Le Gardien de Jotunheim

Résumé : Loki était devant Odin. Il venait d'envahir Midgard, controlé par Thanos contre sa volonté. Il était perdu et allait être condamné. Soudain, un homme, un midgardien du nom de Harry Potter, apparut en plein milieu du palais d'Asgard et vint tendre la main au dieu du Chaos.

Publication en trois chapitres.


Chapitre 1 : Sauver Loki

Loki observait la nature, dans le parc de New York, pour ce qu'il savait être la dernière fois. Il se tenait tant bien que mal sur ses jambes et ignorait comme il pouvait la douleur qui parcourait son corps de part en part. Il ne pouvait pas se plaindre, et comment aurait-il pu de toute façon... un bâillon de confection naine scellait sa bouche afin qu'il ne puisse plus parler, tandis que ses poignets étaient enchaînés par des menottes de même facture qui scellait sa magie. La seule chose qu'il pouvait encore faire, c'était maintenir l'illusion sur son corps meurtri. Il était absolument hors de question qu'il montre aux Asgardiens ou à qui que ce soit d'autres ses blessures. Il était bien trop fier pour cela. Il ne voulait pas de la pitié des Midgardiens. Et il ne voulait pas non plus des moqueries des Ases. Il voulait juste mourir la tête haute.

Il savait clairement qu'il allait mourir. C'était là le sort réservé aux traîtres et aux personnes menaçant la sécurité des neufs royaumes. Même s'il avait été contrôlé – défense qui ne serait jamais acceptée devant Odin – il avait envahi Midgard, avait déclenché la guerre, il devait mourir pour cela. Il le savait. Il le savait et il l'acceptait.

Il vit du coin de l'oeil Thor approcher. Il le regardait avec colère et honte. Cela blessait profondément le coeur de Loki. Le dieu du tonnerre n'avait pas su voir la vérité. Il avait toujours été bien plus intelligent et rusé que lui. S'il avait vraiment voulu envahir Midgard, il était évident qu'il ne l'aurait pas fait de cette façon ! C'était bien trop barbare et direct à son goût, manquant de finesse. Hélas, cela, Thor ne pouvait le voir. Et le dieu du chaos le savait parfaitement. Il se savait perdu et n'aspirait plus qu'à la paix que la mort pourrait lui offrir. Il acceptait parfaitement d'être destiné à aller à Hellheim. Cette perspective l'emplissait presque de soulagement et de joie.

Thor lui tendit un dispositif de déplacement spatial alimenté par le Tesseract. Le dieu du chaos se retint de lever les yeux au ciel alors qu'il prenait l'autre poignée de l'appareil. Il retint tout bruit de franchir la barrière de ses lèvres scellées à la douleur de ses muscles ainsi sollicités par ce simple geste. Il se demandait encore comment il avait pu affronter et Thor et ce mortel à l'alter-ego vert. Sans doute son corps s'était tellement habitué à la douleur que malgré elle, il pouvait toujours avancer sans tomber. Toutefois, dans son état de fatigue, il doutait pouvoir encore tenir longtemps. Il ne priait plus que tout cela se finisse rapidement.

Thor actionna le dispositif et bien vite, le parc de New York disparut pour être remplacé par le pont du Bifrost. La première personne que Loki put voir en dehors du dieu du tonnerre, ce fut Heimdall, le gardien d'Asgard. Il ne lut rien sur le visage impassible de cet homme, ni dans son regard doré habitué à voir tout à travers l'univers. Le dieu du chaos avait envie de haïr le gardien pour ne pas avoir averti qui que ce soit afin qu'il soit sauvé et non plus torturé au-delà de l'imaginable. Mais même haïr était un sentiment bien trop fort pour son coeur épuisé et tant éprouvé.

D'une brusque poussée de Thor qui lui valut un écho douloureux dans l'entièreté de son corps, Loki commença son ascension vers le palais d'Asgard où se déroulerait son jugement. Chaque pas était un supplice, chaque coup de son frère l'était plus encore mais jamais aucun son ne franchit la barrière de ses lèvres.

Il ignora tous les regards de haine et de mépris qui lui étaient adressés, tous les propos insultants, tous les rires, toutes les moqueries. Il y était tellement habitués du temps qu'il était encore un Prince d'Asgard, depuis son enfance même. Autrement dit cela remontait à des siècles et des siècles. De plus, il était un Jotunn, le monstre des histoires que l'on racontait aux enfants.

Il fut presque soulagé d'être arrivé. Il avait tellement mal ... Il observa la salle aux murs dorés, le trône, Odin, la Reine Frigg, les conseillers. Puis, il détourna son esprit de l'instant présent, se concentrant juste sur son illusion pour la maintenir en place. Il sentait vraiment ses forces le quitter. Il ne devait pas flancher. Pas maintenant. Il tiendrait jusqu'au bout. Son illusion ne l'abandonnerait qu'une fois que sa propre tête roulerait à ses pieds, quand il serait libre et mort.

Il revint à la réalité quand un flash de lumière l'aveugla. Il ferma les yeux et détourna la tête un instant et ne chercha à les ouvrir que quelques instants plus tard, intrigué. C'était la première fois qu'il voyait un tel phénomène à Asgard.

« Arrêtez cet homme ! » ordonna Odin.

Loki observa ce dernier qui devait être plus un adolescent qu'un homme. De taille moyenne, cheveux noirs en bataille, des yeux verts semblables à des émeraudes, vêtue d'une tenue qu'il n'avait jamais vu qu'à un seul endroit. Midgard. Un simple jeans avec un T-shirt où il était inscrit 'I Love Rock'n'Roll'. Le dieu du chaos ne put se retenir de relever un sourcil à cela.

Comment un Midgardien avait pu venir ici ? Qu'est-ce qu'un Midgardien faisait ici ? Et, par les Nornes, comment un Midgardien pouvait envoyer valser une vingtaine de guerriers Ases et Thor avec une telle aisance ?!

Loki pouvait voir son aura et sa puissance. Le Midgardien qui était de toute évidence un sorcier l'intriguait. Et il devait avouer que, dans l'état lamentable où il était, blessé, fatigué et privé de sa propre magie, il était intimidé.

Quand l'homme posa son regard vert sur lui et s'approcha, le dieu du chaos se mit à reculer. Il fit en tout peut-être cinq ou six pas avant de trébucher et de tomber à terre. La chute le fit siffler de douleur. Il vit le Midgardien s'approcher encore de lui et sortir un bâton de bois de houx et tracer un cercle autour d'eux d'un geste vif et précis. Il sentit une barrière de protection basique mais puissante les entourer. Loki fronça les sourcils. Il chercha encore à reculer, peu désireux de souffrir plus, surtout entre les mains d'un sorcier. Il n'aspirait plus qu'à une mort rapide.

