Disclaimer: De toute évidence, je ne possède pas le personnage de Dolohov, ni rien de ce qui apparaît dans les livres merveilleux de J. K. Rowling.
Plus une mini explication: Selon moi, Les Dolohov sont des sang-purs et appartiennent à l'élite, ils sont donc de mon point de vue des aristocrates. Antonin Dolohov a donc été élevé en conséquence et sait parler le français car il s'agit de la langue d'une communauté magique voisine influente.
Chapitre 2: Se sentir étranger
Il lui fallut tout de même trois heures et de multiples sorts de réchauffement avant d'apercevoir seulement ce qu'il supposait être le sol français. Ce pays devait représenter pour lui la liberté, une vie nouvelle et tout ce qu'il voyait, c'était la pluie. Au moins, il ne se sentait pas dépaysé. Par Merlin, c'était pour cela que sa mère appelait l'endroit « la petite Bretagne »?!
Une heure plus tard et il survolait enfin la terre ferme. Il se posa donc, le coin paraissait désert et il fallait encore qu'il croise quelqu'un qui puisse lui indiquer qu'il était bien arrivé à destination mais il devait rester discret: dans un trou perdu comme celui-ci, une tête nouvelle, étrange et surtout étrangère se repère rapidement. C'est au moment précis où il se fit la réflexion qu'il se rendit enfin compte de l'état dans lequel il se trouvait.
Azkaban n'était pas connu pour être un hôtel cinq étoiles ou un hôtel tout court d'ailleurs mais à ce point-là… Il ne pouvait pas voir son visage n'ayant pas de miroir à disposition. Tant mieux, se dit-il. Les dégâts que ce séjour prolongé en compagnie des Détraqueurs avait engendré allait déjà l'occuper durant un petit moment. Il avait toujours été grand et bien bâti; il était toujours grand bien qu'il semblait désormais un peu réduit mais surtout il possédait désormais une carrure ridiculement similaire à celle de Rogue. L'on pouvait apercevoir ses côtes à travers l'immonde chiffon déchiré qui lui servait d'uniforme de prisonnier.
Très peu seyant fut son unique réflexion au sujet de sa robe de prisonnier. Et bien entendu il était sale; sa peau aurait dû être pâle, bien plus pâle que sa carnation naturelle mais elle était grise. Il crut durant un moment que les Détraqueurs avaient déteint sur lui de manière physique. La seule réaction rationnelle à une telle est de paniquer: c'est ce qu'il fit.
Le cri étranglé qui sortit de sa gorge ne l'aurait pas rendu fier tant il était peu digne d'un Mangemort russe réputé le meilleur duelliste de cette ère.
- Non, pitié, pas ça! Merlin! Dieu, n'importe qui, suppliait l'homme, presque réduit en pleurs alors qu'il frottait frénétiquement sa peau, bénissant sans même s'en apercevoir la pluie abondante qui le couvrait.
Et il aperçut sa peau. Ce n'était que de la saleté. De la saleté mêlée à la poussière soulevée par l'explosion du mur, voilà ce qui avait causé sa panique. Il se sentait idiot, seul sous la pluie à essayer de laver de sa peau l'expérience de ces dernières années. Pour remédier à cela, quelques coups de baguette magique:
- Tergeo.
Il était nettoyé d'un simple mouvement du poignet. Un second accompagné d'une formule russe et il était mis à l'abri de la pluie, un sort que sa grand-mère lui avait enseigné très efficace selon elle pour se protéger des éléments en Russie.
S'occuper de ses vêtements lui prit plus de temps. Si Dolohov était un sorcier exceptionnellement doué dans les domaines des charmes et de la conjuration en tout genre en plus de la création de sorts, il demeurait cependant une discipline de la magie qui lui résistait et c'était la métamorphose des objets inanimés.
