser sur la joue. Ses quinze années de mariage l'avaient aidé à se rapprocher de sa belle-famille, à s'y sentir très à l'aise et à y prendre ses petites habitudes. Le divorce n'avait rien changé sur ce point. Molly avait été comme une seconde mère, et elle le resterait.
« Bonjour Molly. Je suis désolé arrivé si tôt. J'ai une réunion assez importante ce matin avec tout le département et le fait que le chef des Aurors soit absent risquerait de créer polémique, malheureusement. D'autant que c'est moi qui aie organisée la réunion ! »
Molly rit tout en prenant la jeune fille dans ses bras. Elle a reçu le baiser de Lily sur la joue avec un grand sourire, qu'elle lui rendit au centuple. Harry les observa avec tendresse. Molly se retourna de nouveau vers lui.
« Ne t'inquiètes pas Harry, tu sais que ça nous fait plaisir. Arthur et moi te l'avons déjà dit. Nous serons toujours là pour toi et les enfants, quoi qu'il arrive. »
« Merci Molly, vous êtes adorable. »
En revanche, il ne s'était jamais habitué au tutoiement.
« C'est normal. Alors, les nouvelles de ce matin ? »
« Albus nous a écrit ! » s'écria Lily.
« Oooh, et alors ma puce, qu'est-ce qu'il a dit ? »
Elle regarda son père, attendant qu'il parle. Harry eut un petit sourire gêné. Il se sentait idiot mais il redoutait la réaction de tout le monde. La maison Serpentard était liée à tellement de personnes ayant nui à leur famille, et au monde de la magie en général. Il pensait, pour sa part, que cela importait peu au final. Que ces inquiétudes ridicules qu'il avait eut dans son adolescence n'était que des broutilles. Mais qu'en serait-il des autres ?
« Il a été répartie à Serpentard. » Molly eut une expression de surprise, « Il a l'air plutôt content » continua-t-il, un peu comme une justification.
« C'est le principal, non ? » finit-elle par dire à son grand soulagement,« Pas trop déçu? »
« Déçu? Non. Le Choipeaux ne se trompe jamais. Il est dans la bonne maison. James lui est un vrai Gryffondor, alors que Al '… franchement, je ne suis pas étonné. Pas qu'il manque de courage mais il est juste tellement malin et ambitieux qu'il ne fallait pas s'attendre à autre chose, à mon avis. »
Molly acquiesça doucement, tenant toujours Lily contre elle, les bras de cette dernière autour de son cou. Un sourire se dessina progressivement sur les lèvres de la mère de famille, comme-ci elle s'habituait à l'idée et l'acceptait plutôt bien. Harry n'eut aucune peine à imaginer ses pensées. « Un Serpentard dans la famille. Quand Arthur apprendra ça ! »
Soudainement, des pas se firent entendre dans la maison, derrière le dos de la matriarche. Le fils cadet de ses deux meilleurs amis, Hugo, qui avait le même âge que Lily, fini par apparaissant au côté de sa grand-mère. Il était encore en pyjama. Toujours très calme, étonnant pour un enfant de neuf ans, il affichait un grand sourire. Molly posa une main sur sa tête tandis que le garçonnet se dévissait le cou pour regarder son oncle.
« Bonjour oncle Harry ! » salua-t-il.
« Bonjour Bonhomme. Déjà levé ?! »
« Il était levé avant moi ! Il a refusé de se recoucher sachant que Lily est arrivée d'un moment à l'autre. »
Le jeune garçon adressa un sourire malicieux à sa cousine. Cette dernière le lui rendit, espiègle.
« Alors ? » demanda-t-il soudainement, en se tournant de nouveau vers Harry.
« Serpentard, champion ! »
« Cooooool! »
Lily acquiesça vivement, se déhanchant pour descendre de son perchoir. Molly la reposa à terre. Ils se mirent à discuter tous les deux avec animation.
« Rosie a été répartie à Gryffondor ! On a reçu la visite de Papa ce matin, avant qu'il n'aille à la boutique. C'est lui qui me l'a dit ! »
« Génia l! Elle sera avec Fred, Dom', James et Roxy ! » s'enthousiasma la gamine.
