Bonjour ... j'avais dit que je reviendrais la semaine suivant le post de l'intro mais j'ai flippé des retours. Je crains que cette histoire ne plaise pas en fait. Je vous le dis tout de suite, c'est un Fenrir/OC. Je n'ai jamais vu Fenrir Greyback comme la bête qu'on aperçoit dans les films donc je vous demanderai d'enlever cette image de votre esprit et de tenter de voir le personnage que j'ai redessiné. J'en ai pas fait un bisounours et j'ai approfondi l'aspect loup-garou. Enfin, je vous laisse avec ça. Vous me direz si ça vous accroche ou pas !


Des voix la gênaient. Elles parlaient sans qu'elle n'en distingue la signification et elle s'en fichait bien. Elle se sentait seulement épuisée et désirait plus que tout retomber dans les limbes. Mais les bruits alentours la dérangèrent. Elle ouvrit les yeux et prit conscience qu'elle se trouvait sur un carrelage glacé qui la fit frissonner. La chair de poule la hérissa et, mal à l'aise, elle glissa son corps sur le dos. Le plafond était loin et de hautes et larges fenêtres venaient agrandir la pièce. De lourdes tentures vertes tapissaient les murs et s'écoulaient sur le sol brillant de propreté. Promenant son regard sur la largeur de la pièce, la jeune femme vit qu'elle était tout bonnement immense. Fronçant les sourcils, elle comprit enfin qu'elle ne connaissait pas cet endroit et que le fait qu'elle se trouve sur le sol représentait un problème en soi. Encore hébétée, la jeune femme reprit ses esprits doucement. Peut-être s'était-elle encore évanouie mais ça n'expliquait pas la pièce inconnue. Soudain, elle entendit une voix à sa gauche, aiguë et sifflante :

-Elle semble en bien mauvais état.

-Elle s'est enfuie dans la forêt, Mon Seigneur, expliqua calmement une autre voix.

Soudain, à l'entente de la forêt, la jeune femme se souvint. Elle avait senti qu'on lui voulait du mal et elle avait couru à l'abri de la forêt de sapins. Cependant, un énorme loup la traquait et l'avait finalement débusquée alors qu'elle s'écroulait sous l'épuisement. Des hommes en noirs l'avaient retrouvée.

Paniquée, la jeune femme ne put que rouler sur son côté pour voir qui avait parlé et peut-être comprendre. Son regard tomba sur un homme semblait-il au corps long et fin, la peau translucide et le visage défiguré. Les yeux écarquillées et la respiration affolée, elle essaya de se mettre sur les mains et se redressa lentement. Elle scruta l'homme et vit que son visage n'avait rien d'humain. Son nez inexistant, sa bouche sans lèvres et ses yeux rouge sang la terrorisèrent. Elle sentit les larmes s'acheminer dans ses yeux pour déborder et couler librement sur ses joues. Se détournant de cet être, elle fit le tour de la pièce et constata qu'elle était au sol, entourée par une cinquantaine de silhouettes drapées de capes noires, le visage masqué pour certain. La peur au ventre, la jeune femme ne comprenait absolument pas ce qu'elle faisait là, dans cette pièce luxueuse cernée par de sombres silhouettes menaçantes. La jeune femme poussa sur ses bras et s'assit sur le sol. Mais alors qu'elle allait se relever, ses jambes la lancèrent. Elle baissa les yeux et à travers sa vue floue, elle vit ses pieds et ses mollets ruisselant de sang. Sa peau était parcourue d'entailles et des épines épaisses se faisaient voir par endroit, fichées dans sa peau tandis que ses muscles la tiraient. Des courbatures apparaissaient douloureusement. Elle glapit à la vue de ses jambes et n'osa même pas les toucher. La jeune femme releva la tête vers l'homme inhumain, attendant qu'une quelconque explication lui soit fournie. Elle ne dit rien cependant, terrorisée à l'idée qu'on la réprimande pour sa parole.

