La fin de la nuit approchait.
L'aube commençait à croître dans le ciel tandis qu'une étrange assemblée avançait silencieusement le long des murs.
Guidés par leur chef, les hommes cachés dans leurs capes s'introduisirent dans ce qui semblait être une décharge de voitures située près des quais de Londres. Ils serpentaient dans la pénombre, leurs baguettes à l'affût tout en évitant de se faire repérer.
Parmi eux, un jeune homme tentait tant bien que mal de se frayer un chemin entre les épaves les sens en alerte. Le lieu était sûrement gardé même si le moment était propice pour capturer leurs suspects. La pleine lune venait tout juste de tomber et le jour pointait déjà le bout de son nez.
Lyall Lupin était sur les nerfs. Cela faisait à peine deux mois qu'il était sorti de sa formation d'aurore et c'était sa toute première mission importante et risquée.
Son équipe et lui enquêtaient depuis des semaines sur un trafic bien particulier entres quelques mages noirs. Ces derniers avaient, en effet, trouvé un grand intérêt pour le commerce illégal de créatures magiques en tout genre
Mais ce qui lui était apparu au départ comme une banale enquête sur des trafiquants peu scrupuleux s'était avéré bien plus complexe et sombre encore. Chaque piste dérivait vers d'autres encore plus sordides. Cela allait de la simple commercialisation d'objets magiques issue d'animaux, comme des fourrures de Demiguises, du sang de licorne ou encore des cornes d'éruptifs, à l'exploitation de créatures plus sombres dans un but toujours inconnu pour les aurors.
C'est ainsi que Lyall s'était trouvé là, en pleine infiltration en territoire hostile. Une de leurs pistes les avaient menés dans cette décharge d'apparence moldue où certains mages noirs y seraient soi-disant en relation avec des loups-garou. Ces monstres avaient quitté les campagnes de l'Angleterre pour envahir la ville et se rassembler en meutes nombreuses, ce qui était risqué en vue de la facilité du Ministère à les capturer dans ces conditions.
Le comportement étrange de ces créatures inquiétait les aurors. Depuis quelques temps maintenant, des choses bizarres se produisaient un peu partout dans le pays. Des disparitions et des meurtres atroces avaient lieu fréquemment sans que personnes ne sache trop pourquoi.
Le monde des sorciers sombrait peu à peu dans l'angoisse et tout le monde savait que quelque chose de terrible allait venir très bientôt.
Des gouttes de sueurs perlaient sur son front. Même si la lune n'était plus là, rendant leurs adversaires moins redoutables, le jeune auror craignait de leur faire face. Il était de réputation commune que même sous leurs forme humaine, les loups-garou étaient toujours aussi coriaces et sanguinaires que sous leur forme animale. Beaucoup de ses collègues bien plus expérimentés que lui avaient déjà eu affaires à eux durant leurs missions et les anecdotes qu'il pouvait entendre au sujet de ces monstres lui glaçait le sang.
"_ Dépêchez-vous bordel, les pressa leur chef. Trouvez-moi cette foutue porte avant qu'on se fasse repérer !"
Agacé, Lyall se concentra sur sa tache. Il aurait tellement aimé avoir Alastor Maugrey comme chef d'équipe, mais les événements étranges qui avaient secoué le pays l'avaient rendu inaccessible pour des aurors de leur niveau. À la place, ils avaient eu le droit à Patrick Waggner, un très bon auror certes mais aussi une incroyable tête de troll.
Avec l'aide de ses équipiers, le jeune homme finit par trouver d'un coup de baguette bien placé de nombreuses traces de pas menant à la carcasse d'une camionnette en bien piteux état. Un des officiers inspecta de plus près l'épave.
"- On a beaucoup touché au coffre chef c'est surement l'entrée de leur repère, constata ce dernier.
-Sans déconner, grommela Waggner. Aller écarte-toi, les portes sont sûrement piégées !"