Fred, le fils que Georges avait eu avec Angelina Johnson, avait été le premier de ses cousins à être envoyé chez les Gryffondor, cinq ans auparavant. Dominique, que l'on surnommait le plus souvent Dom ', était la cadette de Bill & Fleur et l'avait rejointe l'année d'après, suivie par James et Roxanne, la petite sœur de Fred, l'année suivante. La sœur aînée de Dom', Victoire, avait été répartie à Poufsouffle quelques années plus tôt -elle passerait ses ASPIC cette année- et avait été rejointe par leur petit frère Louis, l'année précédente. Lucy, la fille aînée de Percy, fut attachée à la maison Serdaigle dans le même temps.
« Elle doit être trop contente! » continuait de s'enthousiasmer la petite rousse, « Qu'est-ce que j'ai hâte qu'on y aille aussi ! »
« Dis, tu veux qu'on joue à Poudlard ?! »
« Ouaiiiiiiii! »
Pressée d'aller jouer à son jeu favori avec son acolyte, Lily attrapa la manche de son père, l'obligeant à se baisser. Elle lui colla un baiser sonore sur la joue et Hugo lui fit de grand signes de la main, lui souhaitant une bonne journée. Puis, les deux enfants partirent ensemble, se mettant à discuter à voix basse comme des conspirateurs. Se redressant, Harry les regarda faire en riant. Molly l'imita, un regard attentif à ses deux petits-enfants.
« Ah, ces deux-là ! » s'exclama-t-elle, attendrie, « Ils me font penser à Roxanne et James, au même âge. »
« C'est vrai. Sauf que James était le plus remuant des deux, même si Roxanne était une vraie pile électrique. »
« Une quoi? » demanda Molly, incrédule.
Un moment perdu, Harry réalisa rapidement ce que sa belle-mère n'avait pas comprit. Il avait utilisé une expression moldue sans même s'en rendre compte. Même si Arthur avait dû lui parler des centaines de fois des piles électriques, Harry doutait que Molly n'ait jamais vraiment écouté son mari au sujet de sa passion pour la culture moldue. Il s'empressa de se corriger.
« Oh euh… une expression moldue, désolé. Un vrai lutin de Cornouaille, si vous préférez ! »
« Oh oui, exactement ! » acquiesça-t-elle, « Sais-tu si leur rentrée s'est bien passé ? »
Harry haussa les épaules.
« Oh, vous savez, James ne perd jamais trop de temps avec le courrier. Il a laissé un petit mot en bas de la lettre d'Albus. La seule chose dont il m'ait parlé, c'était sa candidature pour l'équipe de Gryffondor, maintenant qu'il entre en troisième année. J'imagine que Roxanne doit trépigner d'impatience autant que lui. J'ignore si le poste de Poursuiveuse qu'elle convoite est libre, mais James lui, semble croire que celui d'Attrapeur lui reviendra de droit. Enfin bref, je suppose que tout va bien ! »
Molly acquiesça, amusée.
Après ça, les deux adules échangèrent d'autres nouvelles. Les vacances dont il y avait passé une partie seul, les enfants étant chez leur mère. Le travail et la paperasse qui lui prenaient de plus en plus de temps et le rendaient fou. La dernière mission à laquelle Ron avait participé en tant que consultant. Le Quidditch et les derniers entraînements de l'équipe du Bureau des Aurors. Et bien sur, Poudlard et les enfants. Encore et toujours.
Puis, après un coup d'œil à la montre bosselée ayant autrefois appartenu à Fabian Prewett, cadeau de Molly et Arthur pour ses dix sept ans, il dû partir.
Harry transplana directement dans l'Atrium, dans la zone réservée à cet effet. Il était encore tôt et l'habituelle cohue bruyante présente en ces lieux était encore inexistante.
Le chef des Aurors entreprit de traverser le long hall, contournant l'immense fontaine rénovée après la guerre et représentant à présent toutes les créatures magiques du monde sur un même pied d'égalité, construisant à l'aide de leur magie un édifice central censé symboliser le monde magique dans son ensemble. Saluant au passage quelques rares connaissances déjà arrivées, en leur serrant la main ou d'un simple hochement de tête, il se dépêcha de pénétrer dans le petit hall attenant, où s'alignaient les ascenseurs aux grilles dorées.