- Par les couilles inexistantes de Morgane, à quoi ça me sert de pouvoir transformer un rat en tabouret si je ne peux même pas transformer mes robes? La formule… Ah oui! Magus habitum, s'exclama le sorcier, une lueur d'espoir dans ses yeux bleus.
A sa grande déception, ses robes déchirées se gonflèrent, se dégonflèrent puis ne bougèrent plus.
- D'accord, alors Reparo, s'écria le sorcier, excédé, et encore une fois, les robes ne firent que se soulever. A croire que je ne suis que bon à détruire les trucs…
Alors qu'il s'acharnait, torturant sa mémoire pour essayer de se souvenir des quelques sorts ménagers de couture que les deux seules femmes présentes dans sa vie lui avaient surement enseigné à un moment de son enfance, il prit enfin conscience d'une présence non loin de lui. A une trentaine de mètres de lui se trouvait un homme, ou plutôt un moldu à en croire son apparence, et il était certainement plus âgé que le sorcier, vers les soixante ans à vue d'oeil. Avant même que Dolohov ne fasse un geste pour cacher sa baguette magique dans les plis de ce qui pouvaient difficilement encore être désigné comme étant des robes de sorcier, le vieux moldu l'arrêta d'un geste nonchalant:
- Oh non mon gars, pas la peine avec moi. J'sais bien que je suis pas un comme vous autres avec vos morceaux de bois magiques mais ma gamine est comme vous. Elle aussi, elle a ce truc, dit-il en accompagnant ses dires par un mouvement vague de la main en direction de celle de l'homme débraillé.
- Vous avez connaissance du monde magique, constata Antonin sur un ton égal pour cacher sa surprise.
- Bien! Parfait, vous parlez français! J'ai cru un moment que vous comprenez rien, vu la tête que vous faisiez. Z'avez besoin d'aide par hasard, c'est que vous m'avez pas l'air en bon état avec votre mine toute pâle. Et quand c'est que vous avez manger pour la dernière fois? Par tous les saints un gars comme vous ça doit se nourrir. Allez, venez!
Le bonhomme commença alors à s'éloigner d'un pas vif pour son âge. Antonin resta immobile, abasourdi par l'une des premières interactions de sa vie avec un moldu qui ne comprenait pas de cris, de torture ou de meurtre. Après quelques pas, le vieux se retourna et lui fit signe de le suivre.
- Et bien venez quoi, qu'est-ce que vous attendez? On va quand même pas vous laisser sous la pluie ma femme sera ravie de vous faire découvrir l'hospitalité de la région et même les spécialités.
- Vous m'invitez chez vous, demanda-t-il incertain. Vous ne me connaissez pas, vous savez que je suis un sorcier et ce dont les sorciers sont capables, à quel point nous vous sommes supérieurs… Etes-vous complètement inconscient?
Il s'apprêtait à ajouter un sort, un maléfice plus exactement pour rendre sa menace plus réelle mais il en fut empêché par la douleur vive qui lui saisit l'avant-bras gauche alors qu'il levait sa baguette. Sa Marque était exposée, elle pulsait violemment et les contours violacés laissaient penser qu'une créature à l'atrocité effroyable en sortirait d'un instant à l'autre. Son ancien maître l'appelait et il ne devait pas être satisfait en ce moment.
En relevant les yeux de son tatouage, il découvrit le vieil homme en train de le fixer, le regard braqué sur le dessin d'encre vivante. Au lieu de la frayeur habituelle se trouvait dans ses yeux une détermination toute à fait surprenante.
- Ecoutez jeune homme, je m'en fous pas mal que vous soyez capables de faire jaillir des fleurs de votre bout de bois: pour l'instant, vous êtes même pas foutu de réparer vos vêtements et vous êtes sous la pluie, vous avez l'air malade et affamé. Je sais aussi de source sûre que faire apparaître de la nourriture comme ça, c'est pas possible donc votre supériorité vous vous la mettez où je pense et vous me suivez. Tout de suite. Si ma femme apprend que je laisse quelqu'un dehors, elle me tue et sans magie.
