Oneirataxia
Nouveau jour, nouvelle chance de rendre sa vie monotone, un peu plus palpitante. Même si depuis le temps, il ne se berçait plus vraiment d'illusions. Enfin, il essayait.
Hier, sa mère avait essayé de lui faire la conversation, elle n'était pas très doué, même si ça partait d'une bonne intention. Et puis, il ne s'était pas montré très coopératif non plus...
C'est en pensant à la journée d'hier, qu'il enfila son uniforme. Un pantalon en toile noir, accompagné d'un chemise blanche, une cravate bleu à fine rayures blanches, et un veston gris, aux boutons couleur or. Il n'était pas très friand de beaux vêtements classes, et de costumes trois pièces. Donc cette tenue lui convenait largement. Il n'y connaissait pas grand chose en matière de mode de toute façon.
Cela faisait à présent quelques semaines que sa mère et lui s'était installée dans cette petite maison. Une routine s'était installée. Collège, maison. Maison, collège. Et sa mère, boulot, dîner, et sortie tard le soir. Il ne savait jamais où est-ce qu'elle se rendait durant ses expéditions nocturnes. Il ne souhaitait pas le savoir.
Sur cette pensée, il finit par dévaler les escaliers, pour ce rendre dans le jardin, là où sa mère avait insisté pour qu'ils petit-déjeunes ensemble. L'hiver avait laissé place à son ami le printemps, en dépit des averses soudaines, le temps capricieux leur accordait parfois de beaux soleils. Malgré sa joie factice, Carla aimait voir le reste du monde heureux et en paix. Quoi de mieux que du beau temps pour voir la nature s'illuminer?
Pressé de ce débarrasser de cette corvée -il n'aimait pas manger dehors avec ce surplus de lumière- Il traversa le salon et se prit une surface dure et transparente, cette putain de vitre. Il se frotta le nez, mécontent.
Sans qu'il ne s'y attende, pour la première fois depuis il ne savait combien de temps, sa mère explosa de rire. Un rire fort, doux, beau. Il avait l'impression que cela faisait des années qu'il ne l'avait pas entendu.
Ce rire. Qui avait des airs de paradis. Sa chevelure couleur chocolat prenait des reflets roux à cause des rayons du soleil. Elle se tenait le ventre. Elle a sûrement mal, après tout ce temps, sans avoir ri. Se dit-il.
Elle se redressa, le regard brillant, des yeux dont il n'avait malheureusement pas hérité. Mais qu'il trouvait tout simplement splendides, leurs chaleurs pouvait faire fondre n'importe quel cœur de glace, leurs couleurs, aux dégradés oscillant entre le chocolat au lait, et le marron des feuilles d'automne faisait ressortir les petites taches d'or qui résidait à l'intérieur.
Akaashi eu envie d'hurler de bonheur et de chagrin. Mais par-dessus tout, il retint ses larmes.
Sans s'en apercevoir, il s'était immobilisé derrière la baie vitrée, la contemplant, il eut l'impression de retourner en arrière, d'habiter toujours dans son ancienne demeure, avec tous les souvenirs heureux qui y étaient enfermés à double tours a l'aide d'une clef. La clef. La clef que sa mère et lui avaient jetés au fond de leurs cœurs.
D'un coup, sa mère se reprit, écarquilla les yeux, son expression le fit penser à un criminel qui venait de commettre un crime impardonnable. Elle reprit contenance. Et saisie sa tasse favorite, celle aux décors exotiques, avec une citation inscrite dessus qu'elle affectionnait particulièrement « Aime toi, et les gens t'aimeront ».
Akaashi sourit tristement.
Il avait faillit oublier...
...Qu'elle n'avait plus le droit d'être sincèrement heureuse...
XXX
L'académie Fukurodani, l'une des plus grande école du Japon. Dont le campus était composé de trois grands bâtiments consacrés exclusivement aux cours des trois niveaux : primaire, collège, lycée, un autre bâtiment cette fois-ci réservé aux activités de clubs (arts, danse, théâtre), une cours commune, et trois gymnases.
Situé dans un coin perdu, entouré d'une forêt dense, et de végétation, elles était coupée par une seul et unique route que seul les bus scolaires affiliés à l'académie avait le droit d'utiliser. Eux, et les parents des élèves faisant partie du primaire et du collège, ils n'y avaient accès que sur présentation d'une carte qui leur avait été attribuée au début de l'année scolaire. L'internat n'était obligatoire qu'à partir du lycée. Le primaire et le collège disposaient encore du droit de choisir de rentrer chez eux ou non.
Carla Akaashi souhaitait le meilleur pour son fils, alors l'inscrire dans l'une des plus grandes écoles de la région était une évidence. Elle-même avait reçu une éducation de marque, cela l'avait menée à un épanouissement professionnel qu'elle souhaitait à son petit Keiji. A défaut d'avoir une vie de famille parfaite, son travail l'aidait à tenir debout. Ça, et prendre soin de son fils. Elle ne savait ce qu'il serait advenu d'elle si elle ne l'avait pas à ses côté.
Elle vit son fils marcher d'un pas lent vers son école, une posture droite, assurée. Elle était tellement fière de lui.
XXX
-C'est la quatrième fois aujourd'hui! Je vais m'arracher les cheveux.
-Ce serai dommage en effet.
-Te paye pas ma tête...Il me fatigue...
