Disclaimer : Fox et Lauren Weisberger détiennent les droits d'auteur de « The Devil Wears Prada » et de ses personnages.
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Chapitre 2 : l'accident
Jeudi soir - Chez Miranda
'Andouille, bâtard, crétin, dugenoux, emmerdeur…' Miranda le méprisait tellement qu'elle aurait pu écrire un alphabet d'insultes à propos de Stephan. Sa journée avait été plus qu'épuisante et tandis qu'elle faisait les cent pas dans son bureau, sirotant un petit verre de pinot gris 'un vrai pêché-mignon', elle se repassait en boucle l'entrevue qu'elle avait eue en début d'après-midi avec son avocat. Son futur ex-mari avait finalement décidé de contester l'arrangement à l'amiable préalablement établi dans l'espoir de récupérer la villa de bord de mer qu'elle possédait sur la côté Ouest 'maison dans laquelle il n'a jamais voulu mettre les pieds ce petit…' Il était plus qu'évident que ce n'était là qu'un moyen supplémentaire de repousser le divorce pour ennuyer Miranda, et le pire c'est que cela fonctionnait… Il l'avait courtisée pendant plus d'un an et elle avait fini par accepter de l'épouser presque faute-de-mieux, pour ne pas finir ses jours vieille, seule et aigrie comme on dit. Elle avait espéré qu'il pourrait être une figure paternelle pour ses filles, une présence réconfortante que l'on sait que l'on va retrouver immanquablement en rentrant à la maison. Mais Stephan n'avait été que déception sur déception, il avait habité cette maison comme l'aurait fait un étranger de passage, n'adressant la parole aux jumelles que lorsqu'il ne pouvait faire autrement, désertant les dîners « en famille » une nuit sur deux si ce n'est plus, n'ayant même pas la décence de la tromper dans la chambre d'amis. Combien de fois Miranda avait-elle retrouvé ses propres draps respirant le parfum d'une autre ? Sans doute trop pour les compter, mais elle n'avait jamais rien dit, portant les trahisons de son mari comme chacun porte sa croix, en trainant en silence le poids de la culpabilité et de la honte. En somme elle n'avait été sa femme qu'en public, que lorsqu'il pouvait passer sa main possessive, perverse, sur la naissance de ses fesses alors qu'ils s'avançaient sous les flashs des photographes, ou encore lorsqu'il pouvait clamer son nom à elle comme si c'était un passe-droit absolu, presque comme s'il fallait le plaindre et pardonner ses fautes à lui dans la seconde. Comprenez bien ce n'était jamais lui le coupable, c'était elle la femme dragon, la déesse des glaces, la compagne indigne qui préférait sa carrière, la salope sans coeur qui délaissait son mari. Les journaux aussi ne l'avait jamais épargnée, et elle avait fini par les croire. Comment pourrait-on aimer une femme comme ça ? Une femme comme elle ? 'Fuyez pauvres fous' et c'est ce qu'ils avaient fait. Ils avaient pris leurs jambes à leur cou dès qu'ils l'avaient pu, dès qu'une Lolita bien plus jeune et plus belle qu'elle 'plus bandante sûrement aussi' était venue se pavaner devant leur porte. Et elle ne les avait pas retenus, pas même elle n'avait songé essayer. 'À quoi bon après tout ?' Ce que la plupart des gens ne comprendra jamais c'est qu'elle n'avait pas renoncé à l'amour suite à ces trois divorces, non Miranda s'était mariée trois fois parce qu'il y a bien longtemps qu'elle avait renoncé à l'amour. La nuance était de taille, l'amour, c'était pour les autres.
La sonnerie de son téléphone la sortit de ses pensées mélancoliques. Elle s'autorisa quelques secondes pour reprendre un semblant de contenance avant de décrocher :
— Bonsoir Caroline.
— Salut Maman ! T'es sur haut-parleur je suis avec Cass.
— Hey Madre !
— Bonsoir Cassidy. Comment s'est passée votre journée ?
— Oh bah rien de spécial, Papa a eu une urgence au boulot donc on est allé se baigner au lac cet après-midi avec Tess. Expliqua Caroline
— Ouais c'était cool ! Elle est énoooorme Tess maintenant Maman ! Renchérit Cassidy
— C'est normal mes chéries, elle doit être à plus de 7 mois de grossesse à présent. Indiqua-t-elle amusée. Ils savent si c'est une fille ou un garçon ?
— Non Tess a voulu garder la surprise, je crois que Papa râle un peu de pas savoir encore.
— Il espère que ce sera un petit gars, comme ça il aura peut-être enfin gain de cause contre nous auprès de Tess. Rajouta Caroline.
— Le pauvre c'est peine perdue ! Et toi Maman alors ? S'inquiéta Cassidy. T'es pas trop seule dans cette grande maison ?
— Ça va mes chéries, quelques soucis avec la prochaine édition mais rien que votre mère ne puisse régler ! Un peu, vous me manquez les filles, je suis contente de vous entendre.
— Tu nous manques aussi Maman, répondirent les jumelles en coeur.