Obéissant à ses ordres, le sorcier s'écarta pour laisser son supérieur tester les défenses de l'entrée mais à leur grande surprise, ces dernières n'étaient que verrouillées de l'intérieur.
Waggner ricana:
"-Ces animaux ne sont même pas foutus de sécuriser leur planque."
Puis, il regarda ses hommes d'un air dangeureusement sérieux.
"-Les gars je pense que nous n'avons affaire qu'à un avant poste, mais je ne veux surtout pas qu'on se relâche pour autant ! Ces bêtes ont beau être affaiblies à l'heure qu'il est mais on ne sait pas si elles sont les seules en dessous. Des mages noirs bien plus expérimentés sont sans aucun doute avec eux alors restez sur vos gardes."
Après cet avertissement peu rassurant, il déverrouilla le coffre d'un simple alohomora. S'attendant à l'intérieur d'un coffre classique, ils furent tous surpris de constater qu'à la place se trouvait un escalier creusé dans la terre et les détritus de la décharge qui s'enfonçaient sous le sol.
L'entrée étant unique et très étroite, le groupe était obligé de passer un par un, leur chef en tête de cortège empêchant toute retrait en cas d'embuscade. Il ne fallait vraiment pas qu'ils tombent dans un piège.
Ils arrivèrent dans un long couloir qui n'était pas grossièrement taillé dans la terre et les décombres comme ils auraient pu l'imaginer, mais était au contraire composé de murs solides et crasseux consolidant ce boyau étroit les menant vers Merlin ne savait où.
Le tunnel était illuminé par une simple rangée d'ampoules électriques ce qui leur permit d'éviter d'utiliser leurs baguettes pour s'éclairer.
Avançant aussi silencieusement que des ombres, les sorciers traversèrent le couloir pour arriver dans un bâtiment souterrain composé de nombreuses pièces.
Ça y était, les choses sérieuses allaient enfin pouvoir commencer. Le chef donna l'ordre au groupe de se séparer pour investir chaque pièce, sécuriser les lieux et débusquer l'ennemie.
Lyall tremblait non de peur mais d'excitation. L'adrénaline lui avait aiguisé ses sens et il se tenait prêt à la moindre attaque, quand soudain, les premiers sorts fusèrent.
Ils étaient repérés, ces maudits loups-garou les avaient sûrement flairés. Mais ce n'était pas à eux que les aurors avaient affaire mais à de simples sorciers. Quelle que soit l'organisation de mages noirs qui avait collaboré avec ces créatures, elle ne leur avait pas donné leurs meilleurs recrues. Les individus contre lesquels Waggner et ses hommes se battaient n'étaient que de vulgaires sorciers criminels de bas étage. Certains devaient même être des cracmols vu leur façon de se battre sans baguette.
Le combat fut vite réglé. La supériorité des aurores, bien mieux entrainés au duel, l'emporta si aisément sur leurs adversaires que c'en était presque décevant. Une fois les affrontements terminés, une partie des agents du Ministère procédèrent à l'arrestation des survivants pendant que les autres repartirent en expédition pour inspecter les locaux à la recherche des loups-garou toujours introuvables.
Lyall faisait partie de ce groupe et ce qu'il vit le dépassa complètement.
Les officiers venaient de pénétrer dans une partie du bâtiment souterrain qui n'avait vraiment rien à voir avec les précédents locaux. Ils avancèrent dans une pièce remplie de caisses et de cages qui semblaient vide mais qui dégageaient cependant une odeur atroce. Elles étaient de toutes tailles et elle étaient disposées le long des murs de façon désordonnée. La plupart étaient en très mauvais état. Certaines étaient éventrées, d'autres rouillées, et le reste n'était qu'un amas de taules et de bois pourris.
La pièce débouchait dans d'autres endroits similaires où des personnes avaient entreposé toutes sortes d'objets, mais la plupart étaient toujours plus de cages en ruines. Le jeune homme s'était demandé au départ la cause de la présence de toutes ces cages pas assez grandes pour contenir un loup-garou, mais c'est en débouchant dans la pièce suivante que tout devint clair.
