Bonjour tout le monde!
Merci à toutes les personnes qui suivent la fanfic. Pour répondre à une question: l'histoires est finie et je ferai une mise à jour tous les jours comme on est chez nous, ça fera un peu de lecture :)
A demain!
Chapitre 2
Si on avait demandé à Emma ce qu'elle pensait de son travail, elle dirait évidemment qu'elle l'adorait. Mais elle devait bien avouer que si elle pouvait choisir ce qu'elle avait préféré, elle choisirait sans hésiter le chantier de Castlegreen, chantier qui lui changea la vie.
-Installez-vous, installez-vous, les invita Paul.
C'était un homme carré, une armoire à glace, comme aimait à le dire Marc. Ses yeux pétillaient à l'annonce d'une bonne nouvelle, et vu les feux d'artifices qui émanaient de lui, autant dire qu'il avait gagné le jackpot.
Il ne put contenir son excitation et n'attendit pas qu'ils soient tous assis.
-Green Castle, articula t'il.
-On y est passé ce matin, dit Marc, il faudra faire quelque chose pour la route car on va galérer avec tout le matériel.
-Je note. Mais, le plus important c'est que non seulement nous allons faire les murs extérieurs, le toit, mais en plus nous sommes missionnés pour retaper les ailes du moulin sur la tour ouest. Le ruisseau ne passe plus, mais les propriétaires veulent recréer le château d'antan. Si vous regardez attentivement, vous verrez qu'il y a encore la mécanique extérieure mais les pâles ont été totalement arrachées durant une des tempêtes.
-Les menuisiers vont être mis sur le coup ? Demanda Emma.
-Oui. Juste une chose, ce sera ton équipe qui le posera.
-Qui le posera ? Ce n'est pas à eux de le faire ?
-Les menuisiers ont accepté à cette condition. Ils ne veulent pas poser à cette hauteur.
-Et pourquoi on ferait ça ?
-Si on prend en charge le moulin, on se fera, avec ce chantier-là, plus d'argent qu'on ne l'a fait avec toutes les missions de l'année dernière. Il regarda Emma droit dans les yeux. C'est l'occasion, pour l'entreprise, de se faire connaitre partout et surtout de pouvoir avoir un bon fond pour accepter d'autres chantiers, voir embaucher un peu plus de personnel. C'est une chance en or.
-Je n'accepterai qu'à une seule condition, intervint Marc.
-Ah oui ? Il haussa un sourcil, autoritaire.
-Si les menuisiers ont pu mettre une condition, on le peut aussi.
-Je t'écoute.
-Des vacances ! Je veux que l'équipe, et plus particulièrement Emma et moi, ayons des vacances supplémentaires à la fin de la mission. Ce serait amplement mérité.
Des vacances ? Pensa soudain Emma, je pourrais en profiter pour retaper la maison et aller voir Henry.
Paul reporta son regard sur Emma, qui approuva en hochant la tête.
-C'est d'accord, concéda-t-il, mais pas plus de trois semaines.
-Ca marche.
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C'est avec une excitation non dissimulée que l'équipe commença le chantier. Toute la matinée fut consacrée à faire venir le matériel. Emma remarqua qu'on était même venue avant eux pour dégager grossièrement l'allée afin que les 4x4 et camions puissent passer. Les buches de bois et les Davids qui bouchaient le chemin avaient été mises sur le côté.
Emma aperçut plusieurs fois Allan Lish regarder ce qu'il faisait. Il surgissait de temps à autre au pied du château mais ne restait jamais très longtemps. Alors que Tom et son apprenti était retournés chercher les derniers kilos de sable avec le camion, Emma fit ce qu'elle savait faire le mieux : le tour de la propriété pour en repérer les endroits qui nécessitaient une restauration urgente. Elle faisait une croix avec une craie aux endroits où elle percevait une fragilité dans le mur. L'avantage de ces murs moyenâgeux, c'est qu'ils étaient tellement épais que même avec des impacts extérieurs, ils n'en demeuraient pas moins solides. La restauration était un mélange de patience, de réflexion et de physique. S'il ne fallait pas réfléchir, ils détruiraient tout et le referait complètement. Mais ce n'était pas ainsi qu'ils procédaient. Sur ce chantier, ils avaient de la chance, suite à la restauration, les anciens propriétaires avaient sans conteste bouché les douves et la seule chose qui montrait que cela avait existé, c'est une entrée semblant aller dans le sol, mais qui était bouché maintenant. Elle en profita pour regarder le château dans sa globalité, et vit que les fenêtres semblaient toute avoir des rideaux. Si personne n'y vivait, elle ne voyait pas l'intérêt d'en avoir. Et à nouveau, elle eut cette intuition que quelqu'un y était. A nouveau, si Allan Lish était là, il ne devait pas rentrer tous les jours chez lui, il devait vivre ici, mais certainement pas seul. Dans une autre vie, elle aurait adoré être explorateur, elle aurait pu assouvir sa curiosité sans fin.
-Aurez-vous besoin de quelque chose avec vos collègues ? Demanda une voix derrière elle.
-Monsieur Lish. Elle prit une profonde inspiration pour ne pas lui montrer sa surprise. Je suis en train de repérer les murs ayant besoin d'une restauration de prime abord. Avez-vous connaissance de pan de murs plus fragiles ou friables que d'autres ?
-La tour Sud est certainement la plus fragile.
Emma leva les yeux vers le soleil pour en déduire le sud.
-Celle-ci ? Demanda t'elle en désignant la tour arrière gauche.
-Oui, c'est sur celle-ci que le moulin était. Il y a dû y avoir beaucoup de vents et la David s'en ressent. Je vais vous y conduire.
Il prit les devants et elle le suivit. En silence. La tour était exposée en plein soleil, ce qui était une bonne nouvelle pour eux, ils allaient pouvoir travailler tout en prenant encore plus de couleurs. Mais cela intrigua encore plus Emma. D'habitude, les châteaux sont exposés plein soleil du côté avant du château et non du côté arrière. Comme s'il avait été construit à l'envers. Ils arrivèrent devant la tour Sud et Monsieur Lish tendit le doigt vers la fenêtre la plus haute, on distinguait clairement une chute de David importante et le support sur lequel était les pâles du puit. A nouveau, les pales étaient mises trop eau pour pouvoir atteindre l'eau. Etrange, mais pourquoi pas après tout, les riches étaient doués pour faire des choses n'ayant pas de sens.
-Et vous souhaitez que nous mettions les pales du moulin à cette hauteur également ? S'inquiéta t'elle soudainement.
-Bien sûr. Madame veut recréer le paysage d'avant.