« Du calme, Loki, » fit l'inconnu d'une voix douce en levant les mains en signe de paix. « Je m'appelle Harry et je suis là pour toi. On m'a envoyé pour te sauver afin que tu puisses accomplir ton devoir. »

Le dieu s'immobilisa à l'écoute de ces paroles. Il se mit à trembler et renifla pour retenir un gros sanglot de le submerger. Le jeune Midgardien posa une main sur lui, le faisant se tendre de douleur. Pourtant son geste n'avait rien d'agressif.

« Je suis désolé, » murmura Harry. « Tu es bien plus amoché qu'on ne me l'avait annoncé. » L'homme tendit une main devant ses yeux. « Dors, Loki. Je t'expliquerai tout à ton réveil. »

Loki chercha à nouveau à s'éloigner de l'inconnu. Il ne voulait pas dormir ! Il ne voulait pas que son illusion s'effondre et que tous puissent voir dans quel état lamentable il était ! Il ne voulait pas montrer à quel point il avait été faible ! Il voulait ...

« Somnus, » murmura l'homme.

Rapidement, Loki sombra dans les ténèbres, emportant avec lui la vision de ces deux émeraudes inquiètes pour lui.

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Lorsque Loki s'effondra à cause du sort de sommeil, Harry rattrapa sa tête pour éviter qu'elle ne tombe sur le sol et qu'il soit encore plus blessé qu'il ne l'était déjà. Il observa ensuite l'état même du dieu.

« Par la barbe de Merlin ! » s'exclama-t-il, horrifié.

Son état était bien pire qu'il ne l'avait supposé. Les vêtements du Jotunn n'étaient plus que des haillons dissimulant à peine toutes les plaies et cicatrices qui parsemaient son corps amaigri. Dans son sommeil, alors qu'il n'était plus dissimulé sous une illusion, Loki avait la respiration sifflante. Il s'empressa immédiatement de lancer un sort de diagnostic.

En plus des blessures et hématomes visibles de son combat à New York, Loki avait trois cotes brisées avec une esquille qui était plantée dans son poumon gauche, deux cotes fêlées, de nombreux os brisés qui s'étaient mal ressoudés, des traces de brûlures assez récentes marquaient encore son corps, ainsi que de nombreuses cicatrices de coupures et autres entailles. Ce qui était le plus inquiétant, c'était bien son esprit. Hélas, il n'avait pas les compétences nécessaires en légilimancie pour lui venir en aide de ce coté-là.

Il fit par acquis de conscience une copie de son état de santé préoccupant avant de commencer à agiter sa baguette au-dessus du corps meurtri. Un bruit suspect derrière lui le fit se figer.

« Si vous ne voulez pas faire un autre vol plané, Dieu du Tonnerre, je vous suggère de poser votre marteau et de me laisser soigner Loki en paix ! » dit-il froidement.

« Loki est le dieu de la ruse et des entourloupes, » répliqua Thor. « Il est sûrem ... »

Harry fit immédiatement volte-face, faisant éclater sa magie et pointa sa baguette sur l'Ase. Il fit un mouvement sec, le désarmant de son précieux Mjolnir. Il attrapa ce dernier sans soucis et le garda en main sans la moindre difficulté.

« Il est sûrement quoi ?! » s'époumona le sorcier. « En train de faire la comédie pour me duper ? Je viens de le plonger dans le coma ! Il est inconscient et totalement incapable de pouvoir manipuler sa magie afin de nous bercer d'illusion ! Il est devant vous dans cet état, blessé, épuisé, brisé au-delà du supportable ! Si vous ne me croyez pas, je m'en balance, Seigneur Thor ! J'ai été envoyé ici pour lui venir en aide et j'ai bien l'intention de le faire ! Et si je dois botter les fesses de quelques Asgardiens avant de pouvoir lui prodiguer les soins dont il a besoin alors soit, envoyez-moi vos hommes ! Sinon, restez à votre place ! »

« Comment ose-tu t'adresser de la sorte au Prince d'Asgard, misérable mortel ! » fit une femme guerrière aux longs cheveux noirs.

« Comment, vous, osez-vous me traiter de la sorte ?! » rétorqua Harry, le regard flamboyant de colère alors qu'il rejetait le marteau à une trentaine de mètres de lui, à l'opposé de Thor. « Je suis le Gardien de Midgard ! Vous me devez autant de respect qu'au Gardien Heimdall ! Et vous, Odin, Père de Toute Chose, je vous suggère fortement de ne pas m'énerver ! Je compte soigner Loki ici afin de vous prouver son innocence, mais je n'en suis en rien obligé. C'est juste pour éviter certains désagréments ! Mais si je remarque que vous cherchez à nuire à Loki ou ma personne en ordonnant notre arrestation, voire pire, notre exécution, vous aurez à répondre devant Yggdrasil lui-même ! Vous voilà prévenu, Roi d'Asgard, la balle est dans votre camp ! »

Thor gardait le silence, observant son marteau à terre plus loin. Aucun être si ce n'est son père ou lui-même n'avait pu soulever Mjolnir et ce Midgardien l'avait tenu comme s'il ne pesait rien. Il en était ... digne. Cela amenait le dieu du tonnerre à faire confiance à cet inconnu. Il fit venir son marteau à lui et le rangea.

« Thor, » commença Odin. « Je t'ordonne de ... »

« J'écouterai ce que cet homme a à dire Père, » coupa le blond. « Il a porté Mjolnir. »

« C'est un sorcier ! »

« Tout comme Loki. Pourtant Loki n'y est jamais parvenu. J'écouterai ce que ce mortel a à nous dire. »

« Ben le mortel, comme vous le dites si bien, aimerais savoir où est-ce qu'il peut emmener Loki afin qu'il se repose en toute sécurité et sérénité. »

Odin se leva, tenant sa lance, Gungnir, frappant durement le sol.

« Nous n'accordons aucune hospitalité aux ennemis d'Asgard, » dit-il d'une voix forte.

« Je vois, » sourit Harry avec une lueur purement maraudeuse dans les yeux. « Je n'ai donc pas le choix. Mort ? »

Une ombre apparut à coté du Midgardien.

