Voici la suite de cette fic. Je m'y suis remise et, sans rien promettre (vous me connaissez), je vais essayer de me tenir à une publication plus régulière. Merci pour votre soutien, et merci à Christine pour sa review et ses commentaires de manière générale.

Je précise que le titre est de mon copain (il voulait qu'il y ait le mot "mine" dedans car il n'envisage pas un titre sans jeu de mots, je l'ai donc laissé tel quel) et je rappelle que cette histoire se passe au début de la chronologie de Star Trek (McCoy est sur l'Enterprise depuis à peine un an, il n'a donc jamais vu Spock pratiquer une fusion mentale). Ce que je dis à propos de la télépathie vulcaine n'est pas totalement canon... en fait, je ne sais pas trop comment ça fonctionne. Que les fans me pardonnent.


Chapitre 2 – Aparté, mine de rien

Neuf jours.

Cela faisait neuf jours qu'on lui avait expliqué ce que l'on attendait de lui, à présent qu'il ne s'appartenait plus. Chaque mot prononcé par ses interlocuteurs était une atteinte aux deux serments qu'il avait prononcés, l'un en sa qualité de médecin, l'autre en s'engageant dans Starfleet. Il avait commencé par refuser catégoriquement (non sans déverser sur ses ravisseurs un flot d'insultes imagées qui ne l'avait pas vraiment soulagé), s'attirant menaces, coups et privations. Puis, après deux interminables journées, on l'avait traîné de force dans une pièce aux murs gris et nus, sommairement meublée de deux chaises, d'un bureau et de caisses emplies de matériel médical acheté à bas prix – une pièce qui, avec beaucoup d'imagination et relativement peu de morale, aurait pu éventuellement ressembler à une infirmerie, et où il avait rencontré son premier « patient ».

Il aurait dû continuer à dire non, continuer à refuser d'examiner des hommes qui s'épuisaient à la tâche et dont les conditions de vie étaient à peine acceptables. Il aurait dû dire non, et peut-être se laisser mourir de faim et de soif, mais son regard avait croisé celui du jeune Andorien dont le bras avait été pris dans un éboulement non maîtrisé, et il n'avait pas pu, pas su dire non, parce que c'était son métier – soigner les autres, ne pas les laisser souffrir, soulager leur douleur par tous les moyens possibles. Il savait pourtant qu'en lui venant en aide, il le renvoyait vers un destin peut-être pire que la mort, mais comment pouvait-il ne pas faire de mal alors que les alternatives menaient toutes deux à la souffrance ?

Un cas qu'Hippocrate n'avait de toute évidence pas suffisamment considéré au moment de rédiger son fameux serment.

Il avait nettoyé les plaies, réduit la fracture, injecté des antidouleurs, mécaniquement, tout en murmurant de vaines paroles de réconfort, comme s'il s'était trouvé dans l'infirmerie de l'Enterprise et non au fond de cette cave sordide. Puis on lui avait présenté un deuxième esclave, puis un troisième. Il en avait vu défiler près de deux cent cinquante en une semaine, certains à plusieurs reprises.

Il était au bord de l'explosion intérieure lorsque, le neuvième jour, alors qu'il mâchait sans grande conviction une sorte de sandwich farineux dont le goût n'avait absolument rien de reconnaissable, la porte de son « infirmerie » s'ouvrit brutalement, laissant apparaître deux gardes qui soutenaient entre eux, non sans difficulté, un des mineurs au vêtement lacéré par les coups de fouets.

Un vêtement bleu que McCoy aurait reconnu entre mille.

Il faillit se trahir, prononcer le nom de Spock, se précipiter vers lui, manifester de l'inquiétude, mais parvint, par un miracle inexplicable étant donné sa propension à porter ses émotions en bandoulière, à demeurer immobile et à se contenter d'aboyer de son ton le plus malaimable :

- Qu'est-ce qu'il y a encore ?

