C'était une belle journée qui se déroulait au village de Konoha. Bien qu'ils étaient en hiver, le ciel était magnifique, rendant les sorties dans la neige plus agréable encore. D'ailleurs, un groupe de ninjas était tranquillement en train de discuter à un terrain d'entrainement rempli de neige. Il était composé de Naruto, Sasuke, Sai, Lee, Kiba, Shino, Shikamaru et Choji. Pourquoi n'y a-t-il que des garçons, me direz-vous ? Eh bien, parce que les filles sont leur principal sujet de conversation. Et pour cause, par un heureux hasard, leurs petites-amies étaient presque toutes tombées enceinte en même temps. C'était à se demander ce qu'il s'était passé à Konoha pour que ça soit le cas ! Et donc, ces messieurs traitaient des fameux déjeuners de famille durant lesquels il fallait annoncer la nouvelle à la famille...

-On l'a annoncé au clan Hyuga hier, soupira Naruto. J'ai cru que j'allais m'évanouir, mais heureusement, Hiashi était tellement heureux à l'idée d'être grand-père qu'il en a oublié comment on faisait les bébés.

-Ça ne correspond pas à l'image qu'Hinata nous faisait de son père à nos débuts, ricana Kiba.

-J'ai quand même eu les jetons !

-J'ai eu plus de chance, sourit Sasuke. Les parents de Sakura m'adorent, et ils ont été autant hystériques qu'elle.

-Ce n'est pas pour tout le monde comme ça...

Choji ouvrit un nouveau paquet de chips et commença à les dévorer.

-Moi, ce qui m'a fait le plus peur, c'était quand Karui l'a découvert. Le coup des hormones, ça commence dès les premières heures, avec elle.

-Ino aussi, elle est devenue beaucoup plus câline, intervint Sai.

-On se retrouve donc avec les deux extrêmes, rit Lee.

Le disciple de Gai se tourna vers le dernier futur père, qui n'avait pas encore parlé.

-Et toi, Shikamaru ?

-Moi, bah...je passe tout à l'heure.

Tous lui jetèrent un regard compatissant.

-Bon courage, mon vieux, dit Naruto

-Lui qui se tient loin des galères, d'habitude, ajouta Sai.

-Tu nous manqueras, pleurnicha Choji.

-Vous pensez vraiment qu'ils vont me tuer, paniqua le Nara.

Jusque-là, il se disait qu'il allait s'en sortir, mais il commençait à en douter un peu lui aussi. Il n'allait pas annoncer la grossesse de sa femme à n'importe qui, mais au Kazekage en personne, ainsi que son frère. Et les voir menacer un homme qui a eu le malheur de profiter de la belle vue qu'offraient les jambes de Temari n'avait absolument rien d'encourageant, étant donné que, par définition, il avait fait bien plus que l'admirer.

-Bah, ils t'aiment bien, tenta de dédramatiser Naruto.

-Mais t'as quand même mis leur sœur en cloque, haussa les épaules Sasuke, avec un fin sourire. D'ailleurs, elle est venue te chercher.

L'ananas tourna la tête dans la direction indiquée par l'Uchiwa. En effet, Temari arrivait vers eux, dévalant la pente en courant. Paniqué, il se leva d'un bond et la rejoignit sans prendre la peine de saluer ses amis.

-Temari, t'es inconsciente ou quoi ?! Imagine que tu tombes !

-Eh oh, je ne suis pas en sucre !

-Mais le bébé est encore fragile !

Elle cligna des yeux, éclata de rire et l'embrassa avant de le tirer jusque chez eux par le bras, sous les rires des garçons, qui avaient trouvé cet instant de peur intense assez amusant. Shikamaru, lui, ne riait pas. Il essayait tant bien que mal de calmer les battements de son cœur. Ils arrivèrent enfin à la maison des Nara, où étaient réunis Yoshino, Gaara et Kankurô. Le couple s'assit en face d'eux, et la blonde prit la parole.

-Merci d'être venus.

-Qu'avez-vous de si important à nous annoncer, questionna Yoshino.

-La dernière fois, c'était pour nous annoncer votre mariage, rit Kankurô. Ce sera quoi, cette fois ?

-Vous adoptez un chien ?

-On n'a pas besoin de faire venir la famille pour ça, Gaara...

Shikamaru se sentait de plus en plus mal à l'aise. Il prit la main de Temari dans la sienne et inspira grandement avant d'annoncer :

-Nous allons être parents.

Un silence gênant s'installa, durant lequel les visages de leurs proches passaient par diverses expressions. Et puis...

-C'est merveilleux, s'enthousiasma Yoshino.

-Comment, s'exclama Kankurô.

-Félicitations, sourit Gaara.

-Galère, termina Shikamaru.

La mère Nara se leva d'un bond, s'excusa et s'éloigna dans le couloir. Temari trouva que c'était une bonne occasion pour laisser les hommes de sa vie discuter entre eux, aussi décida-t-elle d'aller préparer du thé. Les deux frères ne parlaient plus, ne bougeaient pas, et Shikamaru eu l'impression que sa fin arrivait. Quand la blonde lui avait annoncé qu'elle était enceinte, il avait laissé sa joie éclater, lui avait fait mille et une promesses et lui avait même parler de projets d'avenir qu'il venait d'imaginer dans la seconde. Et quand on voit les stratégies qu'il sort en peu de temps, on ne s'étonne pas vraiment qu'ils aient passé la nuit à discuter. Il avait été vraiment heureux, et ça avait rassuré Temari. Mais, quand elle lui a annoncé il y a trois jours qu'elle avait invité ses frères et Yoshino à venir pour leur annoncer la nouvelle, rien ni personne n'avait pu le rassurer lui. Il déglutit et engagea nerveusement la conversation.

-Alors...vous avez fait bon voyage ?

-Ça a été, hocha la tête Gaara.

-Pas trop fatiguant ?

-Un peu. Nous...

-On était un peu inquiet de ce qu'allait nous dire Temari, le coupa Kankurô.

Merde, pensa le Nara. Visiblement, le brun lui en voulait. C'est vrai que, s'il s'était protégé, peut-être que...non ! De toute façon, Temari et lui avait déjà essayé auparavant de parler bébé, cela voulait bien dire qu'ils en désiraient un, non ? Et puis, aucun des deux n'avaient contenu sa joie face à cette nouvelle. Quoi que, Temari se perdait parfois dans ses pensées en caressant son ventre. Il n'avait pas osé en parler avec elle, de peur de la blesser. Et si, finalement, elle ne voulait pas de l'enfant ?

-Le principal, dit Gaara en foudroyant son frère du regard, c'est que vous soyez prêts et heureux, pour que votre enfant puisse bien grandir. Je ne pense pas que cette grossesse soit une mauvaise chose.

-Euh, Gaara, t'es sûr que Temari...

-Je sais à quoi tu penses, Kankurô. Mais malgré cela, elle souhaite aussi fonder une famille avec l'homme qu'elle aime. On doit faire confiance à Shikamaru, il saura l'aider.

-De quoi vous parlez ? C'est quoi « ça » ? En quoi je dois l'aider ?

Le roux allait lui expliquer, mais le retour des deux femmes le plongea dans un grand silence faisant comprendre au Nara qu'il n'obtiendrait rien de lui aujourd'hui. Temari servit le thé et Yoshino posa un gros carton au centre de leur groupe.

-Désolée, ça a été un peu long, mais je les ai enfin trouvés !

-Qu'est-ce que c'est, demanda Temari en prenant place à côté de son époux.

-Des albums photos de Shikamaru lorsqu'il était bébé.

Le concerné manqua s'étouffer avec sa boisson. Yoshino semblait heureuse de se replonger dans ces souvenirs, Temari et Kankurô le regardaient d'un petit air moqueur, et Gaara avait un petit sourire aux lèvres.

-C'est bien mon jour, râla-t-il.

-Arrête de râler, fils ! Temari a bien le droit de voir à quel point tu étais mignon quand tu étais bébé !

-Surtout que notre enfant te ressemblera peut-être, ricana la blonde.

-Je n'étais pas si mignon que ça...

La mère Nara prit un premier album et l'ouvrit à la première page ; il y avait une photo d'elle, enceinte, dans les bras de Shikaku, qui souriait de toutes ses dents.

-On voit que vous étiez heureux, commenta Gaara.

-Les sourires les plus beaux de mon mari étaient ceux qu'il faisait quand on lui parlait de son fils. Il était fier d'être le père de Shikamaru.

Elle tourna la page, montrant une autre photo. Sur celle-ci, il venait de naître, et il était dans les bras de son père. Sur la photo d'à côté, il était dans ceux de sa mère. Les clichés qui suivirent le montrèrent en train de jouer, de manger, de dormir, puis de marcher, de dessiner, de jouer dehors, et de s'entraîner. Shikaku Nara apparaissait sur beaucoup de photos lorsqu'il était petit, et moins au fur et à mesure qu'il grandissait. Il finit même par ne plus être présent. Une grande bouffée de nostalgie s'empara des deux Nara, et leurs regards se voilèrent de tristesse.

-Ce sont de belles photos, sourit Temari en prenant la main de son époux.

-Merci. J'adorais les prendre en photos. J'ai toujours eu peur d'oublier leurs visages et leurs voix. Mais, il me suffit de regarder une photo pour avoir l'impression de revivre la scène. Et ça me réconforte...

Tous hochèrent la tête, et ils continuèrent de regarder les photos. Parfois, ils riaient, parfois, ils s'attendrissaient. Mais il y avait une ambiance si agréable, qu'ils furent tous un peu triste d'arriver au dernier album. Il était assez tard, aussi ne tardèrent-ils pas plus. Yoshino repartit chez elle, et les deux frères rejoignirent leur hôtel. Une fois qu'ils furent partis, Shikamaru souffla et se laissa retomber au sol.

-Voilà une bonne chose de faite !

-Finalement, tout s'est bien passé.

-T'avais peur, toi aussi ?

-Evidemment ! Et si ta mère ou le clan n'acceptait pas notre enfant ?!

-Tu te fais du souci pour rien, tu es une femme tout à fait honorable, bien que galère.

Ils rirent, puis il ajouta d'un ton plus sérieux.

-N'angoisse pas trop quand même, c'est mauvais pour le bébé.

-Oui.

Elle frissonna, ce qui l'étonna. Il allait lui en demander la raison, mais elle ne lui laissa le temps de rien. Elle se leva, prétexta une grosse fatigue et partit se coucher. Il ne la quitta pas des yeux, et il ne tourna la tête que lorsqu'il se rendit compte qu'il fixait le mur. Les paroles de Gaara lui revinrent en mémoire, et il secoua la tête. Elle lui cachait quelque chose, c'était certain. A la façon dont elle s'était comportée aujourd'hui, elle ne semblait pas regretter sa grossesse. Elle avait été intéressée par les photos, et avait posé plusieurs questions à sa mère. Et puis, si elle avait voulu avorter, elle lui aurait dit. Si le bébé n'était pas le problème, alors c'était quoi ? Lui ? Le clan ? Le village ? Elle aurait préféré qu'il naisse à Suna ? Ou bien serait-ce...

-Temari, murmura-t-il.

Il se leva et se dirigea à pas de loup vers leur chambre. Il passa la tête par la porte et observa sa femme, qui caressait son ventre pensivement. Elle semblait sur le point de pleurer, et ça l'effraya.

-Temari, dit-il doucement.

Elle sursauta et leva son regard vers lui. Elle vit son inquiétude dans ses yeux, et elle baissa les siens pour qu'il ne voit pas la sienne.

-Dit-moi ce qui ne va pas...

-Tout va bien.

-Dans ce cas...

Il s'approcha et s'assit en face d'elle. Il lui prit la main et la posa sur son cœur, plongeant son regard dans le sien.

-Dit-moi de quoi tu as peur.

-Qu'est-ce qui te fait croire...que j'ai peur de quelque chose.

-Tu es toujours pensive depuis que tu sais que tu es enceinte. Devant les autres, tu n'as pas peur de montrer que tu es comblée, mais quand tu es seule, tu sembles ailleurs. Et, tout à l'heure, tu as frissonné après ce que je t'ai dit, alors...

-Shikamaru...

Il se stoppa, et elle serra son haut au niveau de son cœur. Lentement, elle se pencha en avant et posa son front sur son torse. Il passa ses bras dans son dos et la colla contre lui, l'enlaçant avec tendresse.