« Gardien de Midgard, » dit-elle. « Que puis-je pour toi ? »

« Peux-tu nous ramener dans un lieu sécurisé comme ... je ne sais pas ... Poudlard ... ou Square Grimmaurd ? »

« Poudlard est encore en ruines, Gardien, » répondit Mort. « Ta guerre est à peine finie depuis quelques jours. Square Grimmaurd est dès lors plus approprié. »

Elle étendit ses ombres autour de Loki et d'Harry avant de disparaître. Tout ce qu'ils laissèrent derrière eux fut un morceau de parchemin. Thor s'en empara et n'y comprit pas grand-chose excepté le fait que c'était une liste de blessures. Il prit le chemin du domaine de Lady Eir, la guérisseuse d'Asgard. Elle pourrait certainement lui expliquer.

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Harry était Square Grimmaurd, penché au-dessus d'un chaudron, à préparer quelques baumes de soins, lotions cicatrisantes, potions contre la douleur, ... pour le dieu du chaos qui était toujours inconscient. Il avait déjà commencé à le soigner mais les plaies étaient nombreuses. Une chose était sûre, une fois que Loki serait physiquement rétabli, ils devraient partir pour Hellheim. Le Gardien de Midgard n'avait confiance qu'en une seule personne pour s'occuper de l'esprit du dieu et elle était déjà passée de l'autre coté. Du moins, si le dieu acceptait la proposition qu'il avait à faire.

Il revint dans la chambre où Loki était allongé et vint s'occuper immédiatement de ses blessures. Il l'avait complètement dénudé et avait juste fait en sorte qu'il porte un simple caleçon noir afin de laisser libre accès aux plaies. Il apporta longuement des soins, y mêlant sa magie afin d'accélérer le processus de guérison.

Il fut soudain interrompu dans ses gestes par une main pâle sur son poignet. Harry sourit doucement alors qu'il croisait le regard vert pailleté d'or du dieu du chaos.

« Alors, la Belle au Bois Dormant se réveille, » dit-il doucement. « Je pensais que tu dormirais plus longtemps, Loki. »

« Qui es-tu, Mortel ? Et où suis-je ? Odin ... »

Le dieu grogna de douleur alors que son corps se crispait. Sa poigne sur le poignet fit légèrement grimacer Harry mais ce dernier ne se plaignit pas.

« Vas-y doucement, je n'ai pas fini de te soigner. Je n'ai pas les compétences d'un médicomage alors cela me prend plus de temps... Pour répondre à tes questions, je m'appelle Harry. Harry Potter. Et je suis Midgardien. Tu es ici chez moi, à Londres. Et Odin ... » Harry renifla dédaigneusement. « Il ne peut plus rien contre toi. Non seulement tu es innocent mais en plus il a pris trop de liberté te concernant, allant jusqu'à même te priver de tes droits les plus fondamentaux. »

« Mes ... droits ? »

Dire que Loki était perdu serait un euphémisme. De quoi parlait ce mortel qui s'occupait de lui ? Le dieu n'était pas du genre à faire confiance facilement après tout ce qu'il avait vécu mais en écoutant les réponses de ce jeune sorcier devant lui, le fait qu'il le croyait innocent avant même qu'il essaie de se défendre lui donnait l'envie de l'écouter attentivement et de lui donner sa chance. De plus, son propos sur le Père de Toute Chose l'intriguait ...

« Tu ne sais pas qui tu es, n'est-ce pas ? »

« Je sais très bien qui je suis, Mortel ! » siffla-t-il. « Qu'est-ce que c'est ? »

Harry venait de lui tendre un flacon avec un liquide rouge flamboyant.

« Potion contre la douleur, » répondit le Midgardien avec un haussement d'épaule. « A moins que tu préfères souffrir le martyr ? »

« Je ne fais pas facilement confiance. Qu'est-ce qui me prouve que ce n'est pas du poison ? »

« Rusé et prudent, » sourit Harry. « Ta réputation n'est décidément plus à faire, Loki Laufeyson. Pour te montrer que je n'ai pas l'intention de t'empoisonner, je vais en boire quelques gouttes. »

Harry en versa sur sa langue et avala. Quelques instants plus tard, Loki accepta de boire le flacon entier et lâcha un soupir de soulagement alors que tout son corps douloureux le faisait peu à peu moins souffrir, comme s'il se trouvait sur un petit nuage cotonneux.

« Mieux ? »

« Oui. Tu sais donc qui je suis, Mortel. Et ... »

« Mon nom est Harry. Pas Mortel. D'ailleurs, je ne sais pas si on peut toujours me considérer comme mortel maintenant, » fit pensivement le Midgardien. « Je suis devenu Gardien il y a peu et tout est encore nouveau pour moi. »

« Gardien ? De Midgard ? »

« Oui, » sourit ce dernier. « Je le suis devenu le jour de l'attaque de New York. C'est pour ça que tu ne m'as pas vu. J'étais déjà occupé dans une guerre ici, en Angleterre. La guerre a pris fin et j'ai eu à m'entretenir avec Yggdrasil. Il m'a demandé de te venir en aide. Comme je n'aime pas voir les innocents, même les aussi fripons que toi, être accusés et condamnés, je ne pouvais pas rester sans rien faire. Surtout avec ce qu'Yggdrasil m'a rapporté. »

« Et qu'est-ce que l'Arbre-Monde t'a rapporté ? » demanda le dieu qui cachait sa curiosité derrière un masque froid et indifférent.

« Que tu allais être exécuté pour avoir lancé une attaque sur Midgard. Chez nous, les sorciers de Midgard, quand nous sommes contrôlés, nous avons une potion qui nous permet de savoir si le sorcier dit la vérité ou non, quelles que soient les circonstances. Il nous est tout bonnement impossible de mentir. Dans ta situation, on aurait usé du Veritaserum sur toi afin de juger de ta culpabilité et de ta responsabilité dans les événements qui se sont passés à New York. »

« Odin se fiche pas mal de ma culpabilité ou non. Il veut me voir ... »

« Mort, je sais, » répondit Harry avec tristesse. « Mais pas pour les raisons que tu crois. » Loki releva un sourcil. « Jusqu'à ce que tu disparaisses, tu as toujours été un pion plus ou moins manipulable entre les mains d'Odin. Quand tu as disparu, il t'a cru mort. Mais maintenant, après tout ce que tu as vécu et le fait que tu hais le Roi d'Asgard et que tu sais que tu n'es pas son fils mais celui de Laufey, il te considère maintenant non plus comme une relique entreposée dans son palais mais un obstacle à éliminer. »

Le Midgardien soupira alors qu'il reprenait lentement les soins du dieu.