Emma fronça les sourcils à la mention de Madame. Ses yeux trahirent ses questionnements et Allan Lish se sentit prit sur le fait.
-Je vous laisse, j'entends vos collègues revenir.
Emma acquiesça. Qui disait encore "Madame" de nos jours ?
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Regina avait jeté un coup d'œil par la fenêtre en entendant du bruit à l'extérieur. Les travaux allaient commencer. Tout allait changer maintenant, forcément. Et c'était ce qu'elle souhaitait le plus au monde. Du changement. Du changement et de la tranquillité. Lorsque sa mère avait dit qu'ils voulaient réhabilité le château, Regina ne s'était à aucun moment douté que cela voulait dire employer un ensemble d'hommes en permanence sur la propriété. Certes, elle n'était pas autorisée à sortir, mais elle pensait au moins pouvoir en profiter et lire en ouvrant en grand les fenêtre. Mais non : « Personne ne doit savoir que tu es là ! Personne tu m'entends ? ».
Regina poussa un soupir.
On toqua à la porte de la bibliothèque.
-Entrez.
-Mademoiselle, dit Allan en ouvrant la porte, les ouvriers vont certainement vouloir accéder au toit pour voir les réparations à effectuer. Quand pensez-vous que cela soit le mieux ?
-Vous pouvez les faire monter quand ils veulent Allan.
Il attendit, comme s'il voulait dire quelque chose mais se retint.
-Ne vous inquiétez pas, continua t'elle en lisant dans ses pensées, je ne me montrais pas. Tâcher de ne pas venir dans la salle de la bibliothèque ou dans ma chambre et on ne se croisera pas.
-Bien mademoiselle.
Il lui fit un petit sourire. Regina savait qu'il avait beaucoup d'affection pour elle, mais ils étaient aussi en proie avec l'avis tranché de sa mère, Cora, et il ne pouvait pas aller contre ses ordres.
-Mademoiselle ? Demanda-t-il enfin.
-Oui Allan ?
-Je… Je vais devoir m'absenter certains soirs pour aller voir ma femme et mes enfants. Si cela vous convient ? Je sais… Je sais que Madame ne veut pas que je parte mais…
-Allan, je ne voudrais pas qu'il vous arrive des problèmes avec ma mère.
-Je partirai parfois entre 20h et 6h, dit-il en lançant un regard complice à Regina, Madame ne se rendra compte de rien et tu pourras…
Il fit un geste vague avec sa main.
Oh.
-Et je pourrais rester tranquillement à la maison. Surtout ne pas sortir dans le jardin.
-Surtout pas, murmura t'il en hochant de la tête.
-Et surtout ne pas profiter du bon air extérieur.
-Non.
Elle sourit, enfin.
Il n'eurent pas besoin de continuer pour savoir qu'ils s'étaient compris.
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Allan arrivait toujours à leur faire peur, une fois par jour. Il surgissait, de nulle part, et leur demandait s'ils avaient besoin d'informations ou autre. Un vrai fantôme, avait dit Tom.
Un soleil important resplendissait dans le ciel depuis le début du chantier. Un soleil anormal pour ce mois de Mars, mais ils n'allaient pas se plaindre, cela leur permettait de travailler dans de bonnes conditions, une casquette vissée sur la tête. Cependant, alors que la nuit commençait à tomber lors de la deuxième semaine de travail, le ciel se couvrit soudainement.
Emma était en train de boire un verre avec ses collègues et elle redoutait qu'il y ait une catastrophe sur le chantier.
-Emma, tu ne vas tout de même pas retourner au château maintenant. S'exclama Tom.
-Ne t'inquiète pas, murmura t'elle en buvant rapidement son verre d'eau. Il commence à pleuvoir. Je fais rapidement l'aller-retour, je couvre les machines pour pas qu'elles prennent l'eau. Rejoignez tous vos familles, je rentre vite chez moi ensuite.
-Et prudemment ?
-Et prudemment.
Emma posa quelques billets sur la table et parti du restaurant. La pluie commençait à tomber. Le restaurant se trouvait à une vingtaine de minutes du château. Si au début, tout se déroulait bien, elle dut admettre que la pluie s'intensifiait et le vent commençait à se lever. Elle grogna en constatant que le terrain du château avait bien prit l'eau. Elle se gara au plus près de l'entrée.
Un éclair confirma ses craintes. L'orage se levait et elle n'aimait pas ça, elle n'aimait pas ça du tout. Elle alla fixer la bâche sur le sable et prit tous les outils qu'ils avaient laissés en pensant que le temps resterait au beau fixe. L'eau était glaçant et s'insinuait dans tous ses vêtements. Elle finit de faire le tour du château une dernière fois. Ses bottes s'enfonçaient dans le sol, et elle se dépêcha de jeter les outils à l'arrière.
Une bourrasque la pressa de rentrer dans le véhicule.
En s'asseyant, elle grogna en sentant l'eau dégouliner dans ses chaussettes. Elle mit le contact et essaya, à plusieurs reprises de faire bouger le véhiculer.
-C'est pas possible, pesta t'elle en repassant la marche arrière.
Plusieurs éclairs, rapprochés, tonitruants, la ramenèrent à la réalité.
Non, non, je déteste ça.
Elle entendit des branches fouetter la carrosserie du 4x4. Une lumière attira son œil. Quelqu'un s'approchait du véhicules. Emma commença à paniquer et essaya à nouveau de faire bouger le véhicule.
Impossible, elle était embourbée.
On ouvrit la porte du 4x4 et Emma se prit le vent et la pluie en plein visage. Incapable de voir quelque chose, elle fut tiré en dehors du véhicule et c'est là qu'elle entendit une voix douce et ferme lui ordonner de rentrer dans le château. Elle tituba sous l'effet du choc et de la météo, mais ne se fit pas prier. Elle s'engouffra dans le château. La mystérieuse personne la rejoint en refermant la porte de la demeure.
-Mais qui irait dehors par un temps pareil ? Pesta sa sauveuse.
-Je… Elle plaqua ses cheveux des deux côtés de son visage et s'apprêtait à rétorquer qu'elle était assez grande pour s'occuper d'elle-même.
Mais elle fut frappée par la profondeur des yeux de la personne en face d'elle. Des yeux d'un noir profond et surtout, ce qui la frappa le plus, c'était l'air triste qui était au fond de ce regard. Elle avait ses cheveux et les côtés de son visage recouvert d'un voile fin et noir. Pour se protéger de la pluie ?
-Un merci serait bienvenu, dit-elle d'un ton ferme en retirant son manteau.
-Merci ?
-Mais je vous en prie.