La mine concentrée, il pensait déjà à la réunion qui l'attendait. Il appuya sur le bouton d'appel avec impatience. En attendant que l'ascenseur se présente, il laissa son esprit vagabonder vers le sujet du rassemblement qu'il avait organisé. Cette nouvelle affaire commençait à le préoccuper. Un peu.
Le tintement sonore d'une cloche le ramena vite à la réalité, et la porte s'ouvrit devant lui. La voix familière retentit tandis qu'il s'y engouffra.
«Niveau huit, Atrium, Bureau d'enregistrement des visiteurs, Service de sécurité du Ministère. »
Appuyant de nouveau sur le bouton portant le numéro deux, il attendit que les portes se referment avec leur boucan habituel. Il fit un léger signe de tête aux deux sorciers déjà présents. Ces derniers le lui rendirent puis reprirent leur conversation. Harry repartit presque automatiquement dans ses pensées. Une fois au Ministère, l'Auror-en-Chef en oubliait le reste et seul le travail comptait. Il endossait alors sa cape de chef du bureau des Aurors et les responsabilités qui allaient avec. Il aimait son métier. Il avait été forgé pour arrêter les mages noirs -et autrefois les mangemorts-, cela relevait presque d'une deuxième nature. La chute de Voldemort n'avait pas changé ce fait.
Une nouvelle fois, la voix féminine retentit. Il n'y prêta pas plus d'attention qu'une poussière sur sa baguette, habitué, après ces nombreuses années.
«Niveau cinq, Département de la coopération magique internationale, Organisation internationale du commerce magique, Bureau international des lois magiques, Confédération internationale des sorciers, section britannique. »
Les deux sorciers sortirent et un autre entra. Harry n'y fit attention que lorsque ce dernier s'adressa à lui.
«Bonjour, Ô grand et charismatique Chef Potter»
Ce dernier leva les yeux et rencontra celui rieur de Blaise Zabini, Auror de son état. Le dit-Chef Potter eut une grimace à l'entente du surnom. Ma parole, qu'est-ce qu'il détestait quand ses gars -et leurs équivalents féminins- l'appelaient ainsi. Surtout en rajoutant des éloges aussi ridicule. Du grand Zabini. Il préférait largement un simple Potter, ou mieux, Harry. Il lança à son subordonné et collègue un regard noir.
« Zabini, la prochaine fois que tu m'appelles comme ça, je te jette un Chauve-Furie qui risquerait de te rappeler quelqu'un ! » cracha-t-il sans pouvoir se retenir.
L'ancien Serpentard se mit à rire, son sourire arrogant et confiant s'agrandissant comme jamais. Les Chauve-Furie de Ginny Weasley étaient légendaires à Poudlard. Et Zabini en avait souvent fait les frais. Pourtant, il n'en était plus effrayé - car il l'avait été même s'il ne l'avouait que sous la torture - il continua donc à se moquer gentiment:
« Ouuh Potter, quelle menace. Je tremble! Je croyais que vous aviez divorcé ? »
« Oui, mais j'ai eu quinze ans pour m'entraîner à le maîtriser aussi bien qu'elle. Alors fait attention à tes fesses. »
« Je plains vos pauvres gosses », e regard d'Harry lui fit lever les mains comme pour se défendre, «D'accord, d'accord. J'arrête. » lâcha-t-il en signe de reddition, son sourire toujours présent.
Zabini tenait sous son bras un pile de dossier qu'il entreprit de montrer à son supérieur.
« J'ai tous les anciens dossiers des mangemorts que tu m'as demandé de rassembler. Y compris les sympathisants étrangers. », expliquant par là-même en présence au département magique international, « Pourquoi les ressortir aujourd'hui ? Est-ce que ça a un rapport avec la réunion de ce matin ? C'est la nouvelle affaire ? »
« Tu verras bien. Mais oui, ça a un rapport. Je vous explique tout ça, tout à l'heure. Tout le monde est déjà là ? »
« Euh… J'imagine. Disons qu'on arrive rarement au ministère avant huit heures en temps normal. Espérons que la brigade à penser à mettre son réveil. »
Harry ne répondit que par un léger grognement, signe qu'ils en avaient tout intérêt. Il ne manquait plus que les seuls absents viennent de son service. L'ascenseur s'immobilisa soudain et les portes se rouvrirent.