L'homme au visage translucide amorça un pas vers la jeune femme et s'approcha lentement d'elle. Incapable de bouger du sol, elle ne put que le voir avancer dans sa direction, le souffle haché et la peur lui comprimant la gorge. En voyant son visage de plus près, elle constata qu'il souriait, mais pas d'un sourire accueillant. Cet homme semblait mauvais. Il était mauvais. La jeune femme sentit alors, par delà la peur qui affolait son cœur, une curiosité et un sentiment de puissance lui étreindre la poitrine à l'en faire mal. Arrivant alors à moins de dix mètres d'elle, la douleur de ses émotions lui noua la gorge et elle gémit bruyamment son incompréhension. La jeune femme était terrorisée et ne raisonnait même plus. Sa poitrine était broyée par ce qu'elle éprouvait et plus l'homme avançait, plus elle souffrait. Lorsqu'enfin il s'accroupit à sa hauteur, elle sanglota violemment en le sentant. La poitrine compressée et les yeux révulsés, elle entreprit de reculer le plus vite possible de cet homme inhumain. Elle en avait la confirmation maintenant.

-Reculez, allez-vous-en. Ne me touchez pas, grogna-t-elle de sa voix enrouée et affolée.

La jeune femme cherchait à s'éloigner autant qu'elle le pouvait. Il ressentait mais son être lui criait qu'il ne ressentait pas d'une façon naturelle. Il était profondément malsain. Elle recula encore, rampant sur le sol sans solliciter ses jambes meurtries. Elle voulait seulement qu'il parte loin d'elle. Après quelques mètres, elle sentait qu'elle reprenait le contrôle. Elle était assez loin pour pouvoir relever les yeux vers lui et le voir sourire d'un air ravi. A travers sa propre peur, elle savait qu'il était satisfait. Non, il jubilait littéralement. La jeune femme ne put s'empêcher de lâcher d'une voix tremblante et choquée :

-Vous n'êtes pas humain.

L'homme rit doucement et lui demanda d'un ton doucereux :

-Que ressens-tu, petite ?

La jeune femme ne répondit pas tout de suite, encore traumatisée par ce qu'elle avait perçu de lui. Elle fronça les sourcils en voyant qu'il attendait vraiment une réponse de sa part. Elle ne comprit pas ce qu'il voulait.

-Réponds, ordonna-t-il, plus durement.

Apeurée par une éventuelle colère, elle lâcha misérablement :

-J'ai peur.

L'homme la regarda étrangement, perplexe. Il sortit alors de sa poche un long et fin bâton de bois et le pointa vers elle. Sans comprendre ce qu'il faisait, la jeune femme se demanda si elle n'était pas tombée dans une sorte de secte un peu extrémiste. Pourquoi l'avait-on traquée comme ça ?

-Ne bouge pas, tu ne sentiras rien. Légilimens.

La jeune femme sentit sa tête basculer en arrière tandis qu'elle sentait son esprit partir. Elle avait des fourmis dans les membres et son instinct lui criait qu'elle était en danger. Sauf qu'elle ne voyait pas de danger immédiat. Soudain, son esprit se relâcha. Le corps tremblant, elle replia les jambes sur le côté près d'elle et maintint son corps stable grâce à ses bras. Elle se sentait nauséeuse et affaiblie, comme lorsqu'elle n'avait pas mangé. La jeune femme releva la tête vers l'homme et avant même de le voir, elle sentait qu'il était perdu, voire légèrement en colère. Sa joie avait vite disparu. Il fronça les sourcils et baissa son bâton de bois.

-Tu ne sais même pas ce que tu es, fit-il d'une voix sombre.

Elle le regarda d'un air méfiant et recula encore lorsqu'elle sentit sa colère monter. L'homme inhumain s'approcha rapidement d'elle et tourna autour, comme un animal. La jeune femme, le sentant trop proche, agrippa sa poitrine de ses mains et souffla d'une voix brisée :

-Éloignez-vous, je vous en supplie. Partez !

-Pourquoi ? la pressa-t-il, avide.

-Vous n'êtes pas humain, ça fait mal ! paniqua-t-elle, cherchant sa respiration.

