– Mademoiselle Livelia, cela vous arrive-t-il parfois d'avoir une expression de gaieté sur votre charmant visage ? Vous faites peur à voir dans tous les sens du terme.
– Si notre venu dans cet aéroport n'avait pas été ébruitée alors peut-être que, oui, je tirerais une tronche un peu moins agressive Madame la Présidente de la Ligue !
La présidente, Aretha Cordelia Galanny, soupira. Ne sachant plus quoi faire pour sauver les apparences en présence du Maître Floor Livelia.
Les deux femmes étaient actuellement dans une salle adjacente à la salle de retrait des bagages et c'était également, ce que l'on pouvait qualifier à juste titre, ce qui servait de sas séparant le bâtiment du tarmac.
Elles étaient toutes les deux accompagnés de gardes du corps, une mesure jugée indispensable en premier lieu et heureusement adoptée en finalité. Ces trois hommes et ces trois femmes étaient là pour empêcher la presse et les chaînes de télévision de venir importuner les deux plus grandes figures actuelles de Galar.
L'une comme l'autre était soulagée de sentir la présence de ces gardiens qui leurs assuraient un minimum de tranquillité… Mais comme elles pouvaient s'y attendre, les parois vitrées n'offraient pas une insonorisation parfaite et, de ce fait, elles entendaient vaguement les propos tenus à seulement une trentaine de mètre derrière elles… Parce que oui, il y avait aussi un cordon de sécurité d'une dizaine de personnes, accompagné de quelques Arcanins, appartenant à l'aéroport, qui bloquait l'accès par leur présence…
Et pourtant, Floor avait la désagréable impression que cela ne suffisait pas… ou que cela n'allait pas suffire. Par tous les dieux pokémons, elle espérait elle-même que sa conscience saurait se tenir tranquille lorsque les médias réussiront à les rattraper à la sortie, elle, la présidente, et les invités attendus sous peu. Car cela arrivera, c'était une certitude.
Sans compter sur le fait que, même si Floor et Aretha se respectaient mutuellement et passaient parfois de bon moment. Il leur arrivait très souvent de se lancer des piques et de se disputer, l'une comme l'autre ne souhaitant jamais lâcher l'affaire la première. C'était comme ça quand elles se retrouvaient seules cotes à cote la plupart du temps.
Et cela ne manqua pas.
– Vos fans, mademoiselle Livelia, ne semblent pas s'épuiser, lança la présidente d'un ton las, pour alimenter la discussion. À croire que poursuivre votre élégante personne est devenu un sport national pour eux. Dites-moi, n'avez-vous jamais essayer de faire une déclaration publique pour calmer les esprits ? Vous n'êtes pas souvent sous le feu des projecteurs et c'est surement la raison pour laquelle on vous pourchasse à tout va. Vous êtes si insaisissable…
Sans la regarder, Floor lui répondit du tac au tac.
– Dois-je le prendre comme un compliment ?
– Cela, c'est à vous de voir, fit la présidente en retour. Est-ce que le fait de se soustraire à toute forme de contact avec l'extérieur peut être perçu comme un compliment ? Personnellement je ne pense pas, mais certaines personnes sont réfractaires à toute notion de grandeur… J'en ai l'exemple parfait à mes côtés.
– Par pitié, Madame la Présidente, on me critique déjà assez à ce sujet, n'en rajoutez pas.
– Ce n'était pas mon intention très chère.
Floor se renfrogna. Elle n'aimait décidément pas qu'on sous-entende que sa personnalité posait problème. Elle n'était pas aveugle, loin de là. Depuis peu, effectivement, le sujet était évoqué au sein de la population, pas méchamment bien sûr car tous aimaient beaucoup leur Maître, mais on évoquait ceci ou cela dans les bars et autres salons de coiffures. Ce fait était rapporté par les employés de la Ligue et les commentaires qui revenaient régulièrement étaient : « Floor est une grande championne mais elle est froide comme une pierre glace » ou encore « Impossible de la croiser à un coin de rue, elle fait tout pour échapper aux regards des autres ».
Oh, elle avait pris sur elle durant toutes ces années et cela lui réussissait plutôt bien vu que la situation n'avait pas semblée se dégrader… En apparence. Elle n'était pas née de la dernière pluie, Floor avait plutôt le pressentiment que cela empirait d'année en année. Toujours plus de supporters, toujours plus de caméras et toujours moins d'intimité… Et donc toujours plus d'animosité involontaire. Mais que pouvait-elle y faire ?
