Morgana regardait les élèves rentrer dans la serre un sourire au coin des lèvres. Elle se revoyait elle-même entrer ici il y a plus de vingt ans sans grande motivation. Aujourd'hui elle donnerait tout pour revenir vers cette période de sa vie où ils l'entouraient, riaient avec elle et la rabrouaient quand elle ne montrait pas d'enthousiasme à assister aux cours. Son sourire tomba, laissa place à un goût amer au fond de la gorge. Elle n'aurait pas dû revenir, elle n'était pas prête à revivre tout cela. Son attention se tourna vers un élève qui venait d'entrer, un garçon aux cheveux blond platine. Machinalement elle vérifia que son foulard était toujours bien en place et qu'aucune mèche ne s'était échappée. Il ne semblait pas heureux d'être là, lui non plus. Probablement que Lucius lui avait fait la leçon. Et on ne discutait pas quand il daignait nous prodiguer ses « conseils ». Elle tira légèrement sur ses gants, vérifia que ses manches étaient bien fermées et ouvrit la porte dans un fracas de verre et de métal.

« Bonjour bonjour ! Merci à vous de vous être déplacés jusqu'à moi et pardonnez-moi de ne pas avoir pu être présente lors du banquet d'ouverture. » lança-t-elle joyeusement tout sourire. Elle fit claquer ses talons sur les vieilles pierres, une musique destinée à lui donner le courage nécessaire pour faire face. Morgana s'arrêta derrière le pupitre professoral et sourit à sa jeune assemblée. Faire illusion, c'était sa spécialité. Illusion qu'elle contrôlait, qu'elle était maîtresse d'elle-même. Illusion. Illusion.

« Tout d'abord je voudrais vous rassurer. Je ne viens pas pour remplacer le professeur Chourave, seulement la seconder sur certains sujets. Je m'appelle Morgana Belleza et j'espère que nous passerons une bonne année ensemble. »

Et comme prévu, elle vit des yeux s'agrandir. De stupeur, de joie et d'incrédulité. Des chuchotements se firent entendre, glissant d'élève à élève sans regard pour la couleur de leur écharpe. Seul le petit groupe émeraude ne semblait pas partager la ferveur de la classe. Comme prévu, pensa-t-elle. Même si elle avait l'habitude de recevoir ce genre d'attention, elle ne put s'empêcher de rougir, embarrassée d'être le centre d'une attention qu'elle ne méritait pas. Illusion. Faire comme si elle maîtrisait son sujet.

« Notre première leçon sera basique, mais avoir des bases solides est le début du succès en tout. Certains d'entre vous doivent considérer la botanique comme une option sans réel intérêt. Ne souriez pas, Parkinson, je sais bien que c'est une idée partagée par la majorité des élèves. Mais sans une connaissance approfondie des plantes qui nous entourent, comment peut-on maîtriser l'art des potions ? Tout comme une bonne maîtrise des sortilèges conduit à celle de Défense contre les forces du Mal. Bien. Maintenant prenez une brosse et nettoyer en profondeur les balconnières. Il ne doit rester aucune trace de terre ni d'humidité sur l'intérieur ni l'extérieur. Pas de sort autorisé. Commencez ! »

Morgana s'approcha du première élève à sa droite et l'encouragea du regard à commencer à gratter doucement les parois brunies. Elle imaginait plus qu'elle n'entendait les discussions des élèves. Pourquoi ? Comment ? Quoi ? Elle serait le centre des conversations pendant quelques jours, au plus une semaine. Une semaine à sourire et faire comme si toute cette agitation ne la touchait pas. Tout en faisant le tour des tables, elle regardait le ciel à travers la verrière. Une magnifique journée d'été, au soleil encore chaud. Peut-être, si elle avait un peu de temps libre, peut-être pourrait-elle se coucher sous un des arbres là-bas, près du lac. Morgana finit par s'approcher de Draco, qui la regardait comme si elle était couverte de fientes de hiboux. Typique. Elle lui sourit poliment et fit un signe de tête en marque d'appréciation de son travail et le laissa à son dégoût. Elle ne pouvait pas faire grand-chose face à une éducation où la haine prédominait.

Le cours se termina sans incident notable autre qu'un mal de tête persistant à cause des gloussements des filles. Avait-elle été comme cela, elle aussi, à glousser pour un rien et papillonner des yeux dès qu'un représentant du sexe opposé lui jetait un regard mi-interrogateur mi-effrayé ? Si tel était le cas, pardonnez-moi cher corps enseignant d'avoir été une telle plaie. Morgana vérifia que tout était en ordre et sortit en refermant à clef derrière elle. Il lui restait une demi-heure avant le dîner et franchement, elle n'avait aucune envie de rentrer dans le château. Le soleil d'Italie et ses couleurs chaudes lui manquaient déjà après moins de deux jours en Écosse. C'était une belle journée et bientôt l'automne prendrait ses quartiers. Certes le spectacle était magnifique avec ses arbres aux couleurs chaudes mais le vent froid couperait toute envie de se promener plus longtemps. Elle lissa son foulard sur ses tempes et sortit de la verrière avec empressement.

Morgana prit la direction du lac et croisa plusieurs élèves qui avaient eu la même idée qu'elle. Très vite, elle aperçu l'étendue d'eau scintiller. Elle avait toujours adoré cette partie de Poudlard. Cela l'apaisait, lui donnait l'impression que l'Italie n'était pas si loin. Et soudain elle s'arrêta. Le lac était à ses pieds, des élèves assit dans l'herbe à discuter. Tout était pareil et en même temps tout était différent. Là, adossée au rocher, elles chantaient tout en frappant des mains. Elles riaient des dernières histoires entendues dans les dortoirs. Elles relisaient leurs notes et se complétaient. Elles écrivaient des lettres pour lui. Elles riaient. Elles étaient heureuses. Elles étaient ensemble. Morgana laissa échapper un gémissement étouffé, un hurlement silencieux de douleur. Elle s'effondra et enfouit son visage dans ses genoux. Elle pleura en silence, hantée par ces souvenirs douloureux qui ne l'avait définitivement jamais quittée.