Incapable de supporter sa présence plus longtemps, la jeune femme se redressa tant bien que mal et s'éloigna elle-même de l'homme dans son dos. Elle mit une quinzaine de mètres entre eux avant de sentir ses jambes céder. Elle s'écroula au sol, soulagée par la distance, et sentit sa vision s'éclaircir. La douleur la faisait tourner de l'œil. Elle posa son front moite sur le sol glacé et respira doucement pour retrouver son calme. Même si la situation lui sembla désespérée, tant qu'elle était loin de l'homme, elle en serait bien contente.

-Tu ne sais pas ce que tu es mais tu as conscience de ne pas être comme les autres, murmura-t-il, sans s'offusquer de la distance qu'elle avait mis.

La jeune femme se redressa encore et s'assit sur les fesses face à l'homme et baissa le regard, penaude et fatiguée.

-Donne-moi ton nom, ordonna-t-il fermement.

-Aghna O'Donnell, répondit-elle doucement.

Si on l'avait kidnappée, c'est qu'ils devaient déjà la connaître.

-Maître, nous n'avons pas besoin d'elle. Elle ne sait rien de notre monde et elle semble faible, marmonna une femme à la chevelure folle en s'approchant prudemment de l'homme inhumain.

-Détrompe-toi, Bella. Elle nous sera utile. Il faut simplement prendre notre temps. Elle est certes ignorante mais lorsqu'elle sera formée, elle sera un élément non-négligeable, expliqua-t-il calmement à la femme.

Aghna se recroquevilla sous le regard inquisiteur de cette femme, Bella. La jeune femme la fixa un instant et perçut ses émotions. Cette femme aux cheveux noirs était un vrai mélange de rage et de dévotion. Elle fronça les sourcils. Ses émotions défilaient trop rapidement et sans réelle logique pour que ça soit normal.

-Commençons les explications, petite, débuta d'un ton théâtrale l'homme au visage de reptile. Tu sais depuis longtemps que tu n'es pas comme les autres, n'est-ce pas ?

Aghna reporta son attention sur lui, perplexe. Elle ne savait s'il se payait sa tête ou s'il était sérieux. Cependant, elle acquiesça.

-D'après toi, quelle est ta particularité ?

Elle se figea. Est-ce que ces gens savaient ce qu'elle avait ? Est-ce qu'ils étaient comme elle ? Aghna les scruta tous un par un, soudain éveillée à la possibilité de ne plus être seule à ressentir ce qu'elle ressentait. Elle déglutit doucement et, le cœur battant de se voir ridiculisée, elle marmonna :

-Je … je ressens certaines choses. Je sais ce que les gens autour de moi … ressentent. Que ce soit physique ou … émotionnel.

L'homme sourit de toutes ses dents, satisfait. Apparemment, il s'attendait à cette réponse.

-Et sais-tu ce que c'est ?

Aghna hocha la tête en signe de négation. Elle pouvait certes ressentir des émotions et des sentiments qui n'étaient pas à elle mais dès qu'elle parlait de ça à quelqu'un, on la regardait bizarrement en lui disant qu'elle était simplement trop émotive. Elle-même y avait cru au début mais après plusieurs années à ressentir ce qu'elle ne devrait pas ressentir, elle s'était finalement avouée qu'elle était différente. Même ses parents l'avaient ignorée, pensant qu'elle avait une autre lubie inexplicable.

-Vois-tu, nous tous ici sommes différents. Nous sommes différents des gens que tu as côtoyé toute ta vie durant, reprit-il.

-Vous aussi vous ressentez les gens ? ne put-elle s'empêcher de demander, pleine d'espoir.

L'homme rit à nouveau.

-Non. Tu es la seule ici à avoir cette capacité. Nous sommes des sorciers, nous manipulons la magie depuis notre naissance et vivons avec.

Déçue d'être encore seule à pouvoir ressentir les gens, Aghna baissa la tête. En parallèle, son explication sur les sorciers lui sembla … invraisemblable. Il devait se moquer d'elle, tout comme le peu d'ami qu'elle avait pu avoir dans sa vie. Dès qu'elle évoquait ce qu'elle ressentait, elle était dénigrée.

-Tu ne me crois pas, constata l'homme.