Pire encore, cela devenait un jeu pour les fans qui la soutenaient. Ils cherchaient à l'approcher… par toutes les techniques humainement possibles… La différence fondamentale était là. Rien à voir avec des célébrités tels que les champions de Galar, des personnes qu'on ne venaient pas emmerder à tout bout de champ.
C'était un jeu ! Mais ce n'était pas elle qui s'amusait dans l'histoire.
Floor eut une envie folle de se frapper la tête contre un mur. Elle ne devait pas penser à ça. En aucun cas ! Cela affectait son moral et elle n'avait pas besoin de ça pour accueillir ses futurs invités de la manière la plus amicale qui soit. Elle devrait faire preuve de diplomatie devant les caméras qui allaient immanquablement les filmer et, afficher un masque d'irritation n'allait arranger personne.
Floor s'efforça donc de ranger toute son exaspération dans un recoin de sa tête et se concentra plutôt sur le tarmac où les quelques avions, toujours stationnés depuis bien trois heures, roupillaient tranquillement au soleil. C'était si paisible à voir…
Une feuille vert-orangée tomba alors juste devant ses yeux verts. Une feuille de chêne au vu de la forme. Cela lui rappela dans quel mois ils étaient…
En plein mois de septembre.
Ils étaient en plein mois de septembre. Cela faisait déjà deux mois que la Ligue de Galar avait été contactée pour participer au tournoi intercontinental et après moult et moult réunions en interne et en visio-conférence, c'était la première fois que Galar accueillait une autre « administration » sur ses terres.
C'était la raison de la venue de Floor et Aretha à l'aéroport de dimension conséquente, bien que modeste en comparaison des autres, de Winscor. Aéroport qui, par ailleurs, il ne servait qu'à ça. Les voyages internes à Galar se faisaient toujours par train ou par taxi volant à dos de Corvaillus. Mais bref, dans tous les cas, les deux personnalités venaient accueillir personnellement leurs hôtes. C'était un des devoirs de Floor en tant que maître, elle ne pouvait déroger à la règle.
La présidente brisa une nouvelle fois le silence qui s'était installé.
– Je vois que vous ne portez qu'une seule pokéball à votre ceinture… Dois-je en déduire que vos autres pokémons se trouvent au siège ?
Décidément, la présidente avait le don de poser des questions insolites et imprévisibles.
– Pas tout à fait, répondit Floor en croisant ses mains derrière son dos. Les « autres » comme vous dites sont à Brasswick, au laboratoire du professeur Sonya. Je me suis rendu compte qu'ils avaient tous franchement du mal avec la vie en intérieur. Pas que nos installations soient déplorables mais… vous comprenez… Entre l'air conditionné et l'extérieur, ils préfèrent évidemment la nature et l'air frais.
Aretha hocha la tête.
– Et peut-on savoir qui est l'heureux élu qui a pu garder sa place à vos côtés Mademoiselle Livelia ? Reprit la présidente sur un ton faussement courtois.
Ce commentaire irrita Floor. De quel droit cela intéressait la présidente de savoir quel pokémon restait avec elle en permanence ? Ça ne la regardait pas.
Comme à son habitude et parce qu'elle s'était très bien entraînée en neuf ans, Floor cacha ses émotions et n'afficha qu'un visage de marbre. Cependant, en répondant à son interlocutrice, elle employa un ton sec et teinté de givre…
– Puisque que vous tenez tellement à posséder une information aussi capitale – elle insista sur le mot capital – je vais vous le dire. Il s'agit de mon Givrali !
– Un Givrali…, répondit la présidente en marmonnant.
Ce qui n'échappa pas à Floor qui commença à s'empourprer.
– Oui je sais ! Vous allez me dire qu'un Givrali n'est pas un pokémon de Galar et que, en tant que maître de cette région, je devrais avoir des pokémon exclusivement issu de notre contrée et qui, selon une logique qui m'échappe, possèdent obligatoirement beaucoup de talent ! Désolé de vous l'apprendre, mais beaucoup de mes collègues champions sont du même avis que moi, à savoir que n'importe quel pokémon à sa place dans son équipe du moment que l'on sait parfaitement tenir compte des capacités et des faiblesses de nos bestioles. Sans vouloir vous manquer de respect Madame Galanny, vous avez des idées bien arriérées concernant la stratégie pokémon.