— Tu sais, tenta Cassidy, si on adoptait un autre chien tu serais un peu moins seule… Puis Patricia nous manque…
— Je sais mon ange, je sais… Elle me manque à moi aussi. Je vais y réfléchir d'accord ?
— Trop bien ! Merci Maman !
— Oh Tess nous appelle pour aller nous coucher, bonne nuit Maman !
— Bonne nuit mes chéries, passez le bonjour à Tess et à votre père pour moi. Je vous aime fort.
— On t'aime aussi, bisous ! Conclut Caroline avant de raccrocher.
Miranda sourit en posant son téléphone, James était un bon père mais comme elle il travaillait beaucoup, elle était reconnaissante que sa nouvelle femme s'occupe bien de ses petites filles. Peut-être pourrait-elle enfin la rencontrer à l'occasion, à la naissance de leur nouveau né pourquoi pas. Et c'était sur ces pensées beaucoup plus positives que Miranda quitta son bureau et partit se coucher.
Stephan… Stephan était là à Runway devant le bureau de son assistante. Il pointait une arme sur la nouvelle Emilie, la tête tournée vers Miranda, le regard menaçant. Il criait. Miranda voyait bien qu'il criait mais elle ne l'entendait pas. Elle se mit à pleurer. Elle n'entendait pas ce qu'il lui demandait et il menaçait de tirer sur… Oh non Andréa ! Elle tenta de crier à son tour mais aucun son ne franchit la barrière de ses lèvres. Stephan tenait maintenant Andréa par l'épaule, son bras autour de son cou comme pour l'étrangler, le pistolet appuyé contre la tempe de la jeune femme. Andréa face à elle soutenait son regard, elle souriait, comme si elle attendait tout simplement que Miranda lui donne ses directives. Oh mon dieu Andréa… Soudain des rires retentirent dans son dos, Miranda se retourna brusquement et aperçut Emilie assise en tailleur sur le sol, des centaines de cartes postales éparpillées autour d'elle, elle tenait Miranda « The Tempest » dans ses mains, et elle riait, riait et riait encore. C'était un rire grinçant, un rire malade qui vous tord l'estomac. Puis un coup de feu. Et puis plus rien. Le noir. Le silence de la pièce vide. Le froid. L'absence des draps qui gisaient au sol. L'oreiller qu'elle serrait contre elle comme si sa vie en dépendait. La lueur bleue du réveil électronique qui affichait 3h20. Les dernières chimères d'un cauchemar.
Miranda était fiévreuse, elle se leva difficilement, tremblante, et tenta de rejoindre la cuisine pour se servir un verre de jus de fruit. Seulement, fébrile, elle manqua une marche et ne parvenant pas à se rattraper à la rambarde, elle dévala lourdement les escaliers. Et puis de nouveau plus rien. Le noir. Le silence. Le goût ferreux du sang dans la bouche. La douleur dans sa jambe droite. La brulure dans sa poitrine. Miranda cligna des yeux longuement avant de parvenir à reprendre un peu connaissance. Elle essaya de se redresser 'mauvaise idée' mais sa jambe céda sous son poids et elle retomba laborieusement. Par chance son téléphone n'était pas tombé de la poche de son pyjama et après plusieurs tentatives, elle parvient à le déverrouiller. Miranda était en mode automatique, elle n'avait plus réellement d'emprise sur ses gestes, comme si son cerveau ne parvenait plus à créer des pensées cohérentes. Elle saignait, mais d'où ?
— Miranda ? Miranda tu es là ?
Andréa… Pourquoi son téléphone émettait-il la voix d'Andréa ? Etait-ce une sorte de blague ? 'ce n'est pas drôle'
— An… A… dr…
Un semblant de syllabe. C'était tout ce qu'elle parvenait à articuler.
— Miranda c'est toi ? Ça va ? Tu es blessée ?
— humMmmoo…
— Miranda écoute moi, reste avec moi. Je vais te poser une question une tape pour oui, deux tapes pour non, tu as compris ?
Elle frappa contre le sol une fois.
— Ok super. Super… Tu es blessée ?
Une frappe.
— Tu as prévenu les secours ?
Deux frappes.
— D'accord… d'accord… surtout pas de panique… Je… Je vais les prévenir. Tu es chez toi ?
Une frappe.
— Ok super. Fin non, pas super. Fin t'as compris. Heu… Je vais raccrocher d'accord ? Pour… pour appeler les secours.
Deux frappes.
— Heu… D'accord. Ok Andy tu peux gérer ça…
— Miranda ? Miranda t'es toujours avec moi ?
Une frappe.
— Ok alors j'ai envoyé un sms à une amie, elle a appelé les secours c'est bon. Ils seront là d'ici dix minutes d'accord. Reste avec moi d'accord ?
Pas de réponse.
— Miranda ? Miranda tu m'entends ?
Pas de réponse.
Quand Miranda revient à elle, elle était toujours allongée sur le sol et des doigts froids étaient posés contre son cou. Une voix l'appelait.
