Voilà la suite ! Je n'ai plus de chapitres d'avance donc j'ignore quand sera la suite. Ça sera probablement lent mais promis, ente bébé et travail, je vais faire de mon mieux ! Ecrire me manque d'autant plus.
Lorsque ma vue est enfin claire, je suis éblouie à nouveau mais pas pour la même raison. Cette pièce est merveilleuse. D'immenses baies vitrées entourent toute la pièce et celle-ci contient des sculptures absolument sublimes. Elles brillent sous les rayons du soleil comme des diamants gigantesques, répercutant la lumière partout, d'où la forte luminosité. Je mets un moment à comprendre qu'il y a un homme parmi elles, bel et bien en chair et en os. Lady Maria est avec lui, ils discutent assez vivement mais je n'entends rien, étrangement. Puis ils se tournent vers moi et je m'approche alors, exécutant une révérence humble mais jolie.
- Francis, voici Alice, notre nouvelle domestique.
- Ah oui, vraiment. Suite à l'accident?
Il a dit le mot «accident» d'une façon bizarre. Et ses yeux bleus me perturbent énormément, ils sont tellement... lumineux. La voix de Maria me ramène sur Terre et mes joues rougissent d'avoir été ainsi distraite.
- Francis est un proche ami, il vit ici. Il est également l'auteur de ces magnifiques statues que tu peux voir.
- Votre talent est immense, elles ont toutes l'air si vivantes!
- J'accepte ce compliment avec joie, jeune demoiselle. Elle a rencontré Antonio?
- Pas encore. Il n'est pas revenu de toute manière.
Il y a donc un autre habitant dans cet immense manoir. J'ai hâte d'en savoir plus. D'apprendre davantage de choses sur le manoir et ses habitants ou même sur ces statues sublimes, belles à vous en crever le cœur.
Comme par magie, Francis apparaît régulièrement désormais dans les couloirs et il est enjôleur. Je me sens gênée, je suis une domestique et j'ai, bien sûr, souvent entendu parler des aventures entre maître de maison et servante. Ces histoires ne me font pas rêver le moins du monde. Alors que je nettoie ces immenses baies vitrées, frottant avec ardeur, je sens quelque chose tirer doucement mes cheveux. Je me tourne alors et voit Francis les faire glisser entre ses doigts, avant de me sourire en croisant mon regard.
- Mademoiselle...
Je me sens bêtement rougir avant de me dégager, fermement.
- Monsieur, lui dis-je.
Il sourit, clairement amusé cette fois. Son apparence est toujours impeccable malgré qu'il soit un artiste sculpteur. Je me demande parfois quel est son secret. Je serre mon chiffon entre mes doigts, partagée entre curiosité et agacement pour cet homme. Je n'ai pas le droit de toucher aux statues, je me conforme à cet ordre mais leur beauté étincelante est incroyablement hypnotisante. J'ignore même en quelle matière elles sont faites. Du marbre peut-être ? Du verre poli ? Cela m'intrigue.
- Je suis vexé, de ne pas retenir tes pensées en étant juste devant ton joli nez retroussé.
- Mon nez n'est pas retroussé !
La remarque fuse d'elle-même et je me sens idiote, où sont donc passés mes cours de bonnes manières ?! Je marmonne aussitôt des excuses, devant son air goguenard.
- A quoi pensais-tu Alice ?
- Oh, à vos statues. Elles sont vraiment jolies.
Le gentleman s'assombrit subitement, ses traits élégants se durcissant sous mes yeux. Il n'y a plus aucune trace de son attitude charmeuse. Ai-je dis une bêtise ? Alors qu'il est pourtant évident que ces statues sont de toute beauté ?
- Ne t'approche pas d'elles, Alice.
- Je... Je n'y comptais pas, la maîtresse me l'a déjà clairement interdit.
- Elle a raison. Je te laisse à ton œuvre, des affaires m'appellent.
- Oui, bonne journée monsieur...