Aghna ne bougea pas, inquiète si elle répondait par la négative. Alors, l'homme devant elle leva la main qui tenait toujours son bâton de bois et d'un complexe mouvement, fit jaillir de son extrémité une gerbe de feu qui atteignit le plafond, illuminant la pièce de son éclat rougeoyant. Ahurie, la jeune femme écarquilla les yeux devant l'élément brûlant. Soudain, le feu faiblit et se métamorphosa sous ses yeux en eau, provoquant la naissance de vapeur sous la chaleur. La vague d'eau, en suspens dans l'air, se déversa sur le sol et courut vers elle. Hébétée, elle ne put que regarder l'eau s'abattre sur elle en une vague impressionnante pour disparaître aussitôt. Le souffle court, la jeune femme observa ses vêtements et vit qu'elle n'était même pas mouillée. La vague avait disparu avant de l'atteindre.

-C'est de la magie. Tu es toi-même magique à un degré moindre cependant, continua l'homme.

Soufflée, Aghna dut s'avouer que l'homme n'avait pas menti. Elle venait de le voir créer du feu puis de l'eau avec du bois … La jeune femme se frotta le visage de ses mains, tant de questions tournoyaient dans sa tête.

-Je suis une sorcière aussi alors ? demanda-t-elle, d'une petite voix.

-Ton cas est particulier, petite. Tes parents n'ont jamais fait de magie devant toi ? Des événements étranges n'arrivaient pas chez toi ?

Aghna réfléchit à sa vie, à ses parents mais ne vit rien qui semblait étrange. Elle fit non de la tête et scruta l'homme réfléchir.

-Doit-on te considérer comme une sang-de-bourbe ou une moldue ? Hum, non tu es magique malgré tout, se demanda l'homme en déambulant distraitement.

La jeune femme haussa un sourcil. Elle commençait à se demander si ces gens n'étaient pas tous fous. D'un œil, elle scruta l'assemblée de silhouettes anonymes et les écouta. Elle sentait que chacun avait ses peurs, ses colères, ses joies. La plupart était très méfiant, tandis que certains autres jubilaient. Personne n'était comme Bella qui ne cessait de dévisager l'homme à la peau translucide avec un air adorateur.

Un petit groupe d'hommes ouvrit soudainement la grande porte d'entrée en bois épais. Ils étaient cinq et chacun portait des vêtements déchirés à divers endroits, comme s'ils s'étaient trouvés dans un trou empli de ronces. Chose surprenante, ils gardaient tous les pieds nus. Encore plus perplexe, Aghna sentit sa peur grimper de nouveau alors qu'elle s'était tassée. Qui étaient-ils ? Elle voulait bien qu'ils soient sorciers, qu'elle soit aussi une sorcière mais la traquer, la ligoter et l'effrayer sur le sol d'une pièce luxueuse, c'était trop.

-Aghna ? fit une voix grave emplie de surprise.

A l'entente de cette voix, la jeune femme ainsi que toutes les silhouettes se tournèrent vers sa provenance. Un des hommes du groupe qui venait d'entrer la regardait d'un air proprement choqué. Aghna le reconnut aussitôt :

-Fenrir ? s'exclama-t-elle, les yeux écarquillés.

-Oh, comme c'est amusant. Une connaissance ? s'enquit d'une voix mielleuse l'homme reptilien en s'approchant de Fenrir.

Aghna le scrutait avidement. La peur qu'elle ressentait laissa la place à la peine et à l'incompréhension. Elle baissa la tête sans le lâcher du regard, cachant son visage de ses longs cheveux et ramena ses jambes près d'elle, comme pour se protéger de cet homme imposant. Elle le vit d'ailleurs regarder l'homme à la peau translucide et il baissa promptement la tête devant lui en signe de respect. Ou de soumission ? En tout cas, ce geste ahurit la jeune femme. Jamais elle n'avait vu Fenrir baisser la tête devant qui que ce soit. Elle se sentait perdue et la tristesse s'emparait d'elle tandis qu'elle revoyait cet homme brun.

-Oui, Maître. C'est elle que j'ai traqué dans la forêt ?

-Tout à fait. Sans toi d'ailleurs, je pense qu'elle se serait enfuie. Tu seras récompensé pour l'avoir arrêtée, conclut-il.