« Ce qu'il ignorait jusqu'à présent, c'est qu'Yggdrasil veillait sur toi et cherchait un moyen de te rendre la place qui te revient. »

« Ma place ? »

« Où est-ce qu'Odin t'a trouvé ? »

« Dans un temple de Jotunheim. »

« Et à ton avis, pourquoi tu y étais ? »

Le dieu réfléchit un instant à cette question. Sa réponse directe serait de dire qu'il avait été abandonné par sa mère, Laufey. Mais à entendre le Midgardien, il se demandait si c'était vraiment la vérité.

« Je n'ai pas été abandonné ? » dit-il prudemment.

« Non. Tu as été confié au temple pour grandir et apprendre tes futures fonctions de Gardien de Jotunheim. Malheureusement, Odin a profané le temple et t'a arraché à ta patrie. Tu étais un joyau dans sa collection. »

« Mais Heimdall est le Gardien d'Asgard. Il aurait du me le dire si j'étais un Gardien, » réfuta le Jotunn. « Il fréquente souvent les Gardiens d'Alfheim et Vanaheim. Je les ai moi-même rencontrés. Jamais il ne m'a informé de cela. »

« Parce qu'Odin le lui avait interdit. Le défaut des Gardiens d'Alfheim, d'Asgard et de Hellheim, c'est qu'ils doivent répondre de leur acte devant leur souverain. Celui d'Alfheim au roi Freyr, Heimdall à Odin et Mort à Hela. Ceux des autres royaumes ont plus de liberté et agissent uniquement pour la protection de leur royaumes. Tu aurais du devenir le Gardien du Jotunheim. Tout comme moi je suis devenu le Gardien de Midgard. »

« Et si maintenant, je ne veux pas ? » demanda Loki.

« On ne te jugera pas. On sait ce que tu as fait contre ton peuple en voulant plaire à Odin. Et avec toutes les épreuves que tu as vécues, vouloir sauver les autres n'est peut-être plus ta priorité. Cela dit, pour ce que j'ai vu quand j'ai été embrassé par le pouvoir d'Yggdrasil, je sais que nous sommes pareils, par bien des aspects. »

« Nous n'avons rien en commun ! »

« Vraiment ? Alors laisse-moi te raconter mon histoire. Je te laisserai seul juge de cette constatation. »

Harry sortit sa baguette et l'agita devant les bandes maculées de sang et de lotions. Tout disparut en un clin d'oeil.

« Je reviens avec de quoi t'alimenter et je t'explique tout. Evite d'utiliser ta magie, je doute qu'elle soit totalement rétablie. »

Loki l'observa partir. Il lui était reconnaissant pour avoir fait taire sa douleur et pour avoir pris soin de ses blessures. Un Gardien ... Il devrait être prudent s'il voulait disparaître. Mais il avait perdu depuis longtemps l'envie de fuir. Il ne voulait pas passer le reste de son existence comme un criminel. Plus personne dans les neufs royaumes ne voudrait de lui, trop effrayés par la puissance et le pouvoir d'Odin. Il était de toute façon condamné, quoi que puisse dire le Gardien. Il était un citoyen d'Asgard. Il devait être puni selon ses lois. Mais là, en cet instant, il avait gagné un moment de répit, loin de la douleur.

Et ce Midgardien l'intriguait. Il prétendait qu'ils étaient semblables. Il en doutait. Comme pourraient-ils être semblables alors que les Midgardiens vivaient difficilement un siècle et que lui avait plusieurs siècles de vie déjà derrière lui ?

Quand le Gardien de Midgard revint, il y avait un plateau qui flottait doucement devant lui. Il le déposa sur le lit à coté de Loki qu'il aida à se redresser. Le dieu inspecta le plateau. Il ne pourrait jamais avaler tout cela. Il n'avait plus avalé quelque chose depuis si longtemps.

« Prends la potion, elle développera ton appétit et t'empêchera d'avoir la nausée. Et ne t'inquiète pas si malgré cela, tu n'arrives pas à tout manger. Mange ce que tu sais, je mettrai le reste en stase pour un autre jour. »

Harry lui avait fait un simple sourire avant de se tourner vers la fenêtre de la chambre. Loki prit alors la potion dont il avait pu cette fois identifier l'odeur. Une recette de Vanaheim ? Comment ce Midgardien pouvait-il la posséder ? Il commença lentement à manger dans un silence un peu tendu. Il gardait le Gardien à l'oeil. Il semblait perdu dans de sombres pensées.

« J'ai dix-huit ans, » dit soudain Harry. « Je suis né dans une famille aimante ou du moins c'est ce qu'on m'a raconté. Je veux bien le croire. Hélas, je n'ai jamais connu mes parents. Un mage noir est venu un soir alors que je n'avais qu'un an pour assassiner ma famille. Son objectif, c'était ... moi. Une prophétie avait fait de moi son principal rival avant même ma naissance. »

Le Midgardien parlait d'une voix dénuée d'émotion, comme si son histoire ne le touchait pas. Loki écouta, n'ayant pas grand-chose d'autres à faire. Et son coté rusé et malin l'obligeait à retenir la moindre information par principe. C'était la clef pour s'en servir contre les autres, user de leurs points faibles. Le Gardien s'apprêtait à lui raconter sa vie. C'était une chance inouïe. Il ne savait juste pas s'il la saisirait cette fois. Il était encore indécis. Fuir et vivre ou rester et mourir. Il était plus porté sur la deuxième option.

« Etrangement et sans que quiconque ne puisse me donner une explication valable, j'ai survécu au sortilège de la Mort. Mort elle-même n'a pas d'explication à me donner. Et les voix d'Yggdrasil peuvent être parfois impénétrables ... » Harry soupira. « On m'a emmené dans la famille de ma mère. Ils détestaient la magie et parce qu'elle était en moi, parce qu'ils savaient que j'étais un sorcier, un monstre, ils m'en ont fait baver. Je suis devenu leur domestique, leur ... esclave ... en quelque sorte. J'ai vécu ainsi pendant dix ans, maltraité et sans amour. Les coups, les moqueries et les humiliations sont tombés plus que je ne pourrais jamais en compter. »

Loki regarda attentivement le jeune homme dont la voix s'était teintée d'une légère amertume. Il avait toujours le regard tourné vers la fenêtre alors qu'il parlait.

« Quand j'ai eu onze ans, un homme est venu me voir pour m'annoncer que j'étais inscrit à Poudlard, l'école de sorcellerie. J'y suis allé, d'une part curieux de connaître la vie de mes parents qui étaient aussi des sorciers, mais surtout pour fuir l'enfer qui était mon quotidien auprès de ma famille. Je me suis fait mes deux premiers amis. J'étais émerveillé par la magie et ses possibilités. »

Le dieu du chaos put deviner le sourire sur le visage d'Harry. Ainsi l'enfant qu'il était avait pu avoir un moment de répit.