– Je ne fais confiance qu'en ce que je crois ma chère mademoiselle Livelia et je pense que vous vous méprenez, je n'avais aucunement l'intention de dénigrer vos protégés. Ils ont réussi des exploits magistraux par le passé et pas plus tard qu'à votre dernière finale pour votre nouvelle victoire. Je sais reconnaître quand des pokémons ont des talents disons « inattendus ». Ce qui, et j'en suis certaine, est le cas de votre Givrali…
– Vous pourriez lui dire vous-même vous savez, ça irait plus vite.
– Sans façon ma chère et puis la pauvre serait tellement offusquée de voir votre tranquillité troublée qu'elle serait tentée d'envoyer un Laser-Glace en plein sur notre public indésiré… si ce n'est pas moi qu'elle prend pour cible.
Floor rigola froidement.
– À travers la vitre ? N'exagérons rien… mais vous marquez un point ! Mais en parlant de public… Je pense qu'à terme j'emploierais plutôt mon Roserade. Une petite touche de toxicité devrait suffire pour renvoyer la plupart des importuns chez eux pour une longue durée…
Un air d'indignation passa sur le visage de la présidente pendant un très court instant.
– Floor ! Savez-vous que vous pouvez apparaître effrayante parfois ? Je ne suis pas contre l'idée – sur le principe uniquement – d'employer une telle méthode, parce que moi aussi je trouve usant d'avoir une meute aux trousses. En revanche, je ne sais pas si vous réalisez la portée que ce genre d'acte pourrait avoir. Je sais que vous êtes tout à fait capable de mettre vos menaces à exécution et c'est justement ce qui me fait le plus peur…
Le maître rigola entre ses lèvres.
– On commence à le penser effectivement mais pour votre gouverne, ajouta Floor, je garde secrètement des stratagèmes beaucoup plus vicieux dans mes poches… Pensez ce que vous voulez Madame la Présidente, mais je ne tiens plus à être la sainte élue, blanche comme neige, qui apporte paix et prospérité en acceptant d'être un symbole gentil avec tout le monde et qui ne vit que pour son statut de demi-déesse. Je suis une personne franche et direct Aretha, mais aussi généreuse envers ceux qui le méritent et heureuse quand la situation s'y prête… mais je peux devenir aussi sadiquement méchante… Et ça ne me ferait aucunement plaisir d'en arrivé à de telles extrémités.
La présidente soupira longuement.
– Voilà qui est clair. À présent nous sommes fixés ! Vous êtes un Maître avec du tempérament et cela me réjouit de ne pas vous voir vous faire marcher sur les pieds.
– Comme vous dites…
Un long silence passa. Un long silence entrecoupé d'exclamations que les vitres ne parvenaient pas à enrayer systématiquement. Toutefois, c'était le cadet des soucis de Floor. Elle ne s'en souciait même plus. Elle voulait juste que cette journée prenne enfin un tournant plus distrayant.
Alors que l'attente devenait pesante, une voix retentit dans les haut-parleurs de l'aéroport. Floor leva un œil inquisiteur en attendant l'annonce et vit que la présidente en faisait de même.
La voix les informa que le prochain avion en approche était bien celui qu'elles étaient venues attendre. Un vol en provenance de la région de Johto qui accueillant à son bord le conseil quatre au complet d'une ligue devenue la plus prisée, de par son cadre et sa difficulté inouïe.
Un poids s'évapora des épaules de Floor en entendant la nouvelle. Le calvaire allait enfin se terminer et les réjouissances allaient pouvoir débuter. Elle avait tellement attendu ce moment qu'elle ressentait à présent une soudaine excitation naître en elle. Après toutes ces pensées négatives, cela remettait du soleil dans sa journée. Elle avait hâte d'enfin rencontrer les cinq membres qui constituaient le dernier défi de Johto. Elle allait enfin pouvoir discuter de sujets qui l'intéressait.
Un sourire non feint se forma sur ses lèvres mais Floor ne vit pas que la présidente la regardait avec attention et elle ne vit pas non plus que cette dernière souriait également… dans sa direction.
Un employé de l'aéroport s'approcha d'eux, main dans le dos et costume de steward parfaitement resplendissant.
Ce dernier informa la présidente et le maître de Galar de la porte d'arrivée de leurs invités. Une fois fait, il se proposa pour accompagner ces dames au point de rendez-vous, ce qu'elles acceptèrent avec politesse…
Hors des regards de la foule, Floor décida de faire sortir son Givrali de sa pokéball. Cela l'ennuyait qu'elle reste dans sa maison sphérique.
