EN TERRE ÉTRANGÈRE
Texte original par sailaway (AO3)
Traduction par LeiaHill (AyrenFramdreorig sur AO3)
Note de sailaway traduite en français : « Ça m'a pris plus longtemps que prévu de sortir ce chapitre, je l'ai révisé un certain nombre de fois ! Je n'ai jamais regardé la série animée Star Wars donc je ne connais pas grand-chose à propos de la culture mandalorienne (merci Wookieepedia, pour m'avoir appris ce que je sais aujourd'hui), donc si j'ai écrit de la merde, désolée !
Par ailleurs, bien que ce soit techniquement le chapitre final, attendez-vous à un troisième chapitre sous la forme d'un épilogue qui, je pense, pourrait être susceptible de vous intéresser. »
Note de LeiaHill : Everything's fine.
CHAPITRE 2
Le Razor Crest gisait sur le côté comme une baleine échouée, couvert de boue et auréolé de branches cassées. L'intérieur avait été complètement saccagé, la plupart des armes et du matériel volés ; la nourriture, les outils, les tubes à convection, le système de recyclage de l'air et l'humidificateur avaient disparu. Plusieurs grands panneaux métalliques de la carlingue avaient également été dérobés, et ceux qui restaient avaient été endommagés par l'explosion. Les systèmes de navigation - moteurs, hyperdrive, propulseurs principaux, trop lourds ou volumineux pour être déplacés sans l'assistance d'une machine - étaient intacts. À quelques exceptions près, les planques où étaient cachées les puces de crédit étaient restées inexplorées
« Ce n'étaient pas des pillards, » conclut Harper. « Nous n'avons pas été attaqués par des professionnels. Ils ont surtout volé des denrées et du matériel de première nécessité, tout ce qui se trouvait à portée de main et qui n'était pas trop gros pour tenir sur un hovercart. »
« Ça et toutes les armes que je n'avais pas mises sous clé. » grogna Mando.
Harper finit de faire l'inventaire de ce qui manquait : un mélangeur de réactifs, des piles à combustible, des filtres, les propulseurs secondaires, un tas de câbles...
De rage, Mando donna un coup de poing dans le siège de pilotage et poussa un grognement, interrompant le fil de ses pensées.
« Il est en meilleur état que ce à quoi nous nous attendions, » dit-elle alors qu'il se laissait lourdement tomber sur le siège avec un air mauvais. « On peut trouver des solutions. »
Le cockpit n'avait presque pas été visité, ce qui confirmait que cette attaque avait été orchestrée par une bande de marginaux dans le besoin plutôt que par des pillards professionnels. Les systèmes de navigation et les radars sensoriels pouvaient être revendus à un très bon prix, et pourtant, ils avaient été complètement délaissés. Ils étaient d'ailleurs en train de cartographier les environs ; un point lumineux clignotait sur le radar, révélant la présence d'une zone densément peuplée à une petite journée de marche de là. S'ils voulaient l'atteindre avant la tombée de la nuit, ils ne devraient pas s'attarder. La journée était déjà bien entamée, ils avaient pisté le vaisseau toute la matinée en suivant les indications du transmetteur qui reliait le système central du Razor Crest et le terminal que Mando portait au poignet.
Il n'avait jamais été bien bavard, mais ce matin-là, en marchant par-delà les paysages de roches volcaniques et la forêt de pins clairsemée, il s'était montré plus réservé que d'habitude ; comme s'il s'était retiré au fond de lui-même. Ce silence obstiné avait néanmoins fortement contrasté avec sa conduite ; il avait marché à côté d'elle aussi souvent que le terrain le lui permettait, si près que parfois leurs bras s'étaient touchés. Elle en était persuadée, il l'avait fait délibérément... À moins qu'elle ne fût encore une fois en train de s'imaginer n'importe quoi. Leur rapprochement de la nuit dernière n'était peut-être qu'un non-événement, une séquelle ponctuelle et imprévue d'une vilaine commotion cérébrale. Une blessure à la tête pouvait modifier temporairement le comportement d'un individu, le pousser à faire des choses qu'il n'aurait jamais fait en temps normal. Il était même possible qu'il n'eût gardé qu'un vague souvenir de ce qui s'était passé la nuit dernière. En fait, elle n'en savait rien ; ils n'en avaient pas encore parlé.
« Dirigeons-nous vers cette ville, » dit finalement Mando en pointant du doigt le signal lumineux qui clignotait sur le radar. « Nous y achetons ce qu'il nous manque et payons un transporteur pour tout livrer ici. »
« Rien de tout cela ne sera bon marché, pas sur une planète isolée comme celle-ci, » fit-elle observer, « mais ça devrait pouvoir se faire. Remplacer ce qui a été volé ne devrait pas prendre trop de temps. Pour ce qui est de réparer les dégâts causés par l'explosion, c'est une autre histoire. C'est un sacré gros trou. »
Mando poussa un soupir long et fatigué. « Ils pourraient profiter de notre absence pour voler ce qui reste. »
« Sinon, on vend tout ce qui a encore de la valeur et on achète un nouveau vaisseau. » ajouta-t-elle. Elle se redressa, les mains sur les hanches. « À toi de voir. »
Il ne lâchait pas le radar des yeux, comme s'il s'attendait à ce qu'il lui révèle une nouvelle trouvaille. « Qu'est-ce que toi tu ferais ? »
« Ce n'est pas mon vaisseau et - »
« Ce n'est pas ce que je t'ai demandé. »
Elle pouvait voir son propre reflet dans le métal lustré de l'arrière de son casque - l'ovale pâle et flou de son visage, un fouilli de cheveux attaché sur le sommet de sa tête. « La grosse machinerie est toujours là. C'est un bon vaisseau. À moins que tu ne sois pressé par le temps, il n'y a pas de raison d'opter pour la seconde solution. » Les voleurs n'avaient pas touché aux trois individus cryocarbonisés stockés dans la soute - ils n'auraient pas pu en faire grand-chose -, mais on ne leur avait notifié aucune date butoir pour les livrer à la guilde.
Une voix à l'extérieur du navire se fit tout à coup entendre ; elle criait dans une langue que Harper ne reconnaissait pas. Son regard vira sur Mando. « On dirait bien que vous aviez raison en disant qu'ils pourraient revenir. »
Mais Mando s'était complètement figé, tendu à l'extrême. On aurait dit que son corps allait se mettre à trembler. Sa réaction était anormale, bien trop démesurée pour quelqu'un comme lui.
Qu'est-ce qu'il y a ? murmura Harper, si bas qu'elle fut à peine audible. La tête de Mando s'inclina lentement, comme l'aurait fait un oiseau prédateur, et il se leva du siège de pilotage pour regarder dehors. Elle regarda dans la même direction que lui, se rapprochant du pare-brise du cockpit pour voir ce qui avait retenu son attention à l'extérieur.
C'était un autre Mandalorien.
Elle cligna des yeux, se demandant si elle n'avait pas mal vu. Il ne restait pas beaucoup de Mandaloriens depuis la Purge, et le sien était le seul qu'elle avait jamais vu en personne. ( Le sien. Elle s'étonnait que son esprit l'ait formulé de cette façon... Elle y repenserait plus tard.) L'intrus semblait sur le qui-vive, mais il avait levé les mains en l'air pour montrer qu'elles étaient vides.
Elle se tourna vers Mando en espérant qu'il lui explique ce qu'il se passait, mais il ne dit rien et ne trahit aucune émotion. Incapable de rester plus longtemps sans savoir, elle demanda : « Tu sais qui c'est ? »
« Non. » Il fit volte-face pour sortir. « Reste ici. »
Par la fenêtre, Harper regarda les deux Mandaloriens s'approcher l'un de l'autre, comme deux chats sauvages se toisant en hérissant le dos. Elle vit dans la posture de Mando et la position de ses épaules qu'il était à deux doigts de dégainer son blaster. En observant les changements subtils de leur langage corporel, elle comprit que les deux Mandaloriens étaient en train de converser, mais qu'ils restaient méfiants ; elle ne les quitta pas des yeux, curieuse de savoir ce qu'ils étaient en train de se dire.
Leur conversation s'éternisa. Harper piétinait, ses doigts tambourinaient le tableau de bord. Elle en profita pour examiner en détail l'autre Mandalorien. Il était plus grand et plus costaud que Mando; son casque était d'une teinte bleuâtre, et son armure était si usée qu'il était difficile de deviner sa couleur d'origine, ou de savoir si elle était dépareillée comme celle de Mando. Ce dernier restait tendu, prudent, tandis que l'autre Mandalorien se tenait désormais de façon plus relâchée.
Quand Mando revint enfin sur ses pas pour retourner au vaisseau, elle descendit l'échelle et vint à sa rencontre sur le seuil de la rampe d'accès. Il lui aurait donné des explications même si elle ne lui avait posé aucune question, mais elle ne put s'empêcher de lui demander.