« La seule chose que je n'aimais pas, c'était cette ... adulation que les sorciers avaient pour moi. Le Garçon-Qui-A-Survécu ... Grâce à moi, Voldemort avait été terrassé. J'avoue que même encore maintenant, j'ai du mal à y croire d'avoir réussi quoi que ce soit cette nuit-là. Un bébé face à un sorcier, un mage noir, de plus de cinquante ans ? Il ne faut pas être un génie pour savoir que c'est impossible. Je pense que Voldemort a juste dépassé ses limites cette nuit-là. »

Harry agita la main et une bouteille d'eau vint dans sa main. Il en but quelques petites gorgées en s'installant dans le fauteuil qu'il venait de faire apparaître d'un coup de baguette vif. Il garda son regard dans le vide, plongé sur son passé.

« Chaque année m'a apporté mon lot d'ennuis. Je suis un véritable aimant à problèmes selon certains. »

Tant le dieu que le Gardien eurent un rictus amusé. Oui, Loki devait l'admettre, ça ils pouvaient l'avoir en commun. Comme tout ce que le jeune homme avait déjà dit jusqu'à présent. Les brimades, les coups, le mépris de sa famille ... Et lui aussi était un orphelin techniquement.

« Chaque année, Voldemort, ou du moins son esprit, tentait de revenir des limbes. »

« C'est impossible ! » réfuta immédiatement Loki. « On ne peut tromper la Mort. »

« Pourtant lui l'a fait, » répondit Harry en plongeant son regard dans celui du dieu. « Il avait créé des horcruxes pour cela, divisant à chaque fois son âme pour la préserver dans un objet. »

Loki se tendit à cela. C'était ... monstrueux.

« Voldemort a toujours eu peur de la mort et il avait, en quelque sorte, réussi à devenir immortel. Dans ses tentatives de revenir pour dominer le monde magique, il n'a jamais cessé de tenter de me tuer. A cause de cette prophétie mais aussi par vengeance vu que je l'avais tenu durant toutes ces années en échec. Il est revenu à la vie il y a trois ans. »

Le Midgardien s'interrompit un instant, perdu dans son passé. Le dieu du chaos le laissa à ses pensées, enregistrant les informations qu'il avait déjà entendues. Même si ce jeune homme avait passé de bons moments à s'émerveiller, tout comme lui à une époque, devant la magie, il avait eu une vie bien sombre.

« La première année de son retour, ce serpent s'est fait discret le temps de rassembler ses fidèles et contracter quelques alliances. Personne n'a voulu me croire quand j'ai dit l'avoir vu. On m'a pris pour un menteur, et même certains pour un assassin. »

« Pourquoi cela ? » demanda Loki en fronçant les sourcils.

« Un tournoi avait été organisé dans mon école cette année-là, en partenariat avec deux autres. Occasionnellement, il y avait quatre champions. Cédric était un autre élève de Poudlard. Un ami. Un Poufsouffle courageux et loyal. Nous nous étions entraidés durant le tournoi et à la fin, nous nous étions sauvés mutuellement la vie dans le labyrinthe. Nous avons pris le trophée qui nous assurerait la victoire ensemble. Sauf que le trophée était un portoloin, un piège fait pour m'amener auprès de Voldemort. Cédric est mort avant même d'avoir eu le temps de combattre et moi ... je n'ai rien pu faire pour l'aider. Je n'aurais pas su faire grand-chose, je n'avais même pas quinze ans à l'époque. Je ne connaissais pas beaucoup de sortilèges pour vraiment me battre en duel. Je n'ai pu que fuir avec son corps. »

Loki ferma les yeux en comprenant ce qu'il s'était passé dans la vie du jeune sorcier. Cela devait être lourd à porter pour un enfant. Car l'homme en face de lui n'était encore qu'un enfant à ses yeux. Pourtant ses yeux démontraient sa maturité, maturité née aux prix de vies, de souffrances et de combats.

« J'ai été traité en menteur et en paria l'année suivante jusqu'à ce que je me fasse manipuler... »

La voix d'Harry se brisa un instant avant d'être reprise, bien trop contrôlée pour être naturelle aux oreilles du dieu. Quelque chose de grave était arrivé, de cela Loki pouvait en être certain.

« Par un lien mental entre nos deux esprits, Voldemort m'a envoyé des images. Il me montrait la torture de mon parrain. J'ai cru qu'il allait le tuer. J'ai demandé de l'aide auprès des adultes en qui je pensais pouvoir faire confiance, des membres de la résistance qui me croyaient. Personne ne m'a informé qu'il était en sécurité ici, à Square Grimmaurd. Personne n'a jugé bon de me rassurer et de me dire que ce n'était que des images pour m'emmener dans un piège. Et moi, comme un con, j'y suis allé. Je voulais sauver Sirius. Au final, c'est lui qui est venu me sauver... et il est mort. Je venais de perdre la dernière personne de ma famille, une personne que j'avais à peine connue mais qui comptait plus que tout à mes yeux. »

Une larme coula le long de la joue d'Harry, solitaire. Il l'effaça rapidement.

« C'est seulement à ce moment-là que le Ministère s'est rendu compte du retour de Voldemort. Dès lors, je suis redevenu le Survivant, l'Elu ! » Il eut un reniflement de dédain. « Il voulait tous que je les aide, que je les protège. Le Ministère avait même envoyé des aurors et demandé à ce que je fasse des apparitions dans leurs locaux pour montrer que je les soutenais. Je hais la politique... »

« J'évolue mieux dans ce milieu, » fit Loki avec un sourire.

« Parce que tu es un serpent fourbe et sournois, ta langue est fatalement plus adaptée à ce milieu. Moi je suis un Lion. Je suis taillé pour aller au combat. J'avoue que je fonce souvent sans réfléchir. »

« Tu ressembles plus à Thor... »

« Seulement sur ce point-là, » admit Harry en soupirant. « En fin d'année, le directeur de mon école, Albus Dumbledore, est mort. Il m'avait enseigné le secret des horcruxes de Voldemort. J'ai passé toute cette année à les traquer et les détruire en étant un hors la loi, l'ennemi à abattre parce que cet enfoiré avait réussi à prendre le pouvoir. J'ai réussi à tous les détruire à l'exception de deux. Un ami s'est chargé de Nagini, son familier. Et Voldemort lui-même s'est chargé du dernier. »

« Pourquoi aurait-il détruit lui-même sa propre âme ? » demanda Loki en fronçant les sourcils.