Les deux Orions laissèrent tomber sans grands ménagements le premier officier sur le lit. Bones retint avec peine une grimace d'appréhension et de colère.

- Le Vulcain s'est évanoui au trentième coup de fouet. Nous le pensions plus résistant.

Le médecin déglutit avec difficulté, le cœur battant la chamade. Lui aussi pensait Spock plus résistant.

- Bon, je retourne à mon poste, marmonna l'un des Orions.

Son acolyte, un petit humanoïde trapu dont le bas du visage était barré d'une large cicatrice, lui fit un signe de la main en guise de remerciement. Il semblait anxieux.

- Vous allez le remettre d'aplomb, n'est-ce-pas ? demanda-t-il dans un standard presque parfait.

Bones fit un signe de tête non compromettant. Il savait que les contremaîtres se laissaient parfois aller à frapper les esclaves plus cruellement qu'ils n'étaient autorisés à le faire, et qu'une telle attitude était à son tour sévèrement punie par les chefs de section, qui descendaient quotidiennement dans la fosse pour procéder à l'inspection des hommes et à la récolte des cristaux. Ils avaient, selon leurs propres dires, besoin d'esclaves « fonctionnels » (le mot, qu'il avait entendu prononcer à plusieurs reprises par les Orions, le fit tressaillir : il s'agissait d'un terme que Spock employait souvent et qui avait tendance à mettre le médecin en chef hors de lui en raison de sa connotation robotique) et, en conséquence, ne voulaient pas qu'on les « abîme » trop.

Seigneur, où était-il tombé ?

Il se força à abandonner toute pensée contre-productive et s'approcha de Spock, laissant ses réflexes médicaux reprendre le dessus. Les lambeaux de la tunique bleue striée de vert pendaient, imbibés de sang, sur le dos du Vulcain.

Inspire. Expire. Regarde le corps de manière détachée. Il ne s'agit pas d'un être pensant, mais d'une mécanique déréglée que tu dois réparer au mieux, avec dextérité et précision. Un faux mouvement, un geste brusque risquerait d'aggraver la panne.

Comme toujours dans ce genre de cas, les conseils de Loan, médecin qui l'avait suivi durant toutes ses années d'internat, lui revenaient en mémoire. Il entendait de nouveau la voix sans âge qui l'incitait à se détacher de ses émotions, à les mettre de côté pour agir sans être entravé par ce qui bouillonnait au fond de lui et lui donnait envie de hurler – car comment pouvait-on commette de telles horreurs sur un être vivant ?

Il s'empara d'une paire de ciseaux (non stérilisée) et s'efforça d'extraire les fragments de tissu incrustés dans les profondes lacérations causées par la morsure du fouet. Sans réfléchir à la manière dont les coups avaient été portés. Ni avec quelle force. Ni combien de fois.

Sa main gauche trembla légèrement et effleura bien malgré lui le flanc de son patient. A peine était-il entré en contact avec la peau glacée du Vulcain qu'il sentit une décharge électrique remonter le long de ses doigts.

Il sursauta.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda l'Orion avec une anxiété non feinte.

Bones fixa Spock avec incrédulité, se demandant s'il avait ou non rêvé ce qui venait de se passer. Bien entendu, il connaissait les facultés télépathiques vulcaines. Du moins théoriquement. Jusqu'à présent, Spock s'était assez habilement dérobé à tout examen médical approfondi, de même qu'il avait esquivé les questions curieuses du praticien sur les particularités anatomiques des Vulcains. A peine s'était-il laissé soigner par le médecin en chef lorsqu'il avait été blessé durant une mission (et il s'était littéralement enfui de l'infirmerie les rares fois où il avait été contraint d'y rester plus de quelques minutes).