-Non, je…Qu'est-ce que… ? Qui … ? Tout un tas de questions se bousculaient dans son esprit. J'allais très bien m'en sortir.
Elle la détailla du regard. Elle n'avait pas retiré le voile posé sur sa tête. Emma distingua clairement des cheveux bruns sous celui-ci.
-Et vous auriez fini dans le fossé avec cet orage.
Il n'y avait pas d'énervement dans sa voix, seulement de la fermeté.
Comme pour confirmer ses dires, un éclair tonna au-dessus d'elles. Emma acquiesça, incapable de rétorquer quoi que ce soit. C'est là qu'elle prit conscience qu'elle était dans le château. Elle regarda autour d'elle, émerveillée. On voyait clairement la pierre de ce côté aussi, mais l'ambiance était chaude et accueillante. Elle commença à réaliser ce qu'il s'était passé en voyant la lampe torche dans la main de l'autre femme.
-Je vais vous faire couler un bain, lui dit-elle.
-Quoi ?
-Vous tremblez.
Emma prit conscience du froid qu'elle ressentait. Elle était gelée.
-Oui, elle baissa la tête, mal à l'aise. Attendez. Merci, murmura Emma.
L'inconnue esquissa un sourire et commença à monter. Emma se retrouva comme paralysée, incapable de savoir quoi faire. La brune allait continuer son ascension et se retourna.
-Vous pouvez me suivre car je ne pourrais pas vous porter jusqu'à la baignoire.
-Oh ! Emma décolla enfin ses pieds du sol, scotchée par ce qui était en train de se dérouler.
Elle se précipita à sa suite.
-Je suis Emma Swan, je m'occupe des travaux avec mon équipe. Se présenta-t-elle. Je comptais seulement mettre les affaires à l'abri. Monsieur Lish n'est pas là ?
-Allan est… Elle hésita. Absent pour le moment.
Elle n'arrivait pas à croire qu'elle allait demander ça, et pourtant les mots sortirent de sa bouche avant qu'elle n'ait pu les réfléchir. Ça lui arrivait souvent.
-Vous êtes madame Lish ?
La femme fit un arrêt imperceptible dans l'escalier et reprit son ascension, puis, sans un mot elle ouvrit la première porte à droite. Emma allait s'excuser pour son indiscrétion, les bourgeois lui semblaient toujours trop pudiques, mais elle entendit un rire échapper à la brune. Un rire franc qui s'amplifia. La brune commença à faire couler l'eau en tentant de réfréner ce rire. Le visage de la brune s'illuminait alors qu'elle riait. Si Emma était honnête avec elle-même, elle aurait admis qu'elle était superbe.
-Qu'est ce qui est drôle ? Demanda t'elle, trop curieuse pour attendre.
-Je… Je ne suis pas la femme d'Allan. S'exclama-t-elle. Elle ne put retenir son rire à nouveau.
Adorable.
Elle sortit une serviette qu'elle posa près de la baignoire, s'excusa et sorti.
-Qu'est ce que… ? Elle passa une main dans ses cheveux.
Qu'est ce qu'il venait de se passer ?
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Emma poussa un soupir de contentement lorsqu'elle se glissa dans la baignoire. Même si c'était bien la première fois qu'elle se retrouvait à prendre un bain dans la maison d'une inconnue. Mais bon, tous ses collègues savaient qu'elle était là, elle ne risquait rien.
La pièce était immense, avec une hauteur sous plafond incroyable. Le plafond était moulé, et elle pouvait juger aux détails de ceux-ci qu'ils dataient de la fin du 18ème siècle.
La baignoire était plus grande que toute ce qu'elle avait pu voir, dans un marbre blanc clinquant. C'était une pièce vraiment agréable, et elle savoura l'instant, l'eau chaude décontractant ses muscles.
Elle plongea la tête sous l'eau et écouta les battements de son cœur, calme, paisible.
Elle entendit un bruit à l'extérieur et se redressa immédiatement.
-Je vous apporte des vêtements secs, la taille devrait convenir, dit l'inconnue sans la regarder.
Elle déposa les vêtements au bord de l'évier et s'apprêta à partir.
-Attendez, dit Emma, je peux au moins connaitre votre prénom ?
-Regina.
-Comme l'émeute? Emma avait toujours été friande d'histoire, et elle ne pouvait s'empêcher de toujours voir de l'histoire derrière un prénom.
Elle sourit et jeta un coup d'œil à Emma avant de se retourner à nouveau.
-Je ne suis pas aussi vieille que cela, murmura-t-elle en sortant.
Emma sortit peu de temps après, elle était complètement détendue. Lorsqu'elle vit les vêtements que lui avait rapporté Regina, elle crut que c'était une blague.
Elle déplia le pyjama en soie. En soie ! Jamais elle n'avait porté une matière comme celle-là. Elle ne pouvait définitivement pas mettre ça. Elle alla récupérer ses vêtements mais lorsqu'elle tenta de mettre une main dans son pull, elle dut se raviser. Tout était trempé et vraiment trop froid. Elle grogna et enfila le pyjama.
Elle était là, dans de la soie, sans soutien-gorge. En bref, elle se sentait nue.
-Note pour moi-même, marmonna t'elle, ne jamais faire de soirées pyjama avec cette nana.
Elle sortit de la salle de bain, ses affaires sous le bras.
Un éclair et les lumières vacillèrent. Un petit cri l'interpella et elle se dirigea immédiatement dans la pièce au fond, d'où il avait émané. Regina était à terre.
-Tout va bien ? Demanda Emma en se précipitant vers elle.
-Oui, elle remit en vitesse le voile qui avait glissé de son visage, j'ai été maladroite.
Emma lui prit le bras pour l'aider à se relever. Regina se figea lorsque la main de Emma lui toucha le front et regarda dans ses yeux pour vérifier qu'elle était bien là, que tout allait bien. Maintenant qu'elle était proche d'elle, elle put voir que la jeune femme devait avoir une bonne trentaine d'année. La maturité de ses traits étaient évidents.
-Vous avez mal quelque part ? J'ai l'habitude de ce genre de situation.
-Sur le chantier ? murmura Regina.
-Oui, les accidents peuvent arriver.
Elle esquissa un sourire. Regina détourna le regard et fit un pas en arrière. Elle était écarlate, Emma trouva cela mignon, mais elle s'inquiéta qu'elle n'ait pas le contrecoup de sa chute.
-Je vais bien.
Et voilà, en une seconde elle retrouvait toute sa contenance.
-A votre service, Madame Lish ! Emma fit une petite courbette.