-Explique-moi...

-Tu me détesteras si je te le dis.

-Jamais, je te le promets.

Elle renifla et se rapprocha encore de lui. Il ne put s'empêcher de rougir, et lui caressa les cheveux dans le but de la rassurer un peu.

-En fait...c'est l'accouchement qui me fait peur. Je me moque d'avoir mal, je me moque que ça dure longtemps...mais je ne pourrais pas supporter de perdre notre enfant.

-Temari...

-Mais aussi...j'ai peur de mourir, comme ma mère avant moi.

A ce mot, il resserra subitement son emprise sur elle, ce qui la surprit. Il se mit à trembler, et elle dut l'appeler plusieurs fois avant qu'il ne se reprenne.

-Excuse-moi...

-Tu as peur, toi aussi ?

-Oui. Je n'avais pas pensé au fait que...l'un de vous deux pouvait mourir si ça se passait mal. Je ne pense pas réussir à supporter une perte de plus...

Elle posa ses mains sur ses joues et l'embrassa sur le nez. Il écarquilla les yeux, alors qu'une larme coulait doucement sur sa joue, finissant sur la main de la jeune fille.

-Je me battrai jusqu'au bout, je ferai en sorte que tout se passe bien. Notre enfant naîtra en parfaite santé, et je serai là avec toi pour l'élever.

-Et si...

-S'il te fallait choisir lequel de nous deux sauver, je veux que ce soit lui. Même si je ne veux pas mourir, je ne veux pas t'imposer la perte de notre bébé.

-Je ne veux pas te perdre, toi non plus !

-Je te fais confiance. Je sais que, quoiqu'il arrive, tu feras toujours les bons choix.

-Tout le monde sait que ce sont les femmes qui sont les plus douées pour s'occuper d'un enfant.

-T'es vraiment un macho, pleurnichard.

Elle essuya une autre larme et l'attira à elle pour l'embrasser. Ils fermèrent les yeux, profitant de l'instant et la présence de l'autre. C'était le meilleur moyen qu'ils avaient de se rassurer. S'ils faisaient attention, s'ils continuaient à prendre soin l'un de l'autre, ils y arriveraient. Et c'est seulement lorsqu'ils verraient le visage endormi de leur progéniture qu'ils pourraient se dire qu'ils avaient réussi.


-Monsieur et Madame Nara, appela une infirmière depuis l'entrée de la salle d'attente.

Shikamaru et Temari se levèrent et s'avancèrent vers elle. Elle leur sourit et leur demanda de la suivre. Elle les conduit à travers les couloirs de l'hôpital jusqu'à une grande salle avec un lit, un écran à côté, et une armoire contre le mur. Un médecin était là, et en les voyant entrer, il leur sourit gentiment. L'infirmière repartit en fermant la porte derrière elle. Le docteur s'approcha d'eux et leur serra la main.

-Bonjour Monsieur et Madame Nara. Bienvenue à cette première écographie. Vous êtes stressé ?

-Un peu, avoua Temari.

-Ne vous en faites pas, ça va bien se passer.

Il lui fit signe de s'asseoir sur le lit et commença à la préparer pour l'échographie. Shikamaru se saisit d'une chaise et il la plaça face à l'écran, à côté du lit. Il s'assied dessus, et dès que Temari fut positionnée, il lui prit la main et la serra doucement. La blonde lui sourit pour le rassurer, et elle inspira un bon coup. Le médecin poursuivit les préparatifs, et enfin, une image apparue à l'écran.

-Ah, parfait ! Votre bébé est en bonne voie, je ne constate aucune anomalie.

-Quelle bonne nouvelle, souffla Temari.

Elle sentit la pression sur sa main se raffermir un peu plus. Elle tourna la tête vers son mari, qui fixait la télé, les yeux grands ouverts.

-Shikamaru...

-C'est...c'est bien notre bébé, là. Je n'hallucine pas ?

-Non, monsieur, c'est bien votre enfant à l'écran.

-Ça alors...

-Regardez, sa tête est ici...

Il montra la zone avec un stylo pointé sur l'écran. Il continua de détailler un peu la position de l'enfant, mais Shikamaru ne l'écoutait plus. Il peinait à imaginer que ce qu'il voyait était son enfant, alors dans le ventre de sa femme. C'était leur progéniture qui grandissait tranquillement, se formant petit à petit, paisiblement. Pensant qu'ils avaient besoin de se retrouver un peu seuls, le docteur sortit de la pièce, leur laissant l'image du bébé à l'écran. Temari caressa tendrement la main de Shikamaru, toujours dans la sienne.

-C'est notre enfant, Shikamaru...

-Je rêve...c'est trop beau pour être vrai...

-Tu ne rêves pas, mon amour.

Il plaqua une main sur sa bouche, les larmes dévalant ses joues. Lentement, il retira sa main de son visage et la posa sur le ventre de Temari, qu'il caressa doucement. Il baissa la tête, et seules ses épaules tremblantes pouvaient témoigner de ses sanglots. La jeune femme se redressa et passa une main dans les cheveux bruns de son homme.

-Quel pleurnichard tu fais...

-Gomen...c'est juste que...je ne pensais pas...

-Je te taquine, mais ne t'en fais pas...tu as le droit de pleurer.

Il sanglota encore, ses doigts caressant le ventre de Temari. Il remerciait la blonde, lui chuchotait tout son amour et sa gratitude. À l'écran, le bébé bougea quelque peu, comme si la chaleur transmise soudainement par la main de son père l'apaisait. Cette vision fit sourire Temari, qui à ce moment-là, devina que les deux amours de sa vie auraient un lien. Un lien indestructible qui va bien au-delà des liens du sang. Un lien d'amour comme on n'en a jamais vu. Un lien entre un père et son enfant. Et elle n'avait qu'une hâte : que ce bébé vienne au monde.


Quelques mois étaient passés, et il y avait déjà eu de nombreuses naissances. Le premier fut Inojin, le fils de Sai et Ino. Il avait le visage de son père, mais les cheveux et les yeux de sa mère. Ensuite vint Boruto, le fils de Naruto et Hinata. Il était blond et avait les yeux encore plus bleus que son père. Puis, ce fut Sarada, la fille de Sasuke et Sakura. Elle ressemblait énormément à son père. Enfin naquit Chôchô, la fille de Choji et Karui. Elle était le parfait mélange de ses parents. Quant au bébé Nara, il se faisait désirer. Tous plaisantaient en disant qu'il avait tout simplement la flemme de naître.

Le 22 septembre, le soir de l'anniversaire de Shikamaru, le jeune couple Nara fêtait cet évènement en tête à tête. La naissance du bébé était prévue pour bientôt, et ils en discutaient beaucoup. Parler et rire était le meilleur moyen qu'ils avaient pour oublier leur peur.

-Tu as eu des nouvelles des autres, demanda Temari en finissant son verre.

-Eh bien, tes frères sont venus me voir en personne, et les autres m'ont tous appelés cet après-midi pour me souhaiter bon anniversaire. Ils avaient tous l'air fatigué à cause des enfants.

-Ça se comprend. Ce sera bientôt ton tour.

-Galère, rit-il.

Elle se leva dans le but de débarrasser, mais il la stoppa, lui assurant qu'il allait le faire lui-même. Tout plutôt qu'elle fasse des allers-retours à la cuisine.

-Tu as le droit de ne rien faire un jour dans l'année et c'est aujourd'hui, râla-t-elle.

-Tu devrais être contente que pour une fois, je le fasse spontanément.

-Mais pas aujourd'hui !

Elle l'entendit rire et se renfrogna. De toute façon, elle devait se lever pour aller chercher son cadeau. Elle ricana et s'apprêta à se lever, quand la main de son mari se posa sur son bras, une fois de plus.

-Où est-il ?

-Tu ne vas quand même pas aller chercher ton cadeau !

-Je te le donnerai pour que tu puisses me l'offrir, si tu veux.

-Tu abuses, franchement !

Elle fit une pause avant de lui indiquer l'endroit où elle l'avait caché. Il alla donc le chercher, puis retourna dans le salon. Il le posa devant sa femme et s'assit en face d'elle, souriant.

-Un cadeau ! Il ne fallait pas, Temari.

-Baka...

Malgré tout, elle sourit et lui tendit le paquet.

-Bon anniversaire, Shikamaru.

-Merci.

Il se saisit du cadeau et le déballa précautionneusement. On voyait que la jeune femme avait galéré à l'emballer, ce qui le fit sourire. Une fois tout le papier enlevé, il put constater qu'elle lui avait offert un magnifique appareil photo. Quelques mois plus tôt, elle et sa mère avaient acheté beaucoup d'albums photos pour y ranger les clichés du bébé. Elles pouvaient être certaines qu'il allait bien les remplir, même s'il imaginait déjà son enfant lui dire que c'était galère.

-Merci beaucoup, ça me fait très plaisir.

-Tant mieux. Je ne savais pas vraiment quoi t'offrir d'autre, et puis, tu ne m'as pas aidé en me disant que tu ne voulais rien. Je sais que tu n'aimes pas demander, mais quand même !

-Je voulais simplement passer mon anniversaire avec toi. C'était la seule chose que je désirais.

-J'ai une idée ! Faisons une photo, comme celle de tes parents ! Profitons-en pendant que je suis encore enceinte.

Il hocha la tête et se leva, positionnant l'appareil photo à un endroit stratégique pour prendre une belle photo. Puis, il aida Temari à se lever, et la prit dans ses bras, ils sourirent pour montrer à tous ceux qui regarderaient la photo qu'ils étaient on ne peut plus comblés. Il aida ensuite sa femme à se rasseoir et alla ranger délicatement l'appareil photo dans le sac de Temari.

-Comme ça, on sera sûr que je ne l'oublierai pas quand le bébé naîtra.

-Shikamaru...

-Oui ?

Seul un gémissement lui répondit. Il se tourna vers elle, et écarquilla les yeux.

-Je viens de...de perdre les eaux...

-Quoi ?! Non, ne pas paniquer...Ok, euh...ça va aller, ne t'inquiète pas !

Il attrapa un téléphone et appela l'hôpital pour prévenir Tsunade, puis appela les frères de Temari. Une fois tout ce petit monde au courant, il mit le sac sur son épaule et porta Temari dans ses bras, fonçant vers l'hôpital sans prendre la peine de fermer derrière lui. Lorsqu'ils arrivèrent, la jeune femme fut immédiatement prise en charge. Le Nara préféra se calmer un peu avant d'aller la rejoindre, et pour cela, il appela Choji, bien qu'il aurait préféré ne pas le déranger ; il devait sûrement dormir...

-Allô ?

-Choji...je suis à l'hôpital.

-Il y a un problème ?

-Bah...c'est l'heure.

-Elle accouche, là ?!

-Ouais, c'est en cours.

Choji se retint de rire devant la panique de son meilleur ami. Ce n'était vraiment pas drôle, il le savait puisqu'il y était passé avant lui, mais le Nara n'avait pas pour habitude de paniquer.

-Choji, je n'ai pas fermé ma maison !

-Calme-toi, et respire. Je vais aller fermer ta maison, je préviens Ino et Naruto, puis j'arrive.

-Merci, je suis vraiment désolé.

-Ne le soit pas. Va rejoindre Temari, elle a besoin de toi.

Sans que le brun ne puisse lui répondre, la communication était déjà coupée. Il rangea son téléphone, quand les portes s'ouvrirent sur Gaara et Kankurô, qui se dirigèrent vers lui à grand pas.

-Elle est en salle, demanda Gaara.

-Oui.

-Ne paniquons pas, elle va s'en sortir, s'affola Kankurô, toujours en pyjama.

-Tu dois être à ses côtés, Shikamaru, dit calmement Gaara. Tu dois la rassurer, et même si ça devait mal se passer, l'important est que tu sois là.

Il attrapa Kankurô par les épaules et le força à s'asseoir sur une chaise. Shikamaru rejoignit une infirmière, qui lui donna tout le matériel nécessaire pour qu'il puisse assister à l'accouchement. Mais lorsqu'il entra dans la salle, ce qu'il vit le fit sursauter. Il rejoignit vite Temari et lui prit la main.

-Temari...

-Shikamaru...tu es là...

-Oui, je suis avec toi, je ne te laisserai pas tomber !

