Bonjour ! :D Etant donné que j'ai reçu non pas une mais deux demandes de suite (et que ça ne me dérange pas d'en écrire même si c'est sous forme de "moments"), je ne peux que m'incliner face à l'avis de la populace u.u Rah, je devrais faire de la politique !
Bref, Amandinetrot, MariMagda, cette suite est là grâce à vous ! Et à Pandorwho aussi, sinon elle boude et puis bon…
Bonne lecture et merci pour vos commentaires, les filles !
There's something about Sammy - bonus (bonii ?)
Sam était couché sur le ventre sur le lit de Lucifer pendant que celui-ci prenait sa douche. Cela faisait quelques jours que son ami l'avait sorti de sa "boucle" et Sam avait eu l'occasion de visiter la maison des trois frères et d'en apprendre plus sur eux.
Michael lui rappelait Dean à bien des égards ; autoritaire et responsable avec un énorme côté ringard qui lui faisait lâcher des répliques mémorables sans qu'il en ait conscience. Gabriel, le plus jeune des frères, était tout le contraire. C'était un vrai clown, une machine à blaguer cependant capable de donner les conseils les plus sensés de la maisonnée. Et il était parfaitement au fait de la mode (il avait tout de même critiqué les vêtements de Sam, arguant qu'ils faisaient "trop 2018" !).
Bien sûr, Sam connaissait déjà Lucifer, mais le voir graviter autour de ses frères était nouveau pour lui. Il formait avec Gabriel un duo infernal d'anticonformistes, et malgré leur caractère fort, les deux frères avaient semble-t-il conclu un pacte de non-agression l'un envers l'autre. Michael ne devait pas être inclus dedans, vu qu'il servait de cuisinier et de tête de turc à ses cadets.
Malgré les frictions qui résultaient parfois de leur relation très spéciale, la maison était toujours remplie de rires et de musique, que ce soit à cause des ricanements provocateurs de Gabriel ou à cause de Lucifer, qui chantait justement sous la douche à ce moment précis.
Michael était rarement à la maison, mais il avait quand même fini par remarquer que Sam, l'"ami" de Lucifer passait beaucoup de temps chez eux, aussi Lucifer avait-il fini par inventer que Sam était son petit ami et qu'il logeait chez eux car il n'avait plus assez d'argent pour payer son loyer jusqu'à la fin de l'année. Michael, qui n'était pas très à l'aise face au coming-out de son frangin, s'était empressé de compatir à la situation de Sam, qui l'avait pour le coup trouvé très sympa. Et oublieux.
Lucifer avait sauté sur l'occasion pour demander à Sam de sortir avec lui pour de vrai, mais le géant avait fermement refusé, car ce n'était pas très sain. Gabriel, bien que déçu pour son frère, n'avait pu que tomber d'accord avec leur invité.
Sam s'était donc assez bien intégré à la famille Milton et comptait bien profiter à fond des trois mois qui lui restaient sur Terre. Il avait donc entamé l'impressionnante collection de bouquins de science-fiction et de fantasy de son colocataire, histoire de passer le temps quand les frères partaient en cours.
Il avait quand même remarqué que Lucifer avait beaucoup d'heures de fourche et de profs absents, en ce moment…
- Saaaaaam ! s'écria Lucifer depuis la salle de bain de sa chambre. Au secours !
Sam posa Asimov sur la taie d'oreiller et apparut dans la salle de bain, une expression inquiète sur le visage. La tête de Lucifer dépassait d'entre les rideaux de la douche et il avait l'air… penaud ?
- J'ai oublié de reprendre une serviette dans le linge qu'on a lavé hier soir, expliqua-t-il, les joues rouges. Tu veux bien… faire le guet dans le couloir pour que j'aille en chercher une vite fait ?