McCoy savait donc, comme tout un chacun, que Spock était capable, par le toucher, de transmettre des informations et probablement d'en recevoir, mais il ignorait totalement comment fonctionnaient les fusions mentales – un sujet que l'espèce la plus logique de l'univers était réticente à aborder avec des étrangers. Or, si son esprit ne lui avait pas joué de tours, il venait d'être témoin d'un magnifique exemple de télépathie tactile. L'ordre, impérieux, lui était parvenu aussi distinctement que si Spock avait parlé à haute voix.

Eloignez le garde.

- Vous l'avez salement amoché, s'exclama le médecin en se retournant vers le contremaître, dont le visage se crispa. Il va me falloir de la bicaridine, et rapidement.

- Mais… mais vous avez du metorapan, protesta le garde en désignant un hypospray.

C'était bien la veine de Leonard de tomber sur l'unique Orion de la mine qui eût des connaissances en médecine !

- Les Vulcains ne supportent pas le metorapan, aboya McCoy, espérant être convaincant. Maintenant, si vous préférez que je prenne le risque de le tuer, dites-le-moi, vous en porterez la responsabilité.

L'Orion pâlit, ce qui lui donna une intéressante teinte anis.

- Garup ne doit pas savoir, balbutia-t-il. Vous ne direz rien, n'est-ce-pas ?

Le médecin décida de ne pas pousser plus avant son avantage.

- Non, bien évidemment. Mais il me faut du metorapan rapidement, ajouta-t-il du ton le plus aimable qu'il put trouver.

L'autre acquiesça et quitta « l'infirmerie » en refermant la porte derrière lui, probablement pour qu'aucun de ses supérieurs ne se rende compte de l'impair qu'il venait de commettre. Le penne avait à peine basculé dans la clenche que Spock ouvrait les yeux et se redressait souplement, comme s'il n'avait pas eu le dos labouré par les lanières de cuir.

- Excellente idée, docteur.

- Par Jupiter, qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi vous a-t-il mis dans cet état ?

Le premier officier haussa les épaules. Une goutte de sang glissa jusqu'au sol.

- Un homme est tombé à terre et le capitaine l'a défendu contre le gardien qui le fouettait. Je me suis à mon tour interposé. Mon action d'éclat va me permettre, je l'espère, de rejoindre le capitaine dans le quartier des « fortes têtes ».

L'information mit un certain temps à monter au cerveau de McCoy, qui luttait contre l'écœurement que faisait monter en lui l'odeur fade du sang.

- Attendez… Vous voulez dire que vous l'avez fait exprès ?

Spock leva un sourcil qui pouvait signifier aussi bien « cela ne vous regarde pas » que « comment pouvez-vous poser la question ? » ou encore « je me suis contenté d'agir logiquement ».

- La douleur est secrétée par l'esprit, se contenta-t-il de répondre calmement. Pour un Vulcain, elle n'existe pas. Je vous propose cependant de remettre cette discussion philosophique à une autre fois. Nous avons plus important à nous dire.

McCoy acquiesça. En effet, ils avaient plus important à se dire, plus important que l'orgueil vulcain et que la volonté désespérée de Spock de faire ses preuves en tant que membre de cette espèce à part entière. Plus important aussi que de comprendre comment ou pour quelle raison ils s'étaient tous les trois retrouvés dans cet horrible endroit.

- Rallongez-vous, intima-t-il, pour donner le change lorsque le garde rentrera. Comment est-ce qu'on sort d'ici ? Vous avez un plan ?

Tout en posant la question, le médecin avait repris sa paire de ciseaux et recommencé son travail minutieux. Spock ne broncha pas lorsque McCoy ôta d'une plaie particulièrement profonde un morceau de tissu récalcitrant qui avait visiblement décidé de s'y installer à demeure.

- Pour avoir un « plan », il me faudrait connaître les spécificités de cet endroit. J'ai surpris quelques conversations, mais toute information supplémentaire sera la bienvenue. Qu'avez-vous appris ?