Ce fût d'abord l'odeur qu'il sentit en premier. Une odeur qui malheureusement le laissait deviner le spectacle avant même de le voir. La pièce où les aurors étaient entrés était un grand entrepôt où des cages et des cellules, similaires aux précédentes que la troupe avait croisées avant, étaient entassées les unes sur les autres. Mais contrairement aux anciennes que les sorciers avaient vues, celles-ci n'étaient pas vides. Des centaines de chiens et de créatures magiques y étaient enfermés. Certains étaient entassés dans une seule petite prison, pendant que d'autres étaient à peine visibles dans leurs caisses étroites.
"- Ils sont tous morts."
Lupin sursauta en entendant la voix de l'un de ses collègues. C'était la première fois que quelqu'un parlait dans le groupe. Tout le monde était trop choqué par cette scène macabre.
"- Il y a des traces assez récentes sur le sol, continua l'auror tout en examinant les lieux grâce à sa baguette. L'ennemi a sûrement déplacé le reste des animaux peu de temps avant qu'on débarque dans cette pièce, ce qui veut dire que le reste de la base sait sans aucun doute que nous sommes la."
Redoublant de prudence, le groupe d'aurors reprit sa route tout en suivant la piste laissée par les mages noirs. Ils devaient vite traverser ce charnier car l'odeur était devenue insupportable.
Lyall vit dans le coin d'une cage les restes d'un jeune chien qui avait dû être laissé la depuis un moment. Les rares bêtes à être restées encore assez reconnaissables pour les identifier étaient elles aussi en très mauvais état. De leur vivant elles devaient sûrement être très mal nourries et battues, laissées sans soins dans leurs excréments et entassées comme de vulgaires marchandises dans cette pièce sordide. Cela brisa le cœur du jeune auror qui se promit d'être sans pitié avec les responsables de ce massacre.
"- C'est bien ce que je craignais."
Le jeune homme sortit de ses pensés moroses en entendant la voix d'un de ses camarades qui venait juste de l'aborder.
Il regarda autour de lui et se rendit vite compte qu'ils avaient quitté la pièce où les cadavres d'animaux étaient stockés. Devant eux se trouvait une immense pièce en forme de dôme où des gradins fabriqués grossièrement encerclaient une piste en terre battue. Cette dernière était séparée des gradins par de solides barreaux et l'ouverture au sommet du dôme était la seule source de lumière des lieux. On pouvait aisément deviner que le plafond uniquement constitué de taules et de débris en tout genres devait sûrement mener à l'air libre, là où la décharge servait de couverture aux loups-garous.
"- Les créatures magiques ne sont pas là pour le commerce illégal mais pour les combats clandestins, continua le collègue de Lupin. J'ai un oncle moldue qui travail dans la police. Ça lui est déjà arrivé de tomber là-dessus. Ces tarés mènent des paris sur des chiens ou des coqs en les forçant à se battre à mort.
- C'est répugnant, lui rétorqua Lyall en regardant le sol recouvert de sang séché avec dégout. Mais quel est l'intérêt pour les loups-garous de pratiquer une chose pareille ?"
L'auror haussa les épaule d'un air consterné.
"- Ces créatures sont de vraies marginales, avec leur nature sauvage et dangereuse c'est le seul moyen qu'elles ont trouvé pour gagner leur misérable vie."
Il continua avec un sourire sans joie :
"- Ça ne m'étonnerait même pas si eux aussi participaient aux combats. Après tout ce ne sont aussi que des animaux.
- Comment ça ? Lui demanda Lyall avec surprise. Tu crois vraiment qu'ils prendraient le risque d'aller affronter les bêtes dans cette fosse ? continua-t-il en désignant la scène incrédule.
