Notes de l'auteur : sur le même principe que « Avant que la porte ne s'ouvre », ci-après sont compilées des nanofictions (objectif dix). Chaque histoire tient dans un tweet. Le thème directeur est « western ». Je vais donc faire du « Gun Frontier » et pour recaler le contexte : Tochiro est un samouraï, Harlock tire comme un dieu, la fille est nue à chaque épisode et personne ne sait s'occuper des chevaux.

Le cavalier dégaina son colt au sommet du col. En contrebas, deux pieds-tendres se disputaient autour du cadavre d'un cheval.
— Je t'avais bien dit qu'il fallait le faire boire ! criait le plus grand.
Détrousser ces idiots ne devrait pas lui demander beaucoup d'efforts.

Midi. Une armoire à glace hirsute s'avance sur la rue principale.
— Viens te battre, nabot !
Dans la grange voisine, un conciliabule se tient.
— Tu es sûr de ne pas vouloir que j'y aille ?
— T'inquiète ! Ce gros lard est sûrement très lent.
Sourire entendu.
— Je l'aurai au sabre.

— Non ce n'est pas « mignon », Tochiro, c'est un grizzli ! Pourquoi tu l'as attiré ici ?
— Oh ça va, il est confortable cet arbre, non ? Cette pauvre bête n'attrapait pas de poissons, j'ai eu pitié, je lui ai donné mon lapin.
— Oui ben là, il est en train de dévorer nos chevaux.

Le panneau indiquait « Hangman wood ».
— Pourquoi ici les villes ont toutes des noms aussi peu engageants ?
— Parce que tu appelles ça une ville, Tochiro ?
L'intéressé haussa les épaules.
— Ils auront sûrement un cheval à nous vendre. Tu pourras arrêter de tirer notre chariot !

Pour une fois, personne n'avait tenté de jeter Tochiro hors du saloon.
— Allez la fille, ôte ta robe !
En revanche, Simunora avait encore attiré des crétins lubriques.
— Enlève tes pattes d'elle !
— Qu'est-ce qu'il veut, le nain ?
Harlock posa son verre de whisky avec un soupir.

— Tu fais moins le malin, hein ?
Ted Ratface ricanait, Tochiro était ligoté, et la robe de Simunora avait déjà été arrachée.
Harlock jeta un œil sur le katana abandonné à ses pieds. Il avait bêtement oublié son colt dans le chariot. Mais lui aussi savait se servir d'un sabre.

Journée ordinaire : Tochiro babille sur la beauté de la nature sauvage, un virevoltant passe, les chevaux trépassent. Simunora s'agace.
— Les garçons, il va vraiment falloir que vous appreniez à ne pas laisser mourir ces pauvres bêtes.
— Grillade ! répond Tochiro.
Harlock grogne.

La cabane branlante offrait un abri pour la nuit, plus ou moins au sec. Tochiro s'échinait devant le poêle. Harlock s'était assis à même le sol. De ses orteils nus, Simunora lui chatouilla le bas du dos.
— Je sais ce que tu as en tête et c'est non, répondit-il.
Elle s'obstina.

De son perchoir, la vue était imprenable sur le lac. Ça lui rappela l'océan, les embruns, les coups de barre dans les tempêtes.
— Ici on n'aime pas trop les étrangers, étranger !
La corde qui frottait contre son cou l'empêchait toutefois de se laisser submerger par la nostalgie.

À Rabbit Creek, la prison ressemble à toutes les prisons des villes de l'Ouest. Simunora sourit. Le gardien posté devant la porte est jeune.
— Bonsoir, beau gosse… Tu veux que je t'aide à tromper l'ennui ?
Ses compagnons sont à l'intérieur. Autant joindre l'utile à l'agréable.