— Aaandrrréa… ? Tenta-t-elle.
— Madame Priestly, je suis Sophia, je suis ambulancière. On est venu pour vous aider. Je vais compter jusqu'à trois et on va vous soulever pour vous conduire à l'hôpital d'accord ?
Sophia fit un signe de tête à son collègue qui passa doucement un bras sous le dos Miranda et le deuxième sous ses genoux.
— Non ! Non ! Lâchez moi ! Protesta-t-elle.
— Madame Priestly nous voulons seulement vous aider. Vous êtes blessée, il faut vous conduire à l'hôpital. Expliqua l'homme calmement.
— Non ! Lâchez moi ! Vous n'êtes pas Andréa ! Lâchez moi ! Andréa ? Andréa ?
— Elle délire, on va pas y arriver. Faut lui donner un calmant. Chuchota l'homme.
— Attends laisse moi essayer de lui parler d'abord.
— Où est Andréa ? Elle est dans la maison ? C'est votre fille ? Tenta-t-elle.
— Non, non… Non, Andréa est… Partie. Andréa ? Andréa ?
Miranda commençait à s'agiter et grimaçait de douleur, l'ambulancier tentait de la maintenir immobile comme il pouvait tandis que Sophia remarqua le téléphone posé sur la marche d'escalier.
— Madame Priestly et si on allait à l'hôpital et on appelait Andréa pour lui dire de vous rejoindre là-bas ? Proposa-t-elle.
Miranda hocha simplement la tête avant de perdre à nouveau connaissance.
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Une heure plus tard - Hôpital New York Presbyterian
— Mais puisque je vous dis qu'une ambulancière m'a appelée pour venir ! C'est moi qui ai prévenu les secours bon sang !
Elle venait de crier sur la pauvre secrétaire qui ne faisait que son travail en somme. L'ancienne Andy n'aurait pas crié. Elle aurait hoché la tête avec un maigre sourire et serait allée s'assoir sagement dans la salle d'attente. Puis elle aurait attendu, attendu, et attendu encore, le dos voûté, recroquevillée sur elle-même, presque s'excusant d'être là, à attendre. Mais aujourd'hui de la patience, Andy elle n'en avait plus. Elle en avait assez d'être celle qui reste, celle qui poireaute devant la porte close, celle qui se morfond dans l'espoir que l'autre revienne. Soudain il y avait une urgence de vivre, une sorte de boulimie incontrôlable comme si le temps était compté, comme s'il fallait qu'elle aspire tout ce qu'elle pouvait tant qu'elle le pouvait encore. Soudain il ne fallait plus y entrer mais en sortir de cette 'foutu' salle d'attente. 5 mois en arrière, une porte qui claque. La cadence rythmée des talons qui s'éloignent. Un téléphone bazardé au fond d'une fontaine. Une vie qui dit stop, une vie qui se met sur pause. Et puis ce soir, un brusque retour sur play. Andy venait de crier sur la pauvre secrétaire, et Andy avait la sensation de renaître. 'Ne sois pas ridicule Andréa. Tout le monde voudrait être nous' Toute l'erreur originelle était là : Andy n'était pas tout le monde. Andy était l'exception, et il était plus que temps qu'elle se comporte en conséquence.
— Ecoutez-moi bien, je sais que ne vous ne faites que suivre les consignes. Mais Miranda Priestly m'a appelée en plein milieu de la nuit pour me demander de prévenir les secours et de la rejoindre ici. Ça fait plus d'une heure que je tourne en rond et que personne ne me dit rien. Ok je ne suis pas de la famille mais je ne vous demande pas de me sortir tous les putain de détails de son dossier médical, j'aimerais juste que quelqu'un m'explique ce qui se passe ! Merde quoi c'est pas trop demander !
— Oui oui je comprends Madame, je peux rien vous promettre mais je vais voir ce que je peux faire. Concéda la petite blonde à l'accueil des urgences.
— Ok merci bien.
Andy tourna les talons, buttant dans le pot de la plante qui trônait à l'angle du bureau au passage 'quelle nuit de merde'. Elle ne pouvait se résoudre à retourner s'assoir dans cette salle de l'enfer, alors elle arpentait le hall d'entrée détestant se sentir si impuissante, si incapable d'aider Miranda. Puis la voix autoritaire de l'éditrice résonna dans sa tête : 'Je peux faire quelque chose pour vous ? Oui votre job.' Son job… mais évidemment ! 'T'es vraiment stupide quand tu t'y mets Sachs !' Andy s'empressa de trouver le numéro d'Emilie et lança l'appel :
— Oui Miranda ? Répondit-elle encore toute endormie sans avoir vérifié le nom qui s'affichait.
— Heu Emilie… Désolée de te réveiller, c'est… c'est Andy.
— Andy ? Mais bordel pourquoi tu m'appelles à 5h du matin ? T'as intérêt à avoir une bonne raison parce que Miranda a encore viré mon mini-moi et j'ai juste 300h de sommeil à rattraper.