-Vous vous moquez de moi ? Regina haussa un sourcil désapprobateur mais reporta son attention entièrement sur Emma.
Elle la reporta d'ailleurs un peu trop puisqu'elle sentit Regina la détailler de haut en bas. Son cœur s'emballa. Le revoilà, ce sentiment d'être sondé au plus profond de son être.
-Je ne sais pas comment vous faites pour porter ce genre de chose, avoua Emma en montrant le pyjama qu'elle portait, mais j'ai vraiment l'impression d'être nue.
-Oh, mais c'est très simple, je n'en porte pas.
Ses joues s'empourprèrent après avoir réalisé ce qu'elle avait dit.
-Ce que je voulais dire, balbutia t'elle, c'est que je ne porte pas ce genre de pyjama. C'est mon père qui me les a acheté.
-Ah ah ! S'exclama Emma, vous êtes donc la fille de Monsieur Lish !
-On vous a déjà comparé à Sherlock Holmes dans une autre vie ?
-Elémentaire mon cher Watson.
-Si vous étiez Sherlock, aucune enquête n'aurait été résolu. Je ne suis pas sa fille.
-C'est pas vrai !
-Oh que si.
Emma plissa les yeux.
-Et en plus je vois que vous prenez un malin plaisir à me torturer comme ça.
-Evidemment, ce n'est pas souvent que j'ai de la compagnie.
Elle replaça à nouveau le voile sur sa tête comme pour vérifier que tout était bien en place. Si la brune lui avait semblé un peu froide, de prime abord, elle constata immédiatement C'est alors que Emma nota quelque chose qu'elle n'avait pas vu jusqu'alors.
-Vous portez des gants ? C'était une question qui n'attendait pas de réponses directes, bien sûr qu'elle portait des gants, de petits gants en satin noir.
La brune se mit immédiatement sur la défensive mais répondit tout de même.
-J'ai les mains fragiles.
Il ne lui semblait pas les avoir vu lorsqu'elle était entrée dans le château, mais avec la précipitation, tout était possible.
Un éclair supplémentaire eut raison de l'électricité. Quelques bougies avaient été allumées dans la pièce où elles étaient. En regardant de plus près, Emma l'identifia clairement comme une bibliothèque, et non des moindres. Il y avait des livres contre tous les murs, de grands fauteuils confortables, et à en juger par l'usure de celui qui était proche d'elle, il était clair que Emma devait passer du temps dans cet endroit.
-Bon, et bien je crois qu'on est condamnée à rester à la bougie jusqu'à demain, dit Regina.
-Ou est le tableau électrique ?
-Dans la cave.
-Je peux y aller.
-Non je préfère que nous attendions demain. Allan s'en chargera.
-C'est vraiment une manœuvre toute simple et…
-Non. Son ton était ferme, à nouveau. Je… Je suis désolée.
Elle soupira et s'assit. Un nouvel éclair fit trembler la demeure.
-Mon père est décédé à cause de ce genre d'appareil, je ne voudrais pas qu'on prenne un risque inutile, expliqua Regina. Il pleut, il y a du vent, des éclairs, je ne suis pas sure que le tableau électrique soit l'endroit le plus sur du monde.
-Oh, on s'inquiète pour moi alors, sourit-elle pour détendre l'atmosphère. Je suis vraiment désolé pour votre père, et je crois que si nos ancêtres n'avaient pas l'électricité, nous survivrons une soirée sans.
-Oui. Son sourire était reconnaissant. Venez, allons vous trouver des vêtements un peu plus chaud que cette soie. Si on n'a pas d'électricité, il va vite faire froid ici.
Regina prit une grande bougie dans le tiroir du bureau dans la bibliothèque, l'alluma et Emma la suivit dans le couloir. Elles montèrent encore un étage. Emma touchait la piette tout en montant. Elle avait l'impression de vivre un rêve. Eclairées à la lueur de cette bougie, il y avait quelque chose de magique dans cet endroit. Elles entrèrent dans la chambre de Regina et Emma eut l'impression de se retrouver projeter un siècle en arrière. Des immenses meubles en bois massifs trônaient dans sa chambre et de grands tableaux aux couleurs incandescentes étaient posés contre le mur. Emma s'arrêta devant l'un d'eux. C'était un immense arbre majestueux. Des couleurs d'un vert, bleu et rouge vif ponctuaient le tableau qui donnait l'impression de vivre.
Regina fit demi-tour pour revenir vers celui-ci, pour que Emma puisse le regarder en pleine lumière.
-C'est un très beau tableau.
-Vous êtes amatrice d'art ?
-Non, pas particulièrement. Mais je le trouve… Elle chercha ses mots… Wow. Peu importe qui l'a fait, cette personne doit croquer la vie à pleine dents !
Regina ne répondit pas, et prit le temps de l'examiner. A force de passer devant tous les jours, elle n'avait plus prit le temps de l'observer, de l'apprécier.
-Qu'est-ce que croquer la vie à pleine dents selon vous ? Demanda t'elle en touchant une des feuilles rouges vives.
-Je crois que… Je crois que c'est profiter sans se poser de questions, non ? Juste être bien et faire ce qu'on a envie sans attendre l'accord d'autres personnes. Juste être soi.
Cela fit sourire Emma.
-Peut-on vraiment faire ça ? Faire les choses sans se soucier du jugement des autres ?
Sa question était sérieuse, presque douloureuse même. Emma ne dit rien d'abord. Il était évident que Regina avait un lourd vécu derrière elle et même si elle ne la connaissait pas, elle eut soudain l'envie de la prendre dans ses bras. Elle n'en fit rien.
-Je crois que faire ce qui nous semble être bien et ce qui nous rend heureux est le plus important.
-Je ne sais pas, dit sincèrement Regina. Parfois j'ai l'impression que ce qui est bien pour nous, ne l'est pas pour les autres.
-Peu importe ce qui arrive dans la vie il faut savoir rebondir. Croyez-en la mère veuve, célibataire, et travaillant dans le bâtiment que je suis : si quelque chose vous rend heureux, il faut le garder.
Emma se surprit en disant ces paroles. C'était la première fois qu'elle évoquait le décès de son mari devant une inconnu. Elle sentit son cœur se serrer. La vie continuait de toute évidence. Regina détacha son regard du tableau pour le reposer sur Emma. Elle pouvait voir la flamme danser dans sa pupille.
-Voulez-vous boire un verre ou manger quelque chose ? Demanda-t-elle.
-Oui, avec plaisir.
-Très bien. Elle éloigna la bougie, prit un pull dans son armoire qu'elle donna à Emma. Celle-ci fut surprise de trouver un sweat dans ses mains.