Sam haussa les épaules et retourna dans la chambre. C'est tout naturellement qu'il pencha le haut de son corps à travers le mur pour voir ce qui se passait dans le couloir de l'étage. Il tomba nez à nez avec Michael, qui ouvrit de grands yeux terrifiés et poussa un cri aigu :
- AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !
Expliquer à Michael que les fantômes existaient et qu'ils en hébergeaient un fut assez délicat, mais Lucifer était très fier de son propre tact. Michael ne resta prostré dans sa chambre que pendant deux jours !
Plus le temps passait, plus Gabriel appréciait Sam. Il était gigantesque, mais dégageait une telle sérénité que sa taille devenait secondaire. En plus, être ami avec un esprit errant comportait plus d'avantages qu'on ne l'imaginait de prime abord.
- S'iiiiil te plaît, Saaaaam ! Michael est trop méchant avec moi !
Le grand brun, ne sachant que faire, se gratta la tête et chercha Lucifer des yeux, mais les deux aînés étaient partis faire des courses. Pas d'aide de ce côté-là, donc. Sam se tourna de nouveau vers le cadet de la famille et le regretta aussitôt.
L'enfoiré maîtrisait les yeux de chien mouillé à la perfection.
- Je t'en supplie, Sam, je suis en manque et je suis trop petit…
- Bon, d'accord, abdiqua le fantôme, mais c'est la dernière fois, d'accord ?
- Bien entendu, Samsquatch, je m'en voudrais d'abuser de ton extrême gentillesse, répondit Gabriel, une auréole quasiment visible au-dessus de sa tête.
Le grand brun le considéra en silence avec l'horrible impression de s'être fait avoir, puis soupira. Il fixa intensément le pot de cookies placé beaucoup trop haut pour Gabriel et se concentra pour le faire léviter en douceur jusqu'à l'ado, dont le sourire s'étendait d'une oreille à l'autre. Le petit blond récupéra son butin, remercia Sam en vitesse avant d'aller se réfugier dans sa chambre, la précieuse boîte de biscuits sous le bras.
- Lucifer ? fit doucement Sam un dimanche matin.
Le grand blond leva les yeux de ses exercices de math et regarda Sam, qui jusque là jouait à Zelda sur sa Nintendo DS. Le fantôme tripotait la console du bout des doigts, nerveux.
- Qu'est-ce qui se passe, Sammy ?
- Je… je ne sais pas comment te demander ça…
- Tant que tu ne me demandes pas de cramer l'amulette aujourd'hui, je devrais bien le prendre, l'encouragea Lucifer avec un sourire qui se voulait apaisant.
Sam posa la DS sur le lit à côté de lui et fixa le tapis.
- Juste avant de mourir, je me suis disputé avec Dean. Je ne me souviens même pas de ce que je lui ai dit en dernier, mais ce n'était pas…
- …Pas une chose qu'on est censé dire à son frère, devina Lucifer en envoyant valser son manuel de math. Et tu voudrais le voir pour t'excuser, si je comprends bien.
- S'il te plaît, acquiesça Sam. Il s'est toujours bien occupé de moi quand nous étions enfants.
- Pas besoin d'argumenter davantage, je t'emmène voir ton frangin, décréta Lucifer en récupérant l'amulette pour la mettre bien en sécurité autour de son cou, sous son t-shirt. MICHAEL ! Bouge tes fesses et lève ton cul, on va se promener !
Voilà comment la petite famille se retrouva entassée dans la voiture de Michael, qui se demandait encore comment Gabriel avait réussi à prendre la place du convoyeur. L'ado n'était pas obligé de venir, mais il avait insisté pour rencontrer la famille Winchester. Comme John et Dean avaient déménagé dans le Kansas, Gabriel avait préparé un sac à dos rempli de victuailles, bonbons et autres pâtisseries pour "tenir le coup" sur la route. Mais personne n'était dupe, même pas Sam. Lucifer lui avait d'ailleurs fait la leçon en découvrant l'affaire des cookies. Si un Gabriel sans sucre était intenable, un Gabriel en overdose devenait infernal.