Une fois fait, la Givrali s'étira les pattes et sauta sur les épaules de Floor en miaulant son prénom. Parce que oui, les pokémons ne savaient dire à voix haute que le nom de leur espèce…
La Givrali était contente et cela enchanta tout le monde, même les gardes du corps qui suivaient le groupe.
Petit à petit, les voix lointaines s'estompèrent car la toute la zone avait été bouclée pour l'occasion. Vers la porte correspondante, il n'y avait plus l'ombre d'un Evoli à l'horizon, à l'exception du Givrali bien sûr.
– Eh bien, l'heure est enfin venue ma chère Livelia. Je vous sens particulièrement confiante.
Comme si sa mauvaise humeur n'avait jamais existé. Floor acquiesça tranquillement.
– J'ai beaucoup voyagé en huit ans, mais très souvent, mes voyages se réduisaient à deux ou trois rencontres officielles, une visite rapide, un diner et retour à la maison., fit-elle en caressant la tête de la boule de poil blanc neige et bleu cyan qui ronronna. C'est la première fois que cinq puissants dresseurs débarquent tous en même temps et pour la même raison, et de plus je n'ai jamais rencontré le maître de cette région. Je suis terriblement impatiente et je sens qu'une magnifique soirée se profile à l'horizon !
La présidente ne dissimula pas un regard espiègle.
– Heureuse de l'apprendre, mais par pitié, évitée de finir à plat ventre sur la table cette fois ! Vous tenez très mal l'alcool je vous rappelle !
Floor s'indigna.
– Je ne vous permets pas ! Quoique, ce n'est pas totalement faux…, répondit-elle en rougissant.
O_o_O_o_O
– Ah bon sang, où est cette foutue carte magnétique ?
Cela faisait bien cinq minutes que Floor fouillait son sac à main à la recherche du précieux sésame qui lui donnait accès à ses quartiers.
Ce n'était pas si difficile pourtant, elle n'avait pas pu la ranger ailleurs… elle devrait peut-être songer à mettre de l'ordre dans son sac à main avant d'y incorporer de nouveaux objets la prochaine fois, ça lui éviterait de rester comme une idiote face à une porte.
Et en plus de cela, l'alcool n'arrangeait rien.
Oh, elle ne s'était pas bourré la gueule dans les règles de l'art contrairement à certaines occasions passées. Elle avait encore sa tête… suffisamment du moins pour retenir lucidité et logique dans ses mouvements devenus quelques peu maladroits.
Juste au moment où son exaspération commençait à grimper, les doigts du maître tombèrent finalement sur ce qu'elle recherchait. Elle sortit une carte blanche et noir, à la brillance éclatante, et la présenta devant le détecteur qui ouvrit la porte avec un bruit caractéristique.
Soulagement.
Floor entra.
Par plus de commodité et pour garantir un accueil somptueux et convainquant, il fut décidé que la première soirée et les premières discussions n'auraient pas lieu au siège de la Ligue comme prévu mais à Ludester, au sein de l'Hôtel Lonia !
Principal lieu d'hébergement à Galar du fait de son standing cinq étoiles, de son panorama reposant, de son ambiance chaleureuse et de sa proximité directe avec les sources chaudes de la ville dont l'hôtel avait une parcelle spécifiquement réservée aux adhérents.
Un cadre incroyable qui faisait la renommée du pays et qui enchantaient sincèrement ceux qui avaient la chance d'y rester dormir.
La soirée était terminée depuis peu et d'un commun accord entre chacun, il fut décidé de mettre fin aux réjouissances afin d'être d'attaque pour les jours à venir. Les réunions s'annonçaient nombreuses.
À deux heures du matin, Floor venait donc de rentrer dans sa chambre attitrée dans une tentative laborieuse de rester droite sur ses deux pieds. Elle ne fit aucun bruit bien sûr, de peur d'importuner les résidant. Elle se devait de faire attention à son image sur ce point-là aussi. Que dirait-on si on voyait le maître de la Ligue avec les joues teintées d'un carmin naissant et une démarche zigzagante qui ne laissait absolument pas place au doute ?
Une fois la porte fermée, elle détacha la pokéball de sa ceinture et entreprit de faire sortir son Givrali qui fut satisfaite d'enfin trouver un lieu silencieux pour se rouler en boule et dormir avec sa « maman » au sens figuré du terme. Elle sauta un peu partout avant de regarder sa dresseuse avec un air soudain renfrogné. Le genre de regard qui annonçait un mécontentement grognon. Le pokémon avait compris au premier coup d'œil dans quel état se trouvait Floor.