-Un sweat ? Vous voulez dire que des personnes riches comme vous achètent des choses aussi banales qu'un sweat ?
-Moquez-vous encore une fois de ce sweat et je vous garantit que vous resterez dans ce pyjama.
Emma leva les mains en l'air en signe de reddition et enfila immédiatement le sweat.
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Emma regardait du coin de l'œil Regina qui lisait, et elle put constater que parfois, lorsqu'elle relevait les yeux de la pièce qu'elle admirait, Regina avait également les yeux sur elle. Elles détournaient le regard, comme si c'était un accident, mais elles savaient toutes les deux qu'elles s'observaient. Un mélange de curiosité et d'intérêt trahissait les deux jeunes femmes.
Cela faisait sourire Emma. Pourquoi fallait-il qu'il soit si difficile de créer du lien avec des personnes une fois adulte ? Enfant, elle rencontrait quelqu'un et deux heures plus tard, c'était les meilleurs amis du monde.
-Vous pouvez me poser les questions que vous voulez vous savez ? Dit Emma en laissant trainer sa main sur le flan des nombreux livres de la pièce, une bougie à la main. Je vois bien que vous m'observez.
Regina redressa les yeux franchement cette fois. Dans la pénombre, Emma devina qu'elle avait piqué sa curiosité.
-Et je ne suis pas la seule. Je vous vois également m'épier.
-C'est parce que j'ai une tonne de question pour vous, s'enthousiasma Emma. Qui est le propriétaire des lieux ? Est-ce que vous êtes la nièce d'Allan ? Est-ce que vous faites restaurer le château pour y vivre définitivement ? Est-ce que vous êtes mariés ? Vous avez des enfants ? Est-ce que vous allez être nombreux à vivre ici ? Est-ce que…
-Stop ! Regina leva la main pour l'interrompre.
Emma s'assit, prête à entendre tout ce qui pourrait l'intéresser.
-Vous êtes une grande curieuse donc ? Soupira Regina.
-Un peu. J'aime savoir les choses, et puis, quitte à être bloqué ici et mourir d'une crise cardiaque à cause de l'orage, autant apprendre à vous connaitre.
La franchise de Emma eut raison de la résistance de Regina.
-Allons grignoter un morceau et après, je pourrais répondre à quelques-unes de vos questions. Elle posa son livre et se leva. Mais ne vous emballez pas, si la question ne me plait pas, je n'y répondrais pas.
Emma acquiesça, avec le sentiment d'avoir réussi à acquérir quelque chose de précieux : une première marque de confiance.
Elles descendirent dans la cuisine et Emma invita Regina à s'asseoir, alors qu'elle regardait dans les différents placard. Elles n'étaient éclairées que par une bougie, et pourtant, Emma n'avait jamais été autant à l'aise alors que le ciel exprimait sa rage à l'extérieur. Regina sortit différents ingrédients et elles entreprirent de faire des sandwich. Rien d'extravagant, mais aux regards qu'elle jetait à la bougie, Emma comprit que leur stock commençait à s'épuiser.
Une fois rassasiées, sans rien dire, elles montèrent dans la chambre de Regina. Elle sortit de son armoire une couette qu'elle posa au pied de son lit, et elle tira sur la sienne afin qu'elle ne soit que d'un côté du lit.
-On va dormir ensemble ? Demanda finalement Emma.
-Sauf si vous ronflez, bougez ou me collez. C'était le début de vos questions ?
-Tout à fait, mais ne vous inquiétez pas, je ne fais jamais ça le premier soir, plaisanta la brune.
-Dans ce cas… Sauf si vous préférez prendre une autre des chambres, mais je crains qu'elles ne soient très froides puisque ma chambre est la dernière à avoir été chauffée.
Comme pour empêcher quiconque de changer d'avis, la dernière bougie s'éteignit et les plongea dans l'obscurité. Il ne faisait pas nuit noire, la lumière de la lune était bien présent, et les éclairs ponctuels illuminaient toute la pièce. Elles allèrent s'allonger. Emma n'avait jamais connu un lit si grand que celui-ci. Elle était sure que, seule, Regina pouvait faire facilement l'étoile de mer sans qu'aucun de ses membres n'arrive à dépasser du lit.
-Bon, si vous êtes ni la fille, ni la femme d'Allan, je n'ai pas d'autre idée que Princesse alors, dit Emma, au bout d'un moment.
-Vous ne prenez pas le problème dans le bon sens.
-Hum…
Un indice, enfin. Emma pouvait entendre, au ton de la voix de sa voisine, que ce jeu l'amusait beaucoup.
-Oui, continua t'elle, je suis sure que mon fils dirait que vous vous cachez le visage pour éviter qu'on vous reconnaisse. Donc vous devez être une princesse sacrément connue, comme Lady Diana.
-Je n'ai rien d'une princesse.
-Alors pourquoi vous cacher le visage ?
-Je… Elle hésita. Je suppose que vous le dire ne changera pas grand-chose, et peut-être que cela assouvira votre curiosité. Je suis atteinte d'une maladie.
-Oh, je suis désolée.
-Non, non, ce n'est rien qui soit dangereux. A vrai dire, je l'ai depuis petite. C'est à un stade peu avancé, mais le symptôme principal impacte ma peau.
-Et vous vous cachez à cause de ça ?
-Je ne me cache pas.
Regina était sur le dos, le regard perdu vers le plafond. Emma lui laisse la temps de reprendre sa respiration.
-Ma mère… Ma mère ne tient pas à ce que cela se sache. Avant cela, ce n'était que sur mon torse, mon dos, mais maintenant…
Elle vit sa voisine serrer des dents.
-Maintenant, j'en ai sur les mains, sur le visage, cela devient impossible à cacher.
-Quelle importance, vous êtes une femme adulte, vous pouvez faire ce qui vous plait.
-Je n'ai pas le choix !
-On a toujours le choix, un minimum en tout cas, non ?
-Tss… Regina grogna et se retourna vers Emma.
Elle était à contrejour, son voile cachant toujours son visage.
-Je suis désolée mais ce n'est pas toujours le cas.
-Si, vous auriez pu choisir de tout me cacher par exemple.
Emma parlait doucement, dans un murmure. Elle pouvait sentir la tension que créait la discussion en Regina. Cependant, comme elle ne haussait pas le ton, elle sentit que la « princesse » arrivait à contrôler ses émotions.
-Vous m'avez prise au dépourvu, se défendit-elle.
-Il est clair que je vous ai menacé avec un couteau pour que vous m'avouez ça. Ce sera notre version officielle.
-Il n'y a pas de version officielle car vous ne devez rien dire.
