Dancing in the moonlight :

« Et n'oublie pas de débrancher la friteuse quand elle aura refroidi ! Il manquerait plus que tu mettes le feu ! »

Lakeisha leva les yeux aux ciel et retourna la pancarte sur la porte du restaurant, affichant au monde que celui-ci était désormais 'Fermé'. De son côté son grand-père commença à ruminer sur l'insubordination des jeunes de nos jours, ce à quoi elle répondit en se mettant son casque sans fil sur les oreilles pour l'ignorer et finir de débarrasser les tables.

We get it almost every night, when that moon is big and bright...

Elle le retira quelques secondes plus tard quand il cria en la pointant du doigt.

Qu'est-ce qu'elle aurait donné pour avoir un autre travail. Quoi que, non, si elle devait être parfaitement honnête avec elle-même, travailler comme serveuse dans le restaurant familial n'était pas si terrible. D'accord elle était uniquement payée en pourboires, mais quand les ouvriers de l'usine Ace Chemicals en face passaient en soirée ils pouvaient être généreux, sans compter qu'ils étaient trop las pour la harceler comme elle avait dû le subir chez Freddy's Pizza. Heureusement qu'elle était partie avant les meurtres ! Sur ce coup là, elle avait eu chaud. Avec un peu de chance, elle partirait avant qu'on n'ai le temps de lui trouer le bide.

Elle referma le lave vaisselle et s'essuya les mains sur son tablier avant de revenir dans la salle principale. Jetant un regard autour d'elle elle fit un liste de ce qu'il lui restait à faire avant de partir. Papy s'était occupé d'essuyer la longue plaque noire du bar et les tabourets en faux cuir avait étés nettoyés il y a trois jours, donc ils tiendraient encore un peu. Par contre, il restait des reliefs de repas sur les tables et il faudrait encore relever toutes les chaises pour s'occuper du carrelage. C'était impressionnant la vitesse à laquelle ça se salissait, Lakeisha pensa avec humeur, car elle s'en était occupée il y a quelques heures à peine ! Soufflant, elle regarda son téléphone dans l'espoir qu'elle ai reçu un message, qu'une nouvelle vidéo des Titans ait été mise en ligne, ou que Summer Gleeson ai publié une nouvelle photo sur Instagram, n'importe quoi qui lui aurait permis de faire une pause avant de continuer.

« Lakeisha tu crois que je te vois pas ? » Elle sursauta en entendant son grand-père. « T'as éteint la friteuse au moins? »

« Je peux pas elle est encore tiède. » Maugréa-t-elle.

Il mit ses poings sur ses hanches, fronçant les sourcils depuis l'entrée de son bureau, qui lui servait aussi de petit appartement et d'entrepôt pour l'alcool.

« Eh bien ! Finis de nettoyer alors ! Plus vite t'auras fini, plus vite tu pourras te coucher! »

Une fois qu'il eut claqué la porte, elle se permis de faire la grimace. La perspective de passer une énième nuit sur son canapé ne l'attirait pas tant que ça. Elle souffla, tira sur son pantalon trop serré, puis empoigna une éponge et un seau. Tout en retirant des traces de sauce du revêtement plastique des tables, elle se permit de compter les jours qu'il lui restait.

Ça faisait quatre mois qu'elle avait quitté l'appartement qu'elle louait avec des copines pour vivre et travailler à Mickey's Corner. Ses parents avaient étés moyennement contents de voir qu'après un an à travailler à Gotham, elle n'avait pas mis d'argent de côté pour la fac, avait fait la fête tous les soirs et ne savait toujours pas ce qu'elle comptait faire de sa vie. On l'avait donc sommée de revenir en périphérie. Lakeisha, avait refusé. S'en était suivies plusieurs altercations au téléphone, puis une intervention de sa tante, avant qu'une alternative ne soit proposée : La jeune femme pourrait rester en ville, mais elle irait habiter chez son grand-père et devrait travailler pour lui. Après réflexion, elle avait dit oui, d'une part parce qu'elle se sentait coupable d'avoir fait pleurer sa mère, d'autre part parce qu'elle s'était dit qu'elle pourrait se la couler douce sans avoir peur de se faire virer. Mais très rapidement, on l'avait désabusée de cette notion. Son grand-père la forçait à se réveiller à six heures pour le service du petit-déjeuner et restait sur son dos jusqu'à onze heure du soir, quand il lui criait dessus pour qu'elle aille se coucher, les bras endoloris d'avoir porté des plats toute la journée. En théorie elle avait un jour de repos par semaine. En pratique, malheur à elle si elle en profitait pour sortir, parce que si elle n'était pas en train de préparer un dossier (fictif) pour la fac ou de réviser pour un examen d'entrée qui n'existait pas, il l'entraînait avec lui pour faire les courses, lui demandait de faire l'inventaire, de mettre à jour leur page internet... Elle avait prit dix kilos et ça faisait trois semaines qu'elle n'avait pas vu ses amies.