Elle hocha la tête et lui sourit, même si sa douleur se lisait dans ses yeux. Cependant, Shikamaru ne put retenir la question qu'il se posait depuis son entrée dans la pièce.

-Dit, où est Tsunade ?

-Elle avait une autre urgence sur les bras. Mais elle m'a assuré que ce médecin était compétent.

-Je veux bien, mais...c'est un homme.

-Tu crois que c'est le moment de faire tes remarques de macho ?!

-Ce n'est pas ça ! Mais je ne pense pas devoir te rappeler par quel endroit de ton corps le bébé sort !

Elle écarquilla les yeux et ricana.

-Attends...t'es jaloux ?

-Qui ne le serait pas ?!

-Il va juste faire sortir le bébé...

-Oui, mais...

Il rougit et détourna le regard. Ok, il exagérait peut-être un peu, mais c'était sa femme, quoi ! Bon, le plus important était de la soutenir, et de continuer de lui parler pour lui assurer sa présence, tout en ignorant difficilement la douleur qui le lançait dans sa main chaque fois qu'elle la serrait.

-Je te fais mal, demanda-t-elle.

-Tu m'as peut-être pété un ou deux doigts, mais je pense qu'à côté de toi, ce n'est vraiment rien.

-Pardon...

-Ne t'excuse pas, Temari. Concentre-toi, tu vas y arriver !

Les heures défilèrent, durant lesquelles Shikamaru ne cessait de lui parler tendrement, bien qu'elle ne pût faire autre chose que hurler et pousser. Et enfin, le 23 septembre à 3h12 du matin, le petit Nara naquit. Une fois qu'il fut propre, le médecin le déposa à côté de sa mère en souriant.

-C'est un garçon, et il a l'air de très bien se porter.

-Shikamaru...regarde comme il est beau...

Mais le jeune homme n'était pas capable de lui répondre. Lui qui n'avait fait que parler pendant plusieurs heures, ne pouvait plus prononcer un seul mot tant l'émotion était forte. Il se contenta de caresser de son doigt la joue de son fils. Tsunade entra dans la pièce, et fut soulagée de voir que tout avait l'air de s'être bien passé. Elle s'approcha de Temari et de l'enfant pour faire un rapide bilan de santé. Puis, elle commença à remplir la fiche contenant toutes les informations du bébé.

-Alors dites-moi, comment avez-vous décidé de l'appeler ?

-Shikadai, répondit Temari en pleurant de joie.

-Shikadai Nara, très bien. Il est en parfaite santé, rien à signaler. Et toi aussi, Temari. Repose-toi bien, et vous pourrez bientôt rentrer chez vous.

-Merci, Tsunade-sama.

-Je n'ai rien fait, c'est grâce à vous qu'il a pu voir le jour.

Elle sourit et demanda à Shikamaru de sortir, pour qu'elle puisse s'occuper de Temari et Shikadai. En tremblant, il sortit de la pièce non sans un regard pour sa femme et son fils. Il rejoignit Gaara, Kankurô, Choji, Naruto et Ino dans la salle d'attente. Lorsqu'ils le virent, tous se précipitèrent vers lui.

-Alors, demanda Kankurô, toujours en pyjama.

-Comment va Temari, ajouta Ino, qui n'était pas plus habillée.

-Et le bébé, termina Naruto, qui ne portait qu'un caleçon.

Shikamaru les regarda un à un, et explosa de rire. Toute la pression accumulée tout le long de l'accouchement venait de s'envoler avec ce rire. Il se mit même à pleurer, mais le sourire qui s'était installé au début de son hilarité ne repartit pas.

-Temari va bien, elle a parfaitement réussi. Et...et c'est un garçon.

-Quel soulagement, souffla Gaara.

-Eh bien, il s'est enfin décidé à sortir. Il nous en aura fait une belle frayeur, ce petit Nara.

-Comme ses parents, commentèrent de concert Ino et Kankurô.

Ils rirent tous ensemble, jusqu'à ce qu'une infirmière vienne les chercher. Ils se dirigèrent tous vers la chambre où Temari avait été installée. Elle était assise dans un lit, le regard rivé sur sa progéniture, qui dormait dans son lit à côté. Les deux frères Subaku foncèrent vers elle pour la serrer dans leurs bras.

-Bravo Temari, chuchota Gaara.

-Tu as réussi, pleurnicha Kankurô.

-Comme il est mignon, s'enthousiasma Ino en observant l'enfant. Il ressemble à son père, c'est dingue !

-A bien y regarder, contredit Choji, il a aussi des airs à sa mère.

-Prends-le, Shikamaru, rit Naruto.

Le Nara sortit de ses pensées à l'entente de cette phrase, et il regarda le blond avec étonnement.

-Que...que je le prenne...

-Mais oui ! Moi, c'est la première chose que j'ai faite quand Boruto est né. Il n'y a rien de mieux pour un père que de porter son nouveau-né !

Clignant des yeux plusieurs fois, Shikamaru s'approcha du berceau. Délicatement, il prit Shikadai dans ses bras, le tenant contre lui comme le faisait son père sur les photos. Un peu apeuré, il alla s'asseoir à côté de Temari pour qu'elle puisse réagir si toutefois, il faisait quelque chose de mal. La blonde posa une main sur son épaule et lui caressa le bras de l'autre.

-Tu t'en sors très bien.

-Il faudrait faire une photo, s'exclama l'Uzumaki.

-Il y a un appareil photo dans mon sac.

Naruto se saisit de l'appareil et prit la petite famille en photo. Il regarda le cliché qu'il venait de faire et sourit. Il releva la tête et rit doucement.

-Shikamaru...tu pleures...

-Il est fatigué, sourit Ino. C'est beaucoup d'émotions, tout ça.

-On devrait les laisser se reposer, intervint Gaara. Nous reviendrons quand il fera jour.

Ils saluèrent le couple et retournèrent chez eux pour finir leur nuit. Temari leur sourit, et une fois la porte refermée, elle détailla le visage de son homme. Il n'avait pas lâché Shikadai du regard depuis qu'il le tenait, et comme l'avait dit Naruto, des larmes coulaient sur son visage.

-Shikamaru, ça va ?

-Merci, Temari.

Elle sursauta, surprise par le ton de sa voix. Il n'était pas fatigué, non. Il montrait tout son soulagement et son bonheur de savoir enfin son enfant dans ses bras. Elle sourit et cala sa tête sur son épaule.

-Tu es heureux.

-Oui, grâce à toi. C'est le plus beau cadeau d'anniversaire que tu pouvais m'offrir. Merci...

Il ferma les yeux, faisant de son mieux pour que ses sanglots ne réveillent pas le bébé. Mais le petit était si bien dans les bras de son père, que rien au monde n'aurait pu le réveiller. Il avait retrouvé la chaleur apaisante de son papa qu'il avait ressenti depuis le ventre de sa mère. Temari les attira tous les deux contre elle, pleurant de bonheur et de soulagement elle aussi. C'est au milieu de tout cet amour que les trois Nara purent passer une bonne nuit.


Comme promis, la famille et tous les amis des nouveaux parents vinrent leur rendre visite dans l'après-midi. Tsunade les guida jusqu'à la chambre, profitant du chemin pour prendre des nouvelles des bébés. Ils arrivèrent enfin devant la pièce, et après avoir frappé, ils entrèrent. Ce qu'ils virent alors les attendris : sur le fauteuil contre la fenêtre, Shikamaru était profondément endormi avec son fils sur son torse en position étoile-de-mer, lui aussi dans un sommeil profond. En voyant tout ce petit monde, Temari se dépêcha de finir son dessert pour les saluer d'un grand sourire.

-Bonjour ! Vous venez voir Shikadai !

-Et prendre de vos nouvelles, rit Sakura.

Tous retirèrent leurs vestes et manteaux, qu'ils posèrent sur des chaises. Puis, ils s'approchèrent des deux endormis, détaillant le bébé.

-Qu'il est mignon, sourit Hinata.

-Il ressemble à son père, dit Kakashi.

-Non, à sa mère, contredit Sakura.

-Décidemment, ricana Temari, ça fait débat.

Semblant entendre des voix qu'il connaissait, Shikamaru ouvrit lentement les yeux. Il regarda tour à tour chaque visage au-dessus de lui, avant de sursauter et de poser ses mains sur son fils comme pour s'assurer qu'il était bien là. Il lâcha un gros soupir de soulagement lorsqu'il sentit son petit cœur battre sous sa paume.

-Galère, vous m'avez fait peur.

-C'était drôle, les défendit Naruto.

-Et si je l'avais fait tomber, hein ? Il aurait pu se faire très mal, voir pire !

-Quel angoissé, tu fais...

Il soupira et se mit à caresser la tête de son fils. Soudain, il le vit bouger des paupières. Il se leva rapidement, mais prudemment, et rejoignit Temari en quelques secondes à peine.

-Il va ouvrir les yeux !

Tous entourèrent l'enfant, qui bailla la bouche grande ouverte. Il se mit sur le dos et ouvrit un œil, qu'il referma bien vite. Puis, il ouvrit les deux yeux en même temps et les posa directement sur sa mère. Il la regarda un moment, et fit un sourire qui fit battre le cœur de la blonde.

-Shikamaru, il a ton sourire.

-Et tes yeux, rit ce dernier, qui sentait que ses larmes remontaient.

Tous les autres étaient émerveillés par la beauté de ses mirettes. Ce fut la faim des bébés qui les ramena sur Terre. Ils s'étaient tous mis à pleurer en même temps, et chaque papa dû porter son petit pendant que les mamans préparaient les biberons. Ces messieurs en profitèrent donc pour discuter de la meilleure façon de tenir un bébé. Et alors qu'ils commençaient à prendre leur repas, Shikamaru s'exclama :

-Mais alors c'est pour ça qu'il s'est réveillé ! C'est parce qu'il avait faim !

-Tu veux dire qu'on serait encore en train de se demander la couleur de ses yeux si son ventre n'avait pas crié famine, demanda Kankurô.

-Ça veut surtout dire qu'eux, ils ont la chance d'avoir un bébé qui a juste besoin de se réveiller pour qu'on sache ce qu'il veut, râla Sasuke en baillant.

Toute sa fatigue se fit ressentir dans sa phrase, et tous acquiescèrent en silence. Ils passèrent la journée à discuter, puis vint la fin des visites, et tous repartirent. Seul restait la petite famille Nara. Shikamaru était de nouveau assit sur le fauteuil, et Shikadai dormait dans les bras de sa mère. Elle semblait le caresser avec ses yeux, et cette constatation fit sourire Shikamaru. Lui qui aspirait autrefois à une vie « pas mal », avec une femme « pas mal » et des enfants « pas mal », il était bien loin de ça. Mais c'était son choix, et il ne le regrettait pas.

-Shikamaru, hein qu'il a les plus beaux yeux du monde, s'exclama la blonde.

-Sûrement.

-Comment ça, sûrement ! Evidemment que oui ! C'est mon fils, alors c'est forcément le plus beau !

-Quelle modestie...

Elle lui jeta un regard noir, puis ferma les yeux en détournant la tête.

-N'écoute pas ton père, Shikadai. Il dit n'importe quoi.

-Eh, commence pas à lui dire ça ou je n'aurai plus d'autorité sur lui !

-Ton père est un gros naze qui ne comprend rien au romantisme !

-T'abuses, là !

Elle éclata de rire et frotta sa joue contre la tête de son fils, qui sourit doucement. Shikamaru vint s'asseoir à côté d'eux et posa sa main sur son petit torse pour le sentir respirer.

-Ce que je voulais dire, poursuivit Temari, c'est qu'il nous ressemble. Et, comme il est le fruit de notre amour, alors il est forcément beau. Et je sais que mes yeux sont plus brillants lorsque je suis avec toi.

-S'il est aussi beau que je t'aime, prépare-toi à l'entendre râler après ses groupies.

Elle rit et l'embrassa sur la joue. Puis elle lui lança un regard plein de malice.

-Finalement, tu t'y connais un peu en romantisme.

-Un peu, seulement ?

Un petit rire retentit, les faisant baisser les yeux. Shikadai gloussait en se collant plus à Temari. Ils sourirent à leur tour, et le reste de la soirée se passa dans un silence apaisant.

Vraiment, Shikamaru ne regrettait pas son choix.