-Je ne dirai rien, c'était juste pour détendre l'atmosphère. Je connais votre sombre secret maintenant.
Regina se rapprocha doucement d'Emma qui se figea. Elle ne sut pas si c'était à cause des éclairs ou la fatigue, mais son cœur se mit à battre violemment.
-Et vous Emma Swan, quels sont vos plus sombres secrets ? Murmura t'elle d'une voix rauque.
Elle recula en émettant un doux rire cristallin face à l'air médusé de Emma.
-Vous savez que je vois votre visage malgré la luminosité ? Continua la brune. Arrêtez de faire cette tête, on dirait que vous allez m'avouer que vous avez tué quelqu'un.
Emma reprit le contrôle de son corps et sourit doucement.
-Heureusement pour vous, je ne suis pas une dangereuse psychopathe. Mes sombres secrets, hum…
Que pouvait-elle bien lui dire ?
-Oh ! Une fois, j'avais dix ans, ma meilleure amie, Ruby, et moi, on est allées à l'épicerie du village, celle de Madame Saunders, et on a volé un paquet entier de bonbon. J'ai cru que mon cœur allait exploser tellement j'étais stressée.
-De la grande criminalité en effet.
-Mes parents refusaient d'en acheter et j'avais vraiment besoin de réconfort. Le petit Graham, le fils d'un de nos voisins, avait dit à tout le monde que j'étais pauvre et que jamais il ne sortirait avec une moche comme moi.
-Je suis sure qu'il a dû regretter ses paroles une fois adulte, murmura Regina.
Emma rougit. Cela faisait bien longtemps que personne d'autre que sa famille ne lui avait fait de compliment. Elle repensa à ce que lui avait dit sa mère, plus tôt. Elle avait peut-être effectivement besoin de rencontrer quelqu'un, parce que là, ça devenait ridicule.
-Je ne sais pas, continua t'elle en masquant son trouble. Je ne l'ai pas revu plus tard.
Cette fois, ce fut au tour d'Emma de se mettre sur le dos.
-Et donc c'est la seule chose qu'i savoir sur vous ? Demanda Regina.
-Famille aimante, un enfant formidable, un boulot en or. On n'est pas très riche, mais je suis une femme chanceuse, admit-elle.
-Et votre mari, que fait-il ?
-Il est décédé, cela fait maintenant plusieurs années.
-Oh oui, vous l'aviez déjà mentionné, je…
-Ne soyez pas désolée, l'interrompit Emma. C'était un homme gentil et nous avons appris à vivre avec. Il a eu un accident de voiture. C'est tragique mais je ne veux pas de votre compassion, les choses sont ainsi.
Regina acquiesca, ne sachant pas trop quoi dire.
-Et vous, votre mari ? Interrogea Emma pour changer de sujet.
-C'est compliqué.
-Oui, j'imagine, vous vivez là et lui non, ça doit être difficile la distance, compatit Emma.
-Non, ce n'est pas ça.
-Ah ?
-Je n'ai pas de mari.
-Un copain ? Un amant ? Un chien?
Regina secoua négativement la tête à chaque proposition.
-Est-ce à cause de votre maladie ?
-Au début, ma mère avait peur qu'il y ait contagion avec un contact… Elle hésita. Intime. Puis, il y a eu des curieux, des apeurés. Je ne peux pas les blâmer mais ma vie sentimentale n'a jamais été fantastique.
-Vous voulez dire que des hommes se sont enfuis en vous voyant nue ?
-C'est arrivé une ou deux fois, admit-elle sans aucune gêne, la méconnaissance du vitiligo entraine des rumeurs, des croyances. Et depuis que cela atteint mes mains et mon visage, j'ai fait une croix dessus. Mais bon, je le vis bien, je l'ai accepté.
-Pardon ? Son ton qui était resté doux jusqu'ici prit une tonalité supérieure. Vous ne pouvez pas dire ça.
-Miss Swan, personne ne court après quelqu'un qui doit se cacher pour ne pas être l'objet de rumeurs et de soupçons.
-Mais où avez-vous vécu ? Où ? Je suis sure que si Allan, votre cousin ?, et vous aviez été ici, vous seriez mariée et mère de trois enfants.
-Ce n'est pas mon cousin, mais c'est bien tenté. Et j'aurais eu un chien si j'avais eu un mari et trois enfants ?
-Sûrement ! Et la meilleure voisine, moi !
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Elles parlèrent la majorité de la nuit, imaginant ce que cela aurait été de vivre autrement, dans un autre espace, dans un autre temps. L'espace d'un instant, elles oublièrent toute pression sociale, classe socio-économique, ou savoir être. Elles eurent de beaux moments d'échanges, sans penser au lendemain.
Le sommeil les frappa lorsque l'orage s'arrêta. Tant et si bien qu'elles furent réveillées par des coup à la porte de la chambre.
-Madame, vous êtes réveillée ?
Regina mit quelques secondes à réaliser ce qu'il se passait. Elle mit en place le voile sur sa tête et secoua Emma qui peinait à se réveiller.
-Madame ? Tout va bien ?
Elle poussa un juron. Emma ouvrit un œil et vit Regina lui faire signe de ne pas faire de bruit. Elle se précipita sur la porte qui allait s'ouvrir.
-Allan, l'entendit dire Emma, comment allez-vous ?
-Très bien madame. J'ai voulu venir plus tôt, mais avec l'orage, le chemin est hasardeux, d'où mon retard.
-Ce n'est rien Allan, ce n'est rien.
-J'ai vu qu'une des voitures des artisans était à l'entrée.
-Oui, elle se passa une main dans les cheveux, ils sont revenus peu avant l'orage pour s'occuper du matériel et ne sont repartis qu'avec une voiture. Je pense que l'un d'eux a dû s'embourber.
-Ils ne vous ont pas ennuyés j'espère ?
-Pas du tout, j'étais à la bibliothèque, aucun n'a dû s'apercevoir de ma présence, ils étaient trop pressés.
-Oui, je pensais aller remettre l'électricité en marche et préparer le petit-déjeuner. A moins que vous ayez besoin de quelque chose.
-Non, pas du tout.
-Très bien madame.
Elle referma la porte immédiatement. Emma n'avait pas quitté les mains de Regina des yeux. Elle n'avait pas ses gants, elle les avait sûrement enlevé au cours de la nuit.
Ses doigts étaient fins et élégants.
A la distance où elle était, elle voyait clairement des taches blanches aux contours rouges, comme si un artiste peintre s'était amusé s'était amusé à mettre différente nuance de blanc sur un même corps. Fascinant. On aurait dit qu'un pinceau avait été laissé sur son corps et qu'il avait dégorgé pour former des tâches improbables.
