Disclaimer : Harry Potter et son univers ne m'appartiennent pas, je ne gagne aucun argent à publier cette traduction, laquelle m'appartient, par contre. Les passages en italiques sont une emphase sur certains mots, ou la pensée d'un personnage, le contexte vous aidera.

Ceci est une traduction de la fanfiction de Lomonaaeren, « Conditionnally », ( s/13327410/1/Conditionally ). Je n'ai pas encore son autorisation pour publier ma version française, je la retirerai si elle me le demande. Le récit originel est écrit au présent, je me suis permise de le mettre au passé, ça sonnait trop bizarre à mes oreilles sinon.

Chapitre 2.

Hermione décida de prendre le risque de créer quand même le groupe de Défense. Et Ron, Neville, Ginny, les jumeaux décidèrent de la rejoindre. Harry leur souhaita bonne chance, mais ignora leurs tentatives de l'inviter à leurs réunions, et bloqua délibérément tout essai qu'ils faisaient pour lui confier des secrets. Il voulait être capable de dire sincèrement qu'il ne savait rien si jamais Ombrage l'interrogeait.

Étudier la Défense de son côté marchait plutôt bien. Il trouvait des sorts, qu'il pratiquait dans la Salle sur Demande pendant ses périodes de libre. Sentir la magie le parcourir, cascader dans sa baguette, et créer une fissure dans un mur, ou lever un bouclier de pierre, ou contrer un sortilège que la Salle lançait obligeamment contre lui… c'était enivrant, comme des bulles de champagne.

Le reste de sa vie ne se passait pas aussi bien.

Il n'avait jamais aucune réponse de la part de Sirius, peu importe combien de lettres il envoyait. Remus fut le seul qui finit par lui écrire de ne plus rien envoyer. « Sirius a besoin de temps pour digérer tout ça », disait-il.

Bien sûr, la vie de Harry n'allait pas s'arrêter pendant que Black « digérait ».

Il lança la première phase de son plan assurant qu'il aurait un peu d'argent pour subsister pendant l'été et acheter ses fournitures scolaires pour l'année suivante, en envoyant un parchemin via une des chouettes anonymes de l'école à Rita Skeeter. « Si vous voulez cette interview qui vous faisait saliver l'an dernier, soyez à la Tête de Sanglier pendant le premier week-end de sortie à Pré-au-Lard. »

Elle était là, et l'observait avec méfiance à travers les gigantesques verres de ses lunettes pendant que le barman au regard noir les surveillait.

- Pourquoi vous voulez m'accorder cette interview maintenant, à moi ?, demanda-t-elle enfin.

Harry dressa un des sorts d'intimité qu'il maîtrisait autour de la table, et se pencha vers elle.

- Parce que je veux être payé.

Skeeter cligna des yeux. Il était quasiment sûr qu'aucune des motivations qu'elle lui prêtait ne correspondait à ça.

- D'accord, accepta-t-elle finalement. Mais vous devez savoir que je suis toujours sous l'embargo exigé par votre petite copine l'an dernier.

- Je m'occuperai d'Hermione, répondit Harry en haussant les épaules. Elle ne sera pas fâchée contre vous alors que c'est moi qui ai demandé cette rencontre.

Rita hocha la tête et eut l'air un peu plus réjouie.

- Très bien. Vous voulez que j'écrive sur quel sujet ?

- Sur le fait que mon père n'était pas du tout mon père, répliqua-t-il, et observa avec satisfaction la journaliste lâcher sa Bièraubeurre.

88888888

- Je voudrais savoir pourquoi tu as fait ça, Harry.

Eh bien, au moins, l'article de Skeeter avait produit un résultat que le jeune Gryffondor n'escomptait pas. Dumbledore lui parlait de nouveau. Même s'il évitait toujours son regard et se concentrait, les sourcils froncés, sur l'exemplaire de la Gazette du Sorcier étalé sur son bureau, Harry comptait ça comme une victoire.

- Rien de ce que j'ai dit n'est un mensonge, signala-t-il en posant sa tête sur sa main.