«Niveau trois, Département des accidents et catastrophes magiques, Brigade de réparation des accidents de sorcellerie, Quartier général des éditeurs, Comité des inventions d'excuses à l'usage des Moldus. »
Deux sorcières à l'allure sérieuse, engoncées dans leur tailleur sur mesure, entrèrent. Un sorcier à la carrure imposante entra à leur suite. Les deux Aurors se serrèrent au fond de la cabine pour faire de la place. La porte se referma avant qu'une voix se fasse entendre:
« Attendez ! »
L'une des sorcières retint la porte d'un coup de baguette. Le sorcier courut les derniers mètres et s'engouffra à l'intérieur. Il remercia la sorcière du bout des lèvres. En observant les autres, son regard tomba sur les deux Aurors et son visage s'éclaira. Il se fraya un chemin jusqu'à eux.
« Potter. Blaise. » les salua-t-il sobrement, mais avec un sourire doux sur les lèvres.
« Salut Théo, comment va? » répondit son ancien camarade de Serpentard, et désormais ami, tandis qu'Harry le saluait d'un signe de tête en prononçant un simple « Nott ».
« Bien merci. Et toi? »
« Très bien! Une joyeuse petite réunion pour commencer la journée. Je ne pouvais rêver mieux ! »
Jetant un rapide coup d'œil à Harry, Nott eut un sourire amusé pour son ami. Visiblement, Blaise aimait autant les réunions que les Chauve-furie de Ginny Weasley, au temps de Poudlard.
« Effectivement, une intrigante façon de débuter une journée de travail. Surtout de si bonne heure. »
Harry garda le silence bien qu'il sentait la curiosité grandissante que ses collègues exprimaient dans leurs mots. Il avait convoqué toute la brigade des Aurors, celle de la Police magique mais également celle des Oubliators, dont faisait partie Théodore Nott, ainsi que quelques services annexes. Une telle réunion n'était pas anodine et tout le monde commençait à poser des questions, légitimes. L'intérêt des autres sorciers présents les poussait à écouter, ce dont Harry se rendit compte.
« Qu'est-ce qui se passe, Potter? »
« Vous le saurez à la réunion, ne vous inquiétez pas. »
Leur curiosité réveilla quelques craintes. Avait-il eut tord de convoquer tout le monde, aussi expressément…?
De nouveau, l'ascenseur s'immobilisa et les portes se rouvrirent, ne lui laissant pas le temps de s'appesantir sur la question.
« Niveau deux, Département de la justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des Aurors, Brigade de la police magique, Service administratif du Mangenmagot. »
Tout le monde sortie et se dirigea dans un même ensemble vers le Quartier général des Aurors où aurait eu lieu le rassemblement. Il semblerait qu'une bonne partie des employés convoqués étaient déjà présents, mais il fallu attendre les derniers retardataires pour commencer. Harry en profita pour installer son matériel de projection d'image magique et faire de l'ordre dans ses dossiers et ses notes.
Il déplorait l'absence de Ron. Même si son statut de chef du bureau lui était acquis depuis quelques années, il n'en était pas moins légèrement stressé. Il n'avait jamais été à l'aise pour les déclarations en public. Et surtout pour supporter les regards scrutateurs d'une foule, aussi petite soit-elle. Son statut de Survivant ne l'avait pas épargné sur ce point, bien au contraire. Seul une maturité adulte -et la force de l'habitude- lui permettait de donner le changement et de ne rien laisser paraître de son trouble. Heureusement, il s'était découvert une autorité naturelle qui l'aidait à gérer ce genre d'événement. La présence de son meilleur ami, aurait été la bienvenue, cependant. Il aurait sûrement trouvé une bonne plaisanterie pour calmer ses nerfs.