Elles vit les mains se contracter et Regina les mit derrière son dos lorsqu'elle se retourna.
Emma leva les deux mains en l'air, prise sur le fait. Elle se leva d'un coup, se retourna devant Regina et essaya de lever les hauts qu'elle portait.
-Soulevez encore un peu, lui dit-elle.
Il ne se passa rien.
-Soulevez mes vêtements un peu plus haut dans mon dos, allez !
Elle tira vainement sur ses vêtements et sentit, finalement, une main se poser près des siennes et soulever doucement le vêtements. Elle dévoila une large cicatrice horizontale au niveau des omoplates d'Emma.
-C'était i ans, raconta t'elle, on faisait une rénovation et des tuiles sont tombées du toit. Sur nous. Je ne vous raconte pas le massacre.
Elle sentit l'autre main de Regina passer sur sa cicatrice. Le contact l'électrisa. Elle déglutit et s'éloigna pour remettre les vêtements en place. Elle leva les yeux qui se plongèrent dans ceux de Regina. Elle ne sut pas déchiffrer l'expression qu'ils arboraient et détourna nerveusement le regard.
-On est quitte maintenant.
Regina cligna des yeux jusqu'à comprendre ce que voulait dire Emma.
-Non pas tout à fait, la contredit Regina en faisant le tour du lit pour remettre ses gants.
-Ah oui ?
-Oui. Je crois que je vais vous en devoir une.
-Et pourquoi ?
-Il ne faut pas qu'Allan sache que vous êtes ici. On a cinq minutes pour vous faire sortir d'ici avant qu'il ne revienne.
Emma ne posa pas plus de questions et parti à la recherche de ses vêtements. Ils étaient toujours mouillés et cela n'échappa pas à Regina lorsqu'elle revint dans la chambre. Elle vit Regina fouiller dans le fond de son placard pour en sortir un jogging qu'elle lui tendit. Emma s'assit sur le lit et retira le pantalon de pyjama.
-Alors, c'est votre péché mignon ? Demanda Emma, Les vêtements larges ? Parce que j'ai bien compris qu'il n'y avait que vous ici, et vous…
-Sherlock, dépêchez-vous, la pressa Regina sans répondre à sa question.
-Je suis prête.
Emma suivit Regina au pas. Elles sortirent de la chambre, descendirent les deux étages au pas de course et franchirent la première partie du trajet sans encombre. En entendant le bruit de la poignée de porte, Regina l'entraina dans le premier recoin à droite, devant une porte, il y avait un petit renfoncement, et Regina la plaqua contre. Son bras retenait fermement Emma entre le renfoncement et elle.
Elles étaient très proches.
Trop proches.
Emma sentit un picotement commencer dans le bas de son ventre et inonder le reste de son corps, picotement qu'elle ne reconnut que trop bien.
Oh nom de dieu !
La suite avait été facile. Allan était rentré et s'était dirigé immédiatement vers la cuisine. Regina était allée faire diversion pour couvrir le bruit de la porte d'entrée, et Emma avait pu sortir pour se réfugier dans le 4x4 embourbé.
Plus elle réfléchissait à ce qui s'était passé, plus elle était perplexe. Du haut de ses 37 ans, elle savait faire la différence entre attirance et désir. Or, ce qu'elle avait ressenti là, c'était du désir pur, et ce n'était juste pas possible. Oui, elle en avait déjà ressenti auparavant, quand elle et son défunt mari faisaient l'amour, mais jamais dans une situation aussi grotesque.
Il n'y avait que deux explications possibles : Soit elle était vraiment trop fatiguée, soit sa mère avait raison. Oui, il y avait intérêt à ce que ce soit la fatigue !
Elle s'allongea sur la banquette arrière et ferma les yeux.
Ce fut Tom qui la réveilla, un peu plus tard, en tapant sur la vitre du véhicule. Il ouvrit la porte en la voyant se redresser.
-Si tu me dis que tu as dormi ici toute la nuit, je te renvoie chez toi sur le champs, marmonna t'il.
-C'est moi le patron, tu es au courant ? Rétorqua t'elle en s'étirant. Mais non, je faisais juste une sieste en t'attendant.
-Et le 4x4 recouvert de boue n'est pas un indice comme quoi tu es restée ici.
-Absolument pas. Je me suis embourbée, mais je me suis débrouillée pour la nuit, ne t'inquiète pas.
-Ce qui explique les cernes sous tes yeux.
-Exactement.
Il la regarda, absolument pas convaincu.
-Tu as de la chance de ne pas avoir les mêmes vêtements qu'hier, continua-t-il, sinon je ne t'aurai pas crue.
Les vêtements de Regina ! Elle rougit à cette simple pensée.
Elle enchaina directement sur le travail, ce qui ne lui laissa pas le temps de réfléchir outre mesure. La journée se déroula comme toutes les journées auraient dû l'être. Du soleil, suffisamment pour ne pas avoir froid, mais pas assez pour mourir de chaud. Le ciment était impeccablement préparé et la rénovation avançait à bonne allure. Allan ne se montra qu'en milieu d'après-midi.
-Une limonade ? Demanda t'il en apportant un pichet et des verres sur un plateau.
Les trois travailleurs se regardèrent. C'était bien la première fois que cela leur arrivait.
-Avec plaisir, le remercia Emma.
Elle prit un verre et se délecta du breuvage. Enlevant les yeux vers la tour, elle aperçut un mouvement imperceptible d'un rideau, à l'une des fenêtres.
-Vous êtes majordome depuis combien de temps Monsieur Lish ? Demanda t'elle finalement, alors qu'elle se servait un deuxième verre.
-Cela fait 30 ans.
Emma se félicita intérieurement, vu la façon dont Regina et lui avaient échangés dans la matinée, elle était sûre que ça ne pouvait pas être quelqu'un de sa famille.
-Oh ? Vous n'êtes pas le propriétaire du château ? S'étonna Tom.
-Non, je… disons que je suis le gérant par procuration.
-Et qui est le propriétaire des lieux ?
Tom lui ôtait les mots de la bouche.
-Je ne peux pas vous en dire plus. Secret professionnel.
-Ca finira bien par se savoir, ricana Tom. Tout finit par se savoir dans des villages comme le nôtre.
Allan ne dit rien et prit congé en leur laissant la citronnade.
