Le chapitre 2! Je tiens à préciser que a) ce virus n'est PAS le coronavirus (même si oui, on s'en inspire un peu haha) et que b) les comportements de Harry et Draco tout au long de la fic seront bien divertissants pour nous, mais à ne pas reproduire! Ah, et aussi,Disclaimer: les personnages de cette fanfic appartiennent à JKRowling, même si elle commence un peu à nous taper sur les nerfs.Bonne lecture!

-Putain de merde!

Draco est réveillé par le cri. Ça lui prend plusieurs secondes à comprendre où il est. Il fait face à un mur, sur lequel le soleil projette une lumière orangée, striée d'ombres grises par les lattes en plastique d'un rideau, probablement. C'est esthétique, artistique, presque élégant. Pas comme la série de jurons qui continue de résonner dans son dos, qu'il identifie finalement comme le réveil de Harry Potter.

Et là, il doit bien admettre qu'il est d'accord: putain de merde est l'expression appropriée.

Il ne se retourne pas. Les souvenirs de la veille l'assaillent en même temps que son mal de tête, de concert avec les cris de Harry. Le bar crade, la clope, le baiser, la marche dans la ville endormie, les éclats de rire, les histoires murmurées, les éclats de rire encore, les escaliers montés en trébuchant à chaque pas, l'appartement de Harry, les photos, les peintures sur les murs, les meubles qu'il reconnaissait, la nostalgie, le silence, les baisers encore, les larmes, les rires, encore, les baisers, la baise, carrément, le câlin ensuite, dans le lit, les draps défaits, les murmures, les promesses, les mensonges, le sommeil. Les rêves. Putain de merde.

Alors il ne se retourne pas. Il y a sa chemise par terre, ses boxers, ses jeans. Il se lève, se penche, les prend, les met. Harry ne lui accorde que peu d'attention, il a arrêté de crier mais il chuchote encore ses insanités. Draco voudrait accéder à un miroir pour se coiffer, mais tant pis. Il passe une main dans ses cheveux, le reste attendra. Il va devoir se laver de toute façon, il fera ça chez lui, ou enfin, dans l'appartement qu'il loue pour la fin de semaine, plutôt. Puis il ira chez sa mère.

Il part. Comme ça, sans rien dire. Harry le voit sûrement, assis dans son lit, même s'il a son téléphone dans les mains. Il le voit, il le regarde partir, et il ne dit rien. Tant mieux, en même temps.

Alors la porte. Il a la main dessus, sur la poignée plutôt, il la tourne.

-Draco!

Il est presque soulagé: il se déteste pour ça. Vraiment, vraiment fort. Mais il n'y peut rien. Il soupire, ne répond rien, mais suspend son geste.

-Tu ne peux pas partir.

Il lève les yeux au ciel. Pour qui il se prend, celui-là? Évidemment, qu'il peut partir. Qu'il va partir. Qu'il part, là, tout de suite, sans un mot, sans un geste, sans un adieu. C'est écrit dans le ciel, depuis toujours. Leur histoire est destinée à être un échec. Cette nuit n'était qu'une parenthèse. Peut-être pas une erreur, pas exactement, Draco n'arrive pas à se convaincre de la nommer ainsi. Mais dans tous les cas, c'est fini. Ça ne voulait rien dire. Et ça ne se reproduira jamais.

Il se retourne, s'apprête à le dire à Harry, mais il ne le regarde même pas. Il fixe son téléphone, les yeux écarquillés. Et puis il le lui tend, sans un mot.

Draco lit en silence, les yeux plissés, le coeur battant.

Une quarantaine.

Ils avaient sous-estimé la gravité du virus et surtout, la rapidité de contamination. 150 cas supplémentaires depuis la veille. Le gouvernement exige une quarantaine totale, sauf pour les employés des hôpitaux.

Une centaine de pensées se battent dans l'esprit de Draco, son coeur tambourine dans sa poitrine, sa tête tourne. Mais il les repousse toutes: son sentiment d'impuissance, sa panique, son incompréhension, sa peur de devoir rester chez Harry, son inquiétude pour ses amis, pour son travail. Une seule chose compte, pour le moment.

-J'appelle ma mère.

*

La mère de Draco était en panique totale.

Draco ne lui a rien dit, pour Harry. Pour le bar et la clope, la baise et les larmes. Il ne lui a pas dit qu'il était debout au milieu d'une minuscule salle de bain qui n'était pas la sienne, et qu'il était aussi paniqué qu'elle. Seulement pour d'autres raisons.

Il a fait comme il fait toujours, depuis la mort de son père. Il l'a écoutée, il l'a rassurée, il a fini, après mille débats, par lui faire entendre raison. Un peu.

Il ne sait pas encore ce qu'il va faire. Il espère pouvoir partir d'ici, mais il faut bien admettre que ses chances sont minces.

Dans les faits, ce n'est pas la fin du monde. Toutes ses choses ou presque sont ici, l'appartement qu'il louait était complètement vide. Il y a de la place pour deux dans cet appartement, il peut y rester 14 jours et repartir ensuite.

Tout serait parfait, si ce n'était pas de ce minuscule, imperceptible, faramineux problème.

Harry Potter.

*

-Je vais partir.

-C'est pas possible.

-Je vais partir.

-C'est illégal, Draco.

-Je peux pas rester ici.

-On a pas le choix.

-Il y a une alternative. Il faut trouver une alternative.

-Je vais te laisser mon lit. Je dormirai sur le divan.

-Non.

-Si.

-Je peux pas.

-On a pas le choix, Draco.

*

Alors voilà.

Il reste ici.

Lui, et Harry Potter.

Et la tension, et le silence, et la peur, et la colère, et la tristesse, et la haine, et l'amour. Et putain.

Putain de merde.

Il a un goût amer dans le fond de la gorge. Envie de pleurer, aussi. De hurler. De gémir.

Il ne fera rien de tout ça. Il tire sur son côté du drap propre, glisse le coin dans le coin du matelas, ignore les yeux verts de Harry, toussote pour remplir le silence.

Quatorze jours.

Il s'y fera. Sans doute.