« Alors...? »
« Il dit que son nom est Yoran, du Clan Rill. » répondit Mando d'un air songeur, comme s'il se concentrait pour lui raconter un vieux rêve. Il lui avait déjà dévoilé quelques bribes d'informations s'agissant du mode de vie clanique des Mandaloriens, elle n'était pas aussi ingénue sur le sujet qu'on aurait pu le penser. Il avait aussi déjà évoqué vaguement la Purge menée par l'armée impériale, qui avait conduit à l'anéantissement de la quasi totalité de son peuple. Mando n'avait jamais été très direct ni très loquace à ce sujet, bien qu'elle ignorait s'il lui en avait aussi peu dit par choix ou parce qu'il n'en savait lui-même pas davantage.
« Tu n'as pas l'air convaincu. » fit-elle remarquer.
Il soupira et croisa les bras. « J'aurais pu croire qu'il portait une armure volée s'il ne m'avait pas salué comme il l'a fait. »
« Il t'a parlé en mandalorien ? »
« En Mando'a, » corrigea-t-il sans méchanceté. « Oui. »
Elle se pencha sur le côté pour regarder derrière lui. L'autre Mandalorien patientait calmement dans l'ombre d'un pin. Quand il la vit, il inclina la tête, juste une fois. « Que veut-il ? »
« Nous aider. »
« Pardon d'être méfiante, mais ça lui rapporte quoi, de nous aider ? »
« Rien, » dit simplement Mando. « Il semblerait que nous soyons passés non loin de sa demeure ce matin, et que lorsqu'il m'a vu… » Il se tut un instant, comme s'il cherchait à traduire quelque chose, mais comme il ne semblait pas y parvenir, il reprit sans poursuivre sa phrase inachevée. « Il a proposé son aide par devoir, pas par intérêt personnel. »
« Il vit ici ? »
« Il dit être là depuis longtemps. Depuis la Purge. La région n'attire pas beaucoup de voyageurs et la vie y est plutôt rude pour le peu de personnes qui habitent encore dans le coin. Il pense que certains d'entre eux ont vu notre vaisseau et ont voulu tenter leur chance. »
Elle voulait savoir ce que Mando pensait vraiment de cette rencontre inattendue. Cela faisait déjà un bon moment qu'elle le soupçonnait d'avoir gardé contact avec d'autres Mandaloriens, mais il ne lui avait jamais confirmé cette information, et elle ne lui avait jamais posé la question. À quelle fréquence lui arrivait-il de croiser la route d'un autre Mandalorien ? De temps en temps, ou presque jamais ? La curiosité était forte, mais ce n'était pas le moment d'aborder ce sujet avec lui.
« Tu lui fais confiance ? » demanda-t-elle.
Il soupira à nouveau. « J'ai choisi de le faire. Je ne pense pas qu'il ait une raison sérieuse de me duper. S'il avait voulu piller ce qui restait du vaisseau, il l'aurait déjà fait. Et il a un speeder. »
« Ça peut être utile. »
Il hocha lentement la tête en signe d'approbation. « Ça peut. Prends ton manteau et tout ce dont tu as besoin. On s'en va. »
Elle s'exécuta sans discuter. Emmitouflée et bien au chaud dans son épais manteau, elle remplit un sac avec quelques vêtements et des biens de premières nécessités. Ils allaient probablement devoir passer la nuit en ville.
Dehors, les deux Mandaloriens se tenaient à côté d'un vieux modèle de speeder qu'elle n'avait pas remarqué jusqu'à maintenant, caché entre deux arbres. Ils tournèrent la tête vers elle d'un même mouvement tandis qu'elle s'approchait d'eux d'un pas prudent, son sac sur l'épaule. Elle avait associé l'image du casque mandalorien et de sa visière noire distinctive à Mando, si bien qu'elle était troublée de voir quelqu'un d'autre en porter un.
Yoran ne lui adressa pas la parole. Elle esquissa un simple sourire courtois en guise de salutation, et au même moment Mando lui demanda : « Vous n'habitez pas trop loin pour rentrer à pied ? »
« Je ne vis pas loin. » Sa voix était celle d'un homme âgé, digne, mais un peu sèche.
« Merci pour le speeder. Nous ne resterons pas longtemps en ville. »
Le speeder était monoplace, mais le siège était juste assez long pour réussir à s'y caler à deux. Il tanga un peu quand Mando l'enfourcha, et Harper attendit qu'il ait ajusté sa position avant de grimper derrière lui. Elle n'avait rien à quoi s'agripper à part lui, mais comme il avait attaché son sniper sur son dos, elle ne put que le tenir par les hanches en pliant ses bras dans une position un peu tordue.
Il la regarda par-dessus son épaule. « Prête ? »
Elle se promit d'éviter de trop penser à ce qui se trouvait sous ses vêtements. « Prête. »
Ils atteignirent la ville d'Ostagat un peu avant le coucher du soleil. Elle culminait au faît d'un plateau montagneux qui s'élevait au-dessus de la forêt boréale. Il neigait à petits flocons ; les toits inclinés de maisons de bois construites au petit bonheur se mêlaient à des immeubles modernes en duracrete. Ce n'était pas une grande agglomération, mais elle était de taille raisonnable et Harper eut bon espoir d'y trouver le matériel et les nombreuses pièces détachées dont ils avaient besoin.
Ils trouvèrent rapidement un hôtel près du spatioport. Le bâtiment, accolé au terminal principal, comptait une taverne au sous-sol et des chambres dans les étages supérieurs. Mando gara le speeder dans une allée latérale, non loin d'un vieux four à pain d'où s'élevaient en tournoyant des volutes d'une fumée odorante.
« Le Créateur m'en soit témoin, j'ai l'impression de n'avoir rien mangé depuis des années, » grommela Harper en descendant l'étroit escalier qui menait à la taverne, secouant sa capuche couverte de flocons de neige et flairant une odeur de viande cuite. « Je doute fort qu'on vous réprimande si vous montez votre assiette dans votre chambre. »
Resté en haut de l'escalier, Mando lui répondit en inclinant son casque avec un angle inhabituel. « Va manger. Je paierai pour le logement. »
Les tables étaient toutes pleines à craquer alors elle se fraya un passage jusqu'au bar, s'assit sur un tabouret et déposa quelques puces de crédits sur le comptoir dès qu'elle parvint à attirer l'attention du barman. « Un repas, s'il vous plaît. N'importe quoi qui soit déjà prêt et bien chaud. »
Elle se demanda si Mando allait descendre. Pour des raisons évidentes, il ne mangeait pas en public, mais cela ne l'avait pas empêché par le passé de la rejoindre dans les tavernes et les bouis-bouis, quand l'envie le prenait. Mais alors qu'on lui glissait sous le nez un gros bol fumant rempli de pois dorés et de viande en sauce, la faim prit le pas sur ses réflexions ; elle y plongea sa cuillère et mangea avec contentement.
« Puis-je prendre une portion de plus pour mon... mon ami ? » demanda-t-elle en terminant son assiette, raclant le fond du plat.
Le barman cligna des yeux, puis haussa les épaules. « Bien sûr. Quelqu'un peut vous l'apporter directement, si vous le souhaitez. Quel est le numéro de votre chambre ? »
« Aucune idée. Je vérifie et je reviens. » Harper se retint de lécher le fond de son bol et retourna au rez-de-chaussée.
« Mon compagnon de voyage, » dit-elle à la femme voluptueuse assise à la réception, « il m'a dit qu'il réserverait une chambre. Laquelle est-ce ? »
« Mmh, » fit-elle sans lever les yeux de son livre. « Les deux tout au bout du couloir. »
« Deux…? »
« Oui, deux. » La femme examina Harper par-dessus ses lunettes oblongues avec un air un peu agacé, et pointa du doigt derrière elle. « Les deux dernières au bout de ce couloir, comme je viens de vous le dire. Il n'y a que huit chambres de ce côté, vous ne pouvez pas les manquer. Votre ami a les codes d'accès. »
Des émotions contradictoires mirent les pensées de Harper en désordre. Mando avait payé pour deux chambres. Eh bien… c'était plutôt logique, non ? Il avait besoin d'intimité pour se déshabiller, décompresser, respirer. Mais elle avait cru un instant qu'il... mais qu'avait-elle cru, au juste ? Et pourquoi maintenant ? Elle avait pourtant passé la journée à essayer de ne pas penser aux événements de la nuit dernière. Elle avait pressenti que, si elle laissait libre cours à ses pensées, elle finirait par perdre la tête. Tandis qu'il pilotait le speeder à travers les arbres clairsemés, elle avait fixé sa cape avec insistance, comme si, grâce à un pouvoir insoupçonné caché derrière ses yeux, elle pouvait brûler un trou à travers le tissu et le durasteel de son armure jusqu'à son cœur. Elle avait bêtement pensé qu'elle y était parvenue la nuit dernière. Force était de constater que ce n'était pas le cas.
Après avoir donné le numéro des chambres au barman, elle traversa le couloir et toqua à la dernière porte, sur la droite. Pas de réponse ; il était sûrement dans l'autre. Elle tourna sur ses talons et toqua à la porte d'en face. Après quelques secondes, la porte s'ouvrit. Mando se tenait sur le seuil, en armure complète.