Clairement, elle s'était faite avoir.

Elle ne retournerait pas chez ses parents après un coup pareil. Dans ses rares moments de tranquillité, Lakeisha avait élaboré son plan. Hors de question qu'elle aille en fac. Elle avait détesté le lycée et avait été une élève très moyenne, alors elle n'allait pas s'endetter sur quinze ans pour un Master où elle n'aurait pas des notes assez bonnes pour qu'il ai une quelconque valeur. Non, elle allait s'acheter un van, vivre dedans pendant quelques mois le temps d'obtenir un diplôme d'infirmière, puis elle s'engagerait dans les Peace Corps et partirait en Inde, en Asie, en Afrique, n'importe où tant que c'était loin. Comme ça, ses parents ne pourraient pas se plaindre parce qu'elle ferait de l'humanitaire à l'étranger et Lakeisha pourrait voir le monde.

Après avoir vidé son seau dans la cuisine, elle jeta un coup d'oeil à la friteuse. L'huile n'avait pas encore figé, elle s'en occuperait plus tard. Toujours pas de nouvelles sur son téléphone. Et son grand-père tapait sur les murs de l'appart, sans doute pour lui rappeler qu'elle devait passer les serpillière. Elle s'étira en grinçant, le corps endolori d'avoir été debout toute la journée, mais n'osa pas s'asseoir. Il manquerait plus que Papy débarque, recommence son laïus sur la jeunesse et annonce qu'elle devrait s'occuper de faire l'inventaire. Elle retourna bruyamment les chaises sur les tables, avant d'attendre une seconde, tendue. Pas de cris. Respirant plus facilement, elle mit son casque sur ses oreilles et monta le son à fond.

It's a supernatural delight, everybody's dancin' in the moonlight...

Tout en passant le torchon sur les dalles noires et blanches, elle commença à taper du pied en rythme. Elle avait réussi à mettre 6000 dollars de côté, assez pour acheter le vieux van du père d'Everleigh, payer l'école d'infirmière et vivre de boites de conserves pendant qu'elle étudierait. La prochaine session d'étude commençait dans trois semaines. Elle n'imaginait pas la tête que ferait son grand-père quand elle aurait enfin pu disparaître avant qu'il ne vienne la réveiller aux aurores. Il faudrait qu'elle éteigne son téléphone pendant un jour ou deux, histoire que ses parents se calment. Et cette fois-ci, Lakeisha ne les laisserait pas la traîner à la maison, ou dans le boui-boui d'un cousin éloigné.

Everybody here is out of sight, they don't bark and they don't bite...

Trois semaines, se dit-elle en empoignant le manche serpillière comme une partenaire de danse improvisée, plus que trois semaines. Ça faisait vingt et un jours, vingt si elle ne comptait pas celui-ci, qui était bientôt terminé. Dix-neuf si elle ne comptait pas non plus le jour où elle partirait. Elle fit tourner la serpillière avant de tenter de faire onduler ses bras et ses épaules. C'était très mal fait et elle avait tapé dans une chaise, mais ça ne l'empêcha pas de refaire la même chose en sens inverse avant d'avancer sa tête d'avant en arrière en secouant les épaules dans un mouvement qui rappelait celui d'une poule. S'apercevant dans le reflet du bar, elle éclata de rire.