Ses cheveux avaient encore poussé, plus vite que la normale, même si on approchait de Noël. Il suspectait que le retrait des sortilèges les gardant ébouriffés depuis si longtemps affectait la repousse. Bon, il les couperait de nouveau ce week-end.

- J'ai juste dit que Snape était mon père, que je ne savais pas vraiment comment ça s'était passé, autre que par une liaison hors mariage, et que je ne suis pas un Potter.

Et Skeeter avait effectivement tenu sa parole de le payer et de ne pas écrire autre chose que ça. Harry l'avait même persuadée de le faire Transplaner à Gringotts pour qu'il puisse ouvrir un nouveau compte avec ses vingt Gallions.

- C'est décevant, Harry.

- Que pouvez-vous attendre de lui, Directeur ?, cracha Snape d'une voix si basse et si dégoûtée que c'était comme entendre le bruissement d'un compost. Le garçon est l'image même de son arrogant de…

Il s'interrompit. La deuxième chose que Harry considérait comme une victoire était que Snape ne pouvait plus utiliser son insulte favorite maintenant. Il s'émerveillait aussi que cette chauve-souris soit assez stupide pour continuer à essayer.

Le Gryffondor haussa les épaules et regarda la tête penchée de Dumbledore.

- Je dois me débrouiller tout seul, Directeur. J'ai perdu la seule personne qui a jamais voulu que je vive avec elle et beaucoup de choses que je possédais. Je ne sais même pas vraiment comment ma conception est arrivée.

Il marqua une pause, mais Snape ne combla pas le silence, pas que Harry s'y soit vraiment attendu.

- Ça, c'est quelque chose que je peux faire. Et ça détournera un peu l'attention de ces supposés mensonges que je répands à propos du retour de Voldemort.

- Ne dites pas ce nom, Potter !

Le jeune homme se tourna vers le professeur de Potions, et leva ses sourcils de plus en plus haut. Il était désolé d'être le fils de quelqu'un de cruel et stupide. À la façon dont le visage de Snape se crispa, celui-ci capta cette dernière pensée de son esprit. C'était quelque chose que Harry avait appris, que son professeur pouvait lire les esprits. Cela ne faisait qu'augmenter son mépris à son égard. S'il pouvait faire ça, et quand même penser que Harry était un prince pourri gâté…

Il fit face au Directeur quand celui-ci reprit la parole.

- Harry, il y a beaucoup de choses que tu ne comprends pas. Des plans dont tu ne sais rien sont en cours, des plans que tu aurais pu réduire à néant.

- Si je ne sais rien de ces plans, alors je ne peux pas être blâmé, non ?, répliqua simplement le Gryffondor en haussant les épaules.

Dumbledore soupira et secoua la tête, toujours en regardant son bureau.

- As-tu reçu des visions récemment ?

C'était suffisamment inattendu pour que Harry marque un temps d'arrêt. Puis il donna la vérité : « Non ». Il avait des cauchemars à propos de la mort de Cédric dans le cimetière, mais il connaissait la différence entre ces cauchemars et les visions des activités de Voldemort suggérées par le Directeur. Lequel soupira de nouveau.

- S'il te plaît, dis à Neville que je voudrais le voir, ainsi que le mot de passe de la gargouille.

Le garçon attendit, mais bien entendu aucune explication ne s'ensuivit. Après un moment, il haussa les épaules, encore, et déclara :

- Je le ferai, mais parce que je ne veux pas que Neville ait des problèmes, pas pour vous.

Puis il se leva et se dirigea vers la sortie.

- Petit con arrogant, persifla Snape.

- Tel père, tel fils, lança Harry joyeusement sans se retourner.

88888888

- Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu as pensé que tu devais faire ça, lui chuchota Hermione d'une voix épuisée le week-end après la sortie de l'article.

Ça lui avait pris tout ce temps pour trouver le courage de l'approcher. Harry se demanda distraitement s'il était si intimidant que ça. Il posa de côté son devoir de Métamorphose, et ignora les camarades qui le fixaient avec de grands yeux par-dessus le dossier de leur chaise dans la Salle Commune de Gryffondor. L'article avait fait taire les commentaires de certaines personnes ne serait-ce que parce que personne ne savait plus quoi faire de lui maintenant.