- Mets une autre station de radio ! Celle-là craint ! se plaignit Lucifer après plusieurs kilomètres sur fond de country.
- Je conduis, je choisis la musique ! répliqua l'aîné en fusillant son frère du regard par le biais du rétroviseur.
Gabriel ignora son frère et appuya sur un bouton, remplaçant Dolly Parton par Metallica.
- Sale morveux ! le houspilla Michael au moment où Lucifer commentait, à l'arrière :
- Que Dieu bénisse ce môme !
- Désolé Sam, reprit Michael. Tu veux quoi, comme musique ? J'ai des CD aussi…
- Oh, j'aime bien Metallica, répondit Sam, dont les mèches de devant flottaient par la fenêtre ouverte.
Michael s'enferma dans un mutisme buté, frustré d'avoir perdu la bataille. Gabriel brisa le silence tout relatif en ouvrant un paquet de chips au fromage.
- C'est le plus long trajet que j'ai jamais fait, commenta Michael en se garant devant la maison des Winchester.
Gabriel bailla à s'en décrocher la mâchoire et récupéra tous ses emballages vides de bonbons avant de les entasser dans son sac à dos.
- Faudra aller au magasin avant de rentrer à la maison, baragouina-t-il en comptant les friandises restantes. Les mecs ? On est arrivés ! ajouta le plus jeune en se tournant vers l'arrière de la voiture.
Lucifer dormait, appuyé contre la portière et Sam semblait somnoler, la tête sur l'épaule de son ami. Ses jambes avaient déjà bien traversé le siège de la voiture, mais le fantôme était miraculeusement parvenu à garder sa tête à la surface du sweat-shirt de Lucifer.
- …Tu crois que ses pieds sont sur la route ? demanda Michael avec curiosité.
Gabriel lui retourna un coup d'œil blasé, puis prit une grande inspiration.
- LES MEEEECS ! hurla-t-il.
Lucifer sursauta si violemment que Sam s'envola à travers le plafond, trop surpris pour garder son aspect solide. Il redescendit quelques secondes plus tard pour faire un doigt à Gabriel, qui éclata de rire.
- Oh merde, Sam, je suis désolé, s'excusa Lucifer en sortant de la voiture.
L'esprit ronchonna à propos d'un gamin mal élevé, puis se tut en reconnaissant la voiture de Dean, garée devant la maison des Winchester. Il apparut directement à côté de l'Impala noire et passa ses doigts sur la carrosserie.
- Chouette caisse, siffla Lucifer tandis que Gabriel allait s'observer dans l'une des fenêtres.
Michael verrouilla sa propre voiture et rejoignit ses frères devant la porte d'entrée de la maison. Sam disparut, histoire de ne pas filer un arrêt cardiaque à sa famille, et Lucifer appuya sur la sonnette. Ils entendirent des bruits de pas dans l'entrée, puis la porte s'ouvrit sur un grand type de l'âge de Michael. Il avait les cheveux châtains coupés en brosse et les mêmes yeux verts saisissants que Sam. Dean avait une tête à faire peur et d'énormes cernes, mais il gardait néanmoins le visage de séducteur qu'il avait sur les photos de Sam.
- Ouais ? dit-il simplement d'une voix rauque en les voyant là tous les trois.
Il avisa ensuite les paquets de biscuits dans les bras de Gabriel.
- Si c'est pour acheter des cookies, ça ne m'intéresse p-
- Tu es Dean Winchester, pas vrai ? l'interrompit Lucifer en le voyant prêt à leur claquer la porte au nez. Je suis Lucifer, et voilà mes frères, Gabriel et Michael.
- Tes parents ont trouvé ton prénom dans un paquet de céréales ? ironisa Dean.
- Je suis arrivé en début d'année au lycée de Sam, et nous sommes amis, continua Lucifer d'un ton plus sec.