- Évidemment mon vieux, s'esclaffa le sorcier. Ils aiment le goût du sang comme un gobelin aime son or! Imagine un peu des centaines de monstres rassemblés autour d'une mise à mort où le sang et la violence sont omniprésents. Ils n'ont qu'une seule envie dans ces moment-là c'est de sauter dans la fosse et se joindre à la partie !"
Il regarda Lyall avec intensité avant de continuer d'un air fataliste :
"- Ce sont des loups des villes, les forêts et la chasse leur manquent tellement. Tout ce qu'ils peuvent faire ici c'est de se battre entre eux comme les bêtes enragées qu'ils sont. Peut-être même qu'ils ajoutent parfois dans l'arène quelques humains bien gras les nuits de pleine lune pour assouvir leur instinct de prédateur et crois-moi bien là-dessus car je suis sûr qu'ils doivent bien roupiller le ventre plein en ce moment même !"
Lyall ne voulait rien entendre de plus et préféra s'attarder sur l'arène. La terre s'était assombrie à force d'absorber le sang des combattants. Il y avait aussi de longues palissades en bois et en taules d'à peine un mètre séparant l'arène des gradins. Ici et là, on pouvait y distinguer encore et toujours plus de traces de sang. Des éclaboussures, des traînées et des flaques parfois encore fraîches avaient fini par repeindre les protections. Même les barreaux n'avaient pas échappé à cette effusion sanglante et quelques touffes de poils étaient là aussi restées collées ou accrochées aux parois dans ces amas poisseux.
Comment ces créatures pouvaient s'adonner à des pratiques pareille ? Si leur instinct leur permettait de commettre de telles atrocités, pourquoi le Ministère ne faisait rien pour les empêcher de nuire ? Lyall pouvait parfois sembler naïf dans sa façon de penser mais il ne pouvait, en réalité, pas supporter l'injustice. C'était cette sensibilité pour les autres qui l'avait encouragé à s'engager parmi les aurors.
Ruminant ses sombres pensées, le jeune homme s'apprêtait à quitter les lieux pour suivre les autres lorsque qu'il entendit le vieux Patrick Waggner parti en tête des troupes s'écrier :
"- Par ici les gars, on a trouvé leur tanière !"
Lyall partie à la hâte rejoindre le reste des aurors. À force de rester en retrait en regardant les atrocités des loups-garous, lui et quelques autres sorciers avaient pris beaucoup de retard dans leur avancée et le reste du groupes avait déjà mis la main sur ce qu'ils cherchaient.
Courant le plus vite qu'il put, il quitta l'arène et traversa avec ses collègues les quelques pièces et couloirs qui les séparaient du reste des troupes sans même prendre le temps de s'y attarder. Si les autres aurors avaient trouvé les loups, mieux valait les rejoindre au plus vite pour leur prêter main forte.
Pourtant, dès son arrivée sur les lieux de l'affrontement, le combat était déjà fini. À vrai dire, à la vue de ces camarades maîtrisant sans peine les créatures, le jeune homme avait plus l'impression que ces dernières n'avaient opposé aucune résistance. Il fallait bien s'en rendre compte lorsque l'on voyait leur état plus que discutable.
Lyall s'était préparé à enfin voir des loups-garou pour la première fois, mais pourtant ces monstres n'avait rien à voir avec ce qu'il avait appris de ses aînés. Il ne voyait en face de lui que des hommes tout ce qu'il y avait de plus normal, hormis le fait qu'ils étaient recouverts de cicatrices, aussi bien anciennes comme récentes. Ils toisaient les aurors avec dédain pendant que ces derniers les maîtrisaient avec des sorts d'entraves, et cela malgré leur regard fatigué et leurs yeux creusés par d'immenses cernes violacées. Une chose était sûre, ces personnes avaient passé une nuit bien agitée.
Lyall remarqua que Waggner s'était approché du plus imposant du groupe. Un homme aux cheveux longs et raides qui lui tombaient sur ses larges épaules et dont un de ses yeux avait été éborgné par une longue cicatrice s'étendant de son front dégarni à son menton mal rasé.