— Miranda a eu un accident, les secours l'ont amenée au Presbyterian. J'y suis depuis une heure mais ils ne veulent rien me dire. Emilie j'ai besoin que tu…
— Oh non non non ! C'est pas possible ça ! Elle a un rendez-vous super important demain avec le nouveau designer là, et puis il y a le shooting à 14h et Nigel ne peut pas y aller parce que…. oh non non non ! Il faut j'appelle tout de…
— Emilie ! Emilie calme toi ! Je suis sûre que tu vas gérer tout ça comme une pro d'accord. C'est pas la première fois, tu sais faire, tu vas y arriver. Mais là tout de suite j'ai besoin que tu m'envoies le numéro de James, et que tu préviennes Nigel qu'il va devoir gérer Runway en l'absence de Miranda. Pas un mot à Irv tant qu'on n'en sait pas plus. Emilie ? Je peux compter sur toi ?
— Oui oui pardon. C'est le choc je crois. Je t'ai envoyé le portable de James, normalement il est toujours sur la liste des contacts d'urgence de Miranda, il devrait pouvoir te donner des infos. Je m'occupe d'appeler Nigel dès que j'ai raccroché.
— Super Emilie t'es la meilleure. Je te préviens dès que j'en sais plus.
— Ok, mais Andy ?
— Oui ?
— Pourquoi toi ?
— J'en sais rien Emilie, j'en sais absolument rien.
Aussitôt l'appel terminé, Andy enchaîna en composant le numéro de James, mais elle tomba sur le répondeur et laissa un message. Il était maintenant presque 6h et Andy n'avait toujours aucune nouvelle de Miranda. Elle tenta à nouveau de demander à l'accueil mais même résultat : il faut attendre. Elle devenait folle à tourner en rond. Andy finit par s'assoir à même le sol contre le distributeur automatique, le front posé sur ses bras croisés. Elle pleurait. D'impuissance, de colère, de remords… Et s'il était trop tard ?
Quelqu'un tapotait gentiment son épaule pour attirer son attention, quand elle releva la tête elle s'aperçut qu'une infirmière était accroupie face à elle.
— Vous êtes Andréa Sachs je présume ?
— Oui mais appelez moi Andy.
— D'accord Andy. James Miller vient d'appeler l'hôpital, il nous a autorisé à vous donner toutes les informations nécessaires sur l'état de santé de son ex-femme. Expliqua-t-elle très calmement en lui tendant sa main pour l'aider à se relever à son tour.
— Merci… Hum… comment va-t-elle ? Elle est au bloc ? Elle va s'en sortir ? Je peux la voir ? S'empressa de demander Andy à bout de souffle.
— Elle vient de sortir de chirurgie, elle est encore endormie. Elle a eu une légère hémorragie cérébrale mais on a pu l'opérer à temps. Elle ne devrait pas avoir de séquelles.
— Oh dieu soit loué ! J'ai eu tellement peur ! S'exclama Andy en éclatant en sanglots. Je peux la voir ? Demanda-t-elle après s'être un peu calmée.
— Non je suis désolée Andy, répondit l'infirmière en lui caressant gentiment le dos pour la réconforter. Seule la famille est autorisée dans la chambre, vous allez devoir attendre qu'elle se réveille et qu'elle accepte de vous voir.
— Ok, ok… Je comprends… Je… Je peux attendre ici ?
— Oui bien sûr mais cela peut prendre plusieurs heures vous savez. Vous devriez rentrer chez vous et vous reposer.
— Non non merci mais je préfère rester ici. Vous savez… heu… au cas où il y aurait… heu… un changement ou un truc comme ça.
— Pas de souci. Je viendrai vous prévenir s'il y a quoi que ce soit.
— Super merci beaucoup !
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Le vendredi soir - Chambre d'hôpital de Miranda
Le Bipbip incessant et la rugosité inconfortable des draps furent les premières choses que Miranda remarqua en se réveillant. L'odeur perçante de désinfectant et la douleur lancinante dans sa jambe alourdie furent les suivantes. Elle cligna des yeux longuement avant de s'habituer à la faible luminosité de la pièce. Visiblement elle se trouvait dans une chambre d'hôpital mais son cerveau était encore embrumé par les restes d'analgésiques qui demeuraient dans son organisme et elle ne parvenait à se souvenir du pourquoi du comment elle avait atterrie là.
— Toc toc toc, ravie de voir que vous êtes réveillée Miranda, comment vous sentez-vous ? Demanda gaiement une infirmière en rentrant dans sa chambre.
Miranda ouvrit la bouche pour tenter de répondre mais aucun son ne sortit. Son deuxième essai ne fut guère plus fructueux :
— Arjee… hummmal
— Je suis votre infirmière, je m'appelle Sasha. Vous avez eu une commotion cérébrale et il a fallu vous opérer pour arrêter l'hémorragie, il est tout à fait normal que vous ayez des difficultés à parler dans les prochaines 48h, il n'y a aucune raison de s'inquiéter d'accord ?
Miranda hocha la tête et pointa sa jambe droite.