-Merci, Maître, répondit Fenrir d'une voix atone, encore sous le choc.

Aghna commençait à paniquer, l'angoisse se battant avec une incompréhension grandissante.

-Dis-moi alors, Fenrir. Qui est-elle et d'où la connais-tu ? ordonna-t-il d'un ton sans réplique.

Fenrir releva la tête vers la jeune femme prostrée et ensanglantée sur le sol. Il ne semblait pas encore réaliser qu'elle était là. L'homme reprit un air plus digne et souffla :

-Elle s'appelle Aghna O'Donnell. Elle a … trente-et-un ans. C'est une moldue née de parents irlandais. Je l'ai connue il y a six ans dans une forêt. Nous avons été fiancés, finit-il d'une voix blanche.

Pour la première fois, des exclamations surgirent de l'assemblée de silhouettes noires. Certains semblaient outrées, d'autres dégoûtées, tandis que certaines voix masculines sifflaient. Aghna, humiliée par le résumé, les huées de l'assemblée et les émotions pêle-mêle qu'elle ressentait, pleura sa peine. Elle posa ses mains sur son visage ruisselant de larmes amères et fixa Fenrir tristement. Une première question vint dans son esprit. Aussi humiliée soit-elle, elle ne put s'empêcher de lui lancer d'une voix brisée :

-Pourquoi es-tu parti ?

L'assemblée se tut, curieuse. Fenrir la scrutait avec la même avidité depuis qu'il était entré. Aghna remarqua alors qu'il avait du sang sur la joue. Derrière lui, les quatre autres personnes semblaient particulièrement attentives à la scène. L'homme brun lui, se redressa de toute sa hauteur et souffla, fatigué d'avance.

-J'ai fait un choix il y a cinq ans. C'est tout.

-Ça n'explique rien, se lamenta-t-elle.

-Tu ne fais pas parti du monde magique, ce choix ne te concernait pas, grogna-t-il.

-Elle n'est pas vraiment moldue, Fenrir, susurra l'homme.

Incrédule, l'homme torse nu se tourna vers lui et l'interrogea :

-Maître ?

Aghna sentait par delà les quinze mètres qui les séparaient qu'il jubilait intérieurement. Il semblait adorer la situation et cela l'inquiéta. Frottant ses larmes, elle remonta ses jambes contre sa poitrine et posa son menton dessus, les bras entourant délicatement ses mollets meurtris. Elle était épuisée et ne comprenait rien.

-Elle n'a certes jamais été éduquée dans une école de magie et donc ne connaît pas notre monde car elle n'est pas à proprement parler une sorcière. Cependant, après maintes recherches, j'ai finalement réussi à trouver ce que je cherchais. Cette femme est une Empathe. Elle est capable de ressentir les émotions et les sentiments des gens qui l'entourent.

-Empathe ? murmura Aghna, hébétée.

A la réflexion, ce terme existait bel et bien mais elle ne savait pas vraiment ce qu'il signifiait pour eux. Rapidement, elle avait compris qu'elle avait une certaine sensibilité aux gens autour d'elle mais jamais elle n'avait pensé que sa capacité serait magique. Ou même qu'elle portait un nom.

-Exact, petite. Une Empathe. Cependant, tu ne possède presque pas de magie en toi. Tes capacités magiques sont bien trop faibles pour être canalisées par une baguette. Tu n'as que ton Empathie mais ça m'est amplement suffisant.

-Pour quoi faire ? demanda-t-elle.

-Ne t'inquiète pas, j'ai de grands projets pour toi. Chez les sorciers, il existe une technique pour entrer dans l'esprit de quelqu'un, pour fouiller les moindres recoins de sa mémoire. C'est la Légilimencie. Cependant, elle possède deux défauts. Le premier est qu'un sorcier expérimenté et relativement puissant peut s'il le souhaite modifier sa mémoire. Il se souvient toujours de sa vie mais aux yeux des autres, il a vécu autre chose. La deuxième faiblesse de la Légilimencie est que, si un sorcier peut percevoir les souvenirs d'un autre, il ne peut en revanche connaître ni ses émotions ni ses sentiments. Par ailleurs, je pense qu'une fois affaibli par son ressenti, un sorcier peut être plus facile à fouiller, expliqua-t-il d'une traite.