"- C'est fini, lui lança le vieux Waggner. On a tous tes gars et votre planque, maintenant sois un bon chien et dis-moi où est Greyback."
L'homme encore essoufflé par la pleine lune le regarda fixement et sa bouche mutilée se déforma en un affreux sourire laissant apparaître des dents acérées et jaunies.
"- Tu perds ton temps humain, Grayback n'est pas ici. Il a bien mieux à faire que de jouer avec sa nourriture avec nous."
Waggner regarda le loup-garou s'esclaffer d'un rire moqueur avant de l'empoigner par ses cheveux gras et de l'attirer violemment à lui.
"- Je te conseille de la fermer, espèce de chien galeux, lui dit-il, pendant que l'homme lui lançait un regard à la fois douloureux et meurtrier. T'es pas en position de l'ouvrir vu dans quel merdier tu te trouves."
Puis il sortit de sa robe une fine lame aiguisée et la lui posa sans ménagement sur le front. Contre toute attente, le visage du loup-garou se mit soudainement se tordre de douleur au contact de cette dernière. Il tenta pourtant de garder une expression neutre malgré les tremblements évidents que produisait ses poings serrés. Waggner, lui, reprit calmement son interrogatoire d'un air détaché :
"- Ce qu'il y a de bien avec vous c'est qu'aucune loi humaine ne s'applique sur les hybrides, encore moins pour votre cas."
Il continua tout en s'amusant à appuyer le plat de la lame sur la peau de sa victime qui ne put s'empêcher de laisser échapper un gémissement de douleur :
"- C'est tout de même une chance que notre cher directeur du département de la justice magique ; Mr Croupton nous ait autorisé d'utiliser l'argent pour les monstres de votre espèce. Je dois dire qu'il est plus efficace de vous faire couiner de cette façon. Vous ne méritez même pas qu'on utilise la magie sur vous, ce serait honteux de notre part.
- Vous êtes juste trop lâche pour vous mesurer à nos crocs sac-à-viande, réussit à sortir entre ses dents le loup, malgré son front qui commençait à fumer d'une façon inquiétante. On finira par mordre suffisamment d'humains sur cette maudite île pour que la donne change et que ce soit toi qui sois à ma place à supplier d'avoir la vie sauve.
- Ce jour n'arrivera jamais hybride. Vous êtes trop dégénérés pour nous tenir tête. Rien qu'une bande de vermines qui ne demande qu'à être exterminées."
Waggner finit par lâcher le loup-garou non sans laisser une belle brûlure sur son crâne rougit par la haine et la douleur.
"- Embarquez-moi tout ça les gars, je ne veux plus les voir, lança-t-il à ses hommes. Quant à vous."
Il désigna le groupe de retardataires dont faisait partie Lyall.
"- Vue que vous nous avez laissés faire tout le boulot, vous restez ici. Je veux que vous me passiez au peigne fin toute cette base pour vérifier si nous n'avons pas oublié le moindre suspect dans ce foutu trou à rat. Et vous aurez le droit, en prime, de me faire un rapport détaillé de toute l'opération. Je le veux le plus complet possible est-ce clair ? Du nombre exact de toutes ces cages, jusqu'à la minuscule vertèbre de chien, me suis-je bien fait comprendre ?
"- Oui chef, répondirent les retardataires d'un ton morne."
Il ne manquait plus que ça. Lyall ne voulait pas rester une minute de plus dans cet endroit. Contrairement à la majorité de ces collègues, qui regardaient avec une hilarité non dissimulée, les échanges musclés entre leur supérieur et l'homme immonde qui lui faisait face, le jeune auror ne ressentait que du dégout pour ce qu'il venait de se passer. Lui ne voulait qu'une chose, que ces criminels finissent leurs jours à Azkaban et qu'on en parle plus.
Pendant que le groupe de Waggner ayant intercepté les loups-garou quittait les lieux avec leurs suspects, les malheureusement retardataires dont faisait partie Lyall durent rester en retrait pour exécuter les ordres de leurs chef.