- Je suis sans le sou, Hermione. C'est pour ça que je l'ai fait.

Elle leva brusquement la tête vers lui.

- Mais si tu expliques… je ne sais pas, le professeur Dumbledore… je suis sûre que dans le testament de tes parents…

Harry eut un rire sans joie.

- Le même professeur Dumbledore qui a évité de me regarder depuis le début de l'année ? Et ce ne sont pas mes parents, Hermione.

Elle frémit toujours, comme si elle recevait un coup, quand il le lui rappelait. Ça commençait à le fatiguer un peu, à dire vrai. Elle agissait comme si c'était elle qui devait porter le lourd fardeau de la connaissance.

- Mais je sais… ton pè- je veux dire, James Potter savait probablement… et le testament dit que tu hériteras en tant que leur enfant…

- Je pensais que ça serait ça aussi, la corrigea-t-il durement.

Il avait insisté pour que les gobelins lui montrent le testament des Potter quand Skeeter l'avait amené à Gringotts l'autre jour, bien qu'il ait dû payer cinq Gallions pour ce service, et encore, il pensait qu'il y avait été autorisé juste parce que Lily Potter était toujours sa mère.

- Il se trouve que le testament stipule clairement que seul l'enfant de James et Lily Potter peut hériter, et que l'enfant doit être légitime, né au sein du mariage Potter. S'il n'y a aucun enfant de James et Lily Potter « pour cause accidentelle ou décès », alors l'argent va à Sirius et Remus.

Hermione se raidit dans sa chaise.

- Pourquoi cette formulation ?, finit-elle par murmurer.

Harry ricana. Les gobelins avaient été très heureux de le lui expliquer, probablement parce qu'ils pensaient qu'ils auraient le plaisir de le voir se décomposer. Ils ne savaient pas que le jeune homme avait dénié ce privilège à ses ennemis toute l'année.

- Parce qu'il y a deux cents ans, un enfant Potter qui a hérité de tout s'est avéré n'être le fils que d'un seul des Potter, en l'occurrence le mari, qui trompait sa femme. Cette Potter, pour élever ce fils comme son propre enfant, vu que la mère était morte et qu'elle-même ne pouvait pas avoir d'enfant, a demandé en guise de compensation que ça n'arrive pas à quelqu'un d'autre. Donc, tous les testaments des Potter depuis ce jour contiennent une clause stipulant que celui qui hérite des coffres doit être un enfant du couple marié.

- Tu pourrais peut-être contester…

- Non. C'est plutôt bien ficelé, Hermione. En-dehors de cette formulation, il y a d'autres phrases qui ferment toutes sortes de failles.

Le Gryffondor n'avait pas véritablement pensé qu'il hériterait du coffre des Potter, pas après que Sirius aussi bien que Dumbledore lui aient assuré le contraire. Ils n'auraient pas menti tous les deux à propos de quelque chose qu'il pouvait lui-même vérifier. Mais il avait voulu voir le phrasé exact.

- C'est marrant, non ?, ajouta-t-il après quelques minutes de silence. Je perds tout parce qu'un de mes ancêtres, pardon, quelqu'un dont j'aurais pensé qu'il était mon ancêtre, ne pouvait pas la garder dans son pantalon, et ma mère aussi, en quelque sorte.

- Harry ! C'est horrible de dire ça à son sujet !

- Je ne sais pas du tout comment c'est arrivé, Hermione. Si elle a été violée, ou soumise à une potion d'amour, ou quelque chose comme ça, c'est horrible. Mais hormis ça, elle avait le choix. Elle n'était pas obligée de tromper son mari. Elle n'était pas obligée de tomber enceinte de moi. Elle n'était pas obligée de ruiner ma vie.

- Si elle n'avait pas couché avec Snape, tu n'existerais pas, cependant.

Le brun secoua la tête. Il n'était vraiment pas intéressé par ce genre de logique.

- Peu importe. C'est pour ça que je ne prendrai pas le nom de Evans. Je ne sais pas quel genre de personne elle était.

Hermione n'avait rien à répondre à cela, et Harry put retourner à ses devoirs.