— Ah oui vous avez également eu une luxation du genoux, vous allez devoir porter une attelle et faire de la rééducation pendant quelques semaines voire quelques mois. Est-ce que vous vous souvenez de ce qui s'est passé ? Demanda-t-elle en changeant la perfusion de Miranda.
Cette dernière secoua la tête négativement.
— D'après les secours vous êtes tombée dans les escaliers pendant la nuit. Bon tout est parfait ici. Ne tentez pas de vous lever ou de bouger trop brusquement, je reviens dans cinq minutes changer votre pansement d'accord ?
Miranda hocha à nouveau la tête, et tandis que l'infirmière quittait la pièce, elle remarqua la fleur déposée sur la commode près de la fenêtre. C'était une rose blanche dans un petit vase en verre tout en longueur. 'Que le serpent me mordre' articula-t-elle silencieusement.
Lorsque Sasha revient avec de nouveaux pansements, Miranda pleurait. L'infirmière s'empressa de déposer son chargement et prit doucement sa main pour la réconforter.
— Ça va aller Miranda, c'est le contre-coup, vous allez être sur pieds très rapidement.
Mais Miranda ne l'écoutait pas, elle fixait simplement la rose comme si elle allait se mettre à bouger à tout moment. La morphine que Sasha lui avait donnée plus tôt commençait à faire effet, et elle avait la sensation de flotter, d'être là sans vraiment l'être. C'était étrange, tous ses sens fonctionnaient mais c'était comme si son cerveau ne parvenait pas à les mettre dans l'ordre, comme si on lui avait mis ça dans les bras et qu'il ne savait pas quoi en faire. Quand Sasha eut fini d'ajuster son nouveau pansement, elle suivit son regard et expliqua :
— Elle est belle n'est-ce pas ? C'est une jeune femme qui m'a demandé de vous l'apporter plus tôt dans l'après-midi… oh d'ailleurs ! J'ai failli oublié ! Elle a laissé ça aussi.
Sasha fouilla un instant dans sa pochette et lui tendit une enveloppe blanche qui avait été visiblement dérobée à l'accueil de l'hôpital. Miranda la saisit et s'empressa de l'ouvrir. Ce n'était pas une carte cette fois-ci, mais un morceau de page déchiré dans ce qu'elle devinait être un magasine de décoration intérieure. Entre deux articles et à moitié à cheval sur la pub d'un salon de jardin, elle reconnut l'écriture délicate de son ancienne assistante :
« I would like to be the air
that inhabits you for a moment
only. I would like to be that unnoticed
and that necessary »
Variation on the word sleep - Margaret Atwood
A l'autre bout du monde comme de l'autre côté de ce mur
je serai un peu là
car même si tu te sens seule parfois
Quelqu'un dans l'univers pense toujours à toi
Sasha nota l'émotion sur le visage de la patiente et se leva pour quitter la chambre et lui laisser un peu d'intimité. Avant de s'éloigner, elle ajouta cependant :
— Vous savez je crois qu'elle est vraiment inquiète pour vous. Elle est restée là toute la journée.
Miranda attrapa le poignet de l'infirmière de justesse, et articula difficilement :
— Anhmdré…aahf
Sacha sourit et hocha la tête. Elles s'étaient comprises.
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Dix minutes plus tard - Chambre d'hôpital de Miranda
Ses cheveux blancs éparpillés sur l'oreiller, ses lèvres pâles légèrement entrouvertes, sa main droite posée à côté de son visage, le drap froissé descendu sur ses hanches, le rythme lent du soulèvement de sa poitrine, le morceau de papier déchiffré qu'elle tenait fermement contre son sein gauche… Andy admirait le plus beau tableau-vivant qu'elle ait jamais vu : « Miranda, l'endormie ». 'Waterhouse peut aller se rhabiller'
— L'anesthésie générale l'a beaucoup fatiguée, elle va sûrement encore dormir plusieurs heures mais vous pouvez rester avec elle si vous le souhaitez. Chuchota Sasha dans son dos.
— Merci, je vous promets de ne pas déranger son sommeil.
L'infirmière sortit de la chambre et Andy s'installa sur le fauteuil près du lit de Miranda. Cette dernière se tourna vers elle, sa main droite maintenant déposée le long de son corps, et Andy la saisit rapidement. C'était un élan d'urgence, le besoin soudain et incontenable de la toucher, de lui signifier silencieusement qu'elle n'était plus seule désormais. 'T'es en plein rêve Sachs'. De son autre main elle rédigea un texto sommairement qu'elle envoya à Emilie et James pour les tenir au courant. Et tandis qu'elle reposait son téléphone, elle se mit à rire doucement. Toute cette situation était digne du théâtre de l'absurde. Elle n'avait aucune raison d'être là finalement, et pourtant cela lui semblait être la chose la plus évidente au monde. La main de Miranda dans la sienne, c'était soudain la seule chose dont Andy avait besoin.