-Tadaima, lança Shikamaru en fermant la porte derrière lui.

-Shikamaru, sourit Temari. Tu rentres tôt, dis donc.

-Oui, je n'ai pas trop de travail en ce moment.

Il se déchaussa et entra dans le salon. Il se dirigea vers sa femme et l'embrassa tendrement sur le front avant de s'asseoir à ses côtés. Il posa son regard sur Shikadai, qui jouait, allongé sur le sol.

-Alors, comment il va ?

-Bien, bien. Il parle de mieux en mieux !

-Ah, bonne nouvelle !

Il croisa les bras en jetant un regard en coin à sa femme.

-Je te paries que son premier mot sera « papa »...

-Non, je refuse ! Ce sera « maman » !

-Non, « papa » !

-Ce sera « maman » !

Ils se foudroyèrent du regard, jusqu'à ce qu'un petit gémissement retentisse. Ils tournèrent immédiatement la tête vers leur fils, qui venait de se faire mal à la bouche avec son jouet. Il regarda l'objet et le jeta plus loin alors que ses yeux s'humidifiaient. Paniqué, Shikamaru se leva d'un bond et le prit dans ses bras pour le serrer contre son torse en lui caressant le dos. Le petit commençait à pleurer, sa tête dans le creux du cou de son père.

-Là, là, ce n'est rien...

-Tournes-le vers moi, s'exclama Temari, je vais voir s'il a quelque chose...

-Est-ce qu'il saigne ?

-Non, je ne vois rien. Je vais chercher sa tétine et son doudou pour le calmer.

Elle quitta la pièce rapidement. Shikamaru soupira et embrassa le crâne de son bébé. Il lui fallait vraiment peu pour le faire paniquer, c'était quand même fou. Il a fait la guerre, planifier des centaines de stratégies et assister à beaucoup de choses plus effrayantes les unes que les autres tout en gardant son sang-froid. Et pourtant, lorsqu'il s'agissait de Shikadai, impossible pour lui de rester calme.

-Ça y est, je les...

-P...a...Pa...

-Temari...Temari, il va...

-Pa...papa...

Shikamaru se figea, alors que son fils répétait encore et encore le mot qu'il venait de prononcer pour la première fois. Folle de joie, Temari se précipita pour prendre son bébé dans ses bras et le féliciter. Le petit commençait à rire, et il continuait de répéter « papa », fier de rendre sa mère heureuse.

-Oh Shikamaru, tu as entendu ?! Il a dit « papa » !

-Il...il m'a appelé ! Il m'a vraiment appelé !

-Oui !

-Papa, papa...

-Oh Shikadai, je suis si fier de toi !

Shikadai rit de plus belle. Ses yeux encore un peu larmoyants brillaient d'une lueur de bonheur intense. Shikamaru sentait que son cœur battait à cent à l'heure : ça y est, son fils avait dit son premier mot ! Il avait dit « papa », il l'avait appelé ! Il ne savait plus quoi faire : devait-il appeler quelqu'un pour lui apprendre la bonne nouvelle ? Sa mère ? Choji ? Gaara et Kankurô ? Ou alors devrait-il garder la surprise et attendre qu'ils l'entendent eux-mêmes ?

-Papa...papa...

La douce voix de son fils le ramena à la réalité. Le petit Shikadai tendait la main vers lui, l'agitant dans le vide ; son père était trop loin de lui, et il lui demandait de se rapprocher. En souriant, le Nara vint serrer sa petite famille dans ses bras, les embrassant tendrement. Au bout d'un moment, Temari se dégagea, et alla chercher l'appareil photo dans le bureau de Shikamaru. Ce dernier avait repris Shikadai, qui mâchonnait son doudou en regardant fixement son père.

-Bravo, Shikadai, sourit Shikamaru en caressant les cheveux de son bébé.

-Papa...

-Oui, papa est fier de toi.

Il l'embrassa sur la joue, ne se souciant pas du flash qui illumina la pièce durant quelques secondes, et du petit cri de satisfaction de sa femme qui avait pris une belle photo. Souvent, lorsqu'il était avec son fils, il était comme dans un autre monde, où il ne faisait plus attention à rien d'autre qu'au petit être si cher à son cœur qui était contre lui. Quand on est un ninja, avoir une famille est une chance inouïe que Shikamaru savoure à chaque seconde.


-Aller Shikadai...vas-y...

Caché derrière le canapé, armé de son appareil photo et d'une caméra, Shikamaru se faisait le plus discret possible, tel un ninja en mission d'infiltration. Sa cible : son fils, tranquillement en train de jouer, assis sur le tapis au centre de la pièce, se moquant bien de ce qu'est en train de faire son géniteur. Celui-ci était tellement concentré qu'il retint à grand peine un cri de surprise lorsque sa femme lui demanda ce qu'il faisait.

-J'observe Shikadai, chuchota-t-il en levant la tête vers elle.

-Encore ? Tu as déjà fait ça hier, et ça n'a rien donné.

-Cette fois, c'est la bonne ! Il va marcher, j'en suis sûr !

La blonde rit et rejoignit son fils, s'accroupissant à côté de lui. Ça faisait plusieurs jours que Shikamaru guettait les premiers pas de son fils, et pour l'instant, Shikadai n'avait pas beaucoup progressé. Mais son mari ne se démotivait pas, et il continuait d'attendre, caché derrière le canapé, prêt à filmer cet instant magique. Mais selon Temari, ce n'était pas ainsi qu'il devait s'y prendre. Elle avait une autre idée, qu'elle avait bien l'intention de tester. En souriant, elle se pencha vers son fils.

-Shikadai, où il est papa ?

Intrigué, le petit laissa tomber son jouet et regarda sa mère. Elle reposa sa question, et il se mit à chercher son père dans la pièce.

-Papa, sourit-il en montrant le canapé du doigt.

-Oui, bravo ! Tu vas le voir ?

Immédiatement, Shikadai se mit à avancer à quatre pattes en direction du canapé. Finalement, il s'arrêta à mi-chemin et tourna la tête vers Temari, qui lui fit signe de se lever. Alors, il commença à se redresser, et fixant son regard sur son père, il fit un pas en avant. Shikamaru, la bouche grande ouverte et la caméra en main, quitta sa cachette pour aller accueillir son fils, qui faisaient ses premiers pas afin de le rejoindre.

-Papa, papa !

-Oh, Shikadai, tu marches, mon bébé !

Enfin, le jeune garçon atteignit son père et le serra dans ses petits bras. Shikamaru coupa la caméra et embrassa son champion pour le féliciter.

-Mama, appela Shikadai en tournant la tête. Mama, mama.

-Oui, Shikadai, rit Temari. Maman a vu, tu as trouvé papa.

-Papa.

La blonde sourit et alla embrasser sa petite famille. Son fils apprenait vite, encouragé par Shikamaru, qui se renseignait chaque jour sur la meilleure façon d'enseigner aux enfants. Jamais elle ne l'avait vu aussi motivé pour quoi que ce soit, et elle se doutait que Shikadai serait pareil. Après tout, ce qui l'a motivé à faire ses premiers pas, c'est le bonheur de pouvoir retrouver son père, et le voir le féliciter.


Des bruits de coups contre la porte sortirent Shikamaru de son sommeil. Il se frotta les yeux et essuya la bave qui avait coulé au coin de sa bouche. Il regarda l'heure ; dix heures trente. Il avait dû s'endormir sur le rapport que Kakashi lui avait demandé de rédiger. Encore...être assistant du Hokage n'était pas de tout repos. La porte de son bureau s'ouvrit, et Shikadai entra. Le petit garçon de trois ans et demi serrait contre lui sa peluche préférée, un cerf appelé Shika que sa grand-mère lui avait offert pour son anniversaire, et qu'il avait appelé comme lui. Shikamaru sourit et se leva pour aller s'accroupir en face de lui.

-Il y a un problème, Shikadai ?

-Je veux jouer avec toi, papa.

-A quoi veux-tu qu'on joue ?

Le regard du petit s'illumina et il repartit de plus belle dans le salon. L'adulte le suivit, content de pouvoir se changer les idées. Le dossier sur lequel il était depuis maintenant une semaine l'épuisait, et il n'avait pas beaucoup vu sa famille pendant ce temps. Jouer un peu avec Shikadai allait sûrement lui faire du bien. Cette idée quitta cependant ses pensées lorsqu'il vit à quoi voulait jouer son fils.

-On danse !

-Euh...tu danses et je te regarde ?

-Non, danse avec moi !

Il prit sa cassette favorite et la mit à la télé. Il s'agissait d'un dessin-animé pour enfant dans lequel un cerf leur apprenait des choses en chantant et dansant. Et bien-sûr, l'enfant était censé reproduire ses gestes ; avec ses parents, sinon ce n'est pas drôle. En soupirant, il se mit face à la télé, et lorsque la musique démarra, les deux Nara débutèrent la danse. Lorsqu'il sauta en levant les bras en l'air, un long craquement inquiéta Shikamaru. Il allait finir vieux avant l'heure, c'était sûr.

-Papa, c'est ton pantalon qui a fait ce bruit ?

-Non, c'est mon dos.

-Ton dos ? Mais tu ne peux pas t'en racheter un ! Comment tu vas faire s'il y a un trou dedans ?

Ah, qu'il était mignon et naïf.

-Ne t'en fait pas, il n'y a pas de trou dedans. C'est parce que je suis fatigué, alors mon dos a craqué.

-Ah, d'accord.

Shikadai était un garçon très intelligent, qui comprenait très vite et regardait beaucoup autour de lui. Il n'était pas très énergique, mais il détaillait l'univers qui l'entourait pour apprendre un maximum de chose. Bien souvent, quand il allait au parc avec ses amis, il restait assis sur le bord et il les regardait jouer. Parfois, il regardait les plus grands qui s'entrainaient non loin, comme s'ils étaient d'éventuels adversaires et qu'il récoltait des infos pour les affronter un jour. Shikamaru adorait le regarder faire, et quelque fois, il imaginait son père, qui faisait la même chose. Il avait l'impression de se rapprocher de lui, et ça lui faisait chaud au cœur.

-Papa, continue de danser !

-Oui, oui.

Il plia les genoux et toucha ses pieds du bout des doigts, alors que le cerf nommait cette partie du corps. Il se redressa, fit un tour sur lui-même et se toucha le nez, puis les oreilles et les joues. Il échangea de place avec Shikadai et se toucha les épaules. Il refit un tour dans l'autre sens, se déhancha de gauche à droite, sauta en l'air et posa ses mains sur sa tête. C'est qu'il la connaissait par cœur, en plus ! Il alla pour rechanger de place avec son fils, et remarqua que ce dernier s'était arrêté de danser pour le regarder faire.

-Eh, tu ne devais pas danser avec moi ?!

-Maman dit que c'est plus amusant de te regarder.

-Elle dit ça pour ne pas danser et se moquer de papa.

-Peut-être, mais elle a raison. Dépêche-toi, la danse n'est pas finie.

En râlant, Shikamaru reprit la chorégraphie. Il sauta d'un pied sur l'autre, tendit ses bras devant lui et secoua la tête de gauche à droite. Il fit des ronds avec son postérieur, les mains sur les hanches puis tapa dans ses mains et refit un tour sur lui-même. Il avança sa jambe droite, puis leva son bras droit, et fit la même chose de l'autre côté. Enfin, il s'assit en tailleur et tapa trois fois dans ses mains. La chanson se termina, mais il n'eut pas la force de se relever. Il se laissa tomber en arrière et ferma les yeux. Shikadai vint s'asseoir à côté de lui et posa sa peluche sur son visage. Puis il monta sur son ventre, s'allongea sur son torse et s'endormit.

De son côté, Temari venait de finir d'étendre le linge dans le jardin. Elle rentra dans la maison et se dirigea vers le bureau de son mari pour le réveiller. Elle fut surprise de trouver la pièce vide. Etait-il sorti ? Elle ne l'avait pas vu, pourtant. Et puis, il serait venu la prévenir. Elle redescendit au salon, et fondit totalement devant le spectacle que lui offraient ses deux hommes. Elle s'approcha d'eux et retourna la peluche, découvrant le sourire heureux de son mari pourtant profondément endormi. Même en rêvant, il souriait rarement comme ça, pourtant là, il semblait vraiment bien. Elle n'eut pas le cœur à les réveiller, et elle repartit donc finir son travail après les avoir recouverts d'une couverture.