Quand elle revint au temps présent, les élèves avaient disparu et la nuit tombait. Elle était seule. Elle passa les mains sur son visage, essayant de chasser la fatigue et les larmes séchées. Elle se sentait déjà vidée et l'année avait à peine débuté. Absolument génial. Elle se releva en poussa un lourd soupir et se retourna vers l'école qui s'illuminait peu à peu. Elle regarda le reflet argenté sur le lac. Il avait toujours été présent pour elle. Il était placide, ancré dans le décor, une présence réconfortante qui lui berçait l'âme. Et elle avait bien besoin de lui aujourd'hui. Redressant les épaules, elle retourna au château d'un pas qu'elle voulait léger mais résolu.

Les couloirs étaient vides, les élèves étant probablement soit dans les salles d'études soit dans leurs dortoirs. Parfait. Morgana accéléra légèrement le pas, pressée de retrouver la quiétude de sa chambre. Une porte s'ouvrit et une voix joviale rebondit sur les murs. Son cœur se serra un bref instant et elle chercha une échappatoire. Elle courut se cacher derrière une colonne, en se plaquant le plus possible contre la pierre froide. Slughorn raccompagnait des élèves vers son bureau, racontant comment il avait obtenu le dernier ouvrage de Salerd en avant-première. Il n'a vraiment pas changé. Elle ferma les yeux et pria tous les dieux qui lui passaient par l'esprit pour qu'il passe sans la remarquer.

« Professeur Belleza ? »

Morgana rouvrit les yeux, paniquée. Neville Londubat la regardait interrogateur.

« Professeur, vous ne vous sentez pas bien ? » demanda-t-il.

« Oh, heu … non tout va bien. Parfaitement bien. » répondit-elle d'une petite voix. Elle se retourna pour s'assurer que Slughorn avait bien disparut et respira plus librement. « Que puis-je pour toi, Neville ? »

Ce dernier rougit en entendant son prénom. Avait-il déjà fait des erreurs pour qu'il soit déjà repéré ?

« Je … vous … ne sembliez pas très bien. C'est tout. Pardon.»

Elle sourit en le voyant tordre la manche de sa robe. Un gentil garçon. Elle ouvrit la bouche pour le rassurer mais une voix glacée la prit de court.

« Londubat … deux jours depuis la rentrée … et déjà perdu. Vous ne cessez de m'impressionner. »

Neville vira au cramoisi et fixa le bout de ses chaussures. Morgana cessa de sourire et se redressa pour affronter du regard le professeur Snape.

« Severus. Deux jours depuis la rentrée et déjà à la recherche d'une proie facile. Tu ne cesseras de m'impressionner. »

Neville s'étouffa et fit semblant de vérifier qu'il avait bien fermer sa sacoche. De son côté, Severus plissa des yeux et un léger tic releva ses lèvres fines. Les yeux bruns de Morgana se fixèrent à ceux de son homologue et ne faiblirent pas face à leur hostilité apparente. Ils se jaugèrent ainsi quelques minutes, sans qu'aucun ne baisse les armes. Finalement, Severus renifla bruyamment et d'un mouvement de cape, retourna vers les cachots sans un mot. Elle sentit ses jambes faiblirent légèrement. Un trop plein d'émotion. Illusion. Elle se retourna vers Neville, le sourire aux lèvres.

« C'est très gentil de ta part de t'inquiéter mais je vais bien. Probablement le décalage horaire. À mon âge je pense qu'il est normal de ne pas récupérer aussi rapidement qu'auparavant. » Elle vérifia les boutons de ses poignets et effleura du bout des doigts son foulard. « Ne reste pas dans les couloirs au risque de faire de mauvaises rencontres. Retourne au dortoir. » Elle reprit le chemin vers sa chambre et se retourna une dernière fois vers Neville. « Et Neville … tu as fait un excellent travail tout à l'heure. Je suis fière de toi. » Sans prendre la peine de voir Neville la regarder partir avec de grands yeux ronds, elle retourna dans sa chambre.

La porte se referma sur elle et le cliquetis de la serrure lui confirma qu'elle était enfin seule avec elle-même. Elle enleva ses bottes et soupira de plaisir lorsque le tapis lui caressa les pieds. Elle défit les premiers boutons de sa robe et prit le médaillon qui pendait contre sa peau nue. Du bout du doigt elle lut les initiales gravées : S. P. Elle sourit. Un vrai sourire. Le premier depuis qu'elle avait mis le pieds à Poudlard. Morgana embrassa doucement le pendentif et se retourna vers le miroir.

« Mauvaise journée ? » demanda-t-il.

Mais elle ne répondit pas. Elle savait. Tout en fixant son reflet, elle fit courir une main le long de son foulard. Ses doigts glissèrent le long de ses temps, de sa nuque. Les couleurs chatoyantes du tissu flattaient son teint halé, lui donnant un faux air de bonne mine. Mais ses lèvres blanchies par la fatigue la trahissaient. Elle ferma les yeux, épuisée. Avait-elle fait le bon choix en acceptant ? D'un geste ample, elle enleva son foulard. Ses longs cheveux cascadèrent dans son dos, brillant. Des cheveux blond platine, presque blanc.