Aghna mit un certain temps à assimiler tout ça. Elle ne comprit presque rien.

-Tes capacités couplées à un bon Légilimens doivent nécessairement vous rendre très puissants. Personne, même le plus grand sorcier ne pourrait résister à ça.

-Mais à quoi ça servirait ? s'enquit Aghna d'une voix faiblarde.

-Sache, petite, que dans le monde sorcier, c'est la guerre. Nous nous battons pour la suprématie des sorciers sur les êtres dénués de capacités magiques. Évidemment, certains voient mon entreprise d'un mauvais œil et tentent de m'arrêter, narra-t-il en marchant devant les silhouettes noires, l'air pensif.

Aghna le regardait d'un air choqué. Si ce qu'il racontait était vrai, cela signifiait que les gens parmi lesquels elle vivait étaient tous en danger. Mais en plus d'être totalement ignorants du danger qui les menaçait, ils n'avaient que peu de chance de résister. Elle ne pouvait empêcher son esprit de rejouer la scène impressionnante à laquelle elle avait assister lorsque cet homme avait maîtrisé les éléments. Comment pouvait-on contrer un tel phénomène quand on n'en comprenait pas le principe ? Le rythme cardiaque de la jeune femme s'accéléra encore alors qu'elle comprenait peu à peu dans quoi on l'avait embarquée. Elle qui ne rêvait que d'une vie paisible et sans remous, elle était quasiment forcée d'aider un homme qui se disait sorcier à combattre d'autres êtres humains qui n'avaient rien demandé. Ils étaient tous dingues pour suivre un mégalomane pareil.

-Nous reprendrons notre conversation plus tard, petite. Il te faudra du temps pour assimiler tout ce que je viens de t'apprendre et j'ai besoin de réfléchir à ce que je vais faire de toi, conclut alors le sorcier, rangeant sa baguette de bois.

L'assemblée sembla s'agiter doucement. La jeune femme frotta encore les larmes qui dévalaient un peu avant ses joues et se demanda comment elle allait pouvoir marcher et où elle allait être placée. Elle se doutait que venant d'un homme aussi malsain, la vie ne devait pas être rose pour tout le monde et elle priait pour ne pas se faire ligoter comme elle l'avait été en arrivant.

-Va rassembler tes loups, Fenrir. Je veux que l'attaque de Pré-au-Lard soit avancée à demain soir, ordonna-t-il.

Aghna fronça les sourcils. Depuis quand Fenrir avait des loups ? Elle vit l'homme à la peau translucide se tourner vers elle avec un sourire étrange avant de s'adresser à elle :

-Pose ta question, petite.

La jeune femme cligna des yeux. Elle se sentit soudain stupide lorsqu'elle s'imagina poser la question qui lui taraudait l'esprit.

-… des loups ? demanda-t-elle, hésitante.

Elle vit Fenrir serrer la mâchoire. Il était contrarié, comprit Aghna. Elle reporta son attention sur l'homme inhumain et l'observa avec méfiance jubiler tout seul.

-Ton ancien fiancé que voilà est bien plus qu'un sorcier.

Aghna déglutit difficilement tant sa gorge était serrée. Elle n'avait même pas fait le lien entre la présence de Fenrir et ces sorciers. Il en était forcément un lui aussi. Si toutefois, il ne se payait pas sa tête. Elle braqua son regard dans celui de l'homme qu'elle avait aimé. Elle sentit la peine s'accroître au fond de sa poitrine mais elle la réprima. Elle allait fondre en larmes.

-Fenrir Greyback est un loup-garou de naissance, clama le sorcier, victorieux.

Les yeux d'Aghna s'écarquillèrent d'effroi. Les Empathes, elle acceptait. Les sorciers, pourquoi pas. Mais des loups-garou, merde. La jeune femme ne put s'empêcher de laisser filer un léger « Ça existe aussi, ça ? » qui amusa grandement l'auditoire de silhouettes encapuchonnées.