Sur ce, il se retourna et continua à s'éloigner. Le sorcier russe le suivit après plusieurs secondes d'hésitation, quelque peu estomaqué.
Ils étaient arrivés après à peine vingt minutes de marche dans la campagne bretonne à une maison isolée qui se dressait en plein milieu des champs, tellement isolée que cela ressemblait presque aux maisons des sorciers. Cette petite balade avait donné à Antonin l'occasion de réfléchir; personne ne viendrait le chercher dans le monde moldu, il serait en sécurité relative ici. Le vieux, sans être sénile, avait l'air un peu trop confiant et ce serait un jeu d'enfant d'abuser de cette confiance mal placée pour se mettre à l'abri de la colère du Seigneur des Ténèbres.
Non. Ce n'était plus le Seigneur des Ténèbres: c'était Voldemort ou Vous-savez-qui ou Celui-dont-on-ne… Trop long! Juste Voldemort, voilà ce que le désormais ex-Mangemort décida sur la route détrempée d'un chemin perdu dans la France profonde en essayant d'oublier la brûlure sur son bras. Sauf que la douleur ne disparaissait pas ni ne s'apaisait. A court de solution, de patience et de self-contrôle, Dolohov ne prit même pas la peine de masquer ses actions au moldu et prononça la formule du charme de stase d'un ton sec
- Statibulum.
Aussitôt, il se relâcha visiblement, la tension ayant abandonnée son corps.
- Pourquoi vous avez pas fait ça avant? Si ça vous dérange tant que ça que je vois vos abrcadabras, suffisait de me dire de me tourner. Je suis peut être pas un magicien mais on est loin d'être stupide, nous autres.
Ils marchèrent ainsi en silence jusqu'à ce que la maison ne soit plus qu'à plusieurs dizaines de mètres. A ce moment-là, le moldu s'arrêta, pivota et lui tendit la main:
- Je ne me suis pas présenté: Maurice Kermonder.
Sans la serrer pendant un moment, Antonin analysa la main tendue. Puis il dut se résigner à toucher le moldu.
- Antonin Dolohov, se présenta-t-il à son tour.
Il aurait voulu arrêter de le toucher et se défaire de sa poigne mais celui qui était à ses yeux un vieillard possédait encore une certaine force malgré son âge. Il hésitait entre lui écraser la main, histoire de lui montrer sa supériorité ou bien de retirer sa main mais il ne pouvait pas le faire sans arracher cette dernière. Ça aurait pu sembler malpoli. Ils pénétrèrent enfin dans la maison, qui n'avait rien d'extraordinaire selon Antonin à part le salon, une grande pièce recouverte de jouets pour enfants au milieu de laquelle se trouvait un bambin qui ne cessait de rire en faisant voleter des centaines de pièces de Lego. Les pièces de plastique obéissaient au rire cristallin de l'enfant et à chacun de ses gloussements, elles se désassemblaient dans les airs pour se rassemble en une figure nouvelle. Ce cycle semblait sans fin tant le petit garçon, d'environ trois ou quatre ans, prenait du plaisir à voir apparaître devant lui des formes diverses sans le moindre effort.
- Antonin, voici Jules mon petit-fils. J'oserai dire qu'il a l'air plus à l'aise que vous avec la magie, ajouta Maurice avec un sourire suffisant. Inès! Chérie viens vite, j'ai un invité à te présenter: vous allez rencontrer ma femme.
Justement, une femme d'une cinquantaine d'années descendait les marches, elle aussi visiblement moldue à en juger sa tenue.