-Papa, appela Shikadai.

-Hum ?

-Pourquoi il y a autant de monde, là-bas ?

Shikamaru détourna le regard de son ordinateur et regarda dans la direction que lui montrait son fils. Les deux Nara se trouvaient au parc, et au loin, le petit avait remarqué des gens tous réunis au cimetière. Shikamaru eu un pincement au cœur, puis il prit son fils sur ses genoux.

-Est-ce que tu sais ce que c'est, un cimetière ?

-Oui, c'est là où tous ceux qui nous ont quittés et qui ne reviendront jamais se trouvent.

-Et sais-tu pourquoi ils ne reviendront jamais ?

-Parce qu'on les a fâchés ?

Shikamaru ne retint pas un petit rire, et au fond de lui, il s'en voulait de devoir expliquer ces choses-là à son si jeune garçon.

-En réalité, ils ne reviendront jamais parce qu'ils sont morts. Et, quand quelqu'un meurt, on lui fait une cérémonie d'hommage pour lui dire au revoir, et on l'enterre au cimetière.

-C'est quoi « être mort », papa ?

-Être mort, c'est le contraire d'être en vie. Un jour, tu nais, et un autre jour, tu meurs. C'est comme ça.

Le garçon hocha la tête et regarda de nouveaux le cimetière. Son regard se fit soudain dur et il replongea ses yeux verts dans ceux de son père.

-Moi, je ne veux pas mourir ! Et je ne veux pas de cérémonie !

-Pourquoi ?

-Parce que je ne veux pas que maman et toi soyez tristes !

-Tu sais Shikadai, tout le monde doit mourir un jour. Même si ça rend les autres triste. Mais le plus important, c'est que tu ais vécu le plus longtemps possible, que tu ais eu une vie heureuse et bien remplie, et que tu n'es aucun regret.

Il embrassa le front de son fils et le reposa au sol. Shikadai regarda encore la cérémonie, puis il courut dans l'herbe et ramassa des fleurs. Il remarqua un petit rocher, qu'il leva et cala contre un arbre. Enfin, il posa son bouquet devant et ferma les yeux.

-Qu'est-ce que tu fais ?

-Moi, je pense que le cimetière est trop petit pour tout le monde. Alors, je mets une pierre ici pour tous ceux qui ne sont pas là-bas.

-Tu es le plus gentil garçon du monde, Shikadai.

Un petit bruit ramena l'attention de Shikamaru sur son ordinateur. Il venait de recevoir un mail pour confirmer une réunion importante. Il s'empressa d'y répondre, quand il sentit la petite main de Shikadai sur sa cuisse. Il le regarda, et fut surpris de lire de la tristesse dans ses yeux.

-Que se passe-t-il ?

-Dit papa, toi tu ne vas pas partir sans jamais revenir, hein ?

-Un jour, il le faudra.

-Mais comment on va faire maman et moi ? On aura besoin de toi.

-Ne t'en fait pas, je ne partirai que lorsque tu seras assez grand pour prendre soin de maman.

-Promis ?

Il tendit sa main dont seuls trois doigts étaient levés vers son père. Shikamaru captura ses doigts dans les siens, formant le mundra de la manipulation des ombres.

-Promis. Aller, rentrons à la maison, ou maman va s'inquiéter.

Il ferma son ordinateur, oubliant totalement la réponse qu'il était en train de rédiger, prit la main de son fils dans la sienne, et ils rentrèrent ensemble chez eux. Temari discutaient dans le salon avec Yoshino, lorsqu'elles entendirent la porte s'ouvrir. La blonde se leva et alla accueillir ses deux hommes.

-Bienvenue à la maison !

-Maman !

-Vous vous êtes bien amusé ?

-Oui, j'ai appris plein de choses !

-Raconte-moi...

Il enleva son manteau et ses chaussures et se précipita dans le salon. Il salua rapidement sa grand-mère et se saisit d'une photo de Shikaku, qui était posé sur la table basse.

-Papa m'a expliqué où était papi !

-Ah bon, s'étonna Temari.

-Oui ! Mais il m'a promis qu'il n'irait pas le rejoindre trop vite et qu'il allait rester avec nous !

-J'espère bien, sourit Yoshino.

-Aller, intervint Shikamaru, c'est l'heure du bain.

Aussitôt, Shikadai partit en courant dans la direction opposée à la salle d'eau. Shikamaru grogna ; tous les jours, c'était le même cirque. Il refusait obstinément de se laver, mais une fois dans le bain, impossible de l'en sortir. Ses amis lui avaient assurés que c'était la même chose pour tous les enfants, mais bon...

-Shikadai Nara, papa va se fâcher si tu ne viens pas tout de suite !

-Je me suis déjà lavé hier, répondit faiblement la voix du garçon.

-Mais tu as été joué dehors, et maintenant, tu es sale. Alors, tu vas aller te laver !

-Non !

Temari pouffa, faisant soupirer son époux. Ce dernier se tourna vers sa mère et lui demanda :

-Il tient ça de moi ou de Tem ?

-De toi.

-Galère.

-Moi j'obéissais, fit remarquer Temari en riant.

-Pitié, dites-moi comment vous faites, supplia Shikamaru.

Les deux femmes se jetèrent un regard entendu, se levèrent et hurlèrent en même temps :

-Shikadai, au bain !

Quelques secondes plus tard, la porte de la salle de bain claquait. Shikamaru pencha la tête sur le côté et haussa les épaules.

-Vous faites comme avec moi, en fait.

-Exactement.

Il secoua la tête en souriant et rejoignit son fils pour l'aider à se laver. Temari ne le quitta pas des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse. Yoshino émit un petit rire et appuya sa tête sur la paume de sa main.

-Tu es fière de ta famille, Temari. Ça se voit dans ton regard.

-La vie de parents me faisait un peu peur. La première fois que j'ai rencontré Shikamaru, je doutais qu'avec son caractère de flemmard, il soit un père très présent.

-J'avais les mêmes inquiétudes avec son père. Mais tu sais, s'il y a bien une chose pour laquelle Shikaku n'avait pas la flemme, c'était Shikamaru.

La blonde sourit et regarda la photo de son beau-père. C'était incroyable la ressemblance qu'il avait avec son fils, mais on pouvait tout de même faire aisément la différence.

-Plus d'une fois, Shikamaru a su me rassurer. C'est un père parfait pour Shikadai, mieux que tout ce que je pouvais espérer.

-Je suis certaine qu'il pense la même chose de toi.

Une fois tout le monde propre, ils passèrent à table. Puis, Yoshino rentra chez elle, et les deux parents allèrent coucher leur fils dans son lit.

-Ce qu'il peut être mignon, quand il dort, dit rêveusement Temari.

-Oui, approuva Shikamaru en lui caressant les cheveux.

La blonde se cala sur son épaule et soupira de bien-être.

-Je t'ai déjà dit qu'il te ressemble ?

-Hum, je ne me souviens plus. Dit quoi ?

-Qu'il te ressemble.

-Maintenant que tu le dis...je crois que non.

Elle rit et mêla ses doigts aux siens.

-Merci Temari.

-Pour ?

-Pour ce bonheur que tu m'as offert.

-Tu ne trouves plus ça galère d'être père ?

-Si, mais c'est la plus belle galère du monde.


Un éclair jaillit d'entre les nuages, illuminant le ciel noir durant quelques secondes. Une pluie intense tombait en grosses gouttes sur la petite maison des Nara. Mais cet orage était le cadet des soucis de Temari, qui était actuellement assise à côté du lit de son fils, épongeant son front en sueur. Depuis la veille, Shikadai avait une grosse fièvre qui le clouait au lit, et la blonde ne pouvait empêcher son inquiétude grandissante. Elle devait faire de son mieux pour cacher les tremblements de ses mains, mais cela n'était pas suffisant. Sentant l'angoisse de sa mère, Shikadai posa doucement une main sur son bras pour tenter de la rassurer.

-Ne t'en fais pas, maman. Ça va vite passer...

-Je n'aime pas te voir comme ça, tu le sais bien.

-Tu te fais du souci pour rien.

Il lui sourit, mais ses yeux trahissaient sa fatigue. Son front était toujours aussi brûlant, et Temari ne savait plus quoi faire pour soulager son pauvre petit garçon.

-Maman...

-Oui, trésor ?

-Où il est papa ?

-Eh bien...

Elle tourna son regard vers la fenêtre, ne sachant quoi répondre. Elle était certaine qu'en lui disant où se trouvait son père en ce moment, il s'inquièterait et essaierait de le rejoindre, ce qui ne serait pas bon pour sa santé. Elle s'inquiétait bien assez comme ça, pas besoin d'être deux.

-Il est encore au travail, sourit-elle. Le Hokage avait besoin de lui...

-Mais il pleut beaucoup, et il va tomber malade lui aussi !

-Ne t'en fais pas, ton père est solide. Aller, repose-toi.

Elle l'embrassa sur la joue, éteignit la lumière et quitta la pièce en silence. Shikadai ne tarda pas à s'endormir, exténué. La jolie blonde s'éloigna sans un bruit jusqu'à la salle de bain. Elle prit une serviette, puis se rendit dans une salle menant à la terrasse. Elle attendit quelques minutes, lorsque la porte s'ouvrit, et Shikamaru entra, trempé jusqu'aux os, et un tas d'herbes médicinales dans les bras. Elle se précipita vers lui, referma la porte et mit la serviette sur ses épaules tremblantes.

-Tu aurais au moins pu mettre un manteau, Shikamaru !

-Désolé, Temari. J'ai été surpris par l'orage.

Il la remercia d'un signe de tête et posa ce qu'il tenait sur la table, sur laquelle se trouvait déjà un livre de médicine du clan Nara ouvert, ainsi que des ustensiles. Sans prendre la peine de se changer, il s'assit et commença son travail. Temari alla chercher une deuxième serviette, et entreprit de lui essuyer les cheveux.

-Ce que tu peux être têtu, quand tu t'y mets...

-On en a déjà parlé hier soir, Tem.

-Je ne vois toujours pas où est le problème ! Ça aurait été plus simple d'aller chercher des médicaments à l'hôpital !

-Ce n'est pas normal que sa fièvre n'ait pas baissée. Je préfère lui donner un médicament qui va marcher à coup sûr, plutôt qu'un médicament dont je ne suis pas certain des effets.

-Toi alors...

Elle laissa retomber ses mains sur ses épaules et appuya son front sur le haut de son crâne. Shikamaru stoppa la fabrication de son médicament pour se tourner vers elle et la serrer dans ses bras.

-Temari, tu n'avais pas à t'inquiéter pour moi...

-Et si tu étais tombé dans un trou ? Et si les cerfs ne te retrouvaient pas ? Et si pendant que je te cherchais, l'état de Shikadai s'était aggravé ? Tu as pensé à tout ça ?

-Evidemment que j'y ai pensé, mais je ne pouvais tout simplement pas revenir sur mes pas sans tous les ingrédients. J'en ai assez de le voir comme ça...

Il tira son visage vers le sien et l'embrassa tendrement. Elle y répondit, soulagée qu'il soit rentré sain et sauf.

-Il dort ?

-Oui, je suis restée avec lui jusqu'à ce qu'il s'endorme.

-Tu devrais aller te coucher. Je le finis et je te rejoins.

Il l'embrassa sur le nez et la relâcha pour se remettre au travail. Elle resta quelques secondes à l'observer, puis elle se leva et prit la direction de leur chambre. Elle se changea rapidement et se glissa sous les draps. A peine sa tête fut-elle en contact avec l'oreiller qu'elle sombra dans un sommeil profond.

Lorsqu'elle se réveilla la lendemain matin, elle fut surprise de constater que les draps à côté d'elle n'étaient pas défaits. Comprenant que son époux n'était pas venu se coucher, elle se leva rapidement et descendit dans la cuisine. Elle se servit un verre d'eau et retourna dans le salon. Sans surprise, elle vit Shikamaru affalé à côté de la table, profondément endormi. Elle l'observa un instant, puis sans ménagement, elle vida le contenu de son verre sur son visage. Il se réveilla en sursaut et en poussant un petit cri peu viril.

-La prochaine fois, ce sera une bassine entière, gronda Temari.

-Pardon, je ne m'étais pas rendu compte que je commençais à m'endormir.