« Hey, » salua Harper en s'efforçant de ne pas bégayer. « Je viens de terminer de manger en bas, et le barman a dit qu'il te ferait monter un repas. »
Il inclina la tête. « Merci d'avoir pensé à moi. »
D'avoir pensé à lui. D'avoir pensé à lui. Avait-il seulement la moindre idée d'à quel point il occupait ses pensées ?
« Longue journée. » commenta-t-elle vaguement.
Il acquiesça solennellement. « Longue journée. »
« Alors comme ça... un autre Mandalorien, au milieu de nulle part, sur une planète aussi isolée ? » dit-elle avec l'espoir que leur conversation dure un peu plus longtemps. « Ça a dû te faire bizarre. »
Son casque se baissa un peu, comme s'il la regardait dans les yeux. « C'est le cas. »
Elle frotta le plancher avec la pointe de sa botte. « La nourriture ici est vraiment bonne. »
« C'est bien. »
Harper avait l'impression d'être devenue un poids importun, l'embarras lui montait aux joues. Il attendait qu'elle s'en aille. Elle n'allait évidemment pas rester plantée devant sa chambre toute la nuit comme une imbécile. Mais elle refusait d'en rester simplement là et de ruminer ses incertitudes dans son lit sans parvenir à fermer l'oeil de la nuit.
« Écoute, je crois aux vertus de l'honnêteté, » commença-t-elle, « et je me dois d'être honnête avec toi, Mando. Je... j'aimerais parler de ce qui s'est passé dans la grotte. Je sais que tu n'en as probablement pas envie, mais on devrait quand même s'assurer qu'on est sur la même longueur d'onde par rapport à tout ça. »
Il ne dit rien. Elle serra ses lèvres pour s'empêcher d'ajouter quelque chose d'idiot.
Au bout du couloir, une fenêtre ronde donnait directement sur le grillage métallique qui faisait le tour du spatioport. Au travers de la grille, elle aperçut quelques vaisseaux dans la lumière grésillante d'un projecteur - des cargos, un transporteur de déchets et un petit vaisseau privé. Elle fit semblant de trouver cette vue tout à fait intéressante et digne de son attention. Ce faisant, elle espérait donner à Mando un peu de temps pour réfléchir à ce qu'elle venait de lui dire. Du coin de l'œil, elle vit qu'il avait levé une main et qu'il était sur le point de la toucher, mais elle ne tourna pas la tête pour la regarder, wow quel grillage exceptionnel -
Les doigts de sa main gantée vinrent effleurer la mèche de cheveux qu'elle avait sur la tempe. Elle pivota la tête vers lui petit à petit, levant les yeux vers son casque, les mains tremblantes du souvenir d'avoir touché ce qu'il y avait en dessous.
« Je n'aurais pas dû faire ça. Je n'aurais pas dû céder à ce que je... » Il s'interrompit, retirant sa main, et Harper lutta de toutes ses forces pour ne pas la saisir. « Ce n'est pas quelque chose que je peux faire. Ni te donner. »
« La nuit dernière, tu semblais pourtant si… réceptif. » Elle savait sans l'ombre d'un doute qu'il avait apprécié leur baiser et aimé l'étreindre contre lui. Il l'avait laissée le toucher librement et l'avait touchée en retour. Elle baissa les yeux sur ses gants, se souvenant de la chaleur de ses mains posées sur sa peau nue.
Reviens-moi.
« Harper. Je ne suis pas... fait pour - »
La porte d'à-côté s'ouvrit d'un coup et Mando redressa la tête. Un Sullustain sortit de sa chambre en titubant d'un air grognon, une bouteille d'alcool sous le bras. Il claqua la porte derrière lui avec plus de force que nécessaire. Méfiant, Mando le surveilla jusqu'à ce qu'il soit hors de vue.
« Eh bien, je me sens un peu fatiguée, » bredouilla Harper pour changer de sujet.
« Oui. Bien sûr - »
« On s'arrange pour partir tôt demain et trouver des - »
« Pièces détachées. Oui. »
« Voilà. À demain matin. »
Harper se détourna de lui. Alors qu'il fermait sa porte et qu'elle se trouvait seule face à celle de sa chambre, elle se rendit compte de son erreur et dut faire demi-tour. Quelle idiote. Mais elle n'eut même pas le temps de lever la main pour toquer que déjà la porte s'ouvrit en grand devant elle. Mando s'avança sur le seuil. Sa carrure donnait l'impression que la porte était toute, toute petite.
« Je... j'ai besoin du code d'accès de ma chambre. »
Il resta immobile si longtemps qu'elle en fut troublée. « Un-un-deux. »
Elle pénétra dans sa chambre sans un regard en arrière. Elle était plutôt spartiate, avec un lit étroit, mais le sol était propre. Harper jeta son sac au pied du lit et se coucha sur le dos. Elle riva son regard sur une fissure qui zigzaguait au plafond. Elle enfonça ses poings dans ses orbites pour écraser les larmes de honte et d'abattement qui faisaient miroiter ses yeux, et elle serra les dents, avec la crainte que les murs soient trop fins et que Mando l'entende pleurer.
Durant toute la matinée, la patience et la capacité de persuasion de Harper furent mises à rude épreuve par les tenanciers des trois magasins de pièces détachées de la ville, pendant que Mando cherchait un transporteur pour livrer leurs achats jusqu'à l'épave du Razor Crest. Bien qu'il ne fût pas particulièrement pingre, Harper mettait un point d'honneur à tout acheter au prix le plus juste et à ne pas se laisser duper, surtout pas par des malandrins prêts à tout pour profiter d'étrangers malchanceux.
Comme convenu, ils se retrouvèrent devant l'hôtel deux heures plus tard.
« Je nous ai trouvé un transporteur. » annonça Mando au moment même où elle s'avançait vers lui en disant : « J'ai un vendeur sur le point de craquer pour me vendre une super pièce à un bon prix. Il aurait juste besoin d'un petit encouragement…? »
Elle termina sa phrase sur une note délibérément espiègle, la bouche minaudeuse. Mando se tint raide devant elle, massif et étincelant dans son casque en beskar et son armure en durasteel, armés jusqu'aux dents… Précisément le genre d'encouragement dont elle avait besoin. Et quand il comprit enfin ce qu'elle lui demandait, il soupira profondément, penchant la tête en arrière.
« Je ne suis pas un vulgaire homme de main. » dit-il sans animosité.
« Oh, bien sûr que non, » acquiesça-t-elle aimablement. « Je demande juste un petit coup de pouce. »
Se sentant d'humeur facétieuse, elle fit un pas vers lui, le haut du corps légèrement penché, le regardant au travers de ses cils avec un sourire charmant ; son attitude paraissait indéniablement séductrice. Quand elle se rendit compte de ce qu'elle faisait, elle reprit immédiatement une attitude plus neutre et se passa une main sur le visage, feignant d'avoir été aveuglée par la neige qui reflétait les rayons du soleil. D'une voix un peu trop forte, elle dit : « Sa boutique se trouve dans une rue juste à côté d'ici. »
La présence silencieuse et menaçante de Mando à ses côtés ne fut pas aussi efficace qu'espéré - le vendeur était un vieil homme d'aspect bourru, peu impressionnable - mais cela fit tout de même son petit effet. Elle et le vendeur trouvèrent rapidement un accord satisfaisant pour les deux parties. Le vendeur s'engagea à prendre contact lui-même avec le transporteur et promit qu'un de ses commis viendrait les prévenir à l'hôtel une fois que tout serait prêt à être expédié.
« C'était la dernière pièce sur ma liste, » annonça-t-elle à Mando une fois qu'ils furent dehors. Elle lui remit une pochette de crédits vide ainsi que la datapuce contenant la liste détaillée de ses achats. « Tous les composants manquants, les panneaux pour réparer la coque et bien sûr les outils de remplacement. Je suis déçue de ne pas avoir pu négocier en-dessous de sept-cents crédits pour les propulseurs secondaires, mais les prises latérales du Razor Crest ne sont pas de dimensions standards et c'était difficile de - »
« Je te fais confiance, » dit-il calmement pour l'interrompre. « Tu as obtenu le meilleur deal possible. »
Me fais-tu vraiment confiance ? voulut-elle demander, rattrapée par les regrets et la mélancolie. Il lui confiait son argent et son vaisseau avec une confiance aveugle… mais ne pouvait-il pas aussi lui confier son cœur de la même façon ?
C'était peut-être trop lui demander. Ce qui s'était passé dans la grotte n'avait probablement pas la même signification pour lui que pour elle. Elle pouvait comprendre... du moins le pensait-elle. Il n'était pas, à proprement parler, un homme ordinaire destiné à éprouver des désirs ordinaires. Tout son être, tout ce qu'il incarnait, était le fruit d'une vie de dévouement à ses devoirs et à sa culture, sa Voie, qui faisaient partie de lui comme n'importe quel autre organe de son corps. Elle n'avait pas l'intention de changer cela. Ils avaient partagé une étreinte, un baiser, mais peut-être était-ce tout ce qu'il avait à offrir.
