Note de l'auteur : Merci pour ceux qui ont lu le premier chapitre et pour les reviews. L'image qui accompagne cette fiction vient de devianart et je trouve qu'elle colle bien à ce chapitre.

Bon anniversaire Petit Pigeon. Une surprise t'attend. J'ai pensé à toi en l'écrivant, mais sans savoir que c'était ton anniversaire aujourd'hui. Quel drôle de hasard !


Jour 2 : Mardi 24 mars – Couleur orange

Thèmes : Famille ; enthousiasme ; sarcasme

Bonus : Poneys


Chapitre 2 : Coeur d'or

Les Enfers – Temple de la Wyverne

Son cerveau déjà embué à la nicotine, Rhadamanthe ouvrit quand même son troisième paquet de cigarettes de la journée. Quoi de plus agréable de s'enfumer les poumons juste devant son temple. Une brillante idée pour cette merveilleuse journée ! Y avait pas à dire, il était l'homme le plus chanceux du monde.

− Je l'aime à en crever, pestait-il en tirant sur sa clope. Il est beau, sensuel, plein d'imagination, et tellement intelligent. N'importe qui tomberait sous son charme.

Inspirer. Expirer. Rhadamanthe ne prenait même pas le temps de sortir la tige de ses lèvres. Il consumait le mégot en un temps record, insufflant le tabac et toutes les substances nuisibles qui l'accompagnaient, et exsufflant de grands nuages de fumée. Il était en joie. Son compagnon était venu lui rendre visite pour plusieurs jours avec une série de DVD qui semblait franchement intéressante et qu'il ne cessait de regarder depuis son arrivée, harmonisant sa demeure d'une joyeuse candeur. Ça faisait tellement plaisir à voir.

Rhadamanthe jeta le mégot et alluma une autre cigarette. Inspirer. Expirer. Nicotine. Peut-être devrait-il se servir un petit apéro, même s'il était trois heures de l'après-midi. Et alors, les anglais ne sont-ils pas réputés pour tout faire trop tôt ? Un bon whisky en plein milieu de l'après-midi, qui est-ce qui trouverait ça étrange ?

Le cendrier étant rempli, Rhadamanthe jeta son mégot au sol puis se risqua à pénétrer dans son temple. Comme il s'y attendait, de joyeuses voix toute mielleuses l'accueillirent. C'était tellement agréable, ce tintement aigu qui lui vrillait les oreilles et lui ferait vomir des arcs-en-ciel. Kanon avait des goûts invraisemblables, mais c'était ce qui faisait son charme. Le juge aimait tout chez lui, même cette extravagance digne d'un garçonnet de quatre ans, et surtout le fait qu'il l'ignore complètement alors qu'il passait derrière lui avec son haleine de chacal. Il ne tilta pas non plus lorsque le blond se rendit au bar au beau milieu de la journée. Kanon était concentré sur sa série. Il prenait tellement tout ce qu'il faisait à cœur. Un vrai bourreau de l'excellence, mais aussi des cœurs, enfin surtout du sien. Rhadamanthe avait vraiment une chance inouïe de partager sa vie avec lui. Il ne voulait surtout pas le déranger dans son activité ludique et son visionnage éducatif. Il échangerait quelques paroles et câlineries avec son Gémeau lorsqu'il aurait fini d'enchainer les épisodes de son chef-d'œuvre.

Rhadamanthe ressortit dehors avec son verre contenant une grande rasade de whisky et un nuage d'eau. Sur la terrasse, il tira sur une nouvelle cigarette tout en sirotant son verre. Ses tympans victimes de joyeux acouphènes lui donnèrent des pensées positives. Il sortit de sa poche une boîte de calmants conseillés par son psychiatre en cas d'urgence. Le juge avait entièrement confiance en ce médecin. Après tout, il avait pris en charge son beau-frère pendant treize longues années avec un succès évident. Saga était maintenant débarrassé de sa double entité maléfique, après bien des crimes et un décès par suicide. Le meilleur psy du monde !

Il avala trois comprimés d'un coup avec une bonne rasade de whisky puis tira une nouvelle fois sur sa cigarette. Un vertige le prit mais il se ressaisit vite. Ce n'était surement pas à cause de l'alcool et du tabac, ces anxiolytiques naturels et inoffensifs. Inspire, expire, Rhadamanthe balança son troisième mégot sur le sol et lutta contre une nausée qui lui montait dans la gorge. Probablement le repas de midi constitué de chips et de soda, très nourrissant après une longue matinée à juger des âmes. Kanon et lui s'étaient mis d'accord pour départager les tâches, mais la cuisine ne semblait pas le fort du gémeau qui engloutissait nombre de produits industriels au goût transformé mais certainement pas malsain pour le système digestif. C'est pas comme si son garde-manger contenait des aliments frais et produits sans la moindre substance douteuse.

