- Qu'est-ce que c'est que cette histoire, Prime ?!
La voix furieuse de l'agent Fowler résonna dans la base. Optimus Prime demeura impassible tandis que l'homme fulminait.
- Que vous accueilliez d'autres Cybertroniens, d'accord, ça ce n'est pas un problème ! Mais depuis quand les Autobots recrutent-ils des humains ?! Les trois enfants ne vous suffisaient donc pas ?! Qu'est-ce que je vais dire à mes supérieurs, que des citoyens innocents jouent aux héros avec les Autobots ?!
Il n'eut pas le temps de poursuivre car le cyborg se planta devant lui ; sa taille gigantesque ainsi que son regard intense le firent immédiatement taire. Son expression était tellement indéchiffrable qu'on n'aurait su dire s'ul était calme ou simplement agacé.e. Son corps mutilé n'échappa pas au regard de Fowler, qui ne put s'empêcher de ressentir un peu de sympathie pour la personne en face de lui. Que lui était-il arrivé ? Le cyborg interrompit son processus de pensée lorsqu'ul rejeta les épaules en arrière et lui adressa un salut militaire.
- Colonel Talos Xana, commandant.e en chef des unités sept à onze des forces armées grecques de 1982 à 1991.
Fowler lui rendit instinctivement son salut. Talos baissa son bras et croisa ses mains dans son dos, comme le ferait un haut-gradé en train d'inspecter ses troupes.
- Agent Fowler, avant que vous ne fassiez votre rapport, il est de mon devoir de dissiper tout malentendu quant à notre situation. C'est pour cela que je demande votre attention pendant quelques instants. Cela est-il possible ?
Fowler hocha la tête, trop surpris pour parler.
- Bien, déclara Talos. Comme vous avez pu le constater, mon apparence n'a plus grand-chose d'humain. Je suis l'exemple le plus flagrant de ce qui nous est arrivé, à mes compagnons et moi. Il y a environ vingt ans, plus d'une centaine d'humains ont été enlevés à travers le globe par des "dire wraiths", une espèce extraterrestre extrêmement belliqueuse et vicieuse. Leur but était de donner à leur peuple des pouvoirs dévastateurs afin de faciliter la colonisation de nouvelles planètes. Or, ils avaient besoin de cobayes pour vérifier qu'obtenir ces capacités était sans danger. Ce qui ne fut pas le cas ; sur les cent humains enlevés, seulement cinq ont survécu aux expérimentations des dire wraiths.
Talos s'arrêta un instant pour reprendre son souffle. Il y eut un silence pesant.
- Je ne m'attarderai pas sur ces années de captivité qui nous ont profondément marqués, continua le cyborg d'une voix un peu moins assurée. Ce que vous devez savoir, agent Fowler, c'est que les Autobots ici présents nous ont sauvé de cet enfer. Ironhide et son équipe avaient pris d'assaut l'établissement de recherche où nous étions enfermés afin de secourir un de leurs frères d'armes. C'est par pur hasard qu'ils nous ont trouvé. Ils auraient pu nous abandonner à notre triste sort ; ils ne l'ont pas fait. C'est grâce à eux que nous sommes toujours en vie et que nous avons pu retourner sur Terre. Si nous nous battons à leurs côtés, ce qui n'est pas fréquent, c'est parce que nous avons une immense dette envers eux. De plus, nous ne "jouons pas les héros". Nous savons quels sont les atouts et les limites de nos capacités.
« Un autre point que j'aimerais corriger est que nous ne sommes pas des "recrues". Nous combattons pour nous défendre contre un ennemi qui nous tirera dessus à vue, point. Nous ne servons pas les Autobots de force. Leur législation l'interdit. Conformément à l'article 20, paragraphe 10 du code Autobot, je cite, "toute créature intelligente non Cybertronienne n'a pas à être forcée de se battre pour la cause Autobot." Dans le paragraphe 26, "toute créature intelligente non Cybertronienne a le droit de demander la protection des Autobots si elle est menacée par un ennemi officiel des Autobots." Étant donné que les dire wraiths sont des rivaux ancestraux des Cybertroniens, la question ne se pose pas. Enfin, Ironhide, Chromia, Glit et Hot Rod sont nos Gardiens, ce qui pourrait correspondre aux parrains et marraines terriens, avec cependant une connotation beaucoup plus profonde chez les Cybertroniens. C'est un contrat sacré qui nous lie et que mes compagnons et moi avons accepté de plein gré.
« Une dernière chose à savoir est qu'aucune personne ici présente n'a la nationalité américaine. Nous sommes déclarés morts ou disparus dans nos pays d'origine. Comme les Autobots, aux yeux des États-Unis, nous n'existons pas officiellement. Parce qu'ils sont nos Gardiens, nous tombons sous la juridiction des Autobots avant celles terriennes. Aussi, si vous comptez nous expatrier et nous séparer de nos Gardiens, vous ferez infraction aux lois d'un État indépendant ; votre gouvernement agira alors illégalement. C'est pourquoi je vous demande de rester fidèle à vos législations et de nous autoriser à rester ici. Avez-vous des questions ?
Fowler ouvrit la bouche. La referma. L'équipe Prime fixait Talos avec ébahissement tandis qu'Ironhide, Chromia, Hot Rod et Glit se retenaient d'éclater de rire. Quant aux survivants, ils ne cachaient pas leur sourire goguenard. Finalement, Fowler se passa la main sur la nuque.
- Par la barbe de l'oncle Sam, vous êtes sûr d'être colonel et pas avocat ?
L'agent était époustouflé, mais nullement énervé. Les commissures des lèvres de Talos se relevèrent légèrement.
- On me l'a souvent demandé, oui.
- C'est la version humaine d'Ultra Magnus ! s'exclama Hot Rod.
Cette phrase provoqua l'hilarité générale chez les Autobots. Une ombre de sourire éclaira le visage d'Optimus Prime, qui se pencha vers Fowler.
- Talos et ses compagnons sont les bienvenus parmi nous. Que comptez-vous dire à vos supérieurs, agent Fowler ?
- Qu'ils risquent de faire face à un… une… ennemi redoutable s'ils décident de s'en prendre à vous, Prime.
Le visage de l'homme prit une expression moins sérieuse, presque douce.
- Il n'y en a plus beaucoup, de militaires comme ça, de nos jours… on voit bien que c'est un soldat aguerri et pas un bureaucrate coincé.
Il plongea son regard dans celui de Talos.
- Je rentre au Pentagone faire mon rapport. Faites en sorte de vous tenir tranquilles jusqu'à ce que mes supérieurs vous donnent le feu vert ; après ça vous pourrez faire comme bon vous semble, dans le respect des règles bien sûr.
Talos hocha la tête.
- Je vous remercie de votre compréhension, agent Fowler.
Ils se serrèrent la main en guise d'au revoir. Une fois que Fowler fut parti, Chromia saisit doucement Talos, qu'elle déposa ensuite sur son épaule.
- Bien joué, habibi.
Ul lui sourit. Elle lui caressa la tête en retour.
La guerre était loin d'être finie, mais pour une fois, chacun comprit qu'on leur accordait enfin un peu de repos. Ici, ensemble…
Sur la Mère-Terre.
