Yosh ! Un petit texte sur Luxord parce qu'on l'oublie un peu trop ce pauvre petit. Même si il va vite remonter dans les esprits ! Bonne lecture !


Le thé était fumant dans les tasses de porcelaine blanche. La nappe immaculée était décorée par des assiettes de gâteaux colorés. Crème, confitures, sucre, beurre, miel, petits sandwichs. Un panel de nuances et de saveurs diverses et variées. Et avec tout ça, des dizaines de tasses et de théières sifflantes de tout leur soul. Assis sur une chaise, perdu au milieu des fous, le numéro X de l'organisation observa sa coupe remplie de liquide ambré.

L'heure du thé était une institution, une loi au pays des Merveilles. Quiconque manquait cela se voyait avec une tête coupée. Ça et les parties de croquet on ne peut plus étrange de la Reine et ses cartes. On n'avait pas le droit de les louper ou de s'en échapper.

Mais pourtant, ce monde lui allait.

- Vous ne buvez pas votre thé ! Cria le chapelier en s'avançant vers l'homme vêtu de noir.

- Je préfère attendre un peu. Se risqua Luxord.

Le thé du chapelier. Tout le monde le savait. Ce fameux thé légendaire était loin d'être sain. Merveilleux ? Merveilleusement empoisonné. À l'image de ce pays. À l'image de ces habitants. À l'image de celui qui le créait.

- Aujourd'hui la reine va battre les cartes.

- Les battre ?

- Les trier, les ranger, couper les paquets et enfin les distribuer. Et avant que le soleil ne se lève pour le début de la nuit, les horloges seront de nouveau sur l'heure du thé ! D'ailleurs, les tics-tacs sont revenus ?!

Le regardant prendre sa montre à gousset pour y mettre du beurre et de la confiture, Luxord en profita pour vider la tasse sur la nappe. Une tache pourpre dans un océan de blancheur. De toute façon, personne ne la verrait. Ils étaient déjà tous intoxiqués.

- Et si nous allions voir notre reine ! Cria l'homme au chapeau en le tirant par la manche.

Jetant la porcelaine blanche sur l'amas de nourriture encore présente sur la table inondée, le Joueur du Destin le suivit sans grand empressement. Tous y étaient. Tous attendaient. Il pouvait les voir, tous les un après les autres. Étudiant les mouvements de la femme en rouge. Qu'on vénérait dans la folie et la peur de mourir. Et elle coupait les paquets de cartes, tranchait les têtes en trop et imposait son règne.

Un peuple de fous dirigé par une reine aussi folle qu'eux. Le chat lui avait dit. Tout le monde est fou ici.


Assis dans la zone grise, Luxord regarda ses confrères en noir. Ils étaient ici, assis ici et là dans son décor trop pur, trop blanc. Pas de couleurs sur les décors mais sur les chevelures des habitants. Rouge, bleu, rose, jaune, gris bleutée. Comme les gâteaux pourris du chapelier. Et avec des caractères imbuvables. Comme le breuvage maudit de ce pays.

Alors Luxord sortait son jeu de cartes et jouait avec, sans s'occuper des autres. Il jetait les fiches sur la table nue des figures avant de s'arrêter sur la reine de cœur en dernier. Une tâche de couleur dans une mer de blancheur. Une tache de folie dans un monde sans émotions. Pas de cœur, pas de sentiments. Pas de sentiments, pas d'attachement.

Pourtant, il les voyait bien les regards en coin de certains. Des regards qui attestaient qu'ils pouvaient ressentir des choses. Mais il devait halluciner. Il devait être fou à force.

Peut-être qu'il avait la place au pays des Merveilles. Tiens, il irait bien boire une tasse de thé.