Bon, la cuisine n'était pas le fort de Kanon, mais il excellait dans tellement d'autre domaine. Au lit par exemple, surtout quand il boudait parce qu'il voulait dominer de temps en temps. Quelle audace cette prise d'initiative ! Rhadamanthe était réjoui d'être sur la même longueur d'onde avec son amant, même s'il devait se faire ceinture lorsqu'il refusait de répondre à aux exigences de son prince capricieux.

Kanon se montrait souvent intraitable lorsqu'il avait une idée en tête. Il le savait, Saga gâtait trop son cadet, et voilà le résultat. Mais comment lui en vouloir ? Lui-même ne comptait pas ses dépenses pour faire plaisir à Eaque. Ce dernier n'abusait pas du tout de lui, même lorsqu'il le rackettait en le traitant de « méchant grand-frère. Minos est gentil, lui. ». Ça, c'était bien son petit−frère. Il savait ce qu'il voulait, et c'était pareil avec Kanon. Le Gémeau était incroyablement doué pour vous convaincre. Ses yeux de chaton étaient un tel délice à admirer qu'il en gracierait toutes les âmes qu'il jugeait en les envoyant à Elysion. Pour sûr que les Dieux jumeaux apprécieraient d'avoir de la compagnie.

Rhadamanthe n'avait pas la moindre objection à l'idée de se faire prendre par Kanon. Il n'était juste pas prêt. Son postérieur ne lui avait pas donné le signal. Peut-être que si un jour, s'il passe avec brio une coloscopie, il répondrait peut-être aux exigences de son amant. En attendant, c'était niet ! Et s'il n'arrivait plus à s'asseoir sur son siège de juge ? Il aurait l'air bien con !

Il devait penser positif. Son compagnon était là, avec lui depuis cette nuit. La vie lui avait permis de trouver son âme-sœur, la personne en adéquation parfaite avec son mode de vie. Juste parfait ! Sa seule inquiétude, que Kanon se lasse de ses refus et qu'il décide d'aller tremper son biscuit ailleurs. Il évoquait souvent un ancien collègue flutiste sensible et délicat. Probablement un homme très charmant.

− Moi vivant, JAMAIS, explosa la Wyverne en explosant son verre vide dans son poing.

Non, il n'accepterait pas que Kanon aille voir ailleurs. Question de fierté ou autre chose. Non, probablement de la fierté. Rhadamanthe n'était évidemment pas comme tous ces couples d'une mièvrerie aussi grande que la série que visionnait Kanon depuis son arrivée.

− Rhada, mais qu'est-ce qui te prends de crier comme ça ? Tu vas réveiller les morts, railla Eaque qui avait quitté son temple pour le rejoindre.

− Elle est bien bonne celle-là, Eaque. Je m'effondre de rire, répliqua stoïquement Rhadamanthe en piquant une nouvelle cigarette dans son paquet.

− Ça se voit en effet. De toute façon, personne ne comprend mon humour, bouda le plus jeune.

Rhadamanthe, la bouche pleine de fumée, ne répondit pas. Probablement qu'il avait raison. Eaque était si drôle qu'il méritait de monter un spectacle one man show. Un artiste né. C'était bien son petit frère qui tirait actuellement une gueule de six pieds de long. Il pourrait sans doute faire un effort en tant que grand frère. Avoir l'air amusé, faire… Comment on appelait cette grimace déjà ? Un sourire ? Comment on faisait ça déjà ? Son troisième frère pourrait peut-être lui donner un tuyau.

Leur aîné totalement fiable qui laissait tout le boulot de son tribunal à son compagnon. Minos qui utilisait ses pouvoirs contre des spectres de bas rang, juste pour rigoler. Il se servait sans demander dans sa réserve de thé et il abusait de la serviabilité de Sylphide qui était son subordonné, pas le sien. Mais il avait raison. Après tout, ils étaient frères et pouvaient tout se partager, non ? Un homme aussi peu formel que Minos, qui souriait comme un psychopathe et effrayait encore plus des âmes déjà condamnée à l'enfer, aurait très certainement des conseils à lui prodiguer.

En parlant du loup, ou plutôt du Griffon, Minos s'approcha également d'eux et enlaça Eaque par derrière, dans un câlin fraternel non désiré.

− Mais qui vois-je qui fait la tête ? Je vais devoir utiliser mon arme ultime, claironna le norvégien.

− Minos, lâche-moi, se débâtit Eaque. Et non, ne fais pas ça. Pas de guilis. C'est bon, je fais plus la tête.

− Oh, t'es pas drôle.

− Tu veux rire. Je suis le plus drôle de vous tous !