Bones, tout en déplorant pour la millième fois depuis le début de la journée l'absence de gants stériles, appliqua sur le dos du Vulcain une compresse de gaze imbibée de désinfectant. Il grimaça en voyant Spock tressaillir presque imperceptiblement.

- Je ne sais pas grand-chose, répondit-il en se sentant profondément inutile. Le type qui dirige tout ça est un dénommé Garup. Un Orion. Il règne autour de lui une sorte d'aura mêlée de terreur. Comme s'il était omniscient, capable d'ubiquité et doté de dons télépathiques.

Il ne le vit pas, étant occupé à essayer de réduire les dégâts occasionnés par le fouet sur son dos, mais il entendit le sourcil de Spock se lever.

- Les Orions ne sont pas télépathes.

- Cela n'empêche pas Garup d'avoir dans la mine une solide réputation de toute-puissance. Vous avez vu vous-même dans quel état était votre bourreau (nouveau haussement de sourcils) à l'idée que son supérieur puisse apprendre qu'il vous avait fouetté sans autorisation. Les gardes vivent dans la terreur de sa venue et même les chefs de section ne sont pas à l'aise à la mention de son nom. Un certain nombre d'histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres courent à son sujet. Il aurait des pouvoirs magiques, il aurait passé un pacte avec le diable, j'en passe et des meilleures. Les faits avérés sont les suivants : tous les prisonniers, sans exception, qui ont cherché à s'évader ont été arrêtés, torturés et mis à mort avant même d'avoir pu mettre leur plan à exécution. Les gardes, médecins ou chefs de section qui s'étaient laissés corrompre n'ont pas mieux fini. Beaucoup d'Orions y voient le signe d'un pouvoir quasiment divin et ils seraient prêts à n'importe quoi pour plaire à leur chef.

- Vous l'avez vu ? s'enquit Spock.

- Je l'ai vu, confirma Bones, les dents serrées au souvenir de leur entrevue. Il descend dans la mine une fois tous les six jours pour une inspection générale. C'est un petit Orion à la peau sombre, qui ne paye pas de mine, sans parler de l'odeur tenace d'ail et de parfum qu'il traîne dans son sillage, mais il y a en effet un je ne sais quoi de glaçant dans son attitude. Il m'a posé une question à propos d'un malade, une autre à propos d'un blessé, et n'a à aucun moment paru incommodé par les insultes que je lui ai lancées.

Spock se redressa à demi sur un coude et se retourna pour fixer le médecin.

- Vous l'avez insulté ?

Ce fut au tour de McCoy de hausser les épaules.

- Vous commencez à me connaître. J'insulte tout le monde, c'est mon passe-temps favori.

- Ne prenez pas ce genre de risque, docteur. Nous devons mettre en commun nos facultés pour quitter cet endroit, pas nous mettre inutilement en danger.

En toute autre circonstance, le médecin aurait réagi au quart de tour et lancé à son interlocuteur « c'est l'hôpital qui se moque de la charité », ou tout autre proverbe incompréhensible pour le Vulcain, mais la vision qu'il avait sous les yeux de la peau brûlée par le cuir, de la chair à vif, lui ôtait l'envie d'un duel verbal avec le premier officier.

- Comment expliquez-vous l'échec de toutes les tentatives d'évasion ? reprit Spock.

- Des espions ? suggéra le médecin.

- Probablement. Dans ce cas, nous ne devons nous fier qu'à nous-mêmes, conclut le Vulcain, impassible comme à son habitude. Avez-vous une idée de la manière dont la mine est organisée ?

McCoy secoua négativement la tête, luttant contre le découragement qui s'emparait de lui. Comment pouvaient-ils, à trois contre cent, espérer quitter cet endroit alors qu'ils n'en connaissaient strictement rien ?

- Je n'ai pas vraiment eu l'occasion de me balader, si tel était le sens de votre question. Je dors dans une petite pièce juste à côté de celle-ci.

- Ne partagez-vous pas une chambre avec les autres médecins ?