Une fois tout le monde installé, le silence se fit progressivement et il leur fit face. Se refusant à utiliser un sonorus, jugeant la pièce et le nombre d'individus trop restreint pour en venir à s'exposer autant, il se contenta de se racler la gorge avant d'élever la voix:
« Bonjour à tous et bienvenue. Merci de vous être levé aussi tôt ce matin, pour assister à cette réunion. Elle risque de durer un certain temps, c'est pourquoi, je me suis permis de fixer le rendez-vous à cette heure aussi précoce. »
Non loin de là, Blaise retint un gémissement accablé. Harry lui jeta un bref regard pour le faire taire, levant rapidement les yeux au ciel, consterné par le manque de retenu de son agent.
« Je ne vais pas vous faire languir encore longtemps, alors entrons dans le vif du sujet. L'objet de cette réunion sera tenu secret, je compte donc sur la discrétion de chacun. »
Il laissa planer un regard sur l'assemblée avant de reprendre.
« Il semblerait que des sorciers mal intentionnés aient décidé de faire parler d'eux. Notre Brigade dénombre pas moins d'une dizaine de méfaits commis par ces individus, dans l'espace de ces six derniers mois. Les victimes, presque toute moldue, ne semblent avoir rien en commun, se sont toutes des personnes sans histoire. Aucun antécédent notable, rien que ne soit à noter hormis leur ascendance moldue. Les attaques vont de simples vandalismes à des attaques plus graves, comptant parfois de sérieux blessés. »
Il agita sa baguette, activant le projecteur qui laissait apparaître les photos des diverses scènes de crime, ainsi que des blessures des victimes.
« Mais il y a deux jours, ils sont passés à la vitesse supérieure et une perte humaine est à déplorer. » sa voix se durcit à ces mots, dès l'année après, il ne supportait toujours pas la perte d'innocents, «Nous pensons qu'il s'agit là des mêmes individus, même si aucune victime n'a put en faire une description précise. Toutefois, chaque enquête menée nous a permis de relier ces méfaits entre eux au moyen d'une signature. »
Un nouveau mouvement de baguette fit apparaître d'autres photos. Des murmures choqués commencèrent à se faire entendre dans l'assemblée. Théodore Nott sembla se tasser sur sa chaise, mal à l'aise.
« Comme vous pouvez le constater, chaque scène de crime dispose de la tristement célèbre Marque des Ténèbres. Non pas au moyen d'un sortilège au-dessus des demeures attaquées, mais à l'intérieur même des habitations, peinte sur les murs. Sauf lors de la dernière attaque, responsable d'un mort, où la marque flottait au dessus de la maison de la victime. »
Certaines personnes, le visage pâle, observaient la scène de crime d'un air profondément remué. Harry le comprenait, sa réaction avait été la même, directement sur le lieu d'intervention. Il avait eu la sensation désagréable de retourner dix-neuf ans en arrière.
Une sorcière située au deuxième rang, leva la main et Harry lui accorda la parole d'un geste. D'une voix sourde, elle demanda:
« Êtes-vous en train de nous dire que les Mangemorts sont de retour ? »
« Je ne peux vous l'assurer. Mais le message à caractère racial et les méthodes utilisées semblent être les mêmes que lors des deux Grande Guerre. Vous serez tous d'accord, je pense, de la nécessité de prendre ces récents événements au sérieux. Notre bureau s'est déjà assuré que chaque Mangemort reconnu comme tel par la justice, condamné et enfermé à Azkaban, y est toujours. De ce fait, même si ces attaques ont été provoquées par des imitateurs, il me semble évident qu'il nous faut agir au plus vite. Ne serait-ce que pour éviter la panique dans notre communauté. Ainsi que dans la population moldue qui est, je le crains, la cible principale. »
Progressivement, l'agitation sembla se propager dans l'assemblée et une autre voix s'éleva au dessus des murmures:
« Vous ne semblez pas envisager que certaines personnes, reconnues comme mangemorts et non condamnées, soient responsable de ces actes. »
Au premier rang, Blaise eut un claquement de langue agacé. Le sous-entendu déplu également à Harry dont la mâchoire se contracte violemment, tandis qu'il lutta pour ne pas laisser sa colère monter. Encore et toujours la même rengaine.