− Sauf quand tu veux pas jouer avec moi, bouda cette fois Minos, à se demander qui était le plus âgé.

− T'es qu'un tortionnaire, Minos. Va te faire soigner.

− Rhada, chouina encore l'aîné en tirant le bras de la Wyverne. Tu entends, notre petit-frère me parle mal. C'est devenu un voyou.

− Allons Minos. C'est l'âge, ça va lui passer.

− Mais vos gueules ! Arrêtez de me traiter comme un enfant. Je suis un adulte et je ne suis pas votre petit-frère.

− On sait, tu n'es que notre demi-frère, mais ça change rien pour nous, renchérit Minos.

− Mais bordel, on est né dans trois pays différents. Bon d'accord, aux temps mythologiques, on était frère, mais c'est fini ça. On a plus en rien en commun aujourd'hui. J'ai vécu plus de vingt ans sans voir vos tronches et je repartirais volontiers pour les cent prochaines années.

− Le pire est arrivé, Rhada. Il nous renie.

− C'est l'âge je te dis. Ça va passer.

− Vous me rendez fous. Quand c'est pas l'autre, c'est vous.

− Ne lance pas les sujets qui fâchent, gronda Rhadamanthe. Tu sais ce qu'on en pense de ton amant de chevalier d'Athéna.

− Pour la énième fois, je ne suis pas en couple avec lui, protesta Eaque.

− En couple, amis, c'est pareil. Tu fricotes avec la concurence, et moi, Rhadamanthe, en tant que juge mais aussi en tant que grand frère, je ne l'accepterai jamais.

− Non mais regardez qui parle ! Déjà, je ne suis pas ton petit-frère. Et ensuite, rappelle-moi qui s'est amouraché d'un faux chevalier dédoublé d'un marina qui a déserté son poste pour revenir chez Athéna.

− C'est justement parce qu'il n'a pas de réelle attache qu'il est fiable, expliqua Rhadamanthe.

− Je ne sais pas si c'est réellement rassurant, commenta à son tour Minos. Tu n'as pas peur qu'il aille encore voir ailleurs ?

− Kanon, me quitter ? Voyons, mais c'est inconcevable.

Rhadamanthe avait répondu sans être vraiment convaincant, comme s'il ne croyait pas lui-même ce qu'il racontait. Minos avait bien remarqué qu'il s'était tendu à sa remarque. Pris de stress, l'anglais s'empara d'une autre cigarette.

− Tu nous empestes avec tes clopes, railla Eaque. Je sens l'odeur jusque chez moi.

− Isole tes portes et tes fenêtres, répondit simplement Rhadamanthe. J'ai besoin de nicotine pour me calmer.

− Mets des patchs et arrête cette merde.

− Eaque, ton langage, releva Minos avec moquerie car il savait que son jeune frère n'aimait pas qu'on le traite comme un enfant.

− Je m'inquiète en tant que petit-frère. Qui viendra me border si tu tombes malade ? reprit Eaque à l'adresse de Rhadamanthe.

− Tu joues les frangins quand ça t'arrange. Et depuis quand je te borde ?

− Tu n'as qu'à demander à ton chevalier d'or de s'en charger, provoqua Minos, faisant exploser Rhadamanthe.

− Moi vivant, JAMAIS. Eaque, dorénavant, je viendrais te border TOUS les soirs.

− Trop aimable, répondit Eaque blasé de la tournure de cette conversation. Et je répète que je ne sors pas avec lui. Quand il reste ici le soir, il dort dans le salon.

− Moi je n'ai pas ce genre de soucis avec Rune. Loyal, sur place, si rigide que personne ne l'approche à part moi, et en plus il me fait mon travail, mon lit et mon thé.

− Mais il couche pas, finit le Garuda.

− Comment tu connais ce mot, toi ? gronda Rhadamanthe. C'est ce chevalier de pacotille qui t'apprend des choses malsaines ?

− J'ai vingt-deux ans, bordel ! explosa Eaque.

Minos était rassuré que la conversation avait vite tourné et que le sujet de l'absence de rapport très intime avec son compagnon soit évité. Eaque avait raison mais il travaillait sur ça. Il réussirait à mettre Rune dans son lit et à lui donner du plaisir, foi de Griffon. Pour le moment, il avait juste envie de taquiner encore un peu ses deux sanguins de frère. C'était si facile de les faire sortir de leurs gonds. Et il fallait croire, au vu du nombre de mégots et des débris de verre, que Rhadamanthe était déjà bien échauffé avant leur arrivée.

− Que je l'y prenne à te pervertir, prévint le blond qui n'en démordait pas, très impliqué dans son rôle de grand-frère. Il verra de qu'on ne s'en prend pas ainsi à un spectre du Grand Seigneur Hadès, qui plus est si c'est mon petit frère.