Il passa sa main dans ses cheveux pour essuyer les gouttelettes d'eau, lorsque ses yeux se posèrent sur la table. Il se leva d'un bond et prit le médicament qu'il avait terminé la veille. Il le tendit à Temari avec un sourire victorieux.

-Je l'ai fini à temps ! On va pouvoir lui donner dès qu'il sera réveillé !

-Ah, bonne nouvelle !

Elle prit le médicament en souriant. Mais alors qu'elle s'apprêtait à remercier son époux, il éternua violemment, si fort qu'elle crut que la maison s'effondrait. Elle regarda ses vêtements, et une veine de colère apparut sur sa tempe.

-En plus de ne pas être venu te coucher, tu n'as même pas changé tes habits !

-Gomen...

-Shikamaru ! Maintenant, tu es malade, toi aussi !

Elle serra les dents, lorsqu'elle entendit que la porte dans son dos s'ouvrait. Elle se retourna vers Shikadai, qui entra en se frottant les yeux, les joues encore rougies par la fièvre. Ses yeux se posèrent sur son père, et il se précipita dans ses bras.

-Papa, tu es rentré !

-Pardon de ne pas être venu te dire bonne nuit, hier soir. Comment vas-tu ce matin ?

-Je me sens un peu mieux. Mais toi papa, tu es malade ! Je t'ai entendu éternuer !

-J'ai peut-être attrapé un petit rhume, mais rien de bien méchant, ne t'inquiète pas.

-T'as encore pas écouté maman ?

-Que tu es perspicace, dis donc...

Temari ne retint pas un petit rire, accompagné d'un regard malicieux. Elle posa le médicament qu'elle tenait encore sur la table, puis elle partit préparer le petit-déjeuner. Shikamaru se saisit de sa création et la tendit à son fils.

-Regarde Shikadai, grâce à ce médicament, tu vas vite guérir !

-Je n'aime pas les médicaments.

-Je sais bien fiston, mais je te garantis que celui-là va marcher, et tu n'auras pas besoin d'en prendre d'autre !

Avec un peu de réticence, le petit se saisit du médicament et l'avala rapidement. Ses yeux s'écarquillèrent, et il regarda son père avec étonnement.

-Il est bon ! Ils n'ont pas ce goût-là, d'habitude !

-C'est parce que c'est papa qui l'a fait, avec plein d'amour !

-C'est toi qui l'as fait ?

Shikamaru hocha la tête, heureux d'avoir réussi à trouver un médicament qui convienne à son garçon. Shikadai le remercia d'un magnifique sourire, puis rejoignit sa mère dans la cuisine pour aller manger. Shikamaru profita de son départ pour ramasser tous les verres qui avaient servis à la préparation des médicaments qu'il avait raté. C'était la première fois qu'il réalisait un médicament pour enfant avec une vieille recette de famille, et il n'avait pas réussi du premier coup. Il avait tenu à ce que le goût ne soit pas désagréable, et il espérait que sa femme n'ait pas remarqué son petit bazar.

Un petit coup d'œil en entrant dans la cuisine lui apprit que si.


-Nous sommes arrivés, s'exclama Temari.

Elle tenait la main de Shikadai dans la sienne, et elle lui montra avec émerveillement la mer qui s'étendait devant eux. Shikamaru avait pris quelques jours de vacances pour qu'ils puissent emmener Shikadai à la plus belle plage du pays du vent. Ils en profiteraient pour passer quelques jours à Suna, afin de profiter de Gaara et Kankurô.

Shikadai lâcha la main de sa mère et courut sur la plage, heureux de découvrir le sable et les coquillages. Il choisit un emplacement qui lui paraissait parfait, et il fit signe à son père, qui portait tout le nécessaire pour passer une bonne journée. Il le posa en soupirant, heureux de pouvoir soulager ses bras.

-Eh bien, ricana Temari, avec tous les papiers que tu portes jusqu'au bureau du Hokage, tu n'es toujours pas habitué aux lourdes charges ?

-Figure-toi que les piles que je lui emmène sont moins lourdes que la glacière à elle toute seule.

-Je te rappelle que c'est toi qui as préparé le déjeuner.

-La prochaine fois, j'emmènerai moins.

Ils installèrent les serviettes et le parasol, puis ils se mirent de la crème solaire. Enfin, Temari prit place à l'ombre pour lire un livre, tandis que Shikamaru emmenait son fils jusqu'à la mer. Shikadai entra sans hésiter dans l'eau, mais il constata qu'elle était vraiment froide, et il en ressortit illico. En riant, Shikamaru y entra à son tour et avança doucement en mouillant son corps progressivement.

-Papa, ne va pas trop loin !

-Ne t'en fais pas, Shikadai. Viens !

-Elle est froide.

-C'est juste le temps de t'y habituer.

En faisant la moue, Shikadai retourna dans l'eau. Il avança petit à petit jusqu'à Shikamaru, qui s'était rapproché de sorte que le petit n'ait de l'eau que jusqu'aux genoux. Lentement, ils avancèrent main dans la main, et Shikadai constata que plus il passait du temps dans l'eau et plus il avait l'impression que ça se réchauffait. Il commença donc à chahuter dans l'eau, éclaboussant son père, qui se prêta au jeu. Ils jouèrent un moment, mais soudain, le petit Nara glissa et tomba tout entier dans l'eau. Comme il était juste à côté, Shikamaru l'en ressortit rapidement, et il éclata de rire en voyant son air perdu.

-Bah alors, t'as bu la tasse ?

-Ça pique les yeux, la mer...

-Aller, on va aller se reposer un peu.

Il le porta et prit la direction de la plage. Shikadai enfouit son visage dans son cou, appréciant la chaleur de son père. Shikamaru sourit, mais il fronça les sourcils en posant son regard sur sa femme. Elle était toujours assise sur la serviette, son livre fermé posé à côté d'elle, et elle semblait profondément agacée par un homme qui la draguait ouvertement. Son sourire devint malicieux, et il posa Shikadai à terre en lui chuchotant à l'oreille son plan. Le visage de son fils devint également sournois, et il hocha la tête, signe qu'il avait tout compris.

Temari écoutait les dires de l'homme, parfait inconnu qui avait flashé sur elle et qui se vantait de ses exploits physiques. « S'il savait que j'étais une femme mariée » pensa-t-elle en soupirant. L'homme prit ça pour un signe d'admiration, et il exhiba un peu plus ses muscles. Puis dans un geste gracieux, il tendit une main à Temari et lui fit un sourire éclatant.

-Chère demoiselle, accepteriez-vous d'aller vous baigner avec moi ?

-A vrai dire...

-Madame !

Shikadai arriva en courant, se plaçant entre l'homme et Temari. Il jeta un petit regard hautain à l'inconnu, puis tendit sa petite main à Temari avec un grand sourire.

-Voulez-vous vous promener avec moi ?

-Qu'est-ce que, grogna l'homme.

-Avec joie, rit Temari.

Elle se leva en prenant la main du jeune garçon, fit un signe à l'homme dépité, et elle s'éloigna avec Shikadai en direction de Shikamaru, qui se tenait le ventre de rire. Temari lui jeta un regard amusé, les mains sur les hanches.

-J'imagine que l'idée vient de toi.

-Je m'en serais voulu de briser les espoirs de cet homme en lui annonçant que tu étais mariée.

-Mais bien sûr.

Il l'attira à lui et l'embrassa doucement. Mais le baiser ne put durer bien longtemps, car Shikadai tira sur le bras de sa mère pour l'emmener plus loin.

-Maman a dit qu'elle allait se promener avec moi. Pas avec toi, papa.

-C'est vrai, acquiesça Temari.

-Ah, moi non plus je ne peux pas rivaliser avec toi, sourit Shikamaru en les suivant.

Ils marchèrent le long de la plage, ramassant de temps à autre un coquillage ou une pierre pour constituer des souvenirs de vacances. Shikadai courait jusqu'à la mer, et lorsque les vagues revenaient vers lui, il sprintait dans l'autre sens pour ne pas se faire toucher. Et lorsque l'eau allait plus vite que lui, il riait et se mettait à sauter en l'air en se plaignant qu'elle était froide. Shikamaru le regardait jouer avec fierté, sans s'arrêter de sourire. Temari attrapa sa main et posa sa tête sur son épaule, heureuse de ce bonheur qui leur était offert.

Le soleil commençait à se coucher quand la petite famille se décida à se mettre en route en direction de l'hôtel où ils avaient réservé une chambre pour la nuit. Mais alors qu'ils s'apprêtaient à partir, une musique entrainante les attira un peu plus loin. Un petit concert était donné sur la plage, et de nombreux couples étaient déjà en train de danser sur la piste devant la scène, alors que de nombreuses autre personnes se contentaient d'écouter en bougeant légèrement les hanches en rythme. Temari et Shikadai, peu habitués à ce genre de fête, avaient les yeux qui brillaient de joie. Shikamaru sourit de les voir ainsi et tendit sa main à son épouse.

-M'accorderiez-vous cette danse ?

-Avec plaisir.

Il l'entraina vers les autres danseurs, et elle le suivit en riant. Ils entamèrent une valse rythmée, et même s'ils se trompaient parfois dans les pas, ou bien étaient décalés par rapport aux autres couples, ils s'amusaient bien trop pour s'en soucier.

Assis dans le sable, Shikadai les regardait avec un sourire comblé : il adorait voir ses parents passer du temps ensemble, faire des trucs d'amoureux. Dans ces moments-là, les sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre transparaissaient encore plus. Bien sûr, en temps normal, on ne pouvait pas douter qu'ils s'aimaient. Mais ils avaient peu de moments rien que pour tous les deux, ce qu'il trouvait dommage.

-C'est à peine croyable, s'écria une voix à côté de lui.

Il leva la tête vers l'homme qui venait de s'exclamer : c'était celui qui avait dragué sa mère quelques heures plus tôt. Il fixait les deux adultes, l'air encore plus dépité que lorsqu'ils l'avaient quitté.

-Ce sont mes parents, déclara fièrement Shikadai.

-T'es en train de me dire que cette belle jeune femme...a eu un gosse comme toi...avec ce type !

-C'est pas un type ! Mon papa, c'est l'assistant du Hokage !

-Moi aussi je suis riche. Il n'a rien d'exceptionnel.

-Si !

Il se mit debout et leva son menton, posant son pouce sur sa poitrine.

-Il m'a, moi.

-Hein ?

-Je suis exceptionnel, parce qu'il n'y en a pas deux comme moi ! Je suis leur seul enfant, et on s'aime beaucoup tous les trois.

L'homme ne sut quoi lui répondre, et il préféra laisser tomber. Il s'éloigna, et oublia bien vite son malheur dans les bras d'une brune. Shikadai secoua la tête, certain qu'il allait bientôt se prendre une bonne trempe par le fiancé de la demoiselle qui était allé lui chercher à boire. Même lui avait vu qu'elle avait quelqu'un, il n'est décidément par très perspicace.

La chanson se termina, et il était temps pour eux d'aller se coucher. Ils devaient encore aller à Suna le lendemain, et le voyage risquait d'être encore long pour Shikadai. D'ailleurs, il s'endormit déjà dans les bras de sa mère, qui le portait sur le chemin du retour. Ils arrivèrent rapidement à l'hôtel et couchèrent le jeune garçon dans un des deux lits de la pièce.

Shikamaru resta quelques minutes à côté de son lit pour le regarder dormir, caressant affectueusement ses cheveux d'un geste tendre. Il se rappela sa propre enfance, et regretta de ne pas avoir pu passer des vacances comme celles-ci avec ses parents. Son sourire se fit nostalgique.

-J'aurais aimé que tu éprouves ça, papa.

Il embrassa son fils sur le front, puis il se déshabilla et se coucha dans son lit, attirant automatiquement son épouse déjà profondément endormie contre son torse.


-Dis papa, où est-ce qu'on va ?

-Je t'emmène dans un endroit spécial, Shikadai. Je suis sûr que tu vas aimer.

En souriant, Shikamaru marchait le long du sentier, jetant de temps à autre un regard à son fils, qui le suivait en trottinant. Il regardait tout autour de lui, curieux et émerveillé par la beauté de la nature. Ainsi, il lui rappelait Temari la première fois qu'il l'a emmenée dans cet endroit.

-Est-ce que c'est un endroit magique ?