88888888

Remus écrivit à Harry pour lui demander de ne pas venir au Square Grimmaurd à Noël. Le Gryffondor resta donc à Poudlard. Au moins, ça ne lui coûterait aucune dépense. Le temps qu'il ne consacrait pas à ses devoirs scolaires, il le passait à communiquer via hibou avec divers vendeurs de livres, déterminant combien ils paieraient pour les vieux manuels qu'il avait encore en sa possession. Le plus déprimant, quelque part, fut de se rendre compte que ceux pour lesquels il tirerait le plus de Gallions seraient ceux de Lockhart.

Dumbledore emmena Neville, Ron et Hermione au Square Grimmaurd, et la jeune fille évita son regard quand Harry lui demanda pourquoi.

- Je suis désolée, murmura-t-elle. Quelque chose d'important est en train de se passer, et Dumbledore nous l'a expliqué, et c'est véritablement important, mais… je suis désolée, il nous a demandé à tous de ne pas t'en parler.

Elle se tordait même les mains tellement elle était bouleversée. Harry ferma les yeux. Il avait l'impression qu'un vent d'hiver soufflait en-dedans lui, mais, bon, il était dans un château en Écosse. Il y avait toujours des putains de courants d'air.

Il ne voulait pas perdre ses amis. C'étaient les seules personnes qui l'avaient soutenu. L'article sur sa parenté avec Snape avait finalement réduit les regards et les ricanements et les huées et les bouches bées de la part des Gryffondors, et les regards et les ricanements des Serpentards. Les Poufsouffles et les Serdaigles ne savaient plus comment réagir avec lui.

Alors, même s'il aurait aimé savoir ce satané truc important, il hocha la tête et murmura : « D'accord ». Il accepta l'étreinte d'Hermione, le coup de poing sur l'épaule amical et maladroit de Ron, et retourna à l'écriture de ses lettres et l'envoi de ses livres.

Il essaya également d'éviter Snape, mais cette politique échoua le jour de Noël.

88888888

- Je vois que vous avez été écarté des célébrations de Noël de l'Ordre, Potter.

Harry leva les yeux de son assiette à la petite table dans la Grande Salle. Encore moins d'élèves étaient restés que d'habitude, et il semblait que seuls quatre professeurs étaient présents : Trelawney, Babbling, Sinistra, et Snape.

- Vous aussi, répondit le Gryffondor.

Et il retourna à sa tentative de mémoriser son manuel de Botanique. Il devait bien réussir ses BUSEs, puisqu'il devrait se trouver un travail au Ministère au lieu de se reposer sur l'argent des Potter. Snape se pencha vers lui, levant un sort d'intimité dans le même mouvement. Harry leva un sourcil, sans bouger.

- Vous avez pris une mauvaise décision en faisant publier cette interview, murmura le maître des Potions, sa voix basse et tremblante.

Il est furieux, réalisa le garçon avec un temps d'arrêt. Il ne savait pas qu'il pouvait encore faire autant enrager la vieille chauve-souris.

- Vous avez déshonoré la mémoire de votre mère…

- Vous vous en étiez déjà occupé, rétorqua Harry en gardant la tête baissée.

Snape se recula vivement, comme si le jeune homme l'avait giflé, et repartit après un regard meurtrier. Harry leva les yeux au ciel et retourna à son livre.

Sincèrement, il n'arrivait pas à comprendre le bonhomme. Il ne disait rien à Harry, l'avait maltraité toutes ces années durant bien qu'il ait connu la vérité, et agissait quand même comme s'il pensait que sa désapprobation comptait pour Harry ? Le Gryffondor se demandait si quelqu'un pouvait subir des séquelles cérébrales suite à une exposition trop prononcée du Cruciatus, et il était content qu'au moins, il n'hériterait pas de ça.

88888888

Deux nuits plus tard, Harry entendit dire que M. Weasley était mort à cause de la morsure d'un serpent venimeux et puissant, probablement Nagini. Il serra Ron dans ses bras aussi fort qu'il le pût lorsqu'il le revit, et essaya de ne pas ressentir les émotions brûlantes qui l'habitaient. La culpabilité de ne pas avoir rêvé de l'événement. La rancœur de savoir que Ron savait ce que son père faisait, ce qu'il gardait, et ne lui dirait pourtant pas.