− Laisse-moi gérer ma vie.

Le ton montait entre les deux juges, si bien que Minos se décida à intervenir.

− Allons Rhada, tempéra Minos. Je pense qu'il faut faire confiance à notre petit Eaque.

− Je ne suis pas petit. Je suis même plus grand que toi, je te signale, précisa le Garuda.

− Tu as raison, je vais lui faire confiance. C'est sans doute la meilleure chose à faire, ironisa Rhadamanthe. Exactement comme lorsque nous l'avons laissé affronter le Phénix. C'était une excellente décision, effectivement. Je nous applaudis.

− Pas la peine de rappeler de ce genre de chose, railla Eaque qui digérait encore mal sa défaite.

− On ne ressort que plus grandit de nos échecs, relativisa Minos.

− Et n'en rajoute pas toi ! C'est pas la peine de jouer les aînés sages. On sait que tu es le plus tordu de nous trois.

− Rhada, Eaque.

Ignorant totalement le sarcasme évident de Rhadamanthe et les critiques d'Eaque, Minos passa chacun de ses bras autour des épaules de ses frères pour qu'ils se rapprochent tous les trois dans un câlin fraternel.

− Tu fais quoi là, Minos ? demanda l'anglais.

− Arrêtons de nous quereller. Vous savez à quelle période on est ? C'est le printemps, le soleil, les petites fleurs…

− Qu'est-ce que ça change aux enfers ? coupa Eaque. Le paysage ne change jamais.

− Et de toute façon, je déteste cette saison. Les prés en fleurs et les gens heureux.

− Tu es allergique ? supposa immédiatement Minos. Parce que tout le monde aime le printemps.

− Bon, où tu veux en venir ? s'impatienta Rhadamanthe.

− Tout ça pour dire que rien ne devrait entacher notre bonne humeur.

− Mais je suis d'excellente humeur, signifia la Wyverne d'un ton qui contractait avec ses paroles. Ça se voit, non ? Mon petit-ami a fait un doigt au Sanctuaire et à son jumeau pour venir me rendre visite. Je sautille de joie.

− Depuis quand tu es devenu aussi sarcastique, Rhada ? demanda Eaque nullement convaincu.

− Moi, sarcastique ? Eaque, je ne te permets pas de parler ainsi à ton grand-frère.

− Ne recommence pas avec ça. Je ne suis pas…

− Eaque, le coupa Minos en passant un bras autour du cou du plus jeune. Si nous laissions Rhada profiter de son chéri. Viens chez moi boire quelque chose. Tu vas me raconter comment ça se passe avec ton chevalier d'Athéna.

− Fais-lui cracher le morceau, s'obstina Rhadamanthe sous l'œil noir du benjamin.

− Va te faire mettre, Rhada !

− J'irai me faire mettre, oui. Un jour peut-être, quand mon derrière sera prêt.

− Quand ton… s'estomaqua Eaque. Bref, et toi Minos, je croyais que tu n'avais plus rien à boire chez toi. Ni thé, ni café, même pas du sirop.

− Ah oui, c'est vrai. Rhada, tu peux me filer du blé ? demanda le blanc sans gêne. J'ai dépensé tout le mien dans des accessoires.

− Je veux pas savoir quel genre d'accessoire tu as acquis. Et non, je ne te donnerai pas d'argent.

− T'es radin, Rhada, bouda à nouveau Minos. J'espère que tu seras généreux pour mon anniversaire demain.

− T'as passé l'âge de recevoir de cadeaux. Et maintenant, fichez-le camp.

− Plus aucun respect pour ses aînés, se désola Minos en exagérant l'effet dramatique dans sa voix.

− Viens chez moi, Minos. J'ai ce qu'il faut pour nous restaurer, lui dit Eaque.

− En voilà un petit frère attentionné, sautilla le norvégien euphorique sous l'œil exaspéré des deux autres.

− Je demande mon droit de nier tout lien familial avec toi, répliqua le Garuda blasé.

− Allons, sous tes airs grognons, je suis sûr que tu aimes bien quand on te couve, dit gaiement Minos en s'éloignant du temple de Rhadamanthe en trainant Eaque avec lui.

− Non.

− Il veut faire le grand. C'est mignon.

− Ta gueule, Minos.