– Boule de poil, je suis adulte, lança cette dernière en gloussant doucement. Je fais bien ce que je veux en dehors de mes heures de services !
Elle s'arrêta à hauteur du porte manteau pour déposer son sac à main et sa veste. La Givrali, quant à elle, mécontente de voir sa dresseuse à moitié bourrée, décida d'elle-même d'employer les grands moyens.
Elle descendit du lit et alla immédiatement pousser la porte de la salle de bain avec sa tête. Ensuite, le pokémon se dirigea vers la baignoire, monta dessus et arriva, Arceus seul sait comment, à ouvrir le robinet et régler le mitigeur. Floor la regarda faire avec interrogation puis elle comprit les intentions protectrices de son Givrali.
Parfois, Floor se demandait sérieusement qui pouvait bien être la dresseuse de l'autre. Son Givrali était curieuse de nature et elle s'était toujours montrée attentive à tout ce que faisait Floor. S'était comme ça qu'elle avait appris à réaliser des tâches que peu de pokémon de son espèce savaient faire. Floor en était d'ailleurs la première étonnée. Sa Givrali agissait vraiment parfois comme son intendante personnelle.
Amusée, Floor défit ses bottines, enleva ses chaussettes et se déshabilla même entièrement. Laissant en vrac ses vêtements sur le lit, elle entra dans la salle de bain ou son pokémon l'attendait, toute fière d'elle. Assis sur ses pattes arrière à côté du miroir du lavabo, la Givrali n'attendait qu'une seule chose.
Mais avant ça, Floor s'empara d'une bouteille de savon et dispersa un peu du liquide dans la baignoire.
Voyant que la mousse commençait à apparaître et avec un air doux, Floor s'approcha de son pokémon et lui caressa la tête avec affection. Outre le fait de satisfaire sa Givrali, cela la satisfaisait elle-même. C'était une façon pour elle d'évacuer tout ce qu'elle avait accumulée dans la journée. En plus de cela, il n'y avait que sa Givrali pour compagnie. Floor n'avait pas tenue à ramener ses autres pokémons car cela n'aurait servi à rien de les maintenir dans une pokéball toute la journée pour rien. C'était pour ça qu'elle n'avait qu'une équipière à ses côtés. C'était plus pratiques ainsi.
En plus, cela permettait un moment privilégié entre sa Givrali et elle. Floor était complice avec tous ses pokémons mais il y avait, avec sa Givrali, un lien bien plus fort qu'avec tous les autres. Floor ne savait pas d'où cela venait, cela s'était fait naturellement et sans intermédiaire. À ses yeux, Givrali était sa meilleure amie, tout comme Dracaufeu était le meilleur ami de Tarak.
Tout ça pour dire que ces moments se faisaient rare. Alors pour une fois qu'elle se retrouvait seule avec sa fidèle compagne… Autant en profiter.
Une fois que l'eau eut suffisamment coulée dans la baignoire, Floor coupa le robinet et entra doucement dans le liquide chaud qui effaça instantanément – en apparence – son ivresse et les courbatures qui naissaient tranquillement dans ses jambes. Elle devait bien se l'avouer, elle adorait les bains car il n'y avait pour elle, pas de meilleure sensation que de sentir la chaleur enlacer entièrement son corps. C'était aussi une des raisons pour laquelle elle appréciait tout particulièrement Ludester et ses bains chauds.
La Givrali préféra, bien entendu, rester sur les bords larges de la baignoire pour des raisons évidentes. En bon pokémon de type glace, elle détestait l'eau trop chaude. Cela n'empêcha cependant pas Floor de la caresser avec ses doigts mouillés.
– Tu sais quoi boule de poil, j'ai passé une excellente soirée, commença Floor avec un air relaxé. Ils ont tous un caractère un peu spécial mais ils sont très gentils. Malgré mes neufs ans d'expérience, j'avais l'impression d'être une gamine fasse à ses titans. Je te laisse imaginer…
– Givra… !
– Je sais que tu n'as pas pu profiter de grand-chose aujourd'hui, j'en suis désolé…
– Givra… !
– Mais à partir de demain, nous allons commencer à nous pencher sérieusement sur ce fameux tournoi qui aura lieu à la zone de combat de Johto, vers Oliville. Tu sais, c'est cette charmante ville en bord de mer où le champion de l'endroit affectionne autant les pokémons aciers que l'ancienne championne. Nous avions visité cet endroit il y a trois ans je crois, tu t'en souviens ?