La jeune Empathe réfléchit alors et se rendit compte que, en plus de lui avoir caché son statut de sorcier qui aurait expliqué certaines choses, il lui avait aussi camouflé sa nature de … loup-garou. Aghna souffla et plaqua ses mains sur ses joues, complètement perdue. Elle ne le connaissait pas du tout en fait. Cette vérité lui fit mal au cœur. Elle voulut encore pleurer sa tristesse d'avoir été dupée ainsi mais elle baissa les yeux au sol, incapable de le regarder encore.

-Narcissa, conduis-la dans une chambre et aide-la à soigner ses jambes. Ça suffit pour aujourd'hui, somma-t-il.

Aghna, par delà ses larmes, vit alors une femme blonde d'une grande élégance s'avancer calmement vers elle. Plus elle approchait et plus Aghna pouvait sentir la peur et la détresse de Narcissa. Cette femme apparemment pleine d'assurance vivait dans une angoisse perpétuelle qui lui pourrissait l'existence, ce qui surprit la jeune Empathe. Si cette femme était ici, elle était nécessairement du côté de l'homme inhumain. Pourquoi avait-elle peur ? Aghna, curieuse, se concentra sur elle et, derrière cette peur affolée, elle sentit un amour profond. La jeune femme laissa immédiatement tomber lorsqu'elle comprit que ses actions étaient motivées par cet amour, c'était commun comme réaction. De peur d'envahir cette femme qu'elle ne connaissait pas, Aghna essaya de détourner son attention d'elle.

Narcissa s'arrêta devant elle et jeta un regard à ses pieds bien trop meurtris pour pouvoir servir. Embarrassée et apeurée que cette femme s'agace de son incapacité, elle baissa la tête piteusement. La blonde appela alors un homme à proximité, qui s'approcha à son tour.

-Porte-la, elle ne peut pas marcher, lui fit-elle d'une voix flûtée et hautaine.

La jeune femme au sol écarquilla les yeux de surprise lorsque l'homme se pencha pour glisser ses mains sous ses genoux et dans son dos pour la soulever rapidement.

-Whou ! s'exclama-t-elle une fois en hauteur.

Elle entendit l'homme ricaner et la jeune femme fut soudainement assaillie par lui. Elle qui voulait s'accrocher à son cou n'osa pas bouger davantage et resta immobile dans ses bras. Il était un homme plutôt serein mais Aghna sentit qu'il n'était que dans une période de calme. Une douce colère bouillonnait tranquillement au fond de lui et il suffisait de peu pour qu'il éclate. Se tassant un peu plus, la jeune femme cacha son visage grâce à ses longs cheveux châtains, très utiles lorsqu'elle voulait masquer les rougeurs de ses joues.

Mais avant de sortir de la pièce par une porte en bois massif, la jeune femme tourna son regard vers Fenrir Greyback, immobile depuis qu'il était entré. Lui aussi la scrutait. Elle ne savait pas à quoi il pouvait bien penser et ça l'intriguait. En le regardant, elle vit qu'il n'avait pas vraiment changer depuis cinq ans. Toujours aussi massif, chose qui l'avait profondément choquée la première fois qu'elle l'avait vu, toujours aussi brun, toujours aussi grand et toujours aussi impénétrable. Seule sa vision de lui avait changé maintenant qu'elle savait ce qu'il était et ça la meurtrissait bien plus que ses jambes. Il était le seul homme qu'elle ne pouvait pas comprendre aussi nettement que les autres car Aghna ne parvenait pas à écouter ses émotions. Elle sentait qu'il en avait mais jamais elle n'avait réussi à les démêler. Et c'était une des raisons qui l'avait poussée à s'approcher de lui. Elle pouvait vivre près de lui sans qu'elle ne soit influencée par ses émotions à lui.

Le mur le cacha à son regard avide. Elle espérait pouvoir le revoir d'ici peu car elle avait bien compris qu'elle resterait entre ces murs pendant quelques temps. Ainsi, elle resterait docile et calme autant qu'elle le pourrait. Elle aurait plus de chance de sortir de là en bonne santé car elle se doutait qu'une rebuffade de sa part serait malvenue.


L'histoire vous tente ?