Quand ils furent suffisamment loin, Rhadamanthe soupira. Enfin un peu de calme. Il réalisa qu'il n'avait plus allumé de cigarette depuis plusieurs minutes. Quoiqu'il en dise, la visite de ses deux frères l'avait distrait et il n'avait plus pensé à s'enfiler des kilos de nicotine pour se détendre. On ne choisit pas sa famille, mais le juge n'était pas si insatisfait de la sienne. Ses frères et lui étaient très différents mais complémentaires. Le dévergondé, l'impartial et l'orgueilleux. Ils formaient un sacré trio qui s'appréciaient bien plus que qu'ils laissaient entrevoir. Beaucoup de spectres se méprenaient sur leur relation. Certes, ils avaient des avis différents et des comportements qui les exaspéraient les uns les autres, mais ils s'aimaient réellement, comme des frères, et ils donneraient sans hésiter leur vie pour sauver l'autre.

Lors de la dernière guerre, Rhadamanthe et Minos avaient été très éprouvés par la mort d'Eaque contre Ikki du Phénix. Et de là était né un sentiment de surprotection que le Garuda réfutait. S'il avait pu voir les larmes silencieuses du Griffon qui avait serré son cadavre contre lui, et la colère du Wyverne qui avait détruit bien des rochers sans jamais se calmer. Dorénavant, ils ne laisseraient plus leur petit-frère prendre des risques, même s'ils le savaient puissant.

Qu'avaient été les sentiments de Minos après que lui-même avait péri de la main de Kanon ? L'aîné n'en parlait jamais. Il se cachait toujours derrière son sourire lascif et son attitude désinvolte. Mais Rhadamanthe n'était pas dupe, ce n'était qu'une façade. Peut-être était-ce trop tôt. L'anglais ne voulait pas lui mettre la pression. Lui-même était déjà sous tension. Quoique, il se sentait mieux maintenant. Les idiots, ils avaient vraiment réussi à le faire décompresser. Les répliques affectueuses de Minos et les moues adorables d'Eaque lui avaient presque donné le courage d'affronter l'immonde série de Kanon.

Tiens, il avait arrêté d'être sarcastique. C'était probablement mieux.

Rhadamanthe rentra dans son temple et vint s'asseoir lourdement sur le canapé à côté de son compagnon toujours focalisé sur le dessin animé bien trop coloré. Mon petit poney. Même un enfant trouverait ça abrutissant. Si les yeux et les oreilles pouvaient vomir, il déverserait des arc-en -ciel dans tout son temple.

− Te revoilà. Tu veux que je remette depuis le début ?

− Je veux pas voir cette merde.

− Rhada, qu'est-ce qui t'arrive ? Je croyais que ça t'intéressait.

− J'ai menti. Je veux pas regarder ça. Qu'est-ce que tu lui trouves à cette série ? J'ai mal aux yeux rien que de voir toutes ces couleurs. Et ces étalons impubères qui se croient les plus forts avec leurs petites ailes me font penser à Pégase. Ça m'énerve.

− Tu marques un point pour la comparaison avec Pégase.

− Qui c'est qui t'a donné ça ?

− Ikki.

− Le Phénix ! s'étrangla Rhadamanthe. Il l'a piqué à son frangin ?

Il imaginait plus le si pur Shun regarder ce genre d'animation d'une mignonnerie cauchemardesque.

− Non, c'est bien les siens. En fait, il a une voix dans cette série. Il double un méchant.

− Le Phénix ? Il est allé dans un studio pour doubler un personnage de dessin animé ?

− Ça explique pourquoi il arrive toujours en cours de bataille.

− Et le fumier t'a convaincu que cette série était géniale.

− Tu n'aimes vraiment pas Ikki, remarqua Kanon.

− Il a tué Eaque.

− Et moi je t'ai tué. C'est après moi que tu devrais avoir les glandes.

− J'ai baissé ma garde parce que tu n'avais plus d'armure. Je suis responsable de ma défaite.

− Tu n'admettras jamais que j'étais plus fort que toi, sourit le Gémeau amusé par la mauvaise foi de son partenaire.

− Jamais.

− Je suppose que c'est à moi de te montrer à qui tu as affaire.

Kanon coupa net le téléviseur et vint se placer à califourchon sur son compagnon surpris.

− Tu ne veux plus regarder tes arcs-en-ciel sur sabots ?

− Il y a quelque chose d'autre que je veux chevaucher maintenant.

− Kanon… Si tu veux vraiment être le dominant… Je suppose… Enfin, je veux bien essayer…

Rhadamanthe était aussi rouge que les tulipes du printemps. Kanon se retint de rire, ne voulant pas blesser la dignité de son amant. Il appréciait l'effort du juge de passer outre sa fierté pour lui faire plaisir. Bon sang, il aimait vraiment cet homme. Ses sentiments avaient commencé dans un feu d'artifice lorsqu'il s'envoyait en l'air avec Rhadamanthe. Tenir l'anglais si près de lui pour son attaque finale avait fait réagir son corps, et ce n'était pas la faute de l'adrénaline. Il avait vraiment senti une extase, courte et brutale, le submerger avant qu'ils explosent ensemble. Cette sensation étaient toujours présente à sa résurrection et ne l'avait jamais quitté.

