Assis derrière son bureau, Erik Lehnsherr, grand auteur à succès, est pensif tout en regardant par sa fenêtre. Il se rappelle son échange plutôt violent avec son ancien éditeur.


« Je regrette, Mr. Lehnsherr. Vos écrits sont trop … Réalistes. Personne ne lira ça ! »
« Je ne changerais rien. Si vous n'en voulez pas, j'irais voir ailleurs. »
« Les gens de nos jours préfèrent les fictions. Personne ne croira à des telles atrocités ! »
Erik encaisse toutes les autres remarques déplaisantes de son éditeur avant de se lever et de sortir du bureau en claquant la porte derrière lui.
Rupture de contrat brutal après une belle dizaines d'années de collaboration …


Erik soupire, relisant en boucle son livre qui n'a pas encore pu voir la lumière du jour.
Comment vais-je faire ? Est-ce le début de la fin de ma carrière ?
Il soupire en passant nerveusement sa main dans ses cheveux châtains. Il faut qu'il retrouve vite un nouvel éditeur. Un éditeur qui pourrait comprendre son point de vue, son ressentiment, ce qu'il a réellement vécu là-bas.
Il se lève et va s'installer dans son canapé, un carnet d'adresses à la main. Il raye un à un les éditeurs qu'il a déjà contacté. Il ne reste plus qu'un nom qui ne lui est pas familier : un jeune éditeur commençant à percer dans le métier.
Hum … Je devrais aller me renseigner …
Erik note l'adresse sur un bout de papier puis va à la maison d'édition. La dame au secrétariat l'accueille avec un grand sourire.
« Bonjour, monsieur. Que puis-je faire pour vous ? » demande-t-elle.
« Je cherche l'éditeur travaillant ici. » répond-il.
« Très bien. Je vais le prévenir. Veuillez patienter un moment ici. »
Elle s'en va. Erik s'installe sur l'une des chaises disposées, prend un magazine puis le feuillette.
« Vous m'avez demandé, monsieur ? » demande une voix.
Erik repose son magazine et lève les yeux. Un jeune homme brun aux yeux bleu-azur se tient debout devant lui.
« Vous êtes … »
« Charles Xavier. Editeur. Vous recherchez une maison d'édition, j'imagine ? »
« C'est cela oui. »
« Veuillez me suivre, monsieur … »
« Lehnsherr. Erik Lehnsherr. » répond-il en se levant.
Il tend la main et les deux hommes se la serrent. Charles invite Erik à le suivre dans son bureau.
« Expliquez-moi, tout. »
Erik lui explique le contenu de son livre, le problème rencontré avec son ancien éditeur, etc.
« Je vois … Votre histoire est … Comment dire ? Bouleversante, réaliste. Je ne comprends pas pourquoi votre précédent éditeur a refusé un tel livre … »
« Selon lui, les gens de nos jours préfèrent les histoires fictives. »
Charles se lève et fait les cent pas dans son bureau. Erik l'observe. Il ne s'attendait pas à rencontrer un si jeune éditeur.
« Je le prends votre livre. Il faudra juste que vous m'indiquiez ce que vous voulez exactement sur la première couverture ainsi que la quatrième. »
« Très bien … »
Charles lui tend un bloc-notes.
« Notez votre numéro. Je pourrais ainsi vous recontacter au besoin. Disons, demain vers 10h pour planifier le tout ? »
« Parfait. » répond Erik en reposant le bloc-notes.
« Dans ce cas, à demain et une bonne fin de journée. » dit Charles avec un sourire.
« Bonne fin de journée. » répond Erik.
Il rentre chez lui gardant l'image du jeune éditeur : Charles Xavier, brun avec des yeux bleus magnifiques.
Bordel … Voilà que maintenant je vais tomber sous le charme d'un jeune éditeur …


Le lendemain, Erik arrive pile à l'heure au rendez-vous.
« Vous êtes ponctuel, dites-moi. » remarque Charles.
Erik répond par un sourire. Ils discutent pendant une bonne heure et parviennent à établir un planning de l'édition du livre.
« Nous avançons vite, c'est parfait. » dit Charles, enjoué.
« Dites-moi, Mr Xavier, c'est le premier livre que vous publiez ? »
« Oh non. C'est le deuxième. Le premier a rencontré un franc succès si vous voulez savoir. »
« Hum je vois, intéressant à savoir. »
Charles regarde par la fenêtre.
« Et vous, Mr Lehnsherr, votre histoire, comment vous est-elle venue à l'esprit ? »
Erik ne répond pas, les poings légèrement serrés.
« Je n'ai pas envie d'en parler. »
Charles se retourne et regarde son interlocuteur.
« C'est … Personnel ? » demande-t-il.
« … On peut dire ça … »
Il tient fermement sa manche gauche, cachant son passé. Charles n'insiste et se rassoit à son bureau.
« Vous savez, ce genre d'informations, pourrait mettre en avant votre livre. »
Erik regarde le jeune éditeur, l'air exaspéré.
« Cela ne vous regarde pas. » dit-il, d'un ton froid.
Charles relève la tête.
« Ne vous emportez pas pour si peu. J'ai juste posé une question. »
Erik se met devant le bureau et pose ses deux mains dessus.
« Je vais vous le dire. Mon histoire, je ne l'ai pas inventée. Je l'ai vécue. »
Charles le regarde sans ciller. Puis, il esquisse un sourire.
« Qu'est-ce qui vous fait sourire ? »
« Cela se sentait dans votre écriture. L'émotion vive est présente dans chaque ligne, chaque mot. C'est pour cette raison bien précise que j'ai accepté de prendre en charge votre roman. »
« Autre indication : j'ai un nom de plume. »
« Je vous écoute. »
« Max Eisenhardt. »
« Noté. Autre chose ? »
« Oui. Ne mettez pas en avant qu'il s'agit de mon histoire. Vous savez, jamais personne ne croira un seul mot de ce récit si je dis que je l'ai vécu. L'horreur là-bas est si indescriptible que les gens ne pensent pas que de telles choses aient pu se produire. »
« J'ai une idée. Pourquoi ne pas mettre votre vrai nom et le nom de votre personnage Max ? »
Erik sourit faiblement.
« Vous en avez sous le capot dites donc … »
Charles se lève et se met face à lui.
« Plus que vous ne le croyez. » dit-il un sourire aux lèvres.
Sans hésiter, l'éditeur dépose un baiser léger sur les lèvres de Erik. Il y répond avant de se reculer.
« On se revoit dans trois jours comme prévu ? » demande Charles tout en glissant un bout de papier dans la poche de l'écrivain.
« Parfait, Mr Xavier. »
« Appelez-moi Charles, Erik. »
Erik frissonne puis sort du bureau. Il regarde le mot une fois sorti.
« N'hésitez pas à m'appeler. On ne sait jamais. Je pourrais vous manquer. »
Erik sourit, enregistre le numéro de Charles dans son téléphone puis rentre chez lui.