Quand la jeune journaliste se réveilla quelques heures plus tard, des yeux bleus rieurs l'observaient. Andy serra légèrement la main fine qu'elle tenait toujours, et mêla son rire à celui cristallin de la femme allongée face à elle. Il n'y avait rien à dire, simplement à apprécier la présence inespérée de l'autre. Et elles restèrent longuement ainsi, riant et se souriant bêtement, leurs mains se caressant timidement. Finalement c'est Andy qui finit par briser le silence :
— Tu m'as manquée. Murmura-t-elle presque pour elle-même.
— Ne pars plus jamais, lui répondit une voix encore toute enrouée.
— Jamais.
Miranda sourit et lui fit signe d'approcher. Andy s'exécuta et s'installa contre elle, passant son bras autour de la taille de l'éditrice tandis qu'elle posait sa tête sur son épaule. Et elles se rendormirent ainsi, dans les bras l'une de l'autre.
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Le lendemain matin - Chambre d'hôpital de Miranda
La chaleur des rayons de soleil sur son visage et la caresse d'une main dans ses cheveux réveillèrent Miranda en douceur. Elle cligna des yeux plusieurs fois et distingua un homme d'un cinquantaine d'années, grisonnant, jean et petit polo décontractés, assis sur le bord du lit, il lui souriait.
— James ? Demanda-t-elle encore un peu endormie
— Bienvenue parmi les vivants Mira, tu nous as fait une belle frayeur tu sais ?
— Je sais, je… s'interrompit-elle brusquement lorsqu'une masse brune remua contre sa poitrine. Tu nous laisses deux minutes veux-tu ?
James hocha la tête gentiment et se dirigea vers la fenêtre, comme si la vue sur le parc extérieur de l'hôpital était soudain devenu le spot d'observation le plus intéressant au monde. Miranda quant à elle, prit le temps d'admirer la jeune femme qui dormait dans ses bras. 'mon Andréa…' Elles avaient dû échanger leur position pendant la nuit, sûrement trop fatiguées pour que l'une ou l'autre ne s'en rende compte.
— Andréa, Darling… murmura Miranda en caressant lentement son bras.
— Hummmm
— Réveille toi, on a de la compagnie… Expliqua-t-elle.
— Oh heu… Commença à balbutier Andy avant de réaliser où elle se trouvait et ce que Miranda venait de dire.
Elle se leva brusquement, légèrement paniquée, et remit hâtivement ses chaussures tout en bredouillant :
— Je… Désolée Miranda… Heu… Bonjour James, je… Je vais aller chercher des cafés…
— Andréa tu… Tenta de la retenir l'éditrice avant d'être coupée à nouveau par la jeune femme.
— Non non j'en ai pour cinq minutes, je… Heu… Je reviens tout de suite Miranda.
Andy s'avança vers le lit, puis marqua un arrêt avant de reculer. Elle hésitait, ne savait pas si elle devait 'enfin pouvait surtout' faire une bise à Miranda avant de partir ou pas. Finalement elle croisa le regard amusé de James et se précipita vers la porte. Ce dernier se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas exploser de dire face à la scène qui venait de se jouer devant lui. Miranda leva les yeux au ciel puis lui fit signe de revenir s'assoir, légèrement amusée elle aussi malgré tout.
— Et tu es fier de toi en plus !
— Et comment ! Je comprends mieux pourquoi nos filles aiment tant piéger tes assistante ma Mira.
— Andréa n'est pas mon…
— Mira, je sais. La coupa-t-il. Et je sais aussi que cette jeune femme a passé toute la nuit dernière à s'inquiéter pour toi. Et pour l'instant c'est tout ce que j'ai besoin de savoir. Expliqua-t-il en lui lançant un clin d'oeil.
James lui prit la main doucement et un petit silence s'installa entre eux.
— Donc… l'hôpital t'a prévenu ? Finit par demander Miranda.
— Non c'est elle à vrai dire. Personne ne voulait lui dire si tu étais morte ou vive donc elle m'a appelé pour m'expliquer que tu avais eu un accident et me demander des informations.
Miranda sourit légèrement et James continua.
— J'ai hésité tu sais, je sais à quel point tu tiens à ta vie privée… mais après, je me suis dit que si elle avait couru à l'hôpital à 5h du matin, c'est qu'elle devait être importante pour toi d'une manière ou d'une autre.
— Elle l'est. Merci James, tu as bien fait. Comment vont les filles ? Enchaîna-t-elle préférant changer de sujet. Il était encore bien trop tôt pour s'étendre sur le cas Andréa.
— Inquiètes comme tu t'en doutes. Elles voulaient venir hier mais les docteurs m'avaient dit qu'il valait mieux te laisser te reposer. Je me disais que je pouvais peut-être les déposer un petit moment après l'école.
— C'est une très bonne idée James, merci. Tu sais, j'apprécie vraiment que vous vous occupiez si bien de nos filles avec Tess. Et je… Tu restes mon meilleur ami. Avoua-t-elle timidement.
— Je sais ma Mira, je sais. Et si je ne te connaissais pas mieux je dirais que tu deviens toute guimauve, se moqua-t-il gentiment avant de lui faire un bisou sur le front.