- Non. Je crois qu'ils veulent éviter au maximum toute communication entre nous. Un garde est toujours présent lorsque j'examine les patients.

- Il nous faut absolument découvrir où se trouvent les navettes. J'ai entendu deux chefs de section mentionner un hangar situé au premier sous-sol. Elles ne sont donc pas à la surface de la planète. Il semblerait que l'une d'entre elles au moins possède une capacité de vitesse de distorsion 5.

Cette assertion était tellement surprenante que le médecin cessa un instant de nettoyer les plaies de son patient.

- Quoi ? Mais la distorsion 5 est réservée aux vaisseaux de la flotte !

- Le problème n'est pas là, docteur. La seule question pertinente est la suivante : parviendrons-nous à voler une de ces navettes et à neutraliser les autres pour nous enfuir ? Pour cela, nous devons connaître leur nombre exact ainsi que leurs vitesses respectives.

McCoy hocha la tête. Oui, bien sûr, ce discours était logique. Mais comment parvenir à trouver de telles informations ? Et même si, par un extraordinaire concours de circonstances, il parvenait à se renseigner…

- Spock, je vous ai dit qu'ils ne me laissent jamais tout seul avec un patient ! C'est déjà un miracle que j'aie réussi à éloigner le garde quelques minutes, mais ça ne se reproduira pas.

De nouveau, le premier officier se retourna vers son interlocuteur, obligeant ce dernier à interrompre ses soins.

- J'ai cru comprendre que vous n'êtes pas très à l'aise avec tout ce qui concerne la télépathie et les pouvoirs extra-sensoriels, et sachez que si je n'y étais pas absolument contraint par l'urgence de notre situation, je ne vous proposerais pas de…

Le médecin lui coupa la parole avec une brusquerie qu'il regretta par la suite :

- C'est bien vous que j'ai entendu dans mon esprit tout à l'heure ?

Il vit les muscles du Vulcain se crisper.

- Affirmatif. Je vous prie de m'excuser pour cette intrusion.

McCoy demeura un instant interdit. C'était la première fois en neuf mois que Spock s'excusait auprès de lui. Voyant sa perplexité, le Vulcain jugea bon de se fendre d'une explication :

- La télépathie n'est pas prise à la légère par mon peuple et nécessite le consentement des deux personnes concernées. Je n'ai pas…

Spock s'interrompit – autre fait remarquable, que le médecin interpréta comme la manifestation d'un trouble ou d'un embarras qu'il ne savait exprimer – et détourna le regard. Bones décida de passer outre. Ainsi que l'avait fait remarquer son compagnon d'infortune, ils avaient plus urgent à faire et à se dire.

- Vous croyez que je pourrais vous… vous passer des informations de la même façon ?

- Le contact peau à peau permet en effet de « passer des informations », ainsi que vous le formulez. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une fusion mentale, qui n'a à ce jour jamais été tentée sur un être humain.

McCoy comprit que Spock, aussi bizarre que cela puisse paraître, cherchait à s'assurer lui-même de la légitimité du procédé – à se rassurer, aurait-il dit si Spock avait été humain. Il décida d'accélérer le processus.

- L'heure n'est pas aux délicatesses. Ainsi que vous me l'avez très justement fait remarquer, le temps presse. Considérez que vous avez mon consentement, maintenant et pour tous les cas urgents qui se présenteront dans l'avenir. N'hésitez jamais à le faire, surtout pour sauver Jim ou un autre membre de l'équipage. A présent, expliquez-moi comment ça fonctionne et ce que je devrai faire.

Le Vulcain plissa les paupières, ce que Bones interpréta comme un signe d'étonnement. Il devait estimer que son interlocuteur prenait un peu trop à la légère des questions qui étaient probablement vitales pour un télépathe. Cependant, il ne formula pas ses questions à voix haute et se contenta de répondre :

- Il vous suffit de placer à l'avant de votre esprit les informations que vous souhaitez me transmettre et je les percevrai. Je vous assure que je ne chercherai pas à « voir » quoi que ce soit d'autre.