– Givra… !
– En tout cas, je n'aurais jamais pensé que rencontrer de pareils dresseurs m'aurait autant redonnée envie de continuer dans ma voie. Tu sais quoi… ?
Floor approcha son visage du pokémon.
– J'ai lancé l'idée de faire quelques matchs amicaux entre nous. Ça serait intéressant de se mesurer à de tels colosses. Ça t'intéresserait Givrali ?
– Givra… !
– Parfait ! Cela devrait être des matchs à trois contre trois. Je ne sais pas encore qui j'irais chercher pour ces duels d'exhibitions mais je sais que toi, tu voudras faire partie de l'équipe.
– Givra !
Floor détourna le regard et se concentra sur le plafond de la salle de bain. Ses yeux s'assombrirent. Le pokémon le remarqua.
– Givra ?
– Cela fait un moment mais… Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé ce soir. J'étais heureuse, j'avais l'impression d'avoir retrouvée ce que je cherchais vraiment en devenant Maître de la Ligue. Ils se sont tous intéressés à moi. Pas comme ces foutus journalistes qui ne cherchent qu'une annonce, un fait, une phrase choc… ni comme toutes ses personnes qui me poursuivent sans cesse pour avoir un autographe, une photo, ou pour me dire à quel point je suis leur idole. Non ! Le conseil quatre et le maître m'ont posé plein de questions, qui j'étais au quotidien, quelles étaient mes passions, quel genre d'aventure j'avais vécu, qui était l'ancien maître et s'il y avait possibilité de le rencontrer… ce que j'ai assuré bien sûr. Tarak sera… Bah tu le connais non, tu sais comment il est ? Toujours prêt pour un combat…
Floor écarta une mèche de cheveux qui venait de bloquer la vue de son œil droit.
– Il n'y a qu'entre personne du même rang que l'on se comprend dit-on. Je ne sais pas comment cela se passe chez eux mais ils ont l'air d'avoir les mêmes soucis que moi, pourtant eux, ils arrivent à l'accepter. J'aimerais beaucoup savoir comment… Mais ce dont je suis sûr, c'est qu'il ne s'agit pas de mauvaises personnes. Bon, il est vrai que le maître Peter a, comment dire… une personnalité plutôt détachée mais l'aura qu'il dégage est si impressionnante…
Floor entendit son pokémon ronronner.
Les minutes s'écoulèrent.
– Tu veux que je te dise ? Reprit-elle après un long moment à se prélasser. J'ai vraiment hâte d'être à ce tournoi intercontinental Givrali. Mon âme le réclame. J'ai besoin de bouleversement et d'action ! J'ai besoin de retrouver mes sens de compétitrice et de rêveuse. Qu'en penses-tu ?
– Givra !
– Eh bien, cela est dit. Maintenant, allons nous coucher. Nous avons une rude journée demain… enfin toute à l'heure. Nous devons être en grande forme. Il serait intolérable que le maître de Galar et son pokémon ne soient que des épaves face à des dresseurs si prestigieux.
Alors que Floor annonça gestuellement son intention de sortir de l'eau, son pokémon lui mit un coup de tête affectueux qui la stoppa, puis d'un gémissement, elle indiqua à sa dresseuse qu'elle refusait de bouger de sa position. Floor écarquilla les sourcils d'un air faussement indigné.
– Dit donc toi, on a beau être dans un hôtel et une chambre de luxe, ce n'est pas une raison pour trainer dans un bain à plus de deux heures du matin… Allez, debout ma grande !
Floor croisa alors le regard de son pokémon. Givrali lui faisait les yeux doux. Elle soupira.
– Bon d'accord ! Fit-elle en s'avouant vaincu. Encore dix minutes, mais après, c'est direction l'oreiller et la couette boule de poil !
Hello !
Un nouveau chapitre toujours centré sur le personnage principal. Qu'avez-vous pensez de cette scène entre Floor et la Givrali ? Personnellement, j'ai trouvé ça très mignon à écrire.
Je préfère développer mon personnage avant de passer à l'étape où toutes ses obligations vont défiler. Ayant un planning d'une dizaine de chapitre seulement (mais ça risque de d'augmenter... vous me connaissez), je trouve ça bien de tout de suite poser la personnalité de Floor de manière claire.
Voilà voilà !
Merci d'avoir lu et à bientôt pour le prochain chapitre ;)