- Pourquoi était-tu dehors? Tu as vu le temps qu'il fait, enrageait-elle. Tu n'y as pas pensé à tes rhumatismes, au fait que tu pouvais attraper froid?! Et explique-moi comment tu as fait pour trouver quelqu'un sous un déluge pareil, il faut être dingue pour aller gambader sous ce… Oh mon dieu, je suis désolée, s'exclama-t-elle après avoir failli foncer dans l'imposant jeune homme trempé qui était dans son salon.
- Je vous en prie, grommela Antonin.
Il sentait le regard de la pas si vieille femme encore belle pour son âge sur tout son être, s'attardant spécialement sur ses vêtements puis sa marque qu'il avait omis de dissimuler avec un glamour. Tout à coup, elle se lança dans une tirade impressionnante qui contenait à la fois des reproches à son mari comme « Pourquoi tu ne lui a pas déjà offert à boire? », des banalités de politesse à son encontre et surtout des ordres.
- Maurice, va voir si certains de tes vieux vêtements ne lui iraient pas. Vous, mon cher jeune homme, vous allez me suivre, on va vous nettoyer. Lâchez- moi ce bout de bois, vous êtes en sécurité ici.
- Non.
- Allons, pas d'histoires, dit-elle sans l'écouter et en commençant à le pousser vers ce qui était surement la salle de bain. Allons-y, je suis persuadé que vous êtes un grand garçon autrement que par la taille. Vous savez vous laver tout seul, n'est-ce-pas? Parfait! Vous ne sortez pas d'ici avant d'être propre comme un sou neuf, sinon je vous y traine de force et je vous lave moi-même. C'est bien compris?
Elle n'eut pas de réponse, l'ex-Mangemort était tellement estomaqué qu'on s'adresse à lui de cette façon qu'il referma la porte le plus vite possible et sans trop savoir pourquoi, s'empressa d'obéir.
- Quand vous sortirez, il y aura des vêtements pour vous sur le pas de la porte. Habillez-vous et on en profitera pour vous nourrir un peu.
C'est ainsi que Antonin Dolohov se retrouva affublé de vêtements moldus qui étouffaient son mètre quatre-vingt-treize et attablé devant un véritable buffet en compagnie d'un couple de moldus et de leur petit fils au mieux sang-mêlé, au pire un autre sang-de-bourbe comme leur fille. Mais qu'importait. Il se trouvait en sécurité, il était relativement anonyme auprès d'eux et en cas de problème, le sortilège de l'Imperium suffirait à les contrôler. Ce fut donc dans une atmosphère plutôt détendue qu'il commença à entamer son premier vrai repas depuis quinze ans, ses hôtes le laissaient manger en paix et discutaient.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as ressenti le besoin d'aller te perdre dans la campagne aujourd'hui. Je t'avais bien dis que Rosalie allait passer à l'heure du déjeuner.
- Elle prend sa voiture, demanda le moldu Maurice.
- Non, la cheminée comme d'habitude.
- Encore?
- Je lui ai interdit de venir en conduisant alors que les routes sont trempées.
La conversation fut interrompue par le flash vert de la poudre de cheminette. Le gamin poussa un grand cri d'exctase et se rua vers sa mère qui sortait de la cheminée, une femme splendide aux longs cheveux presque noirs, le teint halé et un corps dont l'ex-détenu aurait surement rêvé toutes les nuits: des courbes alléchantes, une taille fine et des jambes… Merlin, ses jambes! Mais une chose le gênait. Sa tenue lui était familière. Il était déjà venu en France quand il travaillait encore pour Gringotts et cet uniforme, c'était la tenue conventionnelle des Langues-de-Plomb françaises!
Il se mit à chercher frénétiquement sa baguette: il l'avait laissé dans la salle de bain.
- Rosa ma chérie, nous avons un invité, lui annonça son père en le désignant avec un grand sourire.
A ce moment précis, la joie sur le visage de la jeune femme se métamorphosa, en surprise puis en colère pour laisser place à la détermination. Elle prononça le nom « Antonin Dolohov » en même temps que son père avant de sortir sa baguette.