Toutes ces pensées lui donnaient mal au cœur, pensa-t-elle sur le chemin de l'hôtel. Des pensées désordonnées, qui se répétaient à l'infini sans trouver un début de réponse ou d'apaisement. Elle espérait simplement qu'il puisse tout lui expliquer par lui-même.
Normalement, Harper appréciait être entourée de gens après plusieurs jours d'isolement dans l'espace, mais cette fois, le brouhaha de la taverne l'agaçait, les conversations autour d'elle la mettaient dans une sale humeur et les éclats de rire sonnaient faux à ses oreilles. Elle fut donc soulagée lorsqu'un commis de transit vint leur annoncer que leur transport était prêt à partir.
« J'ouvre la voie avec le speeder, » déclara Mando. « Tu embarques sur le traîneau de frêt. Si le pilote me perd de vue en traversant la forêt, tu pourras le guider jusqu'au Razor Crest. »
Cela n'arriva heureusement pas car, assise à l'arrière du traîneau, entre deux caisses de combustible, Harper s'était assoupie. Bien que le traîneau fût plus lent et moins maniable que le speeder, ils atteignirent le Razor Crest plus tôt que prévu. Le traîneau freina brusquement, et elle s'éveilla sur un sursaut.
Ils déchargèrent les caisses de matériel, donnèrent un pourboire au pilote, et se mirent sans tarder au travail. Le plus urgent était de procéder au remplacement des propulseurs secondaires. Quand ils furent remplacés et sécurisés, Mando prit place dans le cockpit. Il démarra les nouveaux propulseurs, fit décoller le vaisseau à quelques mètres du sol, et le posa sur une zone plus plate. Vint ensuite le moment de souder les panneaux de métal, faciles à installer mais un peu encombrants, sur l'exosquelette du vaisseau, et de tirer de nouveaux câbles pour reconstituer le réseau électrique et rétablir l'éclairage.
Une console de contrôle de l'éclairage était encastrée au ras du sol dans une paroi du réfectoire. Impossible de s'accroupir pour regarder à l'intérieur sans se briser la nuque ; elle s'allongea sur le côté avant d'y jeter un premier coup d'œil à la lumière de sa lampe frontale. À portée de bras, Mando était assis à table avec une série d'actuateurs de tailles et de formes variées devant lui. Il tenait une hydro-clé dans ses mains, attendant qu'elle en eût besoin pour la lui tendre.
« Tu sais, » l'informa-t-elle, « pendant que je marchandais, le directeur de l'entrepôt du spatioport a proposé de nous louer un mécano-droïde. » Cela aurait grandement facilité leur travail, mais connaissant l'aversion de Mando pour les droïdes, elle avait poliment décliné cette proposition. « Je ne t'ai jamais demandé pourquoi tu n'aimais pas les droïdes. »
Pendant plusieurs secondes, il n'y eut d'autre son que le cliquetis de l'hydro-clé contre la surface métallique de la table. « Impossible de lire leur visage. »
Elle hocha la tête, trouvant que sa réponse avait du sens. Anticiper les réactions des gens, deviner ce qu'ils avaient fait ou pas fait, ou ce qu'ils s'apprêtaient à faire, cela faisait aussi partie de son travail.
« Certains diraient la même chose de toi. » répondit-elle sur un ton léger et taquin.
« Sans aucun doute. »
Harper s'essuya le front avec sa manche, et quand elle baissa le bras, Mando pivota sur le banc pour se tourner vers elle, comme s'il s'apprêtait à lui dire quelque chose d'important. Elle continua de tirer les câbles et de les connecter aux prises appropriées, mais leva les sourcils pour l'inviter à parler. Il montrait des signes de nervosité, ses doigts pianotaient fébrilement le manche de l'hydro-clé. Elle fronça un sourcil. Il n'était jamais fébrile.
« Harper… »
Il y eut un bruit de pas et Mando redressa soudain la tête pour regarder derrière elle ; elle vrilla ses yeux dans la même direction que lui et, dans le prolongement du couloir, elle vit une petite tête encapuchonnée dépasser de la trappe qui menait à la soute, et le canon d'un blaster.
Mando se jeta sur elle pour la protéger, lui coupant le souffle. Un tir de blaster rebondit sur son armure alors qu'il sortait son propre blaster de son étui. Il tira sur l'intrus, qui poussa un cri de douleur avant de chuter de l'échelle ; un bruit sourd retentit depuis la soute en dessous.
« Je savais qu'ils reviendraient… » marmonna Mando en libérant Harper de son étau. Il se mit debout, l'aida à se relever et courut jusqu'au cockpit. « Il y en a trois autres dehors. »
« Je ne pense pas que ce soit le même groupe. » Harper jeta un coup d'œil prudent par la trappe. Le corps sans vie qui gisait au pied de l'échelle était entièrement vêtu de fourrures, donnant l'impression d'un animal mort sur le sol. Il ne ressemblait pas du tout à ceux qui avaient saboté leur vaisseau.
« Eux ou d'autres, peu importe. » fut tout ce que Mando répondit avant d'attraper son fusil et de disparaître en bas de l'échelle.
« Mando, attends. » Harper descendit à son tour pour le rattraper. À peine ses pieds touchèrent le sol de la soute qu'il leva un bras devant elle pour lui barrer la route.
« Remonte. » ordonna-t-il.
« Ce ne sont que des pilleurs d'épave, laisse-moi t'aider à - »
« Peu importe qui ils sont. Leurs blasters n'en sont pas moins mortels. Je ne pourrais pas m'occuper d'eux correctement si je dois veiller sur toi en même temps. »
« D'accord. Oui. Tu as raison. »
Il se tourna comme pour partir, mais marqua un temps d'arrêt en poussant un soupir résigné. « Si tu veux vraiment m'aider, tire avec ton blaster depuis la soute. Ne sors pas. Et ne tire pas si je suis à proximité de ta ligne de mire. »
Alors que Mando sortait dehors par la rampe de la soute, Harper se mit à couvert derrière un caisson de métal. Elle se pencha pour observer ce qu'il y avait à l'extérieur, à l'affût du moindre mouvement parmi les pins, son cœur cognant si fort qu'elle le sentit battre jusque dans ses orbites. Elle vit plusieurs tirs de blaster fuser dehors, sans voir ni d'où ils provenaient, ni où ils terminaient. Elle entendit des bruits de coups et des râles de douleur, et bien qu'elle savait que Mando était capable d'en venir à bout sans elle, elle ne put s'empêcher d'éprouver de l'inquiétude pour lui.
L'impact bruyant d'un tir de blaster sur la coque la fit tressaillir. « On vient juste de réparer ça ! » grogna-t-elle sans s'adresser à personne en particulier.
Un intrus vêtu de fourrure sortit tout à coup de l'ombre de l'un des stabilisateurs d'atterrissage arrière et passa devant l'ouverture de la soute. Harper tira un coup, puis un autre, et ce dernier toucha sa cible au bras. Il poussa un cri de douleur et de lamentation et, désorienté, il manqua pied et tomba sur le dos. Il n'eut pas le temps de ramper derrière un arbre qu'un nouveau tir de blaster le cloua au sol. Harper cligna des yeux, confuse ; le tir ne venait pas du côté où Mando était en train de se battre.
Elle ajusta sa position contre le caisson de métal sans quitter l'extérieur des yeux, et Yoran apparut entre les arbres. Il n'eut aucun regard pour le voleur à qui il venait d'ôter la vie et s'avança vers le vaisseau. Du côté de Mando, le bruit des combats s'était dissipé, mais Harper resta dans la soute jusqu'à ce que Mando apparaisse de nouveau dans son champ de vision.
« Le traîneau de livraison n'a fait qu'attirer davantage l'attention sur ce vaisseau, » déclara Yoran dans un Basique dépourvu d'accent. Il se tourna vers Mando. « Si vous le souhaitez, je resterai avec vous ce soir et veillerai sur votre vaisseau jusqu'à votre départ. »
Mando redressa son fusil et reposa le canon sur son épaule. « Votre offre est généreuse, », répondit-il du même ton. « Je l'accepte, avec tous mes remerciements. »
La tête de Yoran pivota vers Harper, et il la fixa. Elle avait pris l'habitude de lire le langage corporel de Mando, mais celui de Yoran était si différent du sien qu'elle fut incapable de comprendre ce que signifiait cette attitude. Elle avait oublié à quel point ce genre d'interaction à sens unique était inconfortable.
« Si nous en avons terminé avec… tout ça, » dit-elle en glissant ses mains dans les poches arrières de son pantalon, « je retourne travailler. »
« C'est bien. » répondit Yoran.
Alors qu'elle s'éloignait, elle sentit peser sur son dos le regard des deux Mandaloriens.