-Pour notre clan, oui.

-Seulement pour nous ?

-Seuls les Nara ont le droit de venir ici. Vois-tu Shikadai, toutes ces terres forment la forêt de notre clan. Nous sommes les gardiens des cerfs qui y vivent, et nous devons veiller sur eux de la même manière qu'ils veillent sur notre village.

Il s'arrêta au milieu d'une clairière et fit signe au petit de venir le rejoindre. Shikadai courut jusqu'à lui et attrapa sa jambe lorsqu'il entendit des bruissements de feuilles. Son père rit et attrapa sa main pour le rassurer.

-N'ai pas peur, ce ne sont pas des ennemis.

-C'est quoi, alors ?

-Eh bien, ce sont eux...

Il s'agenouilla à côté de son jeune garçon et lui montra les quelques animaux majestueux qui s'approchaient. L'enfant laissa échapper une exclamation émerveillée et sourit à son paternel comme pour lui demander l'autorisation de les toucher. Shikamaru hocha la tête, et doucement, poussa son fils vers les cerfs. Shikadai tendit sa main, laissant ces belles créatures les renifler et les lécher.

-Ils sont beaux !

-C'est le trésor de notre famille, Shikadai, et tu devras toujours en prendre soin. Tu veux bien me le promettre ?

-Je te le promets, papa.

-Tu es le petit garçon le plus gentil du monde.

Il se rapprocha de lui et l'embrassa sur le front, ce qui fit rire le petit. Ce rire était si bienfaisant que Shikamaru pouvait en faire sa drogue. Aucun son au monde n'était plus plaisant que ce rire-là. Il leva les yeux au ciel et contempla les nuages. Ça faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas allongé sur un toit pour les observer en somnolant. Non, depuis qu'il avait Shikadai, il préférait largement s'allonger dans l'herbe douce d'un parc, ou au bord d'une rivière, avec son fils à ses côtés, et rentrer à la tombée du soir avec son petit garçon endormi dans ses bras. C'était mille fois mieux que de les regarder seul.

Il baissa la tête vers Shikadai, qui caressait un petit faon avec tendresse. La seconde raison de leur venue ici vint à l'esprit du père Nara, et il se mit à hauteur de son garçon.

-Shikadai, regardes autour de toi, et dis-moi ce que tu vois.

L'enfant arrêta ce qu'il faisait, interrogea son père du regard, avant de parcourir les environs de ses yeux scrutateurs.

-Il y a de l'herbe, des feuilles, des fleurs...des buissons, des arbres...

-Tu sais grâce à quoi tu peux voir tout ça ?

-Euh...grâce au soleil !

-Oui, bravo. Le soleil produit toute la lumière dont tu as besoin pour voir tout ce qui t'entoure. Et cette lumière, elle, créée des ombres.

Il se déplaça en face de son fils et joignit ses doigts en un mundra, que le petit Shikadai reconnut immédiatement. Les ombres s'élevèrent jusqu'à son visage pour le caresser en douceur, faisant rire le jeune garçon.

-Si un jour, tu te retrouves seul, n'ait pas peur de l'obscurité. Car c'est toi qui contrôles les ombres.

-Parce que je suis un Nara ?

-Parce que tu es Shikadai Nara.

Il posa une main sur son cœur, et caressa son torse, puis ses bras, jusqu'à ses mains, qu'il saisit dans les siennes. La différence de taille était flagrante, et alors que ses mains étaient rugueuses à cause de toutes ses batailles, celle du petit étaient douces et agréables.

-Shikadai, que tu décides ou non de devenir un ninja plus tard, il sommeille en toi un grand pouvoir que tu pourras exploiter pour aider les autres.

-Moi, je veux être un ninja comme maman et toi. Je veux que vous soyez fiers de moi.

-On le sera même si tu n'es pas un shinobi.

Il lui sourit, se recula un peu et s'assit en tailleur sur le sol.

-Aujourd'hui commence officiellement ton premier entrainement à la manipulation des ombres. Je vais t'apprendre à utiliser cette technique, et chaque jour, je t'aiderais à la maitriser de mieux en mieux, jusqu'à ce que tu sois capable de la personnifier toi-même.

-Chouette !

Il fit un bond d'excitation et regarda son père, les yeux brillants. Shikamaru fut d'abord étonné, puis rit franchement. A son âge, lorsque son propre père avait décidé de commencer à lui enseigner cette technique, il trouvait déjà ça barbant. Il en avait envie, bien sûr, car voir Shikaku à l'œuvre l'avait fasciné, et faire comme lui était un de ses désirs d'enfant. Mais il fallait beaucoup travailler, il le savait, et n'en avait pas l'énergie. Shikadai, lui, était un peu plus motivé pour le coup. Même s'il commençait parfois à faire son flemmard, ce qui avait le don de désespérer Temari.

Shikadai écouta attentivement les explications de son père afin de faire le bon mundra. Il avait quelques bases en ce qui concerne le chakra, et avec une extrême concentration, il tenta de faire bouger son ombre. Après plusieurs minutes qui lui demandèrent un grand effort, il vit enfin quelques vibrations dans la forme noire sur le sol.

-P...papa, tu as vu ?!

-Oui, félicitations Shikadai !

Il se leva et prit son fils dans ses bras pour le serrer contre lui. Shikadai ne quittait pas l'herbe des yeux, comme s'il la voyait encore bouger.

-Aller, tu as déjà bien travaillé aujourd'hui, ne t'épuises pas trop. Rentrons dire à maman quel exploit tu as réalisé.

Il le reposa et prit sa main dans la sienne alors qu'ils repartaient ensemble en direction de leur petite maison, observés par le regard bienveillant des princes de la forêt.


Quand Shikadai se réveilla ce matin-là, il resta un bon quart d'heure dans son lit, silencieux. Il ne savait pas s'il devait se lever, trop effrayé par ce qu'il pourrait voir s'il descendait dans la cuisine. Est-ce que ses parents étaient toujours fâchés ?

La veille au soir, lors du dîner, il avait senti que ses parents étaient tendus. Ils évitaient de se regarder, ne parlaient pas, et semblaient en colère pour une raison qu'il ignorait totalement. Il partit se coucher après leur avoir dit bonne nuit, comme chaque soir, mais il ne trouva pas le sommeil. Et quand il est discrètement sorti de sa chambre, il entendait depuis le couloir qu'ils se disputaient. Il n'était pas resté longtemps, car ce genre de scène était vraiment insupportable pour un enfant. Et toute la nuit, il avait imaginé des scénarios plus horribles les uns que les autres : et si sa mère s'était mise à pleurer ? et si son père était parti avec une autre dame ? et s'ils ne se parlaient plus jamais ? et s'ils divorçaient ? et s'ils ne voulaient plus de lui ?

Au bout d'un moment, il se décida à sortir de son lit. Quand il arriva dans la cuisine, il vit son père, à la fenêtre, finissant une cigarette. Il savait que son père fumait parfois, mais il le faisait très peu, en général quand quelque chose l'embêtait. Il déglutit et s'approcha de lui. Doucement, il tira sur sa manche pour attirer son attention sur lui. Shikamaru baissa la tête vers son fils, et à son expression, il comprit qu'il savait ce qu'il s'était passé la veille. Il se débarrassa rapidement de sa cigarette, la jeta loin d'eux, et prit son fils sur ses genoux.

-Tu es déjà réveillé Shikadai.

-Dis, papa...

-Hum ?

-Maman...tu l'aimes ?

L'homme poussa un profond soupire et passa une main dans ses cheveux. Cette simple question prouvait tout l'inquiétude de son petit garçon à cause de cette stupide dispute, et il s'en voulait de lui faire ressentir cela.

-Tu sais, c'est normal pour un couple de se disputer parfois. On ne peut pas être d'accord sur tout, mais ça ne m'empêche pas d'aimer maman de tout mon cœur.

-Même si elle te crie dessus et te frappe ? Même si elle n'aime pas quand tu rentres tard, et qu'elle te demande toujours ce que tu fais quand tu n'es pas à la maison ?

-Oui, malgré tout ça, ta mère est la femme de ma vie.

Il rit et serra un peu plus le jeune Nara contre lui.

-Tu sais, ton père n'est pas facile à vivre non plus. On a tous des défauts, mais c'est parce que ta mère m'a accepté comme je suis, et que je l'ai accepté comme elle est, qu'on s'aime très fort même quand on est en colère contre l'autre.

-Pourquoi tu l'as épousé, maman ?

-Pourquoi ? Hum...

Il fit la moue et fronça les sourcils. Comment expliquer ça ? Eh bien, autant lui dire les choses telles qu'elles étaient...

-Je l'ai épousé parce que c'était devenu trop dur pour moi de la voir partir.

-Partir ?

-Tu sais que maman vient de Suna, là où vivent tonton Gaara et tonton Kankurô. Eh bien, avant, je l'accompagnais lorsqu'elle quittait Konoha pour rentrer chez elle. Et un jour, j'en ai eu assez de la voir s'éloigner. Ah ! et aussi...

Il reposa Shikadai sur le sol, se pencha à son oreille et chuchota quelques mots :

-Parfois, ta mère est capable de sourire franchement.

Cette phrase n'était pas exceptionnelle en soi, mais Shikadai décida de la garder au fond de son cœur comme un héritage de père en fils. Soudain, un bruit venant de la chambre parentale leur annonça que Temari sortait de son sommeil.

-Shikadai, que dirais-tu d'inviter maman à un petit-déjeuner à l'extérieur ?

-Pour te faire pardonner ?

-Entre autres, oui.

Il sourit et hocha la tête, se précipitant dans la chambre pour en parler à sa mère. Shikamaru se dépêcha de ranger les couvertures et les oreilles trainant sur le canapé avant que son fils ne les voit, puis les rejoignit dans la chambre, bien décidé à se rattraper auprès des deux amours de sa vie.


-Est-ce que je peux encore changer d'avis ?

-Evidemment que non, Shikamaru.

Temari sourit à son époux, et recula de quelques pas pour l'observer. Des vêtements de samouraï rouges et noirs, une paire de lunettes orange et une perruque blanche : parfait, Shikamaru était devenu la copie conforme de Kagemasa, le héros préféré de Shikadai.

Aujourd'hui, c'était l'anniversaire du petit Nara. Une grande fête avait été organisée, à laquelle il avait invité tous ses amis, ainsi que leurs parents. Shikamaru et Temari avaient veillé à ce que tout soit prêt, mais un souhait de leur jeune garçon avait été plus dur à réaliser que le reste : il voulait que Kagemasa vienne à sa fête. Temari avait d'abord proposé de payer l'acteur pour qu'il vienne, mais son homme avait refusé : il était certain que, dans la mesure où la star aurait pu se libérer et venir, elle aurait demandé une somme astronomique pour une simple photo avant de se casser sans plus, ce qu'il ne pouvait accepter. Si Shikadai veut Kagemasa à sa fête, il faut qu'il reste s'amuser avec eux. Et bien sûr, puisque c'est lui qui faisait le difficile, c'est lui qui devait se coltiner le costume.

-Tu es magnifique, mon amour.

-Qu'est-ce que je ferai pas pour lui...

-Il n'y a rien que tu ne ferais pas.

Elle l'embrassa tendrement sur les lèvres et sortit de la pièce. Shikamaru poussa un long soupire et se regarda dans le miroir. Bon, normalement, les enfants devraient penser qu'il est bien Kagemasa. Il va juste se taper une grosse humiliation devant ses amis, mais ils sont parents eux-mêmes, après tout, ils comprendront. Soudain, alors qu'il s'apprêtait à entrer en scène, il perçut des voix familières de personnes qui n'étaient pas sensées être là. Il entrouvrit la porte et constata avec joie et horreur que le Kazekage et son frère avaient finalement réussis à se libérer pour cet événement spécial et arrivaient PILE A TEMPS pour voir leur beau-frère se taper la honte.

-Mais c'est pas possible !

Au moment où Temari passa devant la salle où il se cachait, il agrippa son bras et l'entraina dans la pièce. Elle le regarda avec surprise.

-Shikamaru ?

-Tu savais qu'ils allaient venir ?!

-Non, ils nous ont fais la surprise. Shikadai sera content.

-Oui, et moi, je vais perdre le peu d'estime qu'ils ont pour moi !

-Mais non, au contraire. Il faut un certain courage pour oser faire ça devant tous ces enfants et leurs parents.