Aucune de ces émotions ne gagnait. Elles le brûlaient juste comme deux feux jumeaux.

88888888

Harry était tellement occupé à aider Ron, Ginny, et les jumeaux avec leur deuil que ça lui prit un moment pour réaliser quelque chose qui aurait dû lui mettre la puce à l'oreille bien plus tôt. Mais encore une fois, personne le lui avait rien dit, non plus. Il en avait tellement marre que les gens ne lui disent rien, mais s'attendent quand même à ce qu'il réagisse comme s'il savait.

Le hasard fit qu'il croisa le regard de Dean un soir alors qu'il était sur le chemin de la Salle sur Demande, et Dean fronça les sourcils, mais ne lui lança pas un regard noir, et il serrait sa main, dont le dos suintait de sang, contre sa poitrine.

- Qu'est-ce qui s'est passé Dean ?

Il y eut un long moment de silence, comme si son camarade tenait un débat intérieur sur le fait de lui répondre ou non, puis il grimaça et montra sa main.

- J'ai eu une retenue avec le professeur Ombrage, expliqua-t-il en mettant énormément de mépris dans le mot. Elle m'a fait écrire avec une plume qui gravait les lignes dans ma peau. Et elle ne voulait pas me laisser partir tôt, et elle m'a donné plus de retenues quand je me suis plaint, et les mots n'arrêtent pas de saigner.

Harry prit doucement le poignet de Dean. Il pensait pouvoir déchiffrer « Je ne dois pas défier l'autorité » avant que le sang ne remplisse de nouveau les lettres. Il essaya quelques sorts de soin, qui se révélèrent assez inefficaces. Il grimaça à son tour.

- Je pense que tu as besoin d'Essence de Murtlap. Ça devrait arrêter le saignement. Elle t'a fait ça combien de fois ?

- C'est juste la deuxième pour moi, dévoila Dean, une ombre dans les yeux. Je sais qu'elle l'a fait à d'autres, par contre. Principalement les Nés-de-Moldus, ou ceux qui osent dire ouvertement qu'ils croient au retour de Tu-Sais-Qui. Certains Poufsouffles qui croient que Cédric est mort assassiné, et pas juste dans un accident du Tournoi.

Harry hocha la tête. Il s'était satisfait d'ignorer Ombrage aussi longtemps qu'elle le laissait tranquille, mais maintenant il avait un objectif.

- D'accord. J'ai un ami qui peut nous procurer cette Essence de Murtlap. Dobby !

L'elfe de maison apparut avec un petit couinement, il eut un cri de surprise et pressa ses mains contre sa bouche quand il vit la blessure du jeune Gryffondor.

- Oh non ! Qu'est-ce qui est arrivé à l'ami du grand Harry Potter ? Dobby doit…

- S'il te plaît, Dobby, ne m'appelle pas comme ça. Et c'est à cause d'une plume qui coupe la main. Tu peux nous apporter un peu d'Essence de Murtlap, je te prie ?

L'elfe se tordit les oreilles, regardant dans trois directions différentes.

- Oh, bien sûr, le grand Harry Potter a un père différent, se rappela-t-il avant d'hésiter, se pencher en avant et poursuivre avec un fort chuchotement. Le grand… le grand sorcier comprend que l'Essence de Murtlap se trouve dans les placards de stockage du professeur Snape, oui ?

- Même pas en rêve, marmonna Dean en essayant d'enlever sa main de l'emprise de Harry.

Lequel leva juste un sourcil dans sa direction et, après un moment, Dean sembla réaliser que Snape était un problème moins important que Ombrage pour l'instant, et il se calma.

- Oui, mais c'est mon père, affirma Harry avec sa voix la plus calme et la plus amicale. Alors ça ne le dérangera pas si on en prend un peu, tu vois ? Mais tu n'es pas obligé de l'embêter, ou de lui dire. Il est toujours en train de s'habituer à notre relation.

Dean émit un son étranglé à côté de lui. Dobby considéra solennellement Harry pendant un temps, puis acquiesça.

