Léna faisait les cent pas, tournant en rond dans son bureau. Ses émotions se bousculaient dans sa tête ; nervosité, frustration, peur, mais surtout colère.

On avait tenté de s'en prendre à elle, et les responsables avaient détruit une des filiales de son entreprise. Autant les dégâts matériels, n'étaient qu'un détail ennuyeux, il n'en était pas tant pour les centaines d'innocents qui avaient été considérés comme un dommage collatéral négligeable pour la personne qui avait placé la bombe. Ça la mettait hors d'elle.

Tant de blessés et de morts.

Et pour quoi ? Juste pour tuer une seule personne ! Et complètement rater par dessus ça !

Elle ignorait qui en voulait à sa vie, mais rien ne valait de détruire autant d'âmes. Elle se sentait responsable, elle était la cible visée par l'attentat, et elle n'avait rien. Parce qu'elle avait été retardée sur son emploi du temps habituellement réglé comme une horloge.

Elle aurait dû compter au nombre des victimes. Au lieu de quoi, elle était vivante, sans aucune égratignure et rongée par la culpabilité. Elle avait conscience de n'avoir rien fait de mal, elle n'y était pour rien, elle n'était qu'une victime dans cet évènement. Mais sa raison ne parvenait pas à faire entendre raison à son coeur blessé.

Des larmes de frustration brouillèrent sa vue, elle avait la sensation d'étouffer, ainsi enfermée dans son bureau. Et surtout, elle avait envie de frapper quelque chose, ce qui ne lui ressemblait pas du tout. Elle n'était pas cette femme blessée, rongée par la colère, elle était même plutôt pacifique, d'ordinaire.

Avant de risquer de casser quelque chose, elle ouvrit la baie vitrée de son bureau et prit une grande inspiration. L'air extérieur était frais, mais ne la soulageait pas vraiment. Au moins, elle avait l'impression de ne plus se noyer, même si ses mains tremblaient encore à cause du stress. Elle en avait envie de hurler.

Elle aurait peut-être du prendre sa journée, comme le lui avait conseillé l'agent du FBI venue prendre sa déposition. Elle ne se serait probablement pas sentie mieux enfermée chez elle, seule. Dans ce petit espace dénué de vie qu'elle appelait chez elle. Mais au moins, elle aurait été affranchie de toutes les règles auxquelles elle était obligée de se plier, capable de laisser libre cours à ses émotions.

On frappa à la porte de son bureau et elle fusilla le battant en bois du regard. Elle avait pourtant demandé explicitement à ses employés de n'être dérangée sous aucun prétexte. Agacée, elle retourna à l'intérieur mais laissa la fenêtre ouverte.

Elle s'essuya les yeux et recomposa son masque froid et inexpressif habituel en s'asseyant derrière son bureau. Elle était une Luthor, et jamais elle ne devait montrer la moindre faiblesse. Depuis très jeune, elle était une experte pour compartimenter et étouffer ses émotions.

— Entrez !

Une jeune femme entra, Léna la jaugea du regard en se redressant sur sa chaise. De taille moyenne, blonde, les yeux clairs, une silhouette athlétique... Pas exactement ce à quoi la femme d'affaire ce serait attendu de quelqu'un qui la dérangeait alors qu'elle n'aspirait à un peu de calme. Sa tenue, un jean noir avec des bottes militaires et une chemise blanche aux manches retroussées sur ses avant-bras était trop décontractée pour qu'elle passe normalement la sécurité de l'immeuble.

Léna fronça les sourcils, cette femme, qui qu'elle soit, n'avait rien à faire là. L'intruse avait un sourire avenant, mais son regard reflétait l'assurance tranquille d'un prédateur sur son territoire. La directrice de L-Corps se sentit immédiatement mal à l'aise.

En tant que femme de pouvoir, elle avait l'habitude d'intimider les gens qui venaient s'adresser à elle. C'était aussi l'une des chose qu'elle se devait de faire, en tant que membre de la famille Luthor. Mais ce n'était pas le cas avec cette jeune femme à l'aura magnétique qui avançait lentement vers elle.

— Bonjour, je m'appelle Kara Danvers, se présenta-t-elle. Je suis du FBI.

Léna haussa un sourcil, elle avait déjà rencontré le FBI plus tôt dans la journée. Un agent qui avait le même nom de famille. Et surtout, comment cette crevette avait pu entrer dans la plus grande entreprise de gardes du corps du pays.

— Je suis ici pour assurer votre sécurité, ajouta la blonde, répondant au questionnement intérieur de la jeune femme d'affaire.

— J'ai déjà dit à votre collègue que je ne voulais pas de votre protection, répondit-elle en s'appuyant sur le dossier de son fauteuil.

— Lillian Luthor refuse que vous restiez sans protection.

Léna serra les poings sous son bureau, sentant son sang bouillir dans ses veines à la seule mention de ce nom.

— Je n'ai pas besoin de vous, vous pouvez partir et dire à ma mère que je n'ai pas besoin qu'elle s'immisce dans ma vie.

Et surtout, cette femme avait perdu ce droit depuis bien longtemps. Et ce quelque soit l'importance qu'elle se donnait et les relations qu'elle pouvait avoir dans le gouvernement.

La jeune femme mit ses mains dans ses poches avec nonchalance et sourit légèrement, cette fois-ci, son sourire avait quelque chose de plus primal, féroce. Léna en était sure, cette femme était dangereuse. Il y avait quelque chose d'inhumain chez elle.

— J'ai déjà accepté ma mission, tant que Lilian Luthor n'aura pas décidé du contraire, vous êtes sous ma protection.

Léna laissa échapper un rire sardonique, qu'est-ce que cette gamine croyait bien pouvoir faire ? La protéger de force ? Il ne manquait plus que ça.

— Je n'ai pas besoin de vous pour me protéger.

— C'est ce qu'on verra, murmura la jeune femme si bas que Léna n'était pas sure d'avoir bien entendu.

Kara tourna les talons et quitta la pièce non sans un sourire nonchalant. La brune, elle, serra les dents, cette soi-disant garde du corps l'énervait déjà. Elle prit son téléphone et composa un numéro qu'elle s'était juré de ne plus utiliser plusieurs années auparavant, quand elle avait coupé les ponts avec sa famille.

— Bonjour, mère, dit-elle d'une voix plus glaciale que jamais lorsque son interlocuteur décrocha.