Il faisait sombre. Les nuages masquaient les étoiles et le ciel était noir. Maintenant que leur situation avait de nouveau empiré, restaurer le système d'éclairage du vaisseau devint plus important que de réparer les moteurs de poussée horizontale. La lumière des quelques rares néons encore en fonctionnement ne leur offrait qu'une visibilité médiocre. Quand le soleil disparut totalement derrière les arbres, Harper dut poursuivre ses réparations à la seule lumière de sa frontale, jusqu'à ce qu'elle eût mal aux yeux et qu'elle fût contrainte de faire une pause tant elle voyait trouble.
Dehors, Yoran avait allumé un feu de camp. Empalé sur une broche, un gros volatile, plumé et sans tête, tournoyait au-dessus des flammes. Mando était assis en tailleur devant le feu, les mains posées sur les genoux, le dos aussi raide et droit que les arbres qui les entouraient. Alors que Harper s'asseyait à côté de lui, elle n'eut pas l'impression d'avoir interrompu une conversation ; les deux Mandaloriens étaient simplement assis l'un en face de l'autre dans un silence cordial.
« J'ai fini avec les filtres. » annonça-t-elle doucement à Mando. Il hocha la tête.
« Les œufs de l'oie des neiges ont meilleur goût que sa chair, » dit Yoran en retirant la broche de l'oiseau et posant ce dernier dans un plat qu'il avait récupéré dans la cuisine du vaisseau. « Mais elle devrait suffire à remplir votre estomac. »
« On ne m'a jamais reproché d'être difficile avec la nourriture. » répondit-elle avec un haussement d'épaules.
Yoran lui jeta un regard, ploya la nuque comme pour l'approuver, et leva les mains pour retirer son casque.
Dans sa vision périphérique, Harper vit Mando sursauter et faire un mouvement de recul, tandis que Yoran posait religieusement son casque sur la bûche dressée à côté de lui. Une barbe blanche bien taillée habillait son visage parcheminé ; ridés aux coins, ses yeux bleus étaient vifs et perçants. Il sortit un couteau de sa botte et découpa le volatile rôti de façon grossière mais efficace. Il mit une cuisse fumante et bien dorée dans une assiette et la tendit à Harper. Il en fit de même pour Mando, mais ce dernier resta si raide et immobile qu'on aurait cru que Yoran venait de lui tendre une assiette pleine de cailloux.
« Vous n'avez pas faim ? » lui demanda Yoran.
En observant l'attitude de Mando, n'importe qui aurait pu croire que Yoran venait de se mettre tout nu devant lui. Mais d'après ce que Harper en savait - du moins, de ce qu'elle avait compris en vivant avec Mando -, il n'y avait pas de pire péché pour les fidèles de la Voie que celui de retirer son casque devant quelqu'un. C'était un déshonneur, un désaveu de tout ce qui faisait l'âme d'un Mandalorien. Pourtant, Yoran était assis là, la tête nue, tout à fait calme et à l'aise avec la situation.
Lorsque Mando daigna finalement répondre, ce fut d'un ton particulièrement raide. « Je mange en privé. »
Yoran posa son assiette devant lui en mâchant un morceau d'aile d'un air pensif. Il ajouta quelque chose en Mando'a, probablement une question vu l'intonation avec laquelle il avait prononcé les derniers mots.
Mando leva le menton. « Non, je lui fais confiance. »
Les yeux de Harper allaient et venaient entre les deux Mandaloriens, cherchant dans l'expression du visage du plus âgé - et dans la posture de Mando - des indices sur la nature de leur échange. Yoran secoua la tête avec un air attristé.
« Tant de choses sont différentes désormais. » fut tout ce qu'il dit avant de redevenir silencieux.
La viande était dure et dégageait un relent désagréable de fumée, mais elle suffisait à contenter l'estomac de Harper. Tout en mangeant, elle jeta quelques regards à Mando. Elle comprit dans sa posture et l'angle de son casque que ses méninges étaient en train de tourner à plein régime. Il était déconcerté, sur la défensive. Il était en plein questionnement, obnubilé par un besoin : celui de comprendre l'incompréhensible.
Dès que Harper eut terminé de manger, Yoran lui fit signe sans un mot de lui donner son assiette vide. Il lui resservit quelques morceaux de viande. Il ajouta ensuite une portion supplémentaire dans l'assiette inentamée de Mando, et en éloigna un insecte attiré par l'odeur.
« Je vais essayer de raccorder quelques systèmes avant de piquer du nez, » dit Harper quand elle termina sa seconde assiette. « Merci pour le gibier et le repas chaud, Yoran. »
Yoran lui fit un signe de la main en guise d'au-revoir. En s'éloignant du feu de camp, elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Mando n'avait toujours pas bougé. Les mains raides sur les genoux et le regard fixe, la lueur diaprée des flammes dansait dans le noir de sa visière.
Mis à part un bref aperçu qu'elle avait eu un jour en passant devant sa porte au moment où il en sortait, Harper n'avait jamais vu à quoi ressemblait la cabine privée de Mando. Mais pour une fois, il avait laissé la porte ouverte. Elle était assise sur le comptoir de la cuisine, balançant nonchalamment ses pieds sous elle alors qu'elle connectait des câbles à microconduction sur un circuit imprimé vierge, quand elle se décida enfin à pencher la tête pour jeter un coup d'œil à l'intérieur. La pièce mesurait environ deux mètres et demi sur deux mètres. Il y avait tout juste assez de place pour un casier et un lit, partiellement encastré dans la paroi et encadré de compartiments divers du sol au plafond. Elle aurait pu entrer pour mieux voir, sa curiosité l'encourageait même à le faire, mais elle se contenta de ce qu'elle pouvait voir dans le faisceau de sa lampe frontale. Le courant n'était pas encore complètement rétabli.
Les limites étaient importantes. Elle voulait respecter les siennes. Jusqu'à présent, elle pensait l'avoir fait. Mais elle n'avait aucun moyen de savoir exactement lesquelles de ses limites existaient parce qu'il le voulait, et lesquelles il subissait en silence parce qu'il n'avait pas les mots ou l'expérience pour les dépasser.
Il y eut du bruit du côté de l'échelle, et Mando apparut, à peine plus visible qu'une ombre dans la lumière faiblarde des signaux d'évacuation. Harper éteignit sa lampe frontale pour ne pas l'aveugler.
« Où est Yoran ? »
Mando ouvrit un panneau de commande et tira sur un levier. La cloison qui séparait les quartiers de l'équipage et le cockpit se referma derrière lui. « Il monte la garde dehors. »
« Est-ce que… vous avez pu parler tous les deux ? »
« Oui. Il avait… un avis perspicace sur les choses. » Il ne semblait pas vouloir ajouter quoi que ce soit, mais il ne s'éloignait pas non plus. Alors Harper attendit, patiemment, plissant les yeux pour distinguer la couleur des câbles et les connecter sans se tromper, pendant qu'il faisait le tri dans ses pensées.
« Il y a d'autres Mandaloriens, ici. » Il s'adossa contre la paroi métallique en face d'elle, les pieds écartés, les bras croisés sur son torse. « Pas beaucoup. Ce qui reste de son clan ; des survivants de la Purge. »
Harper s'étonna de ne déceler aucune surprise dans sa voix ou son attitude. Son calme apparent confirma alors les soupçons qu'elle avait déjà : il était forcément en contact avec d'autres Mandaloriens. Ceux de son clan, peut-être, à supposer qu'il existe encore. « Si la vie y est aussi dure qu'il le dit, comment ont-il survécu depuis tout ce temps dans ces contrées ? »
« En chassant et en faisant du commerce. Un peu de tout. Deux d'entre eux travaillent comme mercenaires dans le reste de la galaxie, mais ils ont gardé cet endroit comme port d'attache. »
« Ils sont coriaces. »
Son torse se gonfla un peu de fierté. « Les Mandaloriens ont tendance à l'être. »
« Tu es venu ici pour une mission, », songea-t-elle à voix haute, « que tu as accomplie en un temps record, et puis… les choses ne se sont pas déroulées comme prévu, mais je suis contente que tu aies rencontré Yoran. »
Il acquiesça lentement, puis se redressa et décroisa les bras, comme sur le point de rentrer dans sa cabine.
« Hey. » La voix de Harper était douce. Elle posa le circuit et les câbles à côté d'elle. « Toi et moi n'avons jamais vraiment discuté de… Enfin, si tu es disponible pour discuter, bien sûr. »
Il ne fit aucun mouvement, mais il n'était pas impassible ; plutôt incertain. Indécis.
« Je te laisserais tranquille, » continua Harper, « si tu me le demandes. » Ses lèvres esquissèrent un demi-sourire. « Je préférerais que nous ayons une discussion, mais je m'en passerai s'il le faut. J'ai du sommeil à rattraper après tout. »
Il se rapprocha. Assez près pour frôler ses genoux. Assise sur le comptoir comme elle l'était, leurs yeux étaient presque au même niveau, mais il releva tout de même son visage vers son casque en glissant une phalange sous son menton.