Le regard de Dean se fit meurtrier et la rage déforma ses traits.
- Mon frère est mort l'année dernière, fils de pute. Cassez-vous de chez moi !
- On est au courant qu'il est mort, intervint Gabriel en roulant les yeux. Seulement, Sam n'est pas tout à fait… parti, disons.
La seule chose qui empêcha Dean de péter le nez de Gabriel fut le jeune âge de ce dernier.
- Ecoute, gamin, Sam ne reviendra pas. Jamais. Alors barrez-vous ou je vais chercher le fusil de chasse, fit le jeune homme d'une voix basse et tremblante de colère.
Sam apparut en clignotant sur le pas de la porte, juste à côté de Gabriel qui sursauta en le voyant débarquer.
- Dean, dit-il simplement.
L'aîné des Winchester en resta muet comme une carpe. Il ouvrit de grands yeux et considéra son frère en silence, incapable de croire ce qu'il voyait.
- … Sam ? Tu es…?
- Un fantôme, ouais.
- Je ne… rentrez, faut qu'on parle.
- Donc, tu étais bloqué dans un genre de boucle temporelle et ce mec t'en a sorti ? demanda Dean en pointant Lucifer du pouce.
- Oui, en résumé c'est ça.
Le grand type se passa une main sur le visage, encore sous le choc des révélations que son frère venait de lui faire.
- Oh merde, Sammy, je suis désolé. Si j'avais su…
- Tu ne pouvais pas savoir, le rassura Sam.
- Les gars qui t'ont fait ça, reprit Dean d'une voix féroce. Je les ai retrouvés et je les ai obligés à se dénoncer, mais ils n'ont même pas été enfermés et papa m'a ordonné de ne rien leur faire…
- Il a bien fait, affirma Sam.
- Dingue, commenta Gabriel. J'étais convaincu que Sam leur avait fait peur pour qu'ils se rendent !
Les deux Winchester, ahuris, regardèrent le garçon faire passer un billet de dix à Lucifer, qui l'empocha avec satisfaction.
Les deux frères discutèrent pendant toute l'après-midi et s'excusèrent pour cette dernière dispute, puis Dean remercia Lucifer pour le sauvetage de son frère. Lucifer proposa même de rendre son amulette à Dean - même s'il n'avait pas envie de s'en séparer - mais le jeune homme refusa. Lucifer avait bien mérité de la garder et pouvait la conserver s'il acceptait de rester chez eux pour la nuit. Les Winchester lui devaient bien ça. Gabriel et Michael prirent donc le contrôle de la cuisine et commencèrent la préparation d'un repas suffisamment copieux pour nourrir un bataillon.
C'est dans une ambiance odorante et plutôt joyeuse que John Winchester rentra chez lui, stupéfait de voir un remake de La fête à la maison dans son chez-lui. Il faillit tomber dans les pommes en voyant son fils décédé debout dans son salon et renouvela l'invitation de Dean quand il apprit ce qui s'était passé au lycée. Il complimenta les Milton pour leurs dons culinaires et un Gabriel rayonnant lui offrit un de ses sacro-saints cookies pour le remercier.
Tout ce beau monde finit devant la télévision avec assez de popcorn pour une année et Michael se fit encore remarquer en proposant une analyse bidon des personnages du film qui passait. Lucifer dut l'assommer avec la télécommande pour le faire taire.
- Soyez prudents sur la route hein ! lança John alors que les Milton et Sam s'apprêtaient à partir.
- Monsieur, je suis un modèle de prudence, lui assura Michael en grattant la bosse qu'il avait sur le front depuis la veille.
Sam, de son côté, se rendit solide pour étreindre son frère avec force.
- Il est temps que tu fasses ton deuil, Dean. Tu ne peux pas penser à moi jusqu'à la fin de ta vie, alors sors, trouve-toi une copine, marie-toi et fais plein de bébés !