Harry dégagea une mèche de ses cheveux pour révéler un cicatrice en forme d'éclair sur son front.

« Voici la marque du sortilège qu'il m'a envoyé quand j'avais un an. Quand il l'a fait et qu'il s'est effondré, un morceau de son âme s'est détachée de lui à son insu et s'est logé dans ma tête. Je ne l'ai moi-même découvert qu'il y a quatre jours. Dès cet instant, j'ai su que je devais me sacrifier pour que quelqu'un d'autre termine le travail. Ainsi Voldemort était redevenu mortel. J'ai regardé la mort en face sans la moindre peur. Pour moi, c'était rejoindre mes amis et ma famille. Enfin avoir la paix... »

Le visage du Midgardien s'illumina légèrement alors qu'un sourire fleurissait sur ses lèvres.

« Je ne m'attendais pas à ce qu'Yggdrasil vienne à moi. Il m'a parlé longuement, il m'a réconforté et m'a dit que malheureusement mon travail n'était pas fini. Il m'a laissé le choix mais ... » Harry secoua doucement la tête. « Il m'a proposé de devenir le Gardien de Midgard et de protéger la terre. J'ai hésité. Mais j'ai finalement accepté. Je suis revenu et je me suis débarrassé moi-même de Voldemort qui était une menace pour la survie de Midgard. »

Loki garda un instant le silence, son regard plongé dans ses deux émeraudes qui étaient bien plus lumineuses depuis qu'il avait fini de raconter son histoire.

« Cela n'explique pas pourquoi tu es venu à Asgard pour me sauver, Harry de Midgard. »

« C'était une demande d'Yggdrasil. De tous les Gardiens, j'étais le mieux placé pour agir parce qu'Odin ne me connaissait pas, c'était tout juste si Heimdall m'avait entraperçu. De plus, je ne peux laisser quelqu'un d'innocent subir les foudres d'un tyran. J'ai déjà vu trop d'innocents subir d'injustices pour le supporter sans réagir. »

« Et comment sais-tu que je suis innocent ? Tu ne sais presque rien de moi, sauf peut-être ce qui est écrit dans les Eddas. »

« C'est Yggdrasil qui me l'a dit. Comme il m'a dit aussi ce qu'aurait du être ta vie sans l'intervention d'Odin. »

« Devenir le Gardien de Jotunheim ? » demanda le dieu du chaos en relevant un sourcil.

« Précisément. »

« J'ai tué bon nombre de Jotunns par le passé, dont Laufey, ma propre mère. Qu'est-ce qui te fait croire que je pourrais devenir leur Gardien ou même que je serais accepté ? »

« Tu as tué des Jotunns que parce que tu as été élevé dans une mentalité asgardienne qui les font passer pour des monstres. A ce jour, Jotunheim est décadent, allant peu à peu à sa destruction. La présence d'un Gardien pour le protéger pour l'aider à se relever. De plus, l'avantage de Jotunheim, contrairement à Asgard, Alfheim ou Hellheim, c'est que tu serais libre de tout mouvement. Même si les Jotunns ont un roi, ils sont encore dans un système de vie plutôt ... clanique. Tu ne dépendrais de personne, aussi libre que moi en somme ! »

« Et Odin ? »

« S'il ose s'attaquer à toi alors que tu as accepté ton statut de Gardien de Jotunheim, alors il devra répondre de ses actes devant Yggdrasil lui-même. Cela se terminera sûrement par ... une exécution en bonne et due forme. En gros le châtiment qu'il te réserve actuellement. Et injustement, soi dit en passant. »

Loki garda le silence un instant.

« Je ... j'ai besoin d'y réfléchir. »

« Bien sûr, Loki. Prends le temps qu'il te faudra. Il est fort probable qu'Yggdrasil te rende visite prochainement durant ton sommeil pour te parler. Tu es ici chez toi. Si tu as besoin de quelque chose, sers-toi ou demande si tu ne trouves pas. Je serais dans le salon à l'étage en-dessous. Et ... Oh ! Si tu sors de cette chambre, ne prête pas attention au portrait qui hurle dans le hall. Elle est toujours comme ça. Ignore-la et elle finira par se lasser. »

Harry se leva et débarrassa le plateau d'un geste négligeant de la main.

« Puis-je te poser une question, Harry de Midgard ? »

« Harry suffira, » sourit l'intéressé. « Quelle est ta question ? »

« Pourquoi à des moments tu utilises un bout de bois pour manipuler la magie et à d'autres, tu agites simplement la main ? C'est intriguant ... »

« Parce que je n'ai plus besoin de ma baguette pour les sortilèges aussi simples que la lévitation ou l'accio. Par contre, pour d'autres un peu plus compliqués ou que j'ai moins pratiqués, je canalise mieux ma magie en l'utilisant. De plus, les sorciers de Midgard se battent bien mieux en duel avec une baguette que sans. Elle nous aide. Je pense avoir un livre sur le sujet qui pourrait peut-être t'aider à comprendre. Veux-tu que je te l'apporte ? »

« Ce serait avec plaisir. »

Le Midgardien sourit et sortit. Un gros livre sombre apparut sur la table de chevet à coté de Loki quelques minutes plus tard. Ne voulant pas dormir tout de suite, le dieu s'en empara et satisfit sa curiosité.

xXxXxXx

Loki se réveilla étrangement plus apaisé qu'avant. Yggdrasil était venu le rencontrer et le rassurer avec sa chaleur et sa présence. Encore maintenant qu'il était réveillé, il le sentait encore autour de lui, à l'écoute. Il n'avait pas encore accepté. Il n'était pas du genre à prendre une décision sur un coup de tête. Il était bien plus réfléchi que cela.

Il se leva et grogna encore un peu contre la douleur. Il inspira profondément et piocha un peu dans sa magie partiellement restaurée pour terminer le travail du Midgardien. Il se sentait déjà mieux mais pas encore prêt à supporter un voyage quel qu'il soit. Il sortit de la chambre et descendit calmement les escaliers tout en examinant son environnement. Les lieux respiraient une bien sombre magie et la décoration faisait presque froid dans le dos. Il sursauta, sortant sa dague prêt à se défendre, quand un rideau se décala en une seconde, révélant un tableau d'une femme de la haute aristocratie. Cette dernière hurlait sur lui

« INTRUS ! INTRUS DANS LA MAISON DE MES ANCETRES ! IMMONDE VERMINE ! DEHORS DE CH ... »

« POUR L'AMOUR DE MERLIN, ALLEZ-VOUS FERMER VOTRE GRANDE GUEULE UNE FOIS DANS VOTRE VIE ? PAS ETONNANT QUE SIRIUS VOUS DETESTAIT ! »

« INFAME SANG-MELE ! »

« Silencio ! »

Loki observa le Gardien de Midgard pointer sa baguette sur le portrait qui hurlait dans un silence apaisant après ces hurlements. Un autre coup de sa baguette replaça le rideau à sa place initiale.