Un grand fracas la fit se retourner en sursautant. Elle retira ses écouteurs et se figea. Un instant elle eut peur que son grand-père débarque pour lui remonter les bretelles, mais il n'en était rien. A la place le restaurant était redevenu silencieux, à part pour un faible gémissement, qui venait de l'appartement. Lakeisha écarquilla les yeux un quart de seconde avant de s'élancer vers la porte. Est-ce que Papy était tombé ? Est-ce qu'il s'était cassé quelque chose ? Est-ce qu'elle devait appeler une ambulance ? Paniquée, sa main glissa une première fois sur la poignée avant qu'elle ne puisse ouvrir, et elle s'engouffra dans la pièce à vivre. Le coeur battant à ses oreilles elle regarda dans toutes les devant la télé. Rien dans la cuisine. Rien dans… Si ! Le fauteuil était retourné ! D'instinct elle contourna le canapé en courant, avant de se couper brusquement dans son élan quand elle trouva son grand-père.

Il était prostré sur le sol, allongé en chien de fusil, ses mains tremblantes tentant de retenir le sang qui s'échappait de son ventre, créant une flaque devant lui. Ses yeux perdus dans le vagues n'apercevaient pas Lakeisha, qui elle ne pouvait que regarder avec horreur sa bouche sanglante et gigantesque, sa langue tranchée en deux dont un bout était coincé au fond de sa gorge et ses joues fendues en un trop grand sourire.

Elle cria.

Ses deux mains vinrent bloquer le hurlement et furent vite trempées de larmes. Mais qu'est-ce qu'il s'était passé ? Pourquoi ? Elle fit un geste dans la direction de son Papy, avant de vivement rapprocher ses mains de son corps. Si elle lui faisait mal en le bougeant ? Elle n'était pas infirmière, pas encore, il lui fallait une infirmière, il lui fallait une ambulance ! Elle sortit son téléphone de sa poche et il tomba dans la mare de sang. Quand elle se pencha pour le ramasser elle ressentit un douleur violente dans la hanche qui la projeta sur le sol.

Sa tête tournait. Elle n'eut pas le temps de crier qu'un homme maigre couvert de maquillage avait enfoncé son genou dans son estomac, lui coupant le souffle. Il se laissa tomber sur elle et empoigna sa gorge avant un sourire malsain. Glacée d'horreur, Lakeisha ne commença à se débattre que lorsqu'elle vit l'éclat du couteau. Elle était plus lourde, mais elle avait peur. Trop peur pour se défendre. Elle griffa son crane rasé sans toucher ses yeux. Les dents jaunies de son attaquant devinrent plus trouble. Elle battit des jambes sans réussir à prendre d'appui. Ses oreilles commencèrent à sonner. Elle frappa ses épaules sans faire de dégâts. Soudainement il relâcha sa gorge et elle ouvrit la bouche, ayant désespérément besoin d'air. Il en profita pour passer sa lame entre ses lèvres. En l'espace d'une seconde, Lakeisha comprit ce qu'il allait faire, comme une décharge électrique passant dans tout son corps. Elle le supplia des yeux. Il se mit à rire.

D'un coup vif, il déchira sa chair, si rapidement qu'elle ne le sentit pas tout de suite, hurlant de peur plus que de douleur, mais cela vint aussi. Dans la panique elle avait sursauté et s'était retournée, délogeant son agresseur. Elle porte une main à sa joue brûlante, mais ne toucha que ses dents.

Sa joue pendait de sa mâchoire.

Lentement, elle se retourna vers l'homme, vers le monstre qui se releva lentement, riant comme une hyène. Elle battit des jambes pour s'éloigner de lui, glissa sur son propre sang avant de taper le mur. Ses oreilles sonnaient. Plus rien ne comptait. Elle n'imaginait même plus d'aide, ne pouvait pas penser à quoi que ce soit. Il applaudit, presque plié en deux d'hilarité quand elle parvint à se lever en s'appuyant sur une chaise.

Il stoppa net quand il se la prit dans la figure.