«Je sais très bien à qui vous faites référence M. Lawford, et je ne souhaite pas spéculer sur ce sujet. Chaque suspect mangemort a été jugé après notre victoire sur Voldemort… », un frisson parcourut l'assemblée, «… et chacun a reçu la peine qui lui était dû, compte tenu des faits présentés. » lança-t-il glacial, « Par ailleurs, je compte parmi les Aurors depuis mes vingt-deux ans, et j'en suis l'actuel directeur de Brigade. Me croyez-vous assez sot pour ne pas avoir envisagé toutes les pistes possibles et ne pas avoir mené mon enquête sur chacune d'elles ?! »
Un silence gêné s'abattit et Lawford ne répondit pas, mettant un terme à ce qu'Harry jugeait comme une pure perte de temps. Si certains sorciers du ministère mettaient autant d'énergie dans leur travail que dans celui de s'escrimer à rester accrocher à leurs préjugés et à leur haine, le ministère tournerait sûrement trois fois plus vite!
La réunion put ainsi continuer et après quelques minutes, les questions fusèrent de nouveau. Harry entreprit alors de répondre à chacun, tout en expliquant quel rôle il attendait de chaque département. Seule une étroite collaboration de leurs différents services permettait une avancée rapide et positive sur cette enquête, il insista sur ce point. Une fois la réunion achevée, il se dirigea vers son bureau. La suite d'une longue journée l'attendait.
Le soir-même, Harry terminait de remplir la paperasse nécessaire à toutes les mesures envisagées lors de la réunion du matin. Il avait réparti ses effectifs sur différents angles d'enquête. Certains concentrés sur les scènes de crime et les indices à décélérer, d'autres exclusivement sur les dossiers de chaque mangemort condamnés pour trouver des suspects potentiels. Bien qu'il en douta. Et pourtant, qui d'autres? Dans tous les cas, ils avaient quelque chose à voir là-dedans, d'une façon ou d'une autre. Lui-même, se coltinait toutes les demandes obligatoires et contraignantes, nécessaires à leur collaboration avec la Brigade des Oubliators et de la Police Magique. Il détestait toujours autant ça, préférant mille fois se rendre sur le terrain. C'était pourtant un travail nécessaire afin de permettre à son équipe de travailler dans les meilleurs conditions, et efficacement.
Néanmoins, il ne pourrait se permettre de s'attarder plus longtemps. En dehors de ses semaines de garde, il n'aurait pas quitté le bureau avant trois bonne heure, mais Lily l'attendait. Il fallait la récupérer chez ses beaux-parents -il en oubliait souvent qu'ils n'en avaient plus le statut officiel- et il ne fallait pas arriver trop tard pour ça. Il aurait encore à préparer le repas, sans parler de toutes les choses que sa fille aurait à lui dire. Car Lily Potter avait toujours quelque chose à raconter. Surtout après une journée passée avec son cousin, sur le Chemin de Traverse. De plus, son ventre gargouillait et l'amoncellement monstrueux de dossier et de documents divers et variés sur son bureau n'avait rien de comestible. Il n'avait pas non plus prévu d'en-cas pour ce soir. Ses enfants demeuraient sa priorité.
Refermant son dossier d'un coup sec, il remit sa plume dans son encrier et se leva. Ça avait été une longue journée. Le sujet abordé le matin-même était épineux, et s'il ne regrettait pas d'élargir cette enquête aux autres brigades du ministère dont la participation était nécessaire, il n'en fallait pas encore moins appréhendé les réactions. Et comme il s'en était douté, elles furent vives. Bien des années après, Voldemort et ses acolytes restaient des sujets tabous et douloureux dans la mémoire collective. Il avait donc passé la journée sous tension. Mais cette dernière était terminée. Il rentrait chez lui et laissait tout ça derrière lui pour la soirée.
Attrapant vivement sa veste sur le dossier de sa chaise, il sortit de son bureau, claquant la porte derrière lui et le verrouillant d'un coup de baguette. Il salua les derniers membres restants de son équipe d'une voix sonore dans leur souhaitant bon courage pour leur garde. Tous lui répondirent sur le même ton, certains le saluant d'une main, d'autres ne levant pas le nez de leur dossier. Puis, il quitta le Quartier Général, passant devant les salles d'entraînement, satisfait de voir que les plus jeunes recrues ne manquaient pas de l'utiliser avec application. Un sourire satisfait sur les lèvres, il s'engouffra dans le couloir en direction de l'ascenseur. Il était fier de son équipe et il ne manquait jamais de leur faire savoir. Ils faisaient du bon boulot.