— Entièrement la faute des calmants, rien de plus. Répondit-elle avec son ton « Runway ».
Le petit rire d'Andréa qui venait de rentrer dans la chambre les sortit de leur bulle. James la remercia pour le café qu'elle lui tendait et décida que c'était le moment pour lui de s'éclipser. Il fit une bise à Miranda puis à Andy et rappela que Roy déposerait les filles ici après l'école avant de disparaître dans le couloir.
Miranda observa son ancienne assistante lui rapprocher la tablette pour qu'elle puisse prendre son petit déjeuné puis commencer à faire les cent pas dans la chambre en consultant son téléphone portable. L'éditrice avait soudain l'impression d'avoir fait un bond dans le temps de cinq mois en arrière, comme si ce jour-là à Paris n'avais jamais eu lieu, comme si les deux femmes ne venaient pas de passer la nuit dans les bras l'une de l'autre. Elle sourit à cette pensée, enlacer Andréa… Elle pourrait s'y habituer. 'Arrête de rêver vieille folle'. Andréa quant à elle ne savait pas comment se comporter en présence de Miranda, si elle s'écoutait elle s'assoirait à ses côtés pendant que la femme plus âgée boirait son café, et elle lui lirait des passages de ses poèmes préférés, et elle la disputerait sûrement un peu pour l'obliger à se reposer, et elle lui tiendrait la main, et ça voudrait tout dire… Mais Andréa était l'ancienne assistante qui avait tourné le dos à Miranda, 'non à Runway' ce jour-là à Paris, et Andréa ne savait pas comment se comporter alors Andréa fit la seule chose qu'elle avait toujours su faire à merveille : son job.
— Heu je… Je me suis permise d'appeler Emilie. Nigel et elle ont les choses en main, ils ont proposé de passer en début d'après-midi pour que vous puissiez faire le point. Rachel est aussi prévenue, rien n'a filtré dans la presse pour le moment, mais une déclaration officielle est prête au cas où. Après heu… fin je… Je m'étais dit que peut-être Emilie pourrait t'amener un sac avec des vêtements de rechange et heu… toutes les affaires dont tu aurais besoin… Mais hum… Je n'ai pas voulu m'avancer donc… je… Je peux l'appeler pour lui demander si tu veux…
La jeune femme baissa la tête, admirant ses chaussures légèrement mal à l'aise, et la fin de sa phrase se perdit dans un murmure. Miranda sourit légèrement.
— Andréa, regarde moi… Andréa ?
L'intéressée releva les yeux et se perdit un instant dans le regard perçant de Miranda.
— Viens t'assoir tu veux. L'invita-t-elle en désignant vaguement le fauteuil près d'elle de la main.
Elle attendit un instant que la jeune femme ne s'exécute avant de continuer.
— Andréa, tu n'es plus mon…
— Bonjour Miranda, comment allez-vous aujourd'hui ? L'interrompit brusquement l'infirmière qui venait de faire irruption dans la chambre.
Lorsque cette dernière aperçut Andréa, elle s'excusa :
— Oh pardonnez moi je dérange… mais Miranda il faut que je retire vos perfusions à présent et que je refasse votre pansement…
— Aucun souci, je… je vais vous laisser. S'empressa, presque trop, de répondre Andréa.
Miranda la regarda étrangement, légèrement déçue. La jeune femme cherchait-elle à fuir de nouveau ? Juste avant qu'Andréa ne pose sa main sur la poignée, Miranda l'arrêta :
— Andréa attends. Est-ce que… elle marqua une pause, hésitant un instant puis continua. Est-ce que tu pourrais passer chez moi chercher les vêtements de rechange dont tu parlais. Je ne suis pas très à l'aise avec l'idée qu'Emilie fouille dans mes affaires. S'expliqua-t-elle 'Miranda Priestly ne s'expliquait jamais'
Andréa la regardait à présent comme si elle avait deux ou trois têtes, elle bredouilla :
— Je… Oui, oui… bien sûr Miranda… Je hum… Je vais en profiter pour passez chez moi également… Pour heu… me doucher tout ça.
— Merci Andréa.
Andréa hocha la tête et elles se sourirent un instant, perdues dans le regard de l'autre. Puis Sasha commença à soigner Miranda, brisant leur moment, et Andy quitta la chambre.