Les mains sur les épaules de Rhadamanthe, Kanon se rapprocha pour coller son front contre le sien.

− Ne te force pas. Je ne te quitterai jamais même si tu ne veux pas, lui confia le bleu. Je t'aime, Rhadamanthe.

Une émotion intense parcourut le blond. Cette fois c'est sûr, il allait vomir des arcs-en-ciel. Il retourna la situation et poussa Kanon dos sur le canapé pour s'installer à son tour sur lui et l'embrasser avec effervescence.

− Je t'aime aussi, idiot, dit-il entre deux baisers.

Ils s'embrassèrent encore un peu, du moins jusqu'à ce que Kanon repousse soudainement son amant, la mine dégoutée.

− Rhada, tu empestes la clope et l'alcool. T'as pas un peu abusé ?

− Putain, on était bien là et tu casses l'ambiance.

− Désolé, mais ça me répugne. Va te brosser les dents.

− Et toi remets ta série débile. S'il faut des poulains tout colorés pour te rendre plus mielleux et reprendre où on en est resté, alors j'accepte de regarder un épisode avec toi.

− C'est vrai ? Génial ! s'enthousiasma Kanon en rallumant le téléviseur. Tu vas voir, ce n'est pas si mauvais.

− Ça, j'en doute pas. Je suis sûr que c'est extraordinaire, répliqua Rhadamanthe redevenu sarcastique

Fâché d'avoir été interrompu, Rhadamanthe se plia quand même aux exigences de son compagnon. C'était vrai qu'il avait un peu abusé. Il commençait même à ressentir les effets des calmants. Peut-être devrait-il envoyer Sylphide chercher des patchs la prochaine fois.

En attendant, il allait se farcir ce chef d'œuvre qui serait probablement gâché l'horrible voix de ce chevalier Phénix. L'anglais était persuadé qu'il était mauvais acteur. Oui, il ne l'aimait définitivement pas.


Village de Rodorio

Seiya se rendit dans une auberge où travaillait sa sœur. La jeune fille avait choisi de poursuivre le quotidien qu'elle connaissait depuis plusieurs années, et elle ne souhaitait pas abandonner l'homme qui l'avait recueilli, soigné et avait été si bon avec elle. Surtout que son père adoptif se faisait vieux, fatigué et aurait bien du mal à entretenir son commerce sans aide.

Seika était heureuse. Elle avait retrouvé la mémoire, et malgré les mauvais souvenirs de sa vie d'orpheline, de son long et difficile périple pour se rendre jusqu'en Grèce dans le but d'y retrouver son petit frère, elle se jugeait chanceuse. Aujourd'hui, Seiya siégeait principalement au Sanctuaire où il était traité comme un héros. Athéna lui avait intimé le droit de reprendre une vie normale, loin des combats. Elle était prête à financer ce qu'il fallait pour que lui et Seika ne manquent de rien. Mais la volonté de Pégase continuait de brûler en Seiya. Les multiples guerres et ses blessures ne l'avaient pas découragé. A la moindre mission, il se portait immédiatement volontaire, content de découvrir du monde et de se défouler un peu. Décidément, il ne changerait jamais.

Le grand Pope Shion avait bien cerné son tempérament. Le Sanctuaire était censé être un lieu méconnu de la plupart des hommes. Pour éviter que Seiya ne fasse trop de bruit, on lui avait désigné un binôme, un chevalier de bronze comme lui qui souhaitait se rendre utile au Sanctuaire malgré son rang relativement bas. Il souhaitait également devenir plus fort, donc quoi de mieux que de côtoyer le légendaire chevalier divin.

− Grande sœur, appela Seiya en pénétrant dans l'auberge.

− Seiya, bienvenue, s'extasia la jeune fille. Tu es revenu de ta mission au Mexique ?

− Oui, trois fois rien. Franchement, je n'avais pas besoin de me faire accompagner. Tiens, je t'ai ramené un souvenir, dit-il en tendant un petit cadeau à sa sœur.

− Il me semble que tu ne pars pas pour faire du tourisme, rit Seika.

− Tu parles comme Jabu, gémit Seiya.

− Il ne te quitte plus.

− Pour mon plus grand malheur.

− Allons, je suis sûre qu'en fait, tu es content qu'il soit là, sourit Seika.

Seiya rougit. Il était vraiment heureux d'avoir retrouvé sa sœur, mais il était assez gêné de remarquer qu'elle n'avait rien perdu de sa capacité à comprendre tous les états d'âme de son petit frère.

− Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-il en détournant la tête.