Il s'éloigne alors à grands pas, me laissant dans cette salle exagérément éclairée. Dubitative quelques instants, je me remis cependant au travail. Je m'occupe de tout le ménage du manoir ainsi que du linge mais jamais de la cuisine. Encore une fois, je suppose que c'est dû à la santé de Lady Maria. Bien que je pourrais m'occuper des repas du jeune Ludwig ou de monsieur Francis. Ma conclusion étant qu'un cuisinier extérieur s'occupe des repas. Je jette un œil sur les jardins, eux aussi sont sublimes et luxuriants. Il y a une serre plus loin, je me demande ce qu'elle recèle. J'ai toujours été douée pour le jardinage et je dois avouer que c'est l'une de mes activités préférées. Si j'avais pu, j'aurais aimé avoir une petite maison avec un large jardin pour y cultiver des roses. Peut-être une jour, si je trouve un gentil mari. Cette pensée me semble toujours aussi étrange, un mari... Je sors finalement de mes nuages et me secoue afin de reprendre le travail. Ce n'est pas professionnel de buller ainsi.
Je n'ai pas vu Lady Maria depuis quelques jours. Est-elle malade ? Cela m'interroge. Je n'ai pas revu Ludwig non plus. Il serait logique qu'il soit aux cotés de sa sœur aînée si elle se sent souffrante. Je sais que je ne dois pas apporter de boisson ou de nourriture à la maîtresse mais... Je ne me sens pas digne de me présenter à sa porte les mains vides. Que faire ? Une fois encore, mon regard se porte sur les jardins. Je me décide finalement et franchit pour la première fois depuis mon arrivée, soit depuis un peu plus d'un mois, les grandes portes du manoir. Je mets ma main en visière pour atténuer la lumière du soleil, inspirant ensuite à plein poumons l'air extérieur. Une fois ma vision adaptée à la luminosité, je fais quelques pas dehors. Les graviers crissent sous mes pieds, l'herbe est d'un beau vert, les grands arbres peuvent apporter de l'ombrage et loin, tout au fond du domaine, je peux apercevoir la frontière de la barrière entourant le manoir et ses alentours, le grand portail étant lié au chemin de gravillons blancs. Et il y a, bien sûr, cette nuée de rosiers écarlates le long des murs du manoir, grimpant jusqu'aux fenêtres. J'entends le gargouillis d'une fontaine et je m'en approche, la pierre est blanche, une vestale portant une cruche d'eau en ait la décoration centrale. Une mosaïque colorée tapisse le fond du bassin. Je songe qu'un bassin naturel avec des poissons, des carpes peut-être, aurait été tout aussi esthétique, voire plus. Les buissons sont bien taillés, sagement alignés. Ce n'est pas ce dont j'ai besoin. Je flâne un moment dans ce paradis verdoyant, mes pas hésitants mais presque dansants, m'emportant alors jusqu'à la serre. Mes doigts se posent alors sur la poignée de fer, chauffée par le soleil. C'est tiède sous ma peau. Je l'abaisse alors et la porte vitrée s'ouvre sans un bruit. Je me penche un peu avant d'entrer. C'est magnifique. Une roseraie immense s'étend là, devant moi, emplissant mon nez de mille senteurs de fleurs, éblouissant mes yeux de couleurs. Il fait plus chaud ici que dehors, ce qui est dû aux parois de verre. J'entre sans y penser, parcourant les allées de brique rouge, caressant un feuillage ou sentant une fleur, appréciant le velouté des pétales sous la pulpe de mes doigts. Dieu, que j'aime les roses !
J'ignore depuis combien de temps je suis ici, perdue dans cette roseraie aux allures féeriques lorsque tout à coup, j'aperçois du coin de l'œil, un petit rosier. Je m'en approche alors et m'abaisse, ce sont des roses blanches. Ce ne sont pas les premières que je vois ici mais celles là ont un éclat bleuté unique. Délicatement, je cueille une branche où se développe deux fleurs, l'une presque pleinement éclose et l'autre encore en bouton. Il y a peu d'épines. Je ne connais pas cette race de rose mais elle est sublime et me fait penser à dame Maria. Peut-être a-t-il été planté pour elle, en l'honneur de sa chevelure de neige ? Je porte la branche délicatement jusqu'au manoir, après avoir refermé soigneusement la roseraie, de peur qu'un vent malheureux ou un animal aventureux n'abîme les plantations.