Un geste vers le bouton et l'ascenseur arriva. Il pénétra à l'intérieur en même temps que résonnait l'annonce indiquant l'étage, pour ce qui devait être la centième fois de la journée. La grille se referma sur lui. Impatient, il regarde les étages défiler sur le cadran au dessus de la porte. Soudain, l'ascenseur s'immobilisa de nouveau et la grille s'ouvrir.
«Niveau cinq, Département de la coopération magique internationale, Organisation internationale du commerce magique, Bureau international des lois magiques, Confédération internationale des sorciers, section britannique. »
Un soupir au bord des lèvres, Harry regarda une énième fois sa montre. Ce n'est qu'en relevant les yeux que son regard tomba directement sur le dernier sorcier qu'il voulait voir en temps normal. Drago Malefoy. Leurs regards se croisèrent et le blond vint se mettre à côté de lui, à la plus grande distance qui leur permettait l'exiguïté de la cabine. Harry retint une grimace. La grille dorée se referma devant eux tandis que reprenait la descente vers l'Atrium.
Merlin. La fatigue de cette journée, et son envie urgente de rentrer chez lui pour retrouver sa fille, étaient trop intenses pour supporter une rencontre avec Drago Malefoy. Cependant, ce dernier occupant un poste important au sein de la Confédération internationale des sorciers, il leur arrivait parfois de se croiser.
Ils s'adressaient rarement à la parole, se contentant de se saluer d'un air raide. Parfois, ils étaient obligés de se parler et presque à chaque fois, leur discussion finissait en affrontement. Comme au temps de Poudlard. Harry avait beau dire que les choses avaient changé, que lui-même avait changé, évolué et mûrit, il ne se comportait pas moins comme un adolescent lorsqu'il était question de Malefoy. C'était viscéral, il ne parvenait jamais à garder son calme devant son air princier et ses répliques acerbes. Visiblement, la réciproque était vraie. Ils étaient des cas désespérés.
Il espérait donc que Malefoy se contentait de partager la même cabine que lui et fermerait son clapet. Il n'avait pas le temps et n'était pas d'humeur pour un nouvel affrontement. Mais c'était sans compter sur son altesse royale Roi-des-emmerdeurs et sur sa curiosité mal placée.
« Une réunion importante au Bureau des Aurors aujourd'hui, Potter? »
«Pardon? » s'étonna le dit-Potter, une agressivité marquée dans la voix.
«Tout le monde n'a parlé que de ça toute la journée. Elle concernait un certain nombre de services. Ce n'est pas passé inaperçu. Et je sais que tu as envoyé Blaise chercher quelques dossiers chez nous, aujourd'hui. », il laissa un court silence avant de reprendre, « Personne n'a voulu révéler la teneur de cette réunion, cependant. »
«Je ne vois pas en quoi cela te concerne, Malefoy» énonça le brun, acide.
«Sans doute, Potter» répondit l'autre, acerbe, «Mais étant donné que la mission principale des Aurors est d'enquêter et d'arrêter des mages noirs. Je me pose des questions. »
Harry haussa les épaules, indifférent. Qu'est-ce que cela pourrait bien être faire si il ne pouvait satisfaire la curiosité de Malefoy. Il n'était pas concerné par les enquêtes menées par les Aurors. Il ne lui devait rien. Surtout pas à lui. Il ne put s'empêcher d'être agacé.
«Surtout quand il apparaît que les dossiers demandés à mon service concernent tous les sympathisants de Voldemort pendant les deux guerres. » continua l'autre, sur un ton mielleux.
Harry se tourna vivement vers lui et lui jeta un regard noir. Zabini avait-il vendu la mèche ? Non, bien sur que non. Il connaissait son métier sur le bout de la baguette. Jamais il ne voulait parler d'informations que son propre supérieur lui avait interdit de révéler. Cela ne voulait dire qu'une seule chose. Malefoy était donc allé fouiller. Et il semblait se délecter de la réaction d'Harry. Quelle sale fouine!
«Je peux savoir depuis quand la Confédération internationale des sorciers a un droit de regard sur les enquêtes menées par les Brigades du Département de la Justice? » reprit-il, autoritaire, et passablement agacé.