« Je sais ce que tu attends de moi, Harper. Et je ne peux pas te le donner. »
« Et qu'est-ce que j'attends de toi, exactement ? » insista-t-elle gentiment, pour ne pas le brusquer. « Que tu abandonnes tes croyances, ton mode de vie, pour t'installer avec moi quelque part et vivre comme des gens normaux ? »
« Non. Je sais que tu n'es pas comme ça. » Il détourna non seulement son regard mais aussi tout son corps, laissant tomber sa main contre sa hanche d'un geste défait. « Je ne peux pas l'enlever. »
« Je ne te demande pas de le faire. » Son casque était son sanctuaire, l'incarnation de son serment ; il serait bien incapable d'expliquer à quel point il était important pour lui, même s'il essayait. Et ça lui allait comme ça. Elle n'avait pas besoin qu'il l'enlève. Sa foi en la Voie était suffisante ; il n'avait pas à se justifier. « Ça pourrait se passer comme la dernière fois, dans la grotte. Dans le noir. »
« Et pendant combien de temps te contenterais-tu de ça ? » Le son de sa voix était sceptique, et triste.
« Tu veux savoir si j'ai envie de te voir ? » répondit-elle. « Oui. J'en ai envie . Dans d'autres circonstances. Mais je n'ai pas besoin de te voir. Je n'ai pas non plus besoin de savoir à quoi tu ressembles pour savoir ce que je ressens pour toi. »
« Tu parais si sûre de toi. »
« Parce que je le suis. » Elle rougit de son propre aveu. Elle se pencha vers lui et, lentement, pour qu'il ait le temps de reculer s'il le voulait, elle leva les mains et les étendit sur son plastron. Il ne recula pas. Il y avait de la paix et de l'euphorie dans ce moment ; leur proximité, leur cœur qui cognait, les mouvements de son torse, de sa respiration profonde contre ses paumes ouvertes. « J'éprouvais déjà des sentiments avant la grotte, sans jamais avoir vu autre chose de toi que ta main. »
« Je m'en souviens. »
Elle haussa les épaules. « Ça s'est passé il n'y a pas très longtemps - »
« Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je me souviens de ma main dans la tienne. Je n'arrivais pas à me rappeler de la dernière fois où quelqu'un m'avait touché comme ça. » Il était à peine audible à travers le vocodeur. « Et je me souviens de la pointe de ta langue, serrée entre tes dents pendant que tu te concentrais sur ma main. Ça m'a donné à… réfléchir, le reste de la journée. »
« Vraiment ? »
Son casque s'inclina vers l'avant. « Vraiment. »
La langue de Harper devint soudain chaude et sèche dans sa bouche. « À quoi as-tu pensé exactement ? »
« À la douceur de tes gestes. À ta bienveillance. J'ai pensé à… » Un son timide résonna dans sa gorge. « Après avoir repoussé le foulard que tu avais devant les yeux, je me suis demandé quel effet cela ferait, de toucher tes cheveux sans porter de gants. »
Lentement, il les retira, les coinça dans sa ceinture. Le cœur de Harper rata un battement quand il posa une main sur sa joue - avec mille précautions, comme s'il avait peur de la briser. C'étaient des mains capables de tuer, vouées à une vie de labeur et de violences ; mais aussi si tendres… tendres et fébriles.
« J'ai pensé à beaucoup d'autres choses. À ta façon de me sourire. Comme si tu pouvais... me voir, à travers le casque. J'ai pensé à te toucher, juste... juste comme ça. » Son pouce caressa sa joue. Sa voix était maintenant plus rauque, ses mots plus espacés. Il devenait timide, il se mettait à nu. « Je me suis demandé… quel effet ça me ferait d'avoir ton corps contre le mien. D'avoir tes mains sur moi. »
« Moi aussi, j'ai pensé à toi, » murmura-t-elle pour le soulager du poids des mots, car il semblait avoir du mal à savoir comment les choisir. Elle laissa son corps se pencher en avant jusqu'à s'appuyer contre le sien. Tremblantes, les mains de Mando se posèrent prudemment sur sa taille. Ses doigts effleurèrent sa peau, à la frontière de son t-shirt. Elle inhala, frissonnante comme si elle avait de la fièvre. « Tout le temps. »
« Tout le temps ? » Il semblait à la fois incrédule et fasciné.
« Mm-hm. Il y a des centaines de choses te concernant auxquelles je pouvais penser dans mon lit, la nuit. Autres que ton visage, bien sûr. »
« Dans ton lit - » Il se tut, comme s'il avait encore besoin d'assimiler ce qu'elle voulait dire par là avant de terminer sa phrase.
Elle passa une main derrière lui et l'attira vers elle, entre ses jambes ouvertes. Son autre main traçait les lignes de sa cuirasse, jusqu'au relief du diamant hexagonal au milieu, centré sur son torse. « Est-ce que tu veux que j'aille dans ta cabine avec toi ? »
« Oui. »
Elle se laissa glisser du comptoir, et il la conduisit dans sa cabine en la tenant par le poignet. Il n'était pas vraiment nécessaire de fermer la porte, mais Harper tâtonna tout de même la cloison à la recherche du panneau de commande. La porte se ferma avec un chuintement soyeux. La cabine semblait plus accueillante de cette façon ; plus intime, faiblement éclairée par une applique au-dessus du casier.
Elle fit glisser le bout de ses doigts sur ses phalanges et entrelaça leurs doigts. Il laissa échapper un souffle saccadé et elle se blottit contre lui, posant son front contre son casque. Le besoin d'être proche de lui était insupportable, les couches de tissu entre eux un tourment injuste ; elle s'écarta de lui et empoigna le bas de son t-shirt -
« Stop. » Il lui attrapa une main et l'arrêta dans son mouvement. « Je... je veux le faire. »
Que ce soit la première fois qu'il faisait cela ou non, la façon avec laquelle il la touchait pour la déshabiller et la lenteur de ses gestes étaient une torture. Il abordait cette tâche comme s'il n'avait jamais vu de tels vêtements de sa vie et qu'il ne savait pas comment les retirer ; ou comme s'il déballait un cadeau délicat et cher. Elle resta immobile sauf quand elle eut besoin de lever les bras ou de sortir de son pantalon tombé à ses pieds après qu'il l'eut déboutonné.
Quand enfin elle fut entièrement nue devant lui, il se tint immobile à son tour, les bras inertes le long de son corps. Elle le laissa regarder. Le bout de ses seins durcissait, la température de son corps augmentait à la simple idée d'être observée par son regard invisible. Mais avant qu'il n'eût l'opportunité de retirer son armure, d'éteindre la lumière ou de faire quoi que ce soit d'autre, elle s'avança, passa les bras derrière sa nuque, et se serra contre lui. La myriade de textures contre sa peau la fit frissonner ; les plaques dures et froides de son armure se pressaient érotiquement contre son corps nu et la chair tendre de ses seins. Une inspiration haletante retentit dans son vocodeur. Il reposa ses mains sur ses hanches, encore plus timidement qu'avant, si c'était encore possible. Elle descendit les siennes le long de sa cuirasse, et, encouragée par ses doigts qui comprimèrent soudain la chair de ses hanches, elle les baissa jusqu'à son entrejambe.
Quand ses mains découvrirent le renflement naissant sous la boucle de son pantalon, il se raidit avec un halètement. Elle recula son visage et scruta la face de son casque ; un geste inutile, mais instinctif. Elle n'avait pas oublié ce qu'il avait dit dans la grotte, sur le fait qu'il n'avait jamais montré son visage à qui que ce soit. Mais porter un casque n'empêchait pas de faire des choses avec le reste de son corps. « Est-ce que quelqu'un d'autre t'a déjà… ? »
« Non. Enfin… il y a des années, il y a bien eu cette autre membre de la guilde. Pas une Mandalorienne. Nous avons travaillé ensemble, une fois... et une fois la mission accomplie, elle n'a pas hésité à me faire savoir qu'elle était... intéressée. Mais ça ne m'a jamais semblé être une option pour moi. Il ne s'est donc rien passé. »
Elle palpa doucement son membre au travers de son pantalon, à l'écoute de sa respiration hachée, filtrée artificiellement par son vocodeur. L'entendre panteler était un supplice, une chaleur humide faisait trembler l'intérieur de ses cuisses.
Les doigts de Mando se refermèrent autour de ses poignets. « Non. Stop, je... la lumière. Éteins la lumière. »
Elle s'exécuta sans un mot. Pour la deuxième fois, elle eut le plaisir de l'écouter se déshabiller dans le noir. La tâche était longue, il y avait beaucoup de couches à enlever ; à tâtons, elle localisa le lit et s'assit sur le bord. C'était là qu'il dormait, où il était le plus vulnérable. Là où elle l'avait imaginé tant de fois après qu'ils se soient chacun retirés dans leur cabine pour la nuit.
Mando la retrouva dans le noir. Dans la grotte, il avait gardé ses sous-vêtements et sa chemise, mais cette fois, il était entièrement nu. Alors qu'elle explorait les lignes de son corps, les mains avides, une boule se forma dans sa gorge. Son torse était solide, ses épaules sinueuses et robustes. Ce n'était pas une musculature imposante ou massive, mais celle d'un homme confronté à une vie de labeur : sèche, marquée, couverte d'une peau ferme et chaude. Elle retint un soupir quand ses doigts effleurèrent son ventre, épousant les courbes discrètes et solides de ses muscles, suivant la ligne de poils qui reliait son nombril à son pubis.