Je suis devant les portes de ma maîtresse, la tige des deux roses trempant dans de l'eau claire, contenue dans un petit vase de cristal que j'ai déniché après moult recherches. Je me décide à frapper et c'est avec soulagement que j'entends sa voix me dire d'entrer. Ce que je fais sans tarder.
Elle est là, dans une longue robe violine aux épaules dénudées. Un châle noir gît sur un fauteuil, tout comme une paire de souliers d'intérieur, loin l'un de l'autre sur le beau tapis. La grande double porte-fenêtre est ouverte, la brise faisant voleter les rideaux. Et ses cheveux. Ils ne sont nullement attachés et se laissent volontiers porter par ce souffle léger. Comme toujours, je suis subjuguée par ma maîtresse. Penaude d'être aussi cruche, je m'avance finalement et pose mon cadeau sur le guéridon, suivie par son regard rubis.
- Où as-tu trouvé cela ?
Je sursaute, n'ayant pas vu qu'elle s'était glissée derrière moi. Tentant de calmer les battements de mon pauvre cœur, je me tourne pour lui faire face, troublée malgré tout par sa proximité.
- Dans la roserais, madame. Leur couleur m'a fait penser à vous alors... je vous en ai ramené.
Dis ainsi, ça a l'air assez stupide et je sens mes joues rougir sous la honte qui s'insinue doucement en moi. Ma dame regarde alors intensément les fleurs, posées près de son lit. Elle s'assoit ensuite sur les draps défaits et froissés, l'air perdue. Je ne me sens pas à l'aise, ai-je fais une bêtise ? Provoqué son courroux ? Ou pire, sa tristesse ?
- Ce sont des roses stellaires.
- Pardon ?
- Mon père me les a ramené il y a longtemps. Très longtemps. Il les avait trouvé au cours de son voyage et il me disait que leur couleur blanche nacrée de bleu, lui rappelait l'éclat de mes cheveux.
- Je n'avais jamais entendu parler de cette variété de roses...
- Tu connais les fleurs, Alice ? Dit-elle en me regardant enfin.
- Un peu, j'aime énormément les roses. Ma mère les cultivait et je... j'associe son souvenir aux fleurs.
- Voilà un point commun.
Je n'ose répondre ou même bouger un cil. Je me tiens droite et mes mains sont sagement croisées devant moi, posées sur mon tablier. Je ne peux prétendre connaître toutes les variétés de roses du monde mais j'ai lu énormément de livres et jamais je n'ai vu, ou même entendu parler, d'une race nommée « rose stellaire » Maria ne dit plus rien et je n'ose ouvrir la bouche de peur de dire une bêtise. La brise passe toujours par la fenêtre, apportant avec elle l'odeur de l'extérieur. Je me rends compte alors qu'elle ne sort jamais ou en tout cas, je ne l'ai jamais vu aller dehors. Je ne pense pas avoir vu Ludwig ou Francis à l'extérieur non plus. C'est pourquoi, machinalement, sans même réussir à y prêter attention, j'entends ma voix prononcer ces mots:
- Souhaitez-vous vous promener dehors?
Dieu que je suis sotte ! Je cherche une façon de m'excuser alors que je suis transpercée par le regard de la maîtresse de maison. Cependant, elle se lève calmement puis me contourne, s'abaisse à ramasser un soulier puis deux. Elle chausse ses pieds délicats, se redresse afin de passer son châle sur ses épaules et me lance un regard éloquent.
- Tu me tiendras mon ombrelle.
Je me contente alors d'acquiescer vivement avant de sortir de la chambre et de fermer les portes derrière elle, la suivant à petits pas jusqu'à l'entrée. Je choisis dans le placard une grande et belle ombrelle à dentelles, que je lui ouvre une fois dehors. Elle reste un moment sur le pas de la porte puis enfin, après d'interminables secondes, pose un pied sur le perron.
En espérant que ce petit chapitre vous ait fait plaisir !