Ça avait été purement instinctif, elle ne savait même pas vraiment comment elle avait fait, mais le voir tituber, se prendre la tête entre les mains, déclencha quelque chose en elle. Une haine sauvage coursa à travers ses veines. Il l'avait frappée. Il l'avait défigurée. Il avait blessé Papy. Elle fonça sur lui en hurlant et le plaqua au sol. L'homme se débattit, la poignarda dans l'épaule. Mais elle était plus lourde. Elle était en colère. Se saisissant de son crâne elle enfonça ses pouces dans ses orbites, écrasant ses yeux. Il hurla. Il lâcha le couteau par réflexe et empoigna ses bras. Ses jambes battaient le sol, poussant Lakeisha avec ses hanches sans parvenir à la faire lâcher. Elle raffermit sa prise et releva sa tête avant de l'abattre de toutes ses forces sur les dalles, encore, et encore, et encore. Il lâcha ses bras. Il arrêta de bouger.

Quand Lakeisha se redressa, une nouvelle flaque s'était crée derrière sa tête et ses yeux avaient été réduit en charpie. Sonnée, le souffle court, elle regarda autour d'elle. Papy gémissait toujours. Elle se secoua, poussa le cadavre loin d'elle et se jeta sur son téléphone. Il ne restait plus qu'à appeler une ambulance et devenir infirmière et recoudre sa joue et appeler ses parent et…

Sa chanson n'était pas terminée.

Dancin' in the moonlight, everybody's feelin' warm and bright…

It's such a fine and natural sight…

Everybody's dancin' in the moonlight.


OUI je suis de retour ! Oui je sais j'ai mis deux plombes. Non, j'ai avancé aucun de mes projets. J'ai juste bossé plus de 50h par semaine pendant un an parce que la régulation du travail en Irlande c'est pas la même qu'en France. Puis j'ai été promue y'a quatre mois sur un poste avec de meilleures horaires et là, j'avoue, j'en ai surtout profité pour rattraper mon retard sur toutes les séries (j'ai eu le temps de voir les deux premières saisons de Arrow et les trois premières saisons de Flash avant que mon Netflix se mette sur la version Irlandaise, et là je suis Titans), les films (j'ai trouvé Joker fantastique, Suicide Squad un style sans substance, Batman VS Superman une branlette intellectuelle postmoderne, Wonder Woman bon et Birds of Prey pas mal) et les comics (j'ai trouvé Scott Snyder meilleur que Tom King, que je trouve trop répétitif, cependant j'ai bien apprécié War of Jokes and Riddles).

Maintenant que je suis à la page, je m'y remets ! J'ai un projet déjà entamé, mais je préfère pas en parler tout de suite. Carnet de Bal était un projet sur lequel je voulais me lancer depuis des années (Scarlett a été créée en même temps que Daphnée pour vous donner une idée) mais… J'ai beaucoup trop rushé l'exécution et le résultat m'a frustré au possible, parce que c'est pas du tout ça. Donc pour ma prochaine fic, je vais l'écrire, puis elle va pourrir quelque temps sur mon ordi comme un bon vin, puis je vais la réécrire, et seulement ensuite je vais la publier.

En attendant ça (et la réécriture du premier arc de Carnet de Bal), je vais juste publier des petits OS sur Gotham, ses quartiers, son histoire, ses vilains, ses gentils, ses entre deux et ses pauvres citoyens. Si vous avez des requêtes, je suis ouverte à tout (...ce qui n'est pas en M), mais je ne promet pas de les écrire. Ces OS sont avant tout une façon pour moi de faire des petits trucs courts pour me motiver !

-Freddy's Pizza fait référence à Five Nights at Freddy's, parce que s'il y a un endroit où ce genre de restaurant pourrait fonctionner malgré les meurtres, c'est bien Gotham.

- Aux Etats Unis, selon le cursus, le diplôme d'infirmière peut être obtenu en minimum six mois. On peut aussi rester à la fac et étudier jusqu'au master ou doctorat, et là ça mène plutôt à des carrières dans la recherche ou le professorat.

- Les Peace Corps sont une Organisation Gouvernementale Américaine créée pendant la guerre froide par Kennedy, qui envoie des jeunes américains fraîchement sortis de la fac en mission humanitaire dans d'autres pays pour deux ans en tant que « Missionnaires de la démocratie ». Bien évidemment elle suscité de nombreuses controverses, que ce soit de l'espionnage, de la grève de la faim ou du néocolonialisme, mais elle existe toujours et continue de recruter des milliers de volontaires tous les ans. Pour plus de détails, je vous revoie vers wikipédia.