Le soleil était levé depuis un moment déjà lorsque le jeune auror se dirigea vers la dernière pièce qu'il n'avait pas encore examinée. Tous s'étaient séparés pour mieux explorer un à un ce repaire qui ne semblait pas avoir de fin. Lyall, lui, avait comme mission de s'occuper du niveau le plus bas du bâtiment souterrain. Une mission dont il se serait bien passé étant donné le peu d'intérêt que renfermait ces lieux. Ce n'était rien de plus qu'un amas de pièces plus ou moins remplies d'objets cassés ou sans importance que l'ennemi devait sûrement entreposer çà et là faute de place.
Le jeune homme entra dans ce qui ressemblait à une longue cave où s'étendaient encore et toujours plus de cages lorsque quelque chose attira son attention. Ses instincts d'auror lui indiquèrent, en effet, qu'il n'était pas seul dans cette pièce, ce que confirmèrent des bruits de pas et de frottements. Prudemment, Lyall se cacha derrière une vieille caisse mesurant deux fois sa taille et observa l'auteur des bruits suspects, baguette à la main et prêt à en découdre avec ce mystérieux adversaire.
L'adversaire en question n'était autre qu'un homme d'assez petite taille qui portait avec lui toutes sortes d'objets et qui traînait tant bien que mal une cage à peine aussi grande qu'une valise de voyage. À première vue, il restait encore un homme de main des loups-garou dans ces lieux et il n'était pas question de le laisser s'enfuir avec toutes ces pièces à conviction qui avaient l'air très précieuses pour eux.
Il ne fallait pas faire le moindre bruit. Lyall ne voulait pas se risquer à affronter cette personne au risque d'abîmer sa marchandise. Discrètement, le sorcier profita de l'obscurité de la cave pour se glisser entre les ombres. Il était à deux doigts d'atteindre sa cible mais il fallut que cette dernière pose les yeux sur lui au dernier moment pour que tout son plan tombe à l'eau.
Il y eut pendant un court instant qui lui sembla une éternité, un flottement où les deux ennemis se regardèrent droit dans les yeux. Lyall s'attendait au pire. Il n'avait encore jamais eu l'occasion d'affronter en duel seul à seul un vrai mage noir sur le terrain. Si ça se trouvait, son ennemi n'était pas seul ici et le jeune auror était sans aucun doute tombé dans un piège.
Il pensa avec regret à sa femme en s'attendant au pire lorsque l'homme fit une chose à laquelle il ne s'attendait pas du tout. Lâchant tout ce qu'il portait, le suspect ne demanda pas son reste et prit la fuite.
Cela prit au dépourvu Lyall, mais reprenant vite ses esprits, il se mit à sa poursuite tout en jurant de s'être fait emporter par ses émotions. Mais bizarrement, l'homme ne courait pas en direction de la sortie. Il courut à toutes jambes vers un tas d'ordure où il était pourtant impossible d'y trouver une issue de secours.
C'est alors que Lyall comprit. Ces pièces remplient de touts ces objets soi-disant inutiles aurait dû dès le départ lui avoir mis la puce à l'oreille. Il fallait absolument arrêter cet homme avant qu'il ne touche à ces détritus.
Se rappelant soudainement de sa baguette qu'il avait oubliée dans le feu de l'action, Lyall lui lança un sortilège de stupéfixion dans le dos. Frappé de plein fouet, l'homme se raidit en poussant un cri étouffé, puis son corps s'écroula au sol.
Malheureusement pour Lyall, le suspect avait pris tellement d'élan dans sa fuite, que son corps s'effondra sur une vieille boite de conserve ouverte qui semblait négligemment posé par terre. Il ne fallut qu'un instant pour que le portoloin agisse. En un clin d'œil le corps disparut dans un flash laissant l'auror impuissant observer le sol où se trouvait auparavant son suspect.
"- NON ! hurla-t-il à bout de nerf."