Seika pouffa en servant une boisson à son jeune frère. Elle qui craignait de retrouver un autre garçon après tant d'années. Seiya avait la carrure d'un homme, mais il était bien resté son cadet énergique, optimiste et expressif. Quoiqu'il fasse, il ne parvenait pas à cacher ses sentiments.

− Invite-le un de ces jours. J'aimerai bien le rencontrer.

− Certainement pas. Et si tu lui plaisais ? Comme on se ressemble.

− Tu es jaloux de ta propre sœur ? demanda Seika amusée.

Seiya détourna davantage la tête. Depuis quelque temps, il se sentait de plus en plus attiré par l'autre poney. Jabu était devenu son confident depuis que ses traites d'amis l'avaient tous rabroué sur le sujet des filles. Toute une histoire qui remontait à la fin des combats.

Seiya se sentait bien au Sanctuaire. Il n'avait plus tellement envie de remettre les pieds au Japon, source de biens mauvais souvenirs, et de Miho qui le collait avec un peu trop d'insistance. Et puis, il était heureux de retrouver les ors et d'enfin discuter tranquillement avec eux, comme avec Aiolia, et surtout Aiolos. Il aidait à la reconstruction du Sanctuaire sous les ordres de Marine qui l'y forçait en le trainant par la peau des fesses. Bien qu'elle soit maintenant bien moins puissante que lui, l'Aigle n'avait pas cessé d'être autoritaire avec son disciple qui la fuyait, la queue entre les jambes, terrifié par son courroux.

Seiya rétorquait aujourd'hui qu'entre une harceleuse comme Miho, une peste comme l'était Saori avant que le cosmos doux d'Athéna lui fasse retrouver la bonté qu'elle était censée incarner, la sévérité de Marine et la férocité de Shaina, il était définitivement vacciné avec les filles. Il s'était confié à Shiryu, outré car sa Shunrei était juste parfaite. Il s'était confié à Hyoga, outré car sa maman était juste parfaite. Il s'était confié à Shun, choqué car toute personne en ce monde était dotée d'une gentillesse plus ou moins prononcée. Il s'était même confié à Ikki, qui s'était d'abord moqué de sa feminophobie, puis outré aussi car sa défunte amie Esméralda était juste parfaite. En désespoir de cause, il avait fini par se confier à Jabu qui l'avait écouté.

C'est ainsi qu'il avait commencé à passer plus de temps avec Jabu. Seiya, en apparence sûr de lui, portait beaucoup de poids et la licorne se montrait suffisamment attentif et désintéressé pour qu'il ose se confier. A vrai dire, c'était plus facile avec lui qu'avec ses frères d'armes qui avaient combattu à ses côtés. Jabu possédait un regard neutre extérieur. Seulement, Seiya appréciait de plus en plus sa compagnie, sa main amicale qui se posait sur son épaule et ses conseils plutôt sages. Il n'avait jamais imaginé Jabu comme ça.

Avait-il la moindre chance avec lui ? La licorne était galant et même un peu charmeur avec la gent féminine. La probabilité qu'il s'intéresse à lui était minime, mais comme toujours, Seiya misait sur ce faible pourcentage. Que ce soit dans son rôle de chevalier ou même dans sa vie privée, il n'abandonnait jamais. Il séduirait Jabu, même si cela devrait lui prendre des années.

− Si tu veux me le prendre, il faudra que tu m'affrontes, grande sœur, dit alors Seiya en souriant.

Seika lui sourit en retour. Son frère ne la menacerait jamais, mais il savait défendre ce qui était cher à son cœur. Même s'il ne possédait de véritable atout intellectuel, il avait d'autres énormes qualités qui faisaient de lui un garçon exceptionnel. Elle était tellement fière de lui.

− Je crois que tu ne devrais pas rester ici alors. Propose-lui quelque chose.

− Bonne idée, allons nous entrainer ensemble.

− Je ne pensais pas vraiment à ça.

Seika regarda l'horloge, ennuyée. C'était bientôt l'heure de son rendez-vous quotidien avec un homme qui la courtisait timidement et qui ne la laissait pas indifférente. Seulement, c'était encore tôt pour en parler à son frère.

Sans grande surprise, Seiya se montrait intransigeant envers les hommes qui s'approchaient de sa sœur. Ichi avait laissé tomber, peu désireux de se recevoir un météore de Pégase. Mais cet homme-là, il avait commencé à venir dans cette auberge peu après la résurrection des chevaliers. Lui-même avait été ramené à la vie, alors qu'il ne le souhaitait pas. C'était une âme en peine, le cœur brisé, qui s'était assis et avait demandé à boire l'alcool le plus fort que possédait l'établissement. Au lieu de ça, Seika lui avait servi un café avec une part de gâteau qu'elle faisait elle-même, en précisant que c'était la maison qui offrait. L'homme, ou plutôt le chevalier, n'avait rien protesté. Il semblait réellement au fond du gouffre. Il avait bu la boisson, gorgée par gorgée. Seika avait deviné qu'il pleurait, mis elle l'avait laissé extérioriser sa peine. C'était encore trop tôt pour lui parler. Depuis, il venait chaque jour demander un café et une part de gâteau. Petit à petit, ils avaient commencé à parler.