Elle sema des baisers humides sur son torse, et il frissonna. Puis elle se mit à genoux sur le bord de la couchette pour que leur visage soit à la même hauteur, et posa ses lèvres sur les siennes. Comme dans la grotte, il ne réagit pas immédiatement à l'assaut de ses lèvres ; quand il le fit, il inclina la tête et approfondit le baiser. Ses lèvres tremblaient, son souffle se heurtait à sa langue. Miséricorde, elle n'arrivait plus à réfléchir ; elle était étourdie par la façon avec laquelle ses mains l'agrippaient, maladroites mais passionnées, par la solidité de son corps contre le sien, par le renflement de ses biceps auxquels ses mains s'accrochaient. Elle gémit dans sa bouche, l'attira au-dessus d'elle sur le lit ; avide de lui, avide.
Elle écarta les cuisses pour qu'il puisse caler ses hanches contre son pubis. Le poids de son corps exerçait une pression exquise contre le sien. Il s'appuya sur un avant-bras, les doigts de son autre main caressant la ligne sous ses seins, tandis que ses lèvres frôlaient sa tempe, ses joues, ses cheveux. Il inspira profondément, respirait son odeur ; il ne semblait pas enclin à faire quoi que ce soit d'autre pour l'instant. Lorsque sa bouche effleura par inadvertance son cou, elle poussa un gémissement. De surprise, le corps de Mando se tendit comme un arc.
« Refais-le, » murmura-t-elle.
Il s'arrêta, baissa la tête ; s'arrêta de nouveau, puis embrassa son cou.
« Bon sang... » gémit-elle. Elle passa une jambe derrière son dos, ondula contre lui ; pas contre la couche épaisse de ses vêtements ni les plaques de son armure, mais les contours réels et naturels de son corps. La sensation était étourdissante, elle attisait les braises de sentiments longtemps endormis en un brasier suffocant.
« J'ai... pensé à ça aussi, » admit-il, chuchotant contre la peau derrière son oreille. « Ton cou. »
« Mon cou ? » répéta-t-elle à bout de souffle.
« Tes cheveux sont toujours relevés quand tu travailles. »
Il l'embrassa sur l'épaule, la clavicule. Ses poils de barbe frottaient contre sa peau brûlante. Ses baisers avaient d'abord été incertains, à peine un frôlement, mais les réactions enthousiastes de Harper lui donnaient peu à peu confiance en lui. Lorsqu'il approcha ses lèvres de ses seins, il ralentit.
« Est-ce que je peux - »
« Oui. » haleta-t-elle.
La respiration de Mando lui chatouillait la peau par petites bouffées d'air compactes, et quand la pointe de sa langue se pressa timidement contre son mamelon, elle s'arc-bouta contre lui, glissant ses mains dans ses cheveux. Il passa un bras dans son dos et la serra contre lui, trop fort ; en l'espace d'un instant, ses hésitations malhabiles s'étaient muées en une sorte de désir puissant et primaire, si dévorant qu'il ne savait pas vraiment quoi en faire. Il serra encore. Elle avait du mal à remplir ses poumons d'air, mais elle ne fit rien pour qu'il relâche l'étau de son bras.
Elle voulait l'avoir en elle, son bas-ventre en palpitait d'impatience. Elle fit glisser ses mains le long des muscles marqués de son dos, en faufila une entre eux, et quand ses doigts explorèrent la longueur dure et soyeuse de son membre, le corps de Mando se tendit.
« J'ai tellement envie de toi que j'ai l'impression de devenir folle, » gémit-elle, à la fois hilare et sérieuse comme une tombe. Il la rendait frivole et capricieuse ; il était plus enivrant que l'arôme d'un alcool précieux.
« Hm-hmm. » C'était sorti de sa bouche comme un grognement, rauque et profond. Puis il l'embrassa à nouveau, ses deux mains encadrant son visage alors qu'elle ajustait sa position sous lui, guidant son membre avec sa main, vers l'intérieur de ses cuisses. Mais il tressaillit et interrompit le baiser. Ses cheveux effleurèrent sa joue quand il se détourna d'elle.
« Trop vite ? » souffla-t-elle. Elle posa une main contre son torse. Elle sentait les battements désordonnés de son cœur contre sa paume. Elle comprit qu'un trop-plein sensoriel était en train de le submerger : peau contre peau, dans la plus intime des étreintes, à deux doigts d'entrer en elle. Un festin de roi pour un homme qui n'avait jamais connu la satiété.
« Non. Oui - » Et puis il murmura quelque chose qui, dans le ton, ressemblait à un début d'explication, mais elle fut incapable d'en comprendre le sens. Elle ne l'avait jamais entendu parler dans sa propre langue jusqu'à aujourd'hui.
Elle embrassa doucement sa joue, sa mâchoire, puis poussa contre son torse. « Viens, assieds-toi. Contre la cloison. »
Ce qu'il fit. Elle le suivit dans l'obscurité, s'assit à califourchon sur ses cuisses. Elle posa une joue réconfortante contre sa tête et passa ses doigts dans ses cheveux. Un long soupir apaisé s'échappa des lèvres de Mando, et il la serra contre lui avec une intensité telle qu'on aurait dit qu'il essayait de l'absorber. Serein et attentif, il commença à tracer des motifs dans son dos, ses pouces dessinant des spirales le long de ses vertèbres.
Il déposa un baiser contre sa gorge et elle soupira ; puis, si bas qu'il en fut presque inaudible, il dit : « Dyn. »
Elle pencha la tête sur le côté pour lui donner un meilleur accès. « Est-ce que ça veut dire quelque chose en Mando'a ? »
« Ce n'est pas du Mando'a. » Ses mots lui chatouillèrent la gorge. « C'est mon nom. »
Elle marqua un temps d'arrêt. « Quoi ? »
« Je… ne peux pas te donner mon visage, mais je peux te donner mon nom. C'est Dyn. »
Face à cette révélation d'une intimité bouleversante, à ce joyau de confiance qu'il lui offrait, une émotion indicible lui comprima la poitrine au point de lui faire mal. Elle recula pour pouvoir toucher sa figure, sentir l'embrasement de ses joues, passer le bout de ses doigts sur la courbe de ses lèvres.
« Dyn. » souffla-t-elle, et à cette seule syllabe, il émit un son étranglé. Ses mains se resserrèrent sur elle, l'ajustèrent contre lui, ses hanches tressautèrent contre les siennes, et elle retint un gémissement en sentant son membre la pénétrer.
« Oh. Oh ... » haleta-t-elle alors qu'elle s'abaissait progressivement sur lui, fermant les yeux, excitée par la soudaine sensation d'être distendue de l'intérieur par la largeur brûlante et délicieuse de son sexe. Les hanches impatientes de Mando - non, Dyn - se soulevèrent, la remplissant complètement d'une seule incursion ; elle s'agrippa à ses épaules, étourdie. Elle resta un moment immobile, paralysée par une sensation sublime, et quand elle posa son front contre le sien, il l'embrassa avec tant de fougue qu'elle en eut le souffle coupé.
Elle se mit à onduler contre lui, de langoureux va-et-vients qui glissaient le long de son membre et qui frictionnaient merveilleusement son clitoris. Des frissons de plaisir la parcouraient toute entière. Dyn agrippait fermement sa taille ; il ne cherchait pas à imposer son rythme, il épousait le sien.
« Ça te plaît ? » murmura-t-elle, voulant en être sûre. C'était sa première fois, après tout ; et pas une première fois ordinaire, mais une qui arrivait après plusieurs décennies de solitude émotionnelle et de dévouement monastique à la Voie. « Est-ce que tu veux - »
Il lui répondit d'une voix grave, presque un rugissement. « Je le veux précisément comme tu es en train de le faire. »
Elle continua de monter et descendre sur lui ; ses mains sur elle étaient si grandes, si fermes sur sa taille, qu'elle avait l'impression qu'il gravait la forme de ses doigts sur sa peau. Elle posa une paume sur la cloison métallique derrière lui et prit appui sur elle, sa respiration pantelante et avide. Le plaisir devint insoutenable. Elle le serra entre ses cuisses, et son orgasme puissant et soudain la fit trembler. Les ondes de choc la firent défaillir ; elle enfouit son visage brûlant dans ses cheveux et frissonna contre lui.
Comme les mouvements de Harper ralentissaient, Dyn prit le relais, guidé par un désir profane mais instinctif. C'était terriblement érotique de le sentir en elle, en chasse de son propre plaisir, la respiration haletante, en rythme avec ses hanches et ses incursions désordonnées. Il gémit son nom, féroce et révérencieux sur ses lèvres.
« Ne t'arrête pas, » supplia-t-elle, en passant un bras autour de son cou et en synchronisant ses mouvements avec les siens.