Le jour suivant, Emma se débrouilla pour finir le travail tôt. Elle s'était promis de passer chez ses parents et fit une chose qu'elle n'avait pas fait depuis longtemps, elle se pomponna. Assez pour se trouver jolie, mais trop peu pour ne pas ressembler à un clown. Une jolie robe, un petit talon et un long manteau. Même si, avec son métier, elle ne prenait jamais le temps d'être coquette, il lui arrivait, très occasionnellement, de faire un effort comme on dit.
Lorsque sa mère lui ouvrit la porte la porte, elle était toute joyeuse. Elle ne fit aucun commentaire mais son visage ne cacha pas son étonnement. Son père, lui, ne fit rien de plus que d'habitude. C'était un homme fin, avec des lunettes rondes au bout du nez et une barbe naissante. Ses cheveux étaient tombés depuis longtemps.
Ils discutèrent de Léo et de ses débuts à la fac, du voyage que ses parents avaient prévu pour leur anniversaire de mariage, de l'actualité, du monde et du château. Ce n'est que lorsque Mary Margaret raccompagna sa fille à sa voiture qu'elle osa dire quelque chose. Emma s'était déjà installée au volant de sa voiture, la fenêtre ouverte pour donner les dernières informations à sa mère.
-Cette robe te va très bien, dit-elle, tu es toute jolie.
-Pas mal pour 37 ans, n'est-ce pas ? Plaisanta Emma.
-Il est assez tôt, tu vas aller boire un verre ou… ? Elle laissa la fin de sa phrase en suspens.
-Vu l'heure, je vais plutôt aller dormir, je travaille demain.
-Tu es sure de ne pas avoir autre chose à me dire ? Son regard passa de la banquette arrière à sa fille.
Elle se retourna et tomba sur le jogging et le sweat plié, et lavé. Emma s'était promis de les rendre à Regina, mais elle n'avait pas réussi à trouver un moment pour le faire.
Elle éclata de rire, et le visage surpris de sa mère n'arrangea rien.
-Je te raconterai un jour, lui promit-elle. Et je peux t'assurer que tu riras autant que moi.
Emma l'embrassa une dernière fois avant de repartir. C'est ainsi qu'elle se retrouva à aller au château à 22h. Elle en fit le tour pour voir si la voiture d'Allan était garée. Elle n'était plus là. Elle sonna à la porte. Une bouffée de stress l'envahit et elle remit sa robe en place.
Regina ouvrit très peu la porte pour vérifier l'identité de la personne qui pouvait bien venir à une heure pareille.
-Emma ! Son contentement était flagrant.
Elle ouvrit la porte en grand. Emma la vit ensuite prendre conscience de la manière dont elle était habillée, vieux jogging, un sweat et la capuche sur la tête. De la même manière qu'Emma avait lissé sa jupe, elle tapota sur son jean pour l'aplatir.
C'est mignon…
Quoi ?
Emma s'entendit bafouiller quelque chose sur les vêtements, sa mère et la remercia pour la citronnade de la veille. La jeune femme lui répondit quelque chose qu'elle entendit à peine et récupéra ses vêtements. Elle aurait pu comprendre ce qu'il se passait si son cerveau n'était pas obnubilé par la douceur avec laquelle la main de Regina avait frôlé la sienne pour prendre ses vêtements. Et maintenant, elle n'arrivait pas à se détacher du regard intense qu'elle lui lançait.
-Tout va bien ? Fut la phrase qui la sortit de sa torpeur.
-Oui, souffla t'elle, excuse moi, j'ai eu une grosse journée, il vaudrait mieux que je file.
-Je comprends. Il ne faudrait pas avoir accident sur le chantier.
Elle était magnétique et Emma choisit de partir avant que cela ne se voit sur elle. Regina sembla hésiter un instant, puis ferma la porte. Emma inspira une grand bouffée d'air frais.
Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ?
XxXxXxXxXxXxXxXxXx
Heureusement, les jours qui suivirent furent tranquille. Le week-end passa et Emma pu voir son fils, incroyablement changé par ses débuts à l'université. Il commençait à faire sa vie, à se laisser vivre, et cela fit plaisir à Emma. La semaine reprit également sur des chapeaux de roue. Ils faisaient leur travail, Allan passait de temps en temps, et ils ne sursautaient plus à chaque fois qu'il surgissait de nulle part.
La semaine suivante, ils furent surpris de ne pas voir Allan. Sa voiture n'était pas là de la journée. Emma tenta de venir un soir, mais personne ne répondit.
Ce n'est que le vendredi soir, alors qu'elle avait congédié ses collègues depuis longtemps, qu'elle aperçut la voiture d'Allan s'engouffrer dans l'allée. Il était 19h. Elle tenait à finir le côté qu'elle faisait et pourtant, elle ne put s'empêcher de s'arrêter pour regarder le véhicule.
Elle fit semblant de continuer à travailler, mais en réalité, elle était plus occupée à fixer la voiture curieusement. Après quelques instants de flottements, Allan sortit de la voiture et s'approcha d'un pas déterminé vers Emma. Il paraissait visiblement contrarié.
-Madame Swan, vous êtes toujours là ?
Ce n'était pas vraiment une question et elle se retint de faire une blague.
-Vous savez que vous pouvez m'appeler Emma vu tout le temps qu'on va passer ensemble.
-Emma. Il fit une pause. N'avez-vous pas un foyer qui vous attend ?
-Non, et pour être tout à fait sincère, mon fils ne rentre pas ce week-end, je vais pouvoir me reposer.
Alors qu'il continuait à lui demander pourquoi elle n'était pas chez elle, son regard fut attiré par du mouvement du coté de sa voiture. Deux femmes en sortirent. La première était de dos et Emma ne sut pas l'identifier. La deuxième, par contre, elle l'identifia clairement comme étant la locataire du château. Allan faisait diversion, tout comme Regina avait fait diversion pour elle l'autre jour. C'était malin.
Son regard s'accrocha à celui de Regina un court instant. Elle lui sourit et se pressa de rentrer avec son invité.
-Qui est ce ? Les mots sortirent de la bouche de Emma, ce qui ne manqua pas de la surprendre et de surprendre Allan.
-Qui donc ?
Elle lui lança un regard plus qu'explicite.
-Secret…
-Professionnel, compléta Emma. Vous savez que vous ne pourrez pas vous cacher éternellement derrière cette excuse ? Mais vous voulez garder votre travail et je comprends. Je ne dirai rien, promis.
-Vous êtes quelqu'un de bien.
Elle rit à ses paroles.
-Je me débrouille en tout cas.
-Maintenant, rentrez chez vous et profitez du week-end.
-Je fini deux trois pierres et je pars.
-Je vous laisse cinq minutes. Après je vous chasserai.
-C'est entendu.
Il acquiesça et rentra au château.