C'était un bel homme, à peine plus âgé qu'elle, sensible et cultivé, et également un excellent mélomane. Au départ, il refusait de sortir son instrument, car il lui rappelait la femme qu'il avait éperdument aimé au point d'avoir voulu trahir son devoir et aller à l'encontre du cycle de la vie et de la mort. Touchée, Seika avait versé quelques larmes avant de lui dire que sa dame devait assurément souhaiter son bonheur. De plus, elle savait par Seiya que le monde des morts était maintenant bien moins épouvantable qu'autrefois, et qu'elle avait dû trouver la paix. Mais surtout, elle lui avait dit que sa tristesse était normale, que le deuil d'une personne chère était long et difficile, mais qu'il ne devait pas se renfermer sur lui-même, mais bien partager ses émotions pour l'aider à mieux les gérer.

Quelques temps plus tard, il ramena son instrument et joua. C'était tout ce qu'il pouvait faire pour la remercier de son empathie. Seika avait été séduite par la beauté du morceau qui exprimait toute la mélancolie de son client, mais aussi son nouvel espoir. Sa musique ramena du monde dans l'établissement, au plus grand bonheur du gérant. Le patron voulut lui offrir sa consommation quotidienne en échange de ses prestations musicales, mais le chevalier refusa un quelconque dédommagement. Dorénavant, il consacrait sa vie à jouer pour les vivants, et non pour les défunts, sans demander quoique ce soit.

− A quoi tu penses, grande sœur ? Pourquoi tu souris ?

− Hein ? Oh, à rien. Juste que j'étais heureuse d'être à nouveau avec toi.

− Moi aussi. J'y vais. Je vais aller bastonner ce charmeur de Jabu. Je repasserai bientôt te voir.

− Fais attention à toi. Et merci pour le cadeau.

Ils s'étreignirent et Seiya quitta l'établissement. Dans les rues, il croisa un chevalier qu'il connaissait bien puisqu'ils avaient combattu ensemble contre Hadès, le juge Rhadamanthe et le spectre du Sphinx. Orphée de la Lyre, en simple habit civil, son instrument dans sa main, lui fit un signe de tête et le dépassa. Seiya lui rendit son salut avant de se précipiter vers le Sanctuaire, sans se rendre compte que le chevalier d'argent se dirigeait vers l'auberge où travaillait sa sœur.


Cœur d'or : se dit d'une personne bonne et généreuse. Je n'ai pas trouvé de dicton/expression avec le couleur orange, donc j'ai opté pour celle-ci. On y retrouve le « or » de « orange ».

Note de l'auteur : Merci d'avoir lu

Je me suis éclatée à faire interagir les juges qui ici sont frères (donc pas de Miaque cette fois). Désolée si c'est un peu OOC. Je rappelle que l'ambiance de cette fiction est simplette et légère, et j'aime bien imaginer Rhadamanthe en frère poule aussi (à ce rythme, on va pouvoir bâtir un poulailler).

L'ami d'Eaque que les autres suspectent qu'il soit son amant n'est pas révélé volontairement. Vous le saurez en tant voulu. Vous pouvez juste exit Shion/Dohko/DM/Aphro que nous avons déjà vu dans le premier chapitre.

J'espère que vous avez apprécié les interactions entre Seiya et sa sœur qu'on ne retrouve pas tant que ça. Je suis la première à oublier cette pauvre Seika qui est présentée comme ça, comme un cheveu sur la soupe et qu'on avait tous oublié depuis les premiers épisodes. Même Seiya n'y pense pas tant que ça pendant ses batailles, tellement que j'en viens à me demander si l'auteur lui-même ne l'avait pas oublié. Quoiqu'il en soit, je n'avais pas du tout idée de supposer un Orphée/Seika. L'idée m'est venue en écrivant. Paix à Eurydice qui est un personnage que j'aime beaucoup aussi.

Paix aussi à Henry Djanik, décédé en 2008, le doubleur d'Ikki en VF qui a effectivement doublé un méchant dans la série Mon petit Poney (merci au JDG pour cette information). On critique la VF, mais j'ai grandi et découvert la série avec les voix françaises des héros qui ne sont pas si mauvaises (les personnages secondaires, c'est autre chose).