- Plus facile à dire qu'à faire, crétin, répliqua Dean avec un sourire triste. Mais je vais essayer. Tu m'appelleras hein !
- Faut que je teste Skype avec un fantôme, ça doit donner un résultat assez flippant, commenta Lucifer en serrant la main de Dean. T'inquiète pas, cher beau-frère, Sam ne risque rien avec m… avec nous.
- Beau-frère ?!
Sam revenait du rez-de-chaussée après son dernier coup de fil avec Dean - il s'était semble-t-il trouvé quelqu'un dont le surnom était "Cas" - quand il entendit des rires discrets dans la chambre de Gabriel. Il hésita, puis traversa la porte en entendant la voix de Lucifer. Les deux frères étaient couchés par terre avec un téléphone prépayé et Gabriel avait les larmes aux yeux tant il riait.
Sam leva un sourcil interrogateur et Lucifer écarta le téléphone d'où fusaient des insultes de son oreille pour raccrocher. Le grand blond fit un gros clin d'œil à son colocataire et composa un nouveau numéro avant de porter l'appareil à son oreille.
- Bonjouuuuur Monsieur, ici Charles-Etienne de la CDJEDC, la Commission des Jeux et des Concours, entonna-t-il avec entrain et une voix de fausset. Nous vous appelons pour vous signaler que vous avez gagné la cagnotte du printemps, qui s'élève à 250 000 $.
Lucifer écarta le téléphone de son oreille avec un air blasé pour éviter d'entendre les hurlements de joie du pauvre gars.
- Alors je vais vous demander de répondre à quelques petites questions pour que nous puissions vous envoyer votre chèque en toute sécurité, chantonna Lucifer. Très bien, alors : quelle est votre pointure ?
Sam gloussa et vint s'installer près des deux autres ados.
- Je vous assure que cette question est tout à fait sérieuse, Monsieur ! …Oh, tout ça ? Très bien, question suivante : vivez-vous encore chez votre mère ? …Mon Dieu, à votre âge ! Et quelle est la marque de vos sous-vêtements ? …J'ai la même, quel hasard ! Et vous voyez une différence de taille quand vous bandez ?
Gabriel repartit dans son fou rire et Lucifer raccrocha avec un sourire démoniaque.
- Rien de tel qu'un petit canular téléphonique pour se mettre de bonne humeur, soupira l'aîné en piochant un marshmallow dans le saladier de Gabriel.
La veille du bal de promo, Sam passa l'après-midi sur Skype avec Dean pour lui faire ses adieux, et Lucifer, qui tenait à son image de gros dur et voulait leur laisser de l'intimité, lui abandonna sa chambre. Il rejoignit ses frères, qui mangeaient de la glace dans la cuisine et s'assit en soupirant à sa place habituelle.
- C'est demain, soupira-t-il en ensevelissant son visage dans ses bras croisés.
- Justement, fit Michael. Gabriel et moi, on a pensé à un truc pour rendre cette soirée inoubliable.
Lucifer releva la tête, abasourdi, en comprenant que son frère aîné avait réfléchi. Il tomba nez à nez avec les caisses de décorations de Noël qui passaient généralement l'année au grenier.
- Vous êtes au courant qu'on est en juin, hein ?
- Duh, ironisa Gabriel en roulant les yeux. On s'est dit que Sam a raté Noël, vu qu'il était coincé au lycée, et que donc on allait lui organiser une petite fiesta d'adieu sur le thème de… bébé Jésus.
Il sortit la figurine du bébé susdit de la caisse et la regarda d'un air pensif, comme s'il se demandait si c'était comestible.
- Et comme il est sur Skype avec son frère et que ça risque de durer… continua Michael en déballant le sapin artificiel avec un sourire.
- Merde, Michael, tu fais flipper quand tu souris ! s'exclama Gabriel avec une tête horrifiée.