«Elle n'en a jamais eu. » répondit l'autre avec calme.
Harry sentit doucement, mais sûrement, son agacement se muer en colère. A quoi jouait Malefoy, au juste ? Cherchait-il une information précise ou lui faisait-il perdre son temps dans le seul but de l'énerver?
« Et donc ?! »
Un nouveau regard dur, accompagna sa question. Il avait tout intérêt à clore cette discussion en capitulant ou il allait franchement s'emporter. Ce n'était peut-être qu'une banale discussion, dans laquelle Malefoy se montrait un peu trop curieux, mais il ne comprenait pas pourquoi il s'adressait directement à lui. Pensait-il sincèrement qu'il obtiendrait les réponses à ses questions de sa part? Le prenait-il pour un idiot?
«Et donc, je m'interroge quand j'apprends que le sujet des Mangemorts a été abordé durant la réunion. »
Cette fois-ci, Harry le regarda en écarquillant les yeux. Soit Malefoy était omniscient, soit quelqu'un avait vendu la mèche. Dans les deux cas, Malefoy était la dernière personne qu'il aurait voulu au courant des derniers événements. L'incident du matin-même, avec l'agent Lawford de la Brigade des Oubliators, lui revint en mémoire. Il ne souhaite pas parler de ça avec Malefoy. Surtout pas avec lui.
« Je peux savoir de qui tu tiens cette information, Malefoy ? »
« Pourquoi? » demanda simplement l'autre, un sourire satisfait au coin des lèvres.
« Pourquoi?! Et bien déjà parce que je vais apprendre à cette personne ce qu'il en coûte de désobéir à un de mes ordres. Et deuxièmement, je ne comprends toujours pas en quoi cela te concerne! »
Il ne savait pas si c'était le blond ou ce qu'il avait appris qui le mettait le plus en rogne. Sans doute un savant mélange des deux. Mais probablement plus Malefoy et son sourire en coin, ses questions déplacées et surtout, sa manie de se croire au dessus de tout le monde ! Cette manie qui lui rappelait tant Lucius Malefoy, qu'elle lui aurait donné des envies de meurtre.
« En quoi cela me préoccupe ? Tu plaisantes, Potter ? » s'insurgea le blond, soudainement beaucoup moins amusée, « Dois-je te rappeler qui je suis ? Et de quelle famille je viens ? »
« Ta famille est responsable de bien des problèmes dans ma vie depuis mes onze ans, je ne risque pas de l'oublier! » cracha-t-il en réponse.
« Ma famille est concernée, Potter ! Et j'exige de connaître la vérité ! »
« Tu exiges ? » répéta le brun, soudainement moqueur, bien que toujours furieux, « Mais pour qui te prends-tu au juste ? Cette enquête ne te concerne en rien. Le monde ne tourne pas autour de ta famille, Malefoy ! Et surtout pas autour de toi. Maintenant, si tu veux bien, je vais rentrer retrouver la mienne et je te conseille d'oublier ce dont nous venons de parler. Ou je devrais faire intervenir les autorités supérieures ! Est-ce bien clair ?! »
Puis, après lui avoir jeté un dernier regard meurtrier, il quitta l'ascenseur qui s'était ouvert sur l'Atrium, leur discussion enflammée ayant couvert la voix de l'hôtesse. Il courut presque vers la zone de transplanage, énervé au possible. Ce qu'il craignait était en train arrivé. Cette histoire de Marque des Ténèbres était réveiller bien des tabous enfouis, ainsi que de multiples préjugés. Et il ne souhaite surtout pas que sa némésis soit au courant et s'en mêle.
Pourtant, une fois prêt à disparaître, il se rendit compte que cette discussion était ridicule, et encore plus les proportions qu'elle avait prit pour si peu.
Décidément, il croisait beaucoup trop Malefoy ces derniers jours, pour son propre-bien.
Voilà pour cette introduction! Beaucoup de choses abordées à ce stade, probablement beaucoup de questions de votre partie également? Sachez que ces questions seront bien entendu éclaircies dans le prochain chapitre ! Merci pour votre lecture. Des avis? Des critiques? N'hésitez-pas!