- Dobby peut voir ça. Et comment le grand sorcier veut-il être appelé ? Harry Snape ?

- Urgh, lâcha involontairement le jeune homme, et cette fois-ci Dean gloussa ouvertement. Non, appelle-moi juste Harry, Dobby. C'est tout ce que j'ai toujours été. Juste Harry.

L'elfe de maison plongea brusquement en avant et serra ses bras autour des jambes du Gryffondor.

- Le Grand Harry est si bon pour Dobby !, s'exclama-t-il.

Il disparut, revint environ trente secondes plus tard avec un pot marron qui empestait, et Harry le prit avec précautions.

- Voici l'Essence de Murtlap ! Est-ce que Dobby peut faire autre chose pour Harry ?

Dobby se tenait droit en disant ce dernier mot, gonflant sa poitrine et plaquant une main sur son cœur. Harry lui fit un grand sourire alors qu'il tendait le pot à Dean.

- Il se trouve que j'ai une idée. Un truc pour arranger un peu les choses…

88888888

Harry échangea un regard avec Dean le matin suivant alors que ce dernier s'asseyait à la table du petit-déjeuner. Dean écarquilla innocemment les yeux et piqua un bout de saucisse avec sa fourchette. Harry émit un grognement, mais ses peurs que son camarade vende la mèche s'apaisèrent. Il tourna son attention vers Ombrage, qui sirotait précautionneusement son thé du matin. Sa tasse était presque finie. Harry avait demandé à Dobby d'ajouter la potion lorsqu'il la remplirait de nouveau. Ombrage prenait toujours deux tasses de thé le matin. Et , les choses devraient commencer à changer.

- Qu'est-ce que tu regardes, Harry ?

Il secoua juste un peu la tête à la question d'Hermione, sans détourner les yeux d'Ombrage. Snape le regardait lui, mais Harry ne voyait pas ce qu'il comptait obtenir comme ça. Il ne prouverait rien.

. Ombrage prit une autre, large goulée, et ses yeux brillèrent. Harry sentit ses lèvres s'incurver en un sourire qui ressemblait très probablement à celui de son père. Au moins, sa voix n'a pas changé, ni son courage.

- Professeur Ombrage !, appela-t-il fortement, attirant plus d'un regard. Est-ce que c'est vrai que vous torturez des élèves en utilisant des plumes qui les fait saigner pendant vos retenues ?

- Oui, bien sûr que c'est vrai, répondit-elle, un peu surprise.

Harry sourit. Sa voix ne sonnait pas complètement droguée, même si ses yeux donnaient l'impression qu'elle était sous Impérius. Il avait demandé à Dobby de diluer du Véritasérum qu'il avait subtilisé dans les placards de Snape avec de l'eau, de façon à ce que Ombrage ne puisse pas mentir mais semblerait être identique à elle-même.

Des cris retentirent partout dans la Grande Salle. Dumbledore s'était levé et exigeait le silence, mais même s'il lançait des feux d'artifices avec sa baguette, personne ne l'écoutait. Harry continua.

- Vous avez fait ça à combien d'élèves ?

- Vingt.

Le professeur McGonagall criait au Gryffondor d'arrêter, mais il l'ignora. Il pouvait sentir le froid envahir ses entrailles. Il avait su que Dean n'était pas le seul, Dean le lui avait dit, mais l'entendre dire de la bouche d'Ombrage elle-même, comme ça, lui donnait envie de lui faire mal.

- Pourquoi vous les avez maltraités ?

- Ils répandaient les mensonges de Dumbledore et défiaient les décrets du Ministère, expliqua-t-elle en reniflant et croisant les bras. Et certains d'entre eux étaient de sales Sang-Mêlés et des Sang-de-Bourbes.

L'annonce de ce mot fit taire même plusieurs des Serpentards. Harry observa Malfoy se décaler sur son banc de façon à ne pas être aussi proche de la professeure de Défense, et renâcler. Il semblait que même ceux qui ne voyaient aucun inconvénient à utiliser ce terme avaient un problème avec son usage public.

- Est-ce que Fudge vous a dit de le faire ?, questionna encore Harry, juste avant qu'il ne sente quelqu'un lui lancer un Charme de Silence.