Oikawa lui lança un regard significatif.
-Me regarde pas comme ça, vieux croûton.
-Vieux croûton? Pourquoi vieux croûton?
-Parce que tu bois du café.
Oikawa faillit recracher sa boisson tant l'insulte que venait de lui adresser son partenaire de chimie était nul à chier.
-Ah parce que boire du café c'est pour les vieux maintenant? Laisse moi te dire mon cher Kuroo que ton cerveau digne d'un enfant en bas âges et tes papilles gustatives défaillantes, ne peuvent céder à ce breuvage le mérite...qu'il mérite.
Le rire sarcastique le plus insupportable du monde résonna.
Il firent volte-face, pour avoir devant eux la vieille tête de Daishou Suguru. Oikawa ne savait pas vraiment s'il l'appréciait pour ses goûts vestimentaires tout à fait remarquable, ou s'il lui en voulait pour sa mauvaise manie de mener la vie dure à son partenaire de chimie. Ce qui était sûr, c'est qu'il éviterait de prendre en note sa couleur de cheveux qui laissait vraiment à désirer.
-Bouge face de serpent. Tu me donne des boutons.
-Pas besoin de moi pour que tu sois aussi laid qu'un -chat de gouttière.
La porte de la salle de travail claqua.
-Hey hey hey! Comment vas-tu Daichiotte?
Face à la réplique tout à fait remarquable du nouvel arrivant, qui était accessoirement son meilleur ami, Tetsuro partie dans l'un de ses rires tonitruants dont il avait le secret.
Oikawa, lui s'en alla rejoindre Iwa-Chan estimant que tout ceci ne relevait pas de son domaine de compétence. Enfin surtout l'idée de devoir supporter les trois plus grands idiots que l'académie n'avait porté, soit réellement une perspective alléchante. Mais rendre la vie dure à son copain, ça oui, c'était ça spécialité.
Daishou, vexé dans son ego, ne put se résoudre à céder la victoire à ces deux zigotos.
-Hey, Kota-crotte, ravie de te revoir.
Seul le cri indigné de Bokuto lui répondit. Ça, et le redoublement du rire de hyène de Kuroo.
Fière de lui, et estimant qu'il avait accompli sa mission de rabattre le clapet du duo catastrophe, il finit par faire ce qu'il était justement venu accomplir. Et sortie de son sac une photo. La photo d'un beau garçon aux cheveux noirs, courts et bouclés, avec des yeux assez uniques. Un regard sombre avec des petites blanches, comme un ciel parsemé d'étoiles. Un regard expressif qui contrastait avec une expression neutre. Comme un tourbillon, au centre d'une mer flegmatique.
Et Bokuto fut immédiatement pris dans le vortex.
-Ce gars là, il est nouveau au collège, et est arrivé la semaine dernière. Vous n'êtes pas sans savoir que Fukurodani n'accepte jamais de petit nouveau en plein cours d'année.
-Et? En quoi c'est censé nous concerner? Demanda Kuroo, qui avait l'air de vouloir ce jeter par dessus un pont.
Suguru ignora sa question.
-La chef exige une enquête.
L'air ce fit rare soudainement. Et le moucheron qui voltigeait par-là, s'étouffa, et se prit le mur. Heureusement d'ailleurs, sinon il serait sûrement rentré dans la bouche grande ouverte de Kuroo. Ou alors ce serait-il fait écraser par le poids plume de Bokuto qui venait de tomber à la renverse. Dans les deux cas, elle avait eu de la chance.
Contrairement aux deux gaillards.
-Ah non. Non, non, non, non. Non. Tetsuro en perdit son dialecte.
-Ouais, c'est hors de questions!
-C'est regrettable en effet. Mais pas le choix. La patronne ordonne. On exécute.
La patronne en question se prénommait Mika Yamaka, autrement dit, le cauchemar de toute l'équipe de volley-ball du lycée. Cousine du non moins célèbre Sakusa Kiyoomi, elle avait l'avantage d'être intouchable. Encore plus depuis la fin de son histoire avec Daishou, qui n'avait fait que renforcer le symptôme du Brother complex de son cousin. A partir de cette période, Mikasa se mit a régner en maître sur tous les membres de l'équipe. Son règne dictatorial ferait pâlir les plus grands dictateurs de l'histoire. Et lorsqu'une folie prenait possession de l'un d'eux -celle de désobéir bien évidemment. Les punitions affligées étaient encore pires que les missions confiées. A son plus grand regret, Kuroo se remémora le jour où il avait trouvé Komori accroché à la branche d'un arbre, vêtu uniquement de son caleçon, avec des glaçons à l'intérieur. Il ne put que déglutir.
Bokuto lui, se souvint de la fois où Il avait dû boire quatre bouteilles entières de citronnades à minuit. Et que la porte des toilettes de l'internat avait été fermée a clef. Idem pour la porte menant vers l'extérieur, donc impossibilité de se vider dans le jardin. Et qu'il avait du le faire dans le pot du cactus que l'un des enfants de l'orphelinat lui avait offert. Un souvenir des plus tragiques. Qui ne manqua pas de lui rappeler qu'il n'avait pas le choix.
Kuroo et Bokuto eurent alors le même réflexe. Pousser des gémissements de désespoir les plus attristant de la terre, qui auraient presque pu arracher à Suguru une petite larmichette. Presque.
...