Ça, c'est le cas de le dire ! Il n'allait pas s'en sortir, c'était tout bonnement impossible ! Mais bon, il avait promis à son fils que son héros favori allait venir...il ne voulait pas voir la déception sur son adorable visage, il ne serait plus capable de se regarder dans une glace.

-Bon...j'y vais...

-Tu es un père formidable, Shikamaru, j'espère que tu le sais.

Elle lui caressa le bras, puis sortit annoncer à tout le monde qu'une surprise de tailla arrivait. Et lorsque Shikamaru entra à son tour, le regard brillant de son petit garçon fut la confirmation qu'il avait raison de sacrifier sa dignité de la sorte.

-Waouh, s'écria Boruto, Kagemasa est venu pour toi, Shikadai !

D'un bond, tous les petits sautèrent sur Shikamaru, qui fit de son mieux pour imiter la voix de leur idole sans se faire griller. Et sous les regards amusés de ses amis, il commença à inventer des histoires aux enfants sur des aventures abracadabrantesques qu'il n'avait bien sûr pas vécues. Et ils l'écoutèrent attentivement, poussant de temps à autres des exclamations de peur ou d'admiration.

Après avoir mangé le gâteau, ouvert les cadeaux, et prit un max de photos, les invités s'en allèrent, et Kagemasa aussi. Après s'être changé, Shikamaru se regarda dans le miroir, et toute la journée se refit dans sa tête. Il avait bien observé Shikadai, mais il n'y a pas une seule seconde où il a semblé absent, où il regardait dehors, ou bien tout autour de lui. Plus clairement : il ne l'a pas cherché. A aucun moment il ne s'est demandé pourquoi son père n'était pas là à son anniversaire. Était-ce la présence de son héros qui l'avait obnubilé au point de ne pas remarquer l'absence de son papa ?

Il haussa les épaules : mieux valait qu'il n'y pense pas trop s'il voulait dormir cette nuit. Et il avait bien besoin de sommeil. En baillant, il rejoignit la chambre de son fils afin de lui dire bonne nuit. Cependant, en arrivant dans le couloir, il entendit que Temari et Shikadai discutaient de la journée, et il choisit alors de se cacher derrière le mur pour écouter.

-Alors, murmura Temari en remontant la couverture sur le corps du garçon, tu as aimé cette journée ?

-Oui, tout le monde était là, même oncle Gaara et oncle Kankurô. C'était un super anniversaire !

-Ah, je suis ravie de l'entendre.

-Dis maman...

Il s'enfonça un peu plus dans ses draps et sourit à sa mère alors que ses yeux se fermaient doucement.

-Tu as remarqué, toi aussi ?

-Quoi donc ?

-Que Kagemasa, en fait, c'était papa.

Shikamaru se figea en entendant cela, et il se plaqua contre le mur. Alors il le savait...

-Eh bien, commença Temari.

-Je suis content que papa ait fais ça pour moi. Il voulait me faire plaisir, même si ça l'embêtait, c'est un chouette cadeau.

-Il a fais ça parce qu'il t'aime, Shikadai.

-Et je l'aime très fort moi aussi. Il le sait, tu crois ?

-Bien sûr, mon ange.

-Alors je suis heureux.

Il ferma enfin les yeux et s'endormit sous le regard tendre de sa mère. Cette dernière sourit et jeta un petit regard en direction de la porte. Toujours contre le mur, une main sur la paroi et l'autre sur sa bouche comme pour camoufler le bruit de se respiration, Shikamaru tentait de calmer les tremblements de son corps dû aux larmes qui dévalaient ses joues. Était-ce la fatigue qui l'empêchait de contenir son trop plein d'émotions, ou bien tout simplement le fait qu'entendre son enfant dire à quel point il vous aimait causait une joie trop forte pour être gardée au fond de soi ? C'était peut-être les deux, mais qu'importe : ces quelques mots resteraient à jamais gravés au fond de son cœur.


-Maman, s'écria Shikadai en refermant la porte derrière lui, je suis rentré !

-Bienvenue à la maison, lui répondit sa mère depuis la cuisine. Comment était ta journée ?

-Ennuyeuse...

Elle soupira mais ne réprima pas un sourire. Il lui répondait toujours la même chose lorsqu'il revenait de l'école. En cela, il ressemblait à son père. L'image de son époux apparut dans son esprit, et elle commença à s'énerver sur ses légumes. Shikadai le remarqua et fronça les sourcils. Il tourna la tête vers une photo accrochée au mur ; elle a été prise le jour de sa rentrée à l'école ninja. Son père avait réussi à se libérer in-extremis pour être présent sur la photo, mais ça faisait plusieurs semaines qu'il était élève à l'Académie, et il n'avait toujours pas trouvé le temps de rentrer à la maison le soir. Son regard se voila de tristesse et il détourna le regard de la photo.

-Dit maman...

-Oui ?

-Papa, il ne nous aime plus ?

-Quoi ?!

Elle se tourna vers lui, et le voir si triste lui fendit le cœur. Elle s'approcha de lui et le serra dans ses bras.

-Oh Shikadai, pourquoi penses-tu une telle chose ?

-Pourquoi papa ne rentre jamais à la maison ? On est un poids pour lui ? On a fait quelque chose de mal ?

-Non, bien sûr que non. Il a juste trop de travail...

Il se dégagea de son étreinte et montra la photo du doigt.

-Il avait déjà du travail avant que je naisse, maman ! Alors quoi, c'est moi le problème ? Pourquoi ne rentre-t-il pas aussi souvent qu'avant ?! J'ai bien dû faire quelque chose !

Il se tut et prit une profonde inspiration pour se calmer. Temari soupira et se leva pour quitter la pièce. Elle revient peu après avec un album photo et fit signe à Shikadai de prendre place sur le canapé. Ils s'assirent tous les deux et elle ouvrit l'album à la première page.

-C'est le tout premier album sur toi, Shikadai. Celui-ci est sur le premier mois qui a suivi ta naissance...

-Un aussi gros album pour un mois, s'étonna le garçon.

-Ta grand-mère et moi adorons prendre des photos. Ton père aussi, en fait.

Elle rit et lui montra le premier cliché, celui qui avait été pris le soir du 22 septembre.

-C'est la seule photo de moi enceinte que nous avons. Il a été pris avec l'appareil photo que j'avais offert à ton père pour son anniversaire.

-C'est vrai que mon anniversaire est le lendemain du sien...

-Ça fait un bon moment qu'il ne marche plus, cet appareil, soupira la blonde en secouant la main. Mais ton père pique une crise quand je lui parle de le jeter.

-Hein ? Mais pourquoi, il ne sert à rien s'il ne marche plus !

-Shikamaru donne une très grande importance aux objets appartenant aux personnes qui lui sont chères. Il me dit parfois que chaque objet témoignant de son lien avec une personne qu'il aime sera enterré avec lui.

Le jeune garçon sentit son cœur battre plus vite alors qu'il se demandait quel objet témoignerait de son lien avec lui.

-Une fois, il s'est même jeté dans une bagarre parce qu'il avait fait tomber son alliance par accident. Quelle tête en l'air...

-Papa ?! Une bagarre ?!

-Par amour, ton père est capable de se mettre dans la pire des galères.

Il lui montra ensuite la deuxième photo, celle que Naruto avait prise.

-Pourquoi est-ce qu'il pleure ?

-Parce qu'il ne s'attendait pas à avoir un enfant aussi merveilleux que toi.

Elle lui sourit tendrement et lui caressa la joue.

-Tu sais, il y a un atout que j'ai toujours trouvé impressionnant chez ton père. Tu veux savoir ce que c'est ?

-Oui.

-C'est son regard.

Etonné, Shikadai regarda les yeux de son père sur la photo. Ils semblaient lumineux, et pas juste grâce aux larmes qui baignaient son visage.

-Son regard ?

-Ton père a des yeux très expressifs. C'est son outil de bluff le plus sûr, parce qu'on ne doute jamais de l'expression qu'on y lit, et on se fait avoir.

Elle repensa à toutes les fois où ses yeux ont fait croire à l'adversaire qu'il avait peur, ou qu'il ne savait plus quoi faire. Cela la fit bien rire, et elle reconnut qu'elle était tombée dans le panneau une ou deux fois, elle aussi.

-Avec le temps, j'ai fini par discerner lorsque ses yeux jouaient la comédie, et lorsqu'ils étaient sincère. Et je te promets que sur cette photo, ils ne mentent pas. Ton père était l'homme le plus heureux du monde à ta naissance.

Elle lui montra d'autres photos, qu'elle accompagna d'anecdotes. Shikadai se replongea alors dans ses souvenirs d'enfance qu'ils partageaient avec son père, et il ne put retenir quelques larmes lorsque les moments forts lui revenaient en mémoire. Finalement, il s'endormit sur les genoux de sa mère, qui lui caressa les cheveux. Elle jeta un petit regard dehors, puis à la cuisine : ils n'avaient pas dîné, et il était déjà tard. Elle haussa les épaules : elle n'avait pas faim, et Shikadai dormait trop profondément pour se réveiller avant le lendemain matin. De toute façon, son mari n'allait pas rentrer, alors...

Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit en grand.

-Je les ai, hurla Shikamaru en se déchaussant rapidement et en entrant dans le salon.

-Shikamaru, fait moins de bruit ! Ton fils s'est endormi !

-Hein, il est déjà si tard ? Pardon, je n'avais pas fait attention à l'heure.

Il se dirigea vers eux, embrassa sa femme et déposa un baiser sur le front de son fils.

-Sa journée d'école a dû l'épuiser...

-Pas que, toussa Temari en détournant le regard.

-Je pense qu'un peu de vacances va nous faire le plus grand bien, sourit Shikamaru en tendant une enveloppe à Temari.

Elle l'ouvrit et en sortit 3 billets de train pour se rendre à Suna, ainsi qu'une réservation dans un hôtel.

-Des vacances à Suna ?! Pour 3 semaines ?! Mais comment...

-J'ai bossé comme un dingue pour pouvoir les payer, et Naruto m'a donné un mois de vacances pour que je me repose. Je m'étais dit que ça faisait un moment qu'on n'y était pas allé, et à force, tu vas avoir le mal du pays...

-Mais...à chaque fois qu'on peut partir en vacances, on va à Suna. Tu ne veux pas changer, toi ?

-Tu as besoin de voir tes frères, et de revenir dans ton village natal. Je ne peux pas t'y emmener souvent, alors j'aime te voir profiter de nos vacances là-bas. Et puis, Shikadai adore ses oncles, alors...

Elle le coupa dans sa phrase en l'embrassant passionnément. Il fut très étonné par ce geste soudain, mais il y répondit avec plus de de douceur en fermant les yeux. L'échange terminé, la jeune femme fit un clin d'œil espiègle à son mari et posa l'enveloppe et son contenu sur la table basse.

-On peut dire que cette idée tombe à pic, Shikadai en avait bien besoin.

-Il y a un problème ? Il s'est passé quelque chose à l'Académie ?

-Non, pas à l'Académie. C'est à la maison que se situe le problème.

Il ne lui fallut rien de plus pour comprendre ce qu'il se passait. En soupirant de déception envers lui-même, il se laissa tomber sur le canapé.

-Bon, j'ai encore des progrès à faire en tant que père, on dirait.

-Essaie juste de rentrer un peu plus souvent. Il est encore jeune, tout ça, c'est dur pour lui.

-Plus il grandit et plus je me dis qu'il faut que je lui laisse de l'indépendance. S'il m'a trop sur le dos, ça n'ira pas. Mais on dirait que je me suis trop éloigné...

-Trouver le juste milieu n'est pas aisé, mais tu devrais profiter de ces vacances pour en parler avec lui.

Il hocha la tête et baissa son regard sur son jeune garçon endormi. Il avait dû faire face à de nombreux obstacles depuis que Shikadai était entré dans sa vie : il y avait eu beaucoup de choses à gérer, beaucoup de peur et de douleur, mais il ne se passait pas une seule seconde sans qu'il ne s'estime chanceux de pouvoir voir grandir son fils, le voir s'épanouir et devenir petit à petit un...non, il est encore loin d'être un homme. Ce sera toujours son petit bébé. Ce qu'il pouvait être guimauve, parfois.

-Y a pas à dire : c'est galère d'être père.