Sam arriva au rez-de-chaussée avant qu'ils aient terminé de décorer la maison, mais il apprécia la surprise et les aida même à placer les guirlandes électriques en hauteur. Il souriait même comme un gamin, mais aucun des frères ne lui fit de remarque. Cette soirée appartenait à Sam et à lui seul.
Lucifer lança une atroce playlist de chants de Noël et Michael leur servit un petit festin tout en regrettant que Sam ne puisse pas y goûter. Le fantôme en fit peu de cas et sembla même ravi de les regarder manger, comme toujours. Michael lança ensuite un tournoi de karaoké par équipes, et Lucifer, qui avait de l'entraînement dans la douche, remporta la partie sans effort.
- LES CADEEEEAUX ! s'écria soudainement Gabriel, faisant sursauter tout le monde.
- Vous n'avez pas acheté de cadeaux quand même ? s'enquit Sam, qui trouvait déjà la soirée parfaite.
- …Non. On s'est dit que tu ne pourrais de toute façon pas les prendre avec toi demain, donc ce sera un peu plus abstrait que d'ordinaire, admit le plus jeune des frères. Du coup, je t'ai écrit un poème pas terrible, mais celui qui critique, je lui crève un œil.
Sam lui dressa un sourire attendri et s'installa sur le canapé pour écouter Gabriel, qui tira un post-it de sa poche.
- Sam, Sam, Sam…
- Ça commence bien, ricana Lucifer.
- Ta gueule Luci. Sam.
- Attends, il y a quatre fois son nom dans ton poème ? s'étonna Michael.
Gabriel lui retourna son habituel coup d'œil blasé et se concentra sur son antisèche :
- Tu es comme le frère que je n'ai jamais eu
Tu es doux et gentil comme Michael
Mais intelligent et marrant comme Lulu.
- Lulu ?! s'indigna Lucifer.
- C'était pour la rime.
Sam, tu es un genre de chimère hybride super-bizarre de mes deux frangins
Et je t'aime pour ça, putain
(même si t'es mort)
Comme je ne peux pas m'incruster au bal de Luci,
Je penserai à toi d'ici.
Tu seras toujours dans mon petit cœur de futur diabétique
Et j'suis sûr qu'on se reverra sans un hic.
J'aurais voulu que tu épouses Luci
Car si tu avais été vivant
Tu aurais pu devenir ma nouvelle maman.
Michael se moucha discrètement.
- C'est le poème le plus merdique que j'ai jamais entendu, commenta Lucifer, atterré. T'as même pas tenu compte du nombre de pieds !
- Oh, Gabriel, c'était adorable, merci ! s'exclama Sam en prenant le petit blond dans ses bras.
Gabriel se pelotonna sur les genoux de Sam et adressa un sourire supérieur à ses frères, en mode "allez-y, faites mieux, plébéiens". Michael se leva à son tour et sortit un genre de poster de derrière son dos.
- Mon très cher Sam, je ne te connais pas aussi bien que Luci et Gabe, donc je ne pouvais pas vraiment t'écrire un aussi…charmant…poème…
- Je t'emmerde, grinça Gabriel.
- … donc j'ai fait ce top 20 des meilleures photos qu'on a prises avec toi, ton frère et ton père et je les ai imprimées sous forme de poster.
Michael déplia son cadeau et les trois autres s'approchèrent pour le détailler. Il y avait des photos de Gabriel en train de manger des bonbons sur la banquette arrière de la voiture avec Sam et Lucifer hilares au premier plan, les vieilles photos de Sam, Dean et John, mais aussi des photos de famille plus récentes que Lucifer avait prises discrètement le jour de leur visite au Kansas. Ils étaient tous là. Tous les moments que Sam avait partagés avec les Milton et avec sa famille.
- Mon Dieu, Michael, c'est magnifique, vraiment, articula Sam, les yeux humides.
- Hé, gros malin, comment est-ce qu'il va le prendre avec lui demain ? intervint Lucifer pour détendre l'atmosphère.