McCoy hocha la tête et posa un doigt sur le bras nu de Spock.

- Dites-moi à quoi je pense.

Le Vulcain tressaillit et ses mâchoires se crispèrent.

- A Jim, dit-il d'une voix qui parut changée au médecin.

Ce dernier retira vivement son doigt.

- Ça vous fait mal ? demanda-t-il, se sentant coupable de ne pas avoir pris davantage au sérieux les hésitations de son coéquipier.

Spock hésita un instant avant d'articuler, sans intonation particulière :

- La sensation n'est pas agréable, mais elle demeure tout à fait supportable. Je pense que nous devons…

A ce moment, la porte de « l'infirmerie » s'ouvrit, et l'apparition du garde qui l'avait fouetté une demi-heure auparavant réduisit Spock au silence. L'Orion tenait dans sa main une seringue.

- De la bicaridine, haleta-t-il.

McCoy lui arracha l'hypospray des mains et l'enfonça dans l'épaule la moins meurtrie de son patient.

- Ça va aller ? demanda le garde avec une inquiétude non feinte – après tout, ce gars-là craignait pour son poste et probablement pour sa vie.

Le médecin haussa les épaules et arbora un air indifférent.

- C'est solide, un Vulcain. Mais quand même, allez-y mollo, et amenez-le-moi tous les jours pour que je change ses pansements et que je vérifie que tout va bien. Il y a toujours un risque d'hémorragie interne, expliqua-t-il en priant pour que les connaissances de son interlocuteur en médecine s'arrête aux antidouleurs.

Fort heureusement, c'était le cas. Le garde hocha la tête.

- Et… je peux le renvoyer au travail tout de suite ?

Si la main de Spock, qui prenait appui sur le bord du lit pour se redresser, ne s'était pas posée, comme par hasard, sur celle de McCoy à ce moment, il y a fort à parier que ce dernier aurait commencé à hurler sur son interlocuteur.

Je peux travailler. Faites-vous un allié de ce garde.

Il fallut au médecin en chef un effort surhumain pour répondre calmement tout en s'efforçant de ne pas penser à la chose sanguinolente qu'était devenu le dos de Spock à cause de cet ersatz d'humanoïde qui lui demandait sur un ton parfaitement normal s'il pouvait renvoyer au travail (un terme parfaitement inapproprié pour désigner ce que faisaient les esclaves à longueur de journée) celui qu'il aurait très bien pu fouetter à mort.

- Mettez-le à la préparation du repas ce matin, dit-il entre ses dents serrées. Et n'oubliez pas de me l'amener demain pour un contrôle.

Spock s'autorisa un léger signe de tête à l'intention du médecin, comme pour l'encourager, ou le réconforter, ou le remercier, alors qu'il quittait la pièce en compagnie de l'Orion. McCoy, incapable de lui répondre de quelque manière que ce fût, regarda la porte se refermer derrière eux et se passa les mains sur le visage.

Comment allait-il réussir à effectuer la mission dont Spock l'avait chargé ? Bien évidemment, en tant que médecin, il disposait de plus de liberté que les esclaves qui travaillaient au fond de la mine, mais il n'en était pas moins prisonnier. Il n'avait pas la moindre idée de l'endroit où se trouvaient les navettes, pas plus que de l'organisation interne de la mine. Les sept derniers jours, il les avait passés à rafistoler comme il avait pu, avec des moyens de fortune, des humanoïdes qui, quels qu'aient été leurs crimes éventuels, ne méritaient pas l'enfer que leur faisaient vivre les Orions jour après jour. Chaque soir, il s'effondrait sur son lit, épuisé et vaincu par l'angoisse. Même sa colère avait été rongée, petit à petit, par la fatigue physique et le désespoir.

Il ne lui restait plus qu'à essayer.