« Désolé pour le désagrément, Loki, » fit Harry en rangeant sa baguette avec un sourire contrit. « Elle a toujours été comme ça du plus loin que je me souvienne et d'après un ... une connaissance, elle l'était déjà de son vivant. »

« Charmante ..., » fit le dieu des mensonges avec ironie.

« J'ai fait du thé. En veux-tu une tasse ? »

Le dieu hocha la tête et descendit les escaliers en silence tout en continuant d'observer la décoration. Il retint une grimace de dégoût en regardant les têtes d'elfe empaillées. Il suivit le jeune homme dans d'autres escaliers menant dans une cuisine. Cette dernière semblait déjà bien plus chaleureuse malgré cette sombre énergie qui suintait de la bâtisse.

« Je sais. C'est désagréable, » fit Harry en servant deux tasses et sortant quelques croissants. « La famille de mon parrain, comme cette vieille mégère là-haut était adepte de la magie noire. J'aurais préféré Poudlard mais ils ont suffisamment de problèmes là-bas avec les blessés et l'école à reconstruire. Cet endroit est mon dernier point de chute à l'abri du regard d'Heimdall. Je n'en connais pas d'autres avec des barrières aussi puissantes. »

« Je m'en accommoderais. Rien n'est pire que ... »

Il eut un frisson en se souvenant de sa torture auprès de l'Autre. Il ferma les yeux, ne percevant pas ainsi le regard inquiet du jeune homme en face de lui.

« Si jamais tu désires en parler, je peux écouter sans juger, » offrit Harry avec un léger sourire, rassurant.

Loki redressa la tête et observa le Midgardien un instant.

« Je vais bien. »

« Physiquement, je ne peux te le contredire, » admit le plus jeune avec un bref hochement de tête. « Mais ton esprit ... Je ne vais te mentir en te disant qu'il va bien. Ce n'est pas le cas. Il a subi des lésions importantes. Tu es toujours lucide, ce qui est une chance, mais tu dois certainement être un peu ... comment dire sans te blesser ... »

« Au moins, tu as plus de tact que Thor, » soupira Loki en prenant sa tête entre ses mains, les faisant glisser jusque sur sa nuque. « Il me prend pour un fou. »

« Peut-être plus autant maintenant. » Le dieu jeta un regard interrogatif au Gardien de Midgard. « Je lui ai donné une copie du diagnostic préliminaire que je t'avais fait, à Asgard. Va savoir ce qu'il en a fait... En tout cas, il semblait vouloir écouter alors qu'Odin ... »

« Voulait te faire taire ? »

« En quelque sorte, » confirma Harry.

Loki soupira encore alors qu'il fermait les yeux.

« Est-ce réparable ? »

« Je te demande pardon ? »

« Les lésions dans mon esprit ? »

« Sincèrement, je n'en sais rien. Malgré mes six années d'études, je ne connais pas grand-chose à la magie. Je suis encore un novice. J'aimerais avoir l'avis d'un Maître de l'Esprit. »

« Les seuls que j'ai eu le plaisir de rencontrer sont morts, » dit platement le dieu du chaos en rouvrant les yeux.

« Il doit certainement en avoir sur Midgard mais je ne les connais pas. Pas de vivant en tout cas. »

Loki fronça les sourcils.

« On ne peut parler aux morts. »

« Moi, je peux parler avec certains qui m'étaient très proches. Sinon, avec mon statut de Gardien, je peux décider d'aller à Hellheim et demander audience à la Reine Hel. J'ai connu deux Maîtres de l'Esprit, dont un dont je n'ai aucune envie de revoir ! »

« Et l'autre ? »

« Je ne sais pas trop comment me placer par rapport à lui, » avoua le Midgardien. « Toute ma vie, il a été un connard avec moi, et sur la fin ... il m'a offert le plus précieux des cadeaux qu'un orphelin pouvait rêver d'avoir juste avant de rendre son dernier soupir. » Loki releva un sourcil. « Des souvenirs de ma mère, » développa-t-il.

« Tu voudrais parler à cet homme pour moi ? »

« Oui. Je sais qu'il peut être un véritable enfoiré et qu'il n'est pas facile à convaincre mais ... j'ai confiance en ses capacités. Cela ne coûte rien de déjà au moins demander son avis. Je n'ai pas envie d'aller voir d'autres sorciers au risque d'être arnaqué ou d'être poursuivi par une horde de journaliste prêts à prendre photos, témoignages et supplier pour une interview exclusive du 'Sauveur'. »

Harry avait craché ce dernier mot, montrant pour la première fois son dégoût et sa colère par rapport à quelque chose.

« Tu détestes l'attention et les honneurs ? »

« J'apprécie une vie de calme sans avoir à regarder au-dessus de mon épaule pour un éventuel danger qu'il soit mortel ou non. Je ne suis pas contre le fait de me battre pour ce qui est juste. Mais quand je peux avoir la paix, j'aimerais qu'on me laisse tranquille. Je n'ai jamais eu la paix pendant six ans, toujours la cible de différents articles 'croustillants', et j'ai passé toute cette année à être en cavale alors ... J'avoue qu'une fois que je t'aurais aidé, je ne dirais pas non à un ou deux jours à la mer ou dans un endroit perdu à me dorer au soleil et à profiter. »

« Pourquoi tu n'irais pas maintenant ? Je dois être une gêne pour toi. »

Harry soupira, surprenant une fois encore le dieu du chaos qui n'était pas habitué à ce qu'on lui accorde de l'attention.