Ne pouvant contenir sa rage, Lyall envoya promener un des objets encore non actif d'un violent coup de pied ce qui envoya le pauvre détritus dans le décor.
Cependant, parmi le bruit assourdissant de sa chute produisant un long écho dans toute la cave au plafond bien bas, Lyall réussi à entendre quelque chose qui n'avait rien à voir avec tout ce boucan dû à sa colère non retenue. C'était un petit bruit ténu comme un souffle discret, caché là dans les ténèbres. L'auror se concentra sur ce son étrange et en perdit instantanément sa rage.
Ça ne pouvait pas être son imagination, il y avait toujours quelqu'un ou quelque chose dans la pièce avec lui et tout le capharnaüm qu'il avait commis dans sa frustration d'avoir perdu sa cible l'avait fait se manifester.
Lyall reprit son calme. Il ne voulait pas, une fois de plus, se laisser emporter par ses émotions. C'était sa première vraie mission et il ne devait pas commettre bêtement ce genre d'erreur au risque de couper court à sa carrière d'une façon idiote mais fatale.
Baguette à la main, paré à la moindre attaque, l'auror retourna au centre de la pièce où se trouvaient toujours les objets abandonnés par son suspect maintenant en fuite.
Là encore, le bruit reprit de nouveau.
C'était un frémissement, un souffle à peine audible quelque part dans les ténèbres de la pièce mais Lyall avait repéré d'où cela provenait. S'approchant plus précipitamment du centre tout en levant sa baguette, il s'avança vers ce bruit qui ne lui disait rien qui vaille.
Il arriva prudemment à la source du son et ouvrit l'œil. Il n'y avait pourtant personne, hormis bien sûr les quelques babioles laissées par le sorcier froussard. Quelques fioles vides ou brisées, de vieilles cordes et des cadenas rouillés ainsi qu'une cage renversée sur le côté.
La cage.
Cette dernière n'était pas vide. Le jeune homme ressentait comme une aura s'en dégageant. Elle n'était pas plus grande que ces boites de voyage pour chats dont les moldus raffolaient. Cependant celle-ci semblait beaucoup plus massive avec son bois sombre et elle possédait des barreaux en métal ainsi qu'un cadenas fermement verrouillé sur sa trappe.
Il dégageait de cette si petite geôle, une odeur de mort bien trop familière maintenant qu'il y pensait. Cela semblait inconcevable que les bruits viennent de son contenu. Ce qu'il y avait à l'intérieur avait probablement subi le même sort que les autres pauvres victimes que le sorcier avait vue précédemment.
Mais Lyall voulait en être sûr. Prudemment il s'approcha de la petite prison. Mais il faisait bien trop sombre à l'intérieur et la faible luminosité de la pièce ne jouait vraiment pas en sa faveur. Il ne pouvait distinguer qu'une frêle silhouette qui semblait recroqueviller sur elle-même. Lyall tenta alors de repérer la tête de cette chose.
Ce fut à cet instant que ses yeux, désormais habitués à la pénombre, croisa les siens.
Cette vision lui glaça le sang. Là, perdu au milieu des ténèbres se trouvaient deux yeux luisant d'une pâleur fantomatique. Deux orbes phosphorescents, dansant frénétiquement mais restant comme suspendus dans l'obscurité dont elles étaient prisonnières.
Incapable de quitter des yeux ce regard inhumain, Lyall ne pouvait que contempler toutes les émotions qui en déferlaient. Une grande férocité, de la haine, de la colère, de la fatigue, de la tristesse.
De la peur ?
Pourquoi autant de peur ? Pourquoi cette créature avait-elle l'air d'avoir peur de lui ?
Ce bouleversement le libéra de sa torpeur et inconsciemment, il avança sa baguette de la cage. Les orbes s'écarquillèrent à la vue de cet artéfact étincelant et un long grondement siffla dans la pénombre de la cage.
C'en était trop pour Lyall. Il tendit sa baguette et souffla presque imperceptiblement :
"- Lumos!"