Il lui sembla que c'était Hermione, à en juger par ses yeux écarquillés et ses signes de tête. Mais il avait réussi à poser sa question, et Ombrage y répondait.

- Il a dit que je devrais utiliser tous les moyens disciplinaires nécessaires. Si ce n'était pas la plume, quoi d'autre ?

Cela apporta encore plus de cris de surprise et de mouvements de recul de la part des élèves à la table des Poufsouffles et des Serdaigles. Harry sourit encore plus largement. Il remarqua que, parmi ceux qui reculaient, il y avait Ernie Macmillan, qui était si avide, quelques années auparavant, d'étaler le fait que la pureté de son sang remontait à un nombre incalculable de générations. Peut-être que des Nés-de-Moldus écrivant à leurs parents aurait peu d'impact, mais les Sang-Purs offensés, c'était une autre histoire.

Une qui pourrait bien coûter son poste à Fudge.

Dumbledore prit la parole, sa voix grondant d'une façon qui indiquait qu'il avait placé un Sonorus sur sa gorge.

- Élèves ! Tout ceci ne sont que des accusations sans preuve. Je me vois obligé de vous demander de ne pas…

- L'avez-vous utilisée sur des Sang-Purs ?, cria Ernie.

- Quand ils défiaient le Ministère, bien sûr que oui. Sales morveux qui ne savent pas rester à leur place…

- Pourquoi l'avez-vous utilisée ?

Malfoy avait l'air d'espérer contre tout espoir qu'elle donnerait une réponse valable. Harry leva les yeux au ciel, et fit en sorte que le blond le voie. Ça, plus que le reste, rendit le Serpentard mortellement offensé.

- J'ai déjà répondu à cette question, rétorqua Ombrage avec un petit reniflement, avant de continuer à boire son thé.

Au bout du compte, Dumbledore lança un Charme de Silence sur l'enseignante aussi, ce qui la fit le fixer, la bouche ouverte, puis il annonça l'annulation des cours pour la journée, et que chaque étudiant souffrant d'une « blessure non spécifique » devrait aller à l'infirmerie. Ensuite, pour la première fois de l'année, il regarda Harry.

- Et vous êtes attendu dans mon bureau, M. Potter, ajouta-t-il.

Harry resta assis. Le Directeur avait l'air de vraiment, vraiment vouloir lui jeter un maléfice.

- Harry, dans ce cas, se reprit-il. Dans mon bureau.

Harry se leva et obtempéra, acceptant la ferme poignée de main de la part de Dean et la claque sur l'épaule de la part de Ron en partant.

88888888

- Ce que vous avez fait n'était ni juste ni drôle Monsieur… Harry.

Dumbledore regardait ses mains de nouveau. Harry était assis paisiblement.

- Tu n'as rien à répondre, mon garçon ?

Le Gryffondor pointa sa bouche. Le Directeur désactiva le Charme de Silence d'un mouvement de baguette. Le brun bâilla.

- Peu importe ce qui lui a été fait, ce n'était pas moi, monsieur. Je n'ai rien mis dans son thé, et je ne l'ai pas influencée de quelque façon que ce soit.

Il y eut une longue pause. Dumbledore, avec sa capacité à détecter les mensonges, pouvait attester que Harry était sincère. Alors, il déclara :

- Mais tu étais au courant du plan.

- Je pourrais difficilement trahir la confiance de celui ou celle qui a voulu l'empêcher de torturer des gens, monsieur. À ce sujet, pourquoi est-ce que ça a pu se produire aussi longtemps ? Comment ça se fait qu'elle a pu torturer vingt élèves, et que personne du corps enseignant ne l'a arrêtée ?

- Nous sommes dans une situation politique délicate par rapport au Ministère en ce moment, Harry. Une dont je ne m'attends pas à ce que tu la comprennes. Et ton comportement erratique a mis en danger la position de Poudlard. Même si tu ne te préoccupes pas de moi, tu tiens sûrement à l'école dans son ensemble ?

Le jeune homme haussa les épaules.

- Je ne pense pas que des gens innocents devraient être sacrifiés pour des buts politiques, monsieur, peu importe la raison.