- Je vais le mettre sur le mur, expliqua Michael. Comme ça tu peux être sûr qu'on ne t'oubliera jamais, Sam. Remarque, on n'a pas besoin d'un rappel, mais au moins, on a des souvenirs de toi comme ça. Et on affichera les photos de ce soir à côté dès qu'on les aura imprimées !
- Mais que c'est cucul ! fit Gabriel. Bon, à toi Lucifer !
- Mon cadeau ne peut être offert qu'en comité restreint, déclara Lucifer avec un regard dédaigneux à l'adresse de ses frères.
Aussitôt, Gabriel siffla, puis Michael rougit et s'enfuit dans la cuisine pour ranger la vaisselle.
- Tu n'as pas besoin de m'offrir quoi que ce soit, tu en as déjà fait tellement pour moi… balbutia Sam, debout dans la chambre de Lucifer.
- Que dalle, c'est ta dernière nuit sur Terre, alors je veux qu'elle compte, répliqua Lucifer. Cette nuit, c'est la tienne, Sam, et c'est aussi la dernière fois qu'on pourra parler librement, sauf si je me lance dans le spiritisme. Alors je vais passer cette nuit avec toi et je vais t'écouter.
- M'écouter ? Mais pourquoi ?
Lucifer le dévisagea très sérieusement avant de soupirer.
- Sam. Tu vas disparaître définitivement demain. Même si tu es déjà un trépassé, tu ne peux pas ne pas avoir peur, parce que tu restes un humain. Ça fait plus d'un an que tu vis dans la peur. Même ces trois derniers mois, tu les as vécus comme un criminel dans le couloir de la mort - et j'avoue que moi aussi. Je ne veux pas que tu t'en ailles, Sam, mais je respecterai ta décision, même si ça me tue.
Sam lui renvoya un coup d'œil malheureux et resta planté là, ne sachant que faire.
- Allez, ramène tes fesses par ici, princesse, ricana Lucifer en se poussant pour lui laisser de la place sur le matelas.
Sam s'exécuta et fixa le plafond, les sourcils froncés.
- Je suis mort de trouille, finit-il par avouer à voix haute. Je ne suis plus sûr d'avoir envie de partir, mais je ne peux pas non plus rester accroché à ta cheville comme un boulet…
- Un aussi beau boulet ne me dérangerait pas, tu le sais bien, plaisanta Lucifer.
- Le problème, c'est que je change.
- Comment ça ?
- He bien…depuis que Dean m'a dit que les… responsables de ma mort sont en liberté, je ressens beaucoup de colère. J'ai même demandé à Gabriel de les chercher sur Internet, juste "pour savoir". Sauf qu'en fait, je pourrais très bien prendre l'amulette et aller me venger d'eux à tout moment, ça n'avait rien d'une demande innocente.
Lucifer se redressa sur un coude, alerté.
- Attends, tu ne vas pas aller tuer ces connards, quand même ? Je sais qu'ils le méritent, mais…
- Non ! Mais si je reste encore longtemps sur Terre, je ne sais pas comment ça va se finir, Lucifer. Et ça me fait flipper.
Le silence s'abattit un moment sur la chambre avant que la voix de Lucifer ne s'élève à nouveau :
- …Donc on n'a pas le choix, hein ?
- Non. Je dois partir demain. Je ne veux pas, mais je le dois. Oh, et Lucifer ?
- Hmm ?
- Ces trois mois avec vous… c'étaient les plus beaux de toute mon existence. Merci de m'avoir sauvé, de m'avoir laissé vivre chez vous et de m'avoir fait me sentir comme si j'étais l'un des vôtres. Merci pour Dean et pour mon père, aussi.
- Pas de quoi, fit simplement son ami en se remettant sur le dos. Tu vas me manquer, crétin.
- Toi aussi, connard. Enfin, je ne sais même pas si je vais m'en rendre compte, mais quand même. Tu me manques déjà.