« Nous sommes pareils par bien des aspects Loki, » dit le Midgardien avec le plus grand sérieux alors qu'il fixait ce regard vert aux nuances dorées. « De plus, je n'ai jamais abandonné quelqu'un derrière moi sans le savoir un minimum en sécurité. J'ai même sauvé quelques-uns de mes ennemis dont je savais qu'ils étaient forcés de se battre parce qu'on les menaçait eux ou leurs familles. Je ne te considère pas comme un ennemi, Loki. Pas encore comme un ami mais tu es quelqu'un qui m'est équivalent. Tu as le même destin que moi, bien que pour un autre monde. Nous sommes égaux. Cela dit, pour le moment, tu es vulnérable car tu es toujours sous la loi d'Asgard... Je ne peux pas te laisser derrière moi pour aller m'amuser un ou deux jours et risquer de découvrir ton exécution à mon retour. Je n'ai pas vraiment envie d'avoir ta mort sur la conscience juste parce que j'aurais décidé d'agir comme un égoïste. Ce n'est pas mon genre. »

Loki fut ému par ces paroles. Son coeur se réchauffa encore plus alors que pour une fois, quelque part dans l'univers, quelqu'un se souciait vraiment de lui. Toutefois il se garda de montrer ses émotions. Il déglutit discrètement. Harry lui offrit un sourire.

« N'aie pas peur de me montrer tes émotions Loki, » dit-il doucement. « J'ai appris aussi à porter des masques et je peux dorénavant les repérer chez les autres. Je sais ce que c'est de ne pas être désiré et d'avoir le poids de cette réalité sur le coeur. »

« Mais tu ne l'as pas porté aussi longtemps que moi ... »

« Qu'importe le temps ? Dix-sept ans ? Deux mille ans ? La douleur reste la même. C'est juste qu'elle devient sourde avec le temps et génère un autre sentiment qui diffère en fonction des gens. Je suis devenu légèrement méfiant et renfermé sur moi-même, Voldemort est devenu un meurtrier et un fou furieux en quête de pouvoir et de domination, toi tu es devenu orgueilleux et froid, distant des autres pour ne plus avoir à souffrir. »

« C'est l'Arbre-Monde qui t'a dit tout cela ? »

« Entre autre choses oui. »

Ils furent interrompus par l'arrivée d'une chouette hulotte apportant le journal. Harry sortit quelques pièces d'argent et de bronze et les déposa dans une bourse attachée à l'animal avant de récupérer la Gazette du Sorcier. Il regarda rapidement les gros-titres. Il fronça les sourcils et pinça les lèvres.

« Ca, c'est ce qu'on va voir ! » s'exclama-t-il en claquant des doigts.

Une plume et du parchemin apparut sur la table et il se mit à rédiger une lettre. Loki, curieux, fit venir à lui le papier porteur de nouvelles. L'article parlait du Ministère qui avait participé à un certain effort de guerre et qu'un certain Fudge se vantait d'en être l'un des instigateurs.

« Que comptes-tu faire ? » demanda-t-il, ne comprenant pas trop ce qu'il y avait de mal là-dedans.

« Rien de spécial, je vais fournir quelques souvenirs à une journaliste par rapport à la dernière bataille où je n'ai pas vu le moindre homme du ministère. Cet homme n'est qu'un couard opportuniste qui m'a fait passer pour un menteur quand j'ai au début annoncé le retour de Voldemort. »

« C'est lui qui a tenté de te museler ? »

« Oui. Hors de question qu'il redevienne ministre de la magie. Ca il peut rêver ! Je verrais Kingsley Shackelbot. Ou même Amélia Bones. Ce sont des personnes intègres et soucieuses de la justice et du bien-être de la population. »

« Et tu prévois de lui mettre des bâtons dans les roues, » sourit malicieusement Loki.

« On ne peut rien te cacher, » répondit le Midgardien avec le même sourire.

« Serais-tu un peu fripon ? »

« J'avoue que cela doit être dans les gênes, » rit Harry. « Mon père faisait partie d'un groupe qui se faisait appeler les Maraudeurs. Les pires farceurs de leur génération. Poudlard en tremble encore. Mais si tu veux, je pourrais te présenter deux ... »

Il s'interrompit alors que son visage jovial passait soudain à une profonde tristesse.

« Qu'y a-t-il ? » demanda Loki, les sourcils froncés.

« Non ... je ... Je viens de me rappeler que Fred est mort et ... J'ai de la peine pour son frère jumeau. Ce sont des amis très chers. Presque des frères. »

« La guerre ? »

« Oui. »

Loki comprit et n'ajouta rien. Il n'y avait rien à dire dans de telles situations. Il vit le Midgardien se reprendre rapidement et lui faire un petit sourire. Malgré son jeune âge, il avait déjà beaucoup trop côtoyé la mort. Il était résistant et son coeur était blindé. L'âme d'un guerrier.

« Comment compte-tu prendre contact avec Hel ? » demanda-t-il pour revenir à un sujet plus neutre.

« Par Mort, » répondit Harry en haussant des épaules. « Normalement, je peux aller jusqu'à Hellheim tout seul mais je ne sais pas encore marcher sur Yggdrasil. »

« Je connais quelques passages mais aucun vers Hellheim, » avoua Loki. « Puisque tu es Gardien, je pourrais toujours te les montrer. »

« Ce serait super ! »

Il le vit terminer rapidement sa lettre et sortir sa baguette pour en poser la pointe sur sa tempe. Il en tira des filaments argentés qui intriguèrent encore plus le sorcier d'Asgard.

« La magie midgardienne est curieuse, » commenta-t-il alors qu'il le voyait mettre les filaments dans une fiole.

« J'aurai certainement le même commentaire en découvrant celle des Vanes. »

« Pourtant tu m'as fait boire une potion de Vanaheim, » fit Loki.

« Sérieux ? Laquelle ? » répliqua Harry les sourcils relevés, étonné.

« Celle contre la nausée. »

« Oh ... hmm ... Je ne suis pas un génie en potion comme Hermione mais ... je crois qu'elle est connue depuis ... au moins ... le seizième ou le dix-septième siècle. »

« Je vois ... »

« Tu me fais découvrir ta magie et je te fais découvrir la mienne ? » proposa Harry en tendant la main.

« Cela me semble être un marché équitable, » sourit Loki en la serrant.

Harry débarrassa la table et fit rapidement la vaisselle.

« Tu veux aller quand à Hellheim ? » demanda-t-il, sachant que le dieu avait déjà décidé d'y aller par sa simple question.

« Quand tu peux y aller, » répondit Loki. « Je suis ce qu'on pourrait appeler vieux pour toi. J'ai développé l'art de la patience. »

« Pour un papy, tu es plutôt bien conservé, » commenta Harry en le regardant de la tête au pied. « On dirait que tu as quoi ? Vingt ? Vingt-cinq ans ? »

Loki éclata de rire par sa franchise. Cela lui fit beaucoup de bien de rire. Il ne l'avait plus fait depuis ... Il ne s'en souvenait plus. Il était encore enfant. Ce Midgardien était rafraîchissant.