—
Milieu d'après-midi - Chez Miranda
La dernière fois qu'Andy avait franchi cette porte, c'était il y a plus de cinq mois. 17 jours exactement avant ce jour-là à Paris. Comme presque tous les soirs de la semaine, elle avait suspendu les vêtements tout juste sortis du pressing dans le placard de l'entrée, espérant secrètement que Miranda l'appellerait depuis le petit salon pour qu'elle lui remette le Book en personne. C'était arrivé quelques fois que l'éditrice l'invite à s'assoir quelques minutes, elles avaient échangé deux trois mots sur le planning du lendemain, ou sur la réunion du matin, ou parfois elles étaient même simplement restées silencieuses, côte-à-côte. Andy chérissait ces moments plus que tout, cela lui donnait l'impression de compter un peu. Mais la dernière fois qu'Andy avait franchi cette porte, Miranda ne l'avait pas appelée. Elle y avait vu là une sorte de signe, la conviction qu'elle ne pouvait pas continuer ainsi, à vivre au hasard des rares moments que lui accordait Miranda et à survivre le reste du temps. Peut-être que si Andy avait levé la tête, elle aurait croisé le regard de l'éditrice qui l'observait depuis son perchoir, en haut des escaliers, peut-être y aurait-elle vu le débat interne qui se jouait derrière son front argenté, peut-être aurait-elle aperçu le mouvement d'hésitation de Miranda, un pied posé sur la première marche, et peut-être aurait-elle distingué son prénom au moment même où il s'évanouissait sur les lèvres rouge carmin… ou peut-être pas. Leur relation était faite de ça : de rendez-vous et de gestes manqués, de mots oubliés. Qu'est-ce qu'Andy avait espéré exactement en se précipitant à l'hôpital ? 'Sans doute quelque chose entre une bonne gifle et la plus belle déclaration d'amour de tous les temps' Andy secoua la tête pour chasser cette dernière pensée. C'était dangereux l'espoir, trop de risques, pas assez de certitudes. Miranda allait sortir de l'hôpital et leurs vies reprendraient leur cours comme avant, et Andy serait seule à nouveau avec son espoir. Il valait mieux enfouir tout cela une fois encore et tenter d'oublier, faire comme si. 'Oui tu sais faire ça Andy, faire comme si.' Elle excellait à cet exercice là à vrai dire. Faire comme si tout allait bien, sourire en public et pleurer dès la porte refermée. Mais là tout de suite il fallait qu'elle se concentre, qu'elle rassemble les affaires de Miranda et fasse attention à ne rien oublier.
Alors qu'elle repoussait la porte du dressing derrière elle, essayant de ne pas trop penser au fait qu'elle avait eu accès au tiroir de sous-vêtements de Miranda, son téléphone professionnel sonna :
— Mirror, Andréa Sachs
— Andréa, c'est Miranda.
— Oh heu… hey ! Tu as besoin de quelque chose ?
— Non non je… Nigel et Emilie viennent de partir. Runway n'est pas encore en train de brûler donc je suppose que c'est une bonne chose. Tu as pu te reposer ?
Andy n'en croyait pas ses oreilles, elle se serait cru dans une quatrième dimension. Miranda Priestly ne faisait jamais la conversion, jamais. Miranda Priestly détestait parler pour ne rien dire. Il fallait être efficace, aller droit au but. 'ça y est Andy, t'es le coma quelque part et t'es en train d'halluciner'.
— Andréa ? Tu es là ?
— Heu oui oui pardon… J'étais heu… perdue dans mes pensées. J'ai pu me reposer oui merci. Je… Je suis chez toi actuellement à vrai dire. J'allais partir. Se sentit-elle obligée de préciser.
— Bien, très bien. Je suis désolée pour les nuits horribles que je t'ai faites passer.
Miranda et elle avaient passé la nuit dernière enlacées, et Miranda s'excusait. Miranda ne s'excusait jamais. Regrettait-elle ? 'oh et puis merde'.
— J'avais envie d'être là. Assura simplement Andy.
— Oh bien… Merci, je…
Miranda marqua une pause et Andy ferma les yeux d'appréhension, attendant sa sentence.
— Andréa à vrai dire je préfèrerai avoir cette discussion avec toi en personne. Peut-être que tu pourrais passer ce soir, m'apporter mes affaires et puis on pourrait parler. Fin… Si tu as autre chose de prévu…
— Non non c'est parfait Miranda, je viendrai. S'empressa de répondre Andy de peur que l'autre femme ne change d'avis.
— D'accord c'est arrangé alors. Ah Andréa, avant de partir. Dans mon bureau, deuxième tiroir en partant du bas, il y a une carte pour toi. Je comptais te la faire parvenir hier mais comme tu le sais j'ai eu un petit imprévu.
— Ah heu… Je peux la récupérer du coup ? Préféra-t-elle bêtement s'assurer.
— Evidemment idiote ! S'amusa Miranda. À tout à l'heure alors.
— Oui à tout à l'heure Miranda.
Andy trouva rapidement le bureau et le tiroir en question. Il était vide à l'exception d'une carte arborant le célèbre tableau de Caspar David Friedrich, Homme et femme contemplant la lune. Il s'en dégageait un fort sentiment mélancolie et une sorte de solitude tragique qui bouleversa la jeune femme. Lorsqu'elle lut l'écriture délicate de Miranda au dos, elle se laissa submerger par les émotions et une cascade de larmes silencieuses dévala sur ses joues.
« Le crime de rêver je consens qu'on l'instaure
Si je rêve c'est bien de ce qu'on m'interdit
Je plaiderai coupable. Il me plaît d'avoir tort
Aux yeux de la raison le rêve est un bandit »
Louis Aragon
Même éveillée,
Je rêve que tu sois là
Que l'on me condamne… -M