« Je suis sur le point de… Ne devrais-je pas - »
Il avait beau être puceau, ce n'était pas un idiot, et elle comprit ce qui lui avait traversé l'esprit. « Je veux que tu viennes en moi, Dyn, s'il te plaît... »
Le son étouffé qui résonna dans sa bouche était celui d'un homme perdu dans ses sensations, et il l'abattit d'un coup sur toute la longueur de son membre. Il gémit sous la force de son orgasme, libérant sa puissance en elle, et elle entendit le faible bruit sourd de sa tête qui retombait contre le mur derrière lui.
Harper se blottit en extase contre lui. Le bras qu'elle avait passé derrière sa nuque, inerte, glissa lentement de son épaule quand il se pencha pour s'allonger sur la couchette, l'entraînant avec lui. Elle se lova dans le creux de son bras, passa une jambe au-dessus de lui. Sous sa joue, son torse montait et baissait rapidement, son sang refluant violemment vers son cœur, puissant et pur.
Elle dormit dans sa propre couchette cette nuit-là. Il lui avait dit qu'elle n'y était pas obligée, puisqu'il n'y avait pas de hublot dans sa cabine et qu'il y ferait toujours noir à leur réveil, mais elle se souvenait de leur réveil dans la grotte et de tous les moments un peu embarrassants qui avaient suivi : la façon avec laquelle elle avait fait semblant de dormir tout en l'écoutant remettre son armure, les doutes qu'elle avait éprouvés en essayant de déterminer le moment où elle pourrait enfin rouvrir les yeux, et le moment particulièrement gênant où il lui avait dit : « Je sais que tu es réveillée. Je suis habillé maintenant. »
Quand elle avait enfilé son t-shirt tard hier soir avec l'intention manifeste de quitter la cabine de Dyn, il lui avait dit d'une voix tranquille : « Peut-être ai-je envie que tu restes. »
Elle s'était assise au bord de la couchette, avait remonté ses doigts comme une caresse le long de son bras, entortillé une mèche de ses cheveux sur son index, tracé tendrement le contour de sa bouche. S'endormir recroquevillée contre lui, dans le refuge rassurant de l'obscurité, était une idée tentante. Mais elle voulait qu'il conserve son intimité habituelle ; il méritait cette liberté.
« Je serai juste de l'autre côté du couloir. » avait-elle promis. Il n'avait pas protesté.
Alors qu'elle se réveillait, et avant même d'avoir complètement quitté le monde des rêves, la douceur d'une lueur aussi rose et réconfortante que le lever du soleil se diffusa en elle : Dyn. Dyn.
Elle enfila des vêtements propres et se leva. À en juger par l'angle des faisceaux de lumière qui filtraient à travers le pare-brise du cockpit, la matinée était déjà bien entamée ; elle avait dormi plus longtemps que prévu. Dyn n'était nulle part sur la passerelle supérieure et la soute était vide à l'exception de quelques caisses et matériels disséminés sur le sol. Elle sortit par la rampe arrière et vit que Yoran et son speeder manquaient eux aussi à l'appel. Le plus plausible était que les deux hommes étaient partis avec le speeder pour une affaire quelconque, un truc de Mando à régler à la Mando. Rien n'indiquait qu'il leur était arrivé quelque chose de mal. Alors Harper rassembla ses outils et s'attela à remplacer les conduites de carburant sous le regard figé des prisonniers pétrifiés dans la carbonite.
Il était près de midi quand une ombre apparut sur le sol à côté d'elle, du côté de la rampe d'accès qu'elle avait laissée ouverte à cause des fumées. Elle se rassit sur ses talons et tourna la tête.
Dyn la regardait depuis le haut de la rampe, la tête sur le côté, la cape claquant un peu dans le vent. Il fut un temps où il l'intimidait ; et bien sûr, parfois, il l'intimidait encore. Mais ses plaques et son casque, aussi inorganiques fussent-ils, lui étaient devenus aussi familiers qu'un visage. Désormais, la simple vue de son apparence redoutable provoquait en elle un saisissement instinctif qui, elle en était sûre, n'avait rien à voir avec celui qu'éprouvaient ses proies.
Elle lui sourit. « Salut. »
« Je suis parti plus longtemps que prévu. » dit-il simplement.
« J'avais beaucoup à faire. Les réparations avancent bien. Je me concentre sur l'essentiel pour le moment. Nous aurons tout le temps de peaufiner les derniers détails une fois que nous serons en sécurité. » Un vrombissement de moteur se fit entendre dehors, et elle se pencha sur le côté pour regarder le speeder et son pilote s'éloigner. « Yoran s'en va ? »
« Oui. Il… » Il transféra le poids de son corps sur son autre jambe. « Il m'a emmené voir son clan. »
Elle essuya ses mains avec le chiffon noué sur sa ceinture à outils. « Vraiment ? Comment était-ce ? »
Il prit une courte inspira puis expira profondément. « Différent. »
« Différent en bien ou en mal ? »
« Je ne suis pas sûr, » admit-il pensivement. « Juste différent. Je... t'en dirai plus, un jour. »
Il s'avança jusqu'à elle. Harper inclina la tête en arrière, aussi loin qu'elle le pouvait, maintenant qu'il la surplombait. Après une pause, il lui tendit une main. Elle la saisit et il la tira sur ses pieds. Il observa un instant son visage, puis repoussa ses cheveux ébouriffés avec ses deux mains, les glissant derrière ses oreilles.
Un pli dans le gant de sa main droite révéla une parcelle de peau hâlée à son poignet. Impulsivement, elle lova une joue contre sa paume et déposa un baiser sur sa peau. Un œil inexpérimenté n'aurait observé aucune réaction particulière de sa part, mais elle le sentit tressaillir, et un frémissement courut le long de son avant-bras.
« Tu me plais tel que tu es. » promit-elle contre son pouls.
Ses doigts se recroquevillèrent un peu, comme s'il s'apprêtait à l'attirer dans une étreinte. Il semblait ignorer comment réagir. Pour lui épargner un questionnement inutile, elle se blottit contre lui, et comme pour confirmer que c'était bien ce qu'il voulait lui aussi, il leva le menton pour qu'elle puisse poser son front dans le creux de son cou. Elle sentait contre sa joue les reliefs du diamant gravé sur sa cuirasse, et lorsqu'elle fit courir son pouce sur ses lignes familières, il plaqua sa main dessus avec la sienne.
« Sais-tu comment ça s'appelle ? » Une soudaine faiblesse fit trembler sa voix. Il semblait bouleversé, terriblement vulnérable. « Kar'ta beskar . »
Harper forma silencieusement ce mot sur ses lèvres avant de demander en chuchotant : « Qu'est-ce que cela signifie ? »
« Cœur de fer. »
Elle l'avait également vu sur l'armure de Yoran. Ce symbole inspirait la dignité et l'honneur. Un sceau de guerrier. Elle connaissait la signification du mot beskar ; mais seul le casque de Dyn en était fait. Le plastron sur lequel était gravé le diamant mandalorien était fait de durasteel… il ne voulait pas parler de son armure. Il avait quelque chose d'autre en tête.
« Cœur de fer. » répéta-t-elle.
« Le beskar est presque impénétrable, » ajouta-t-il à voix basse, bien qu'il était conscient qu'elle le savait déjà. « Ce qui n'est pas vraiment le cas… semblerait-il… de mon propre cœur. »
Oh, cet homme… Il y avait en lui un sentiment très doux qu'il ne pouvait exprimer à voix haute. Il n'avait pas les mots pour l'expliquer, mais il n'avait pas besoin de le faire. Le peu qu'il parvenait à dire lui suffisait.
« Bien sûr, je veux que tu sois protégé à tout moment, » dit-elle, s'éclaircissant la gorge pour masquer son émotion, « mais s'agissant du cœur, je pense qu'une petite faiblesse est parfois la bienvenue. »
La voix de Dyn se brisa subtilement dans le filtre de son vocodeur. « Elle l'est. »
Elle aurait pu en dire plus. Elle connaissait beaucoup de mots et de noms pour décrire ses sentiments que Dyn n'avait jamais appris. Mais ils pourraient être dévoilés une autre fois. Ici, maintenant, ils pouvaient se contenter de la présence de l'autre sans que davantage de mots ne fussent nécessaires.
« Eh bien, » dit-elle, lui serrant affectueusement la main avant de s'éloigner. Elle tourna son attention sur les outils dispersés autour de son espace de travail. « Il y a encore beaucoup à faire, mais le plus dur est derrière nous. On devrait même pouvoir décoller ce soir, si on y met du nôtre. »
Dyn resta un moment sans parler, comme s'il s'était retiré au fond de lui-même, et il la fixa si longtemps qu'elle fut sur le point de demander s'il y avait un problème. Mais elle se contenta de le regarder de la même façon. Finalement, il désigna d'un geste de son menton la clé que Harper avait attachée à sa ceinture. Elle haussa les épaules et la lui tendit, et quand leurs mains se frôlèrent, elles se tinrent l'une à l'autre.
Les épaules de Dyn étaient détendues, et tout dans son attitude inspirait le calme et la sérénité. « Allons-nous-en d'ici. »