Le bal de promo se déroula comme un rêve pour Lucifer. Il avait l'impression d'être plongé dans un brouillard glacial, même s'il faisait une chaleur étouffante dans la salle. Les gens bougeaient au ralenti, la musique était assourdie et la seule chose qui paraissait réelle dans ce décor illusoire, c'était Sam.
L'esprit portait son éternel sweat-shirt et son jean trop large, mais il détonait à peine au milieu des costumes et des robes colorées des autres élèves.
Il portait aussi ces vêtements quand ils s'étaient rencontrés, quand Lucifer avait vu Sam mourir dans les toilettes du lycée, et quand ils avaient passé une nuit entière à discuter, main dans la main, à propos de l'avenir et de ce qui attendait Sam de l'autre côté. Le pauvre était apeuré, et Lucifer sentait sa propre angoisse lui comprimer le cœur.
Il desserra sa cravate et sentit le cordon de cuir de l'amulette autour de son cou. Sam était à ses côtés et regardaient les couples dansant avec intérêt, comme s'il envisageait de prendre un bain de foule. Il avait déjà essayé, mais la sueur des danseurs l'avait fait disparaître momentanément. Heureusement, les autres étaient trop imbibés d'alcool pour remarquer ce qui venait de se passer et Sam était réapparu un peu plus tard, échevelé et vaguement dégoûté.
- Va danser, conseilla-t-il tout de même à Lucifer. Tu ne vas pas rester collé au buffet toute la soirée, si ?
- Et pourquoi pas ? répondit l'autre un peu trop vivement. Pourquoi j'irais passer la nuit avec ces crétins inintéressants alors que tu es là ?
Sam le regarda bizarrement. Plus le sablier s'écoulait, plus Lucifer devenait agressif et colérique, comme s'il en voulait au monde entier pour ce qui allait se passer. La main de Sam se posa sur son bras, et le grand blond se détendit un peu.
- Ça va bien se passer, Lucifer. Et rien ne dit qu'on ne se reverra jamais.
- Peut-être, mais et si quand je débarque, je suis un vieux croulant ?!
- Je te reconnaîtrai à ton humour de merde, s'esclaffa Sam.
Le temps passa comme une balle de fusil, et bientôt la salle commença à se vider.
- C'est fini, murmura Lucifer.
Il piqua un petit saladier qui contenait autrefois des chips et quitta la salle, Sam sur ses talons. Ils se cachèrent à l'arrière du bâtiment, là où les arbres et les buissons poussaient dru, et Lucifer déposa l'amulette dans le saladier. Il sortit un briquet de sa poche et vida le réservoir sur le collier, plissant le nez à cause de l'odeur de l'essence.
- Prêt ? demanda-t-il en récupérant une boîte d'allumettes au fond de sa poche.
- O-Oui ? Je crois. Merci pour tout, Lucifer.
- Merci à toi, Sam.
- Dis à Gabriel et à Michael qu'ils vont me manquer.
- Okay. Salue ma mère pour moi, d'accord ?
Ils se turent, et Lucifer enflamma une allumette. Il jeta un coup d'œil à Sam au cas où ce dernier aurait changé d'avis, mais l'esprit se contentait de le regarder en souriant. L'allumette tomba dans le saladier et l'amulette prit feu, noircissant plus vite que Lucifer l'aurait cru.
Sam sembla s'embraser, lui aussi, mais il continuait de sourire comme si le feu ne le brûlait pas. Peu à peu, le grand brun disparut derrière les flammes qui s'éteignirent ensuite d'elles-mêmes, comme si rien ne s'était passé.
Sam était parti pour un monde meilleur, espérait Lucifer.
Il s'essuya les yeux, se débarrassa de sa cravate et rentra chez lui, la tête basse.
Et c'est ainsi que Lucifer se lança dans la nécromancie et…nan, je rigole.
C'eut été drôle, remarquez.
Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à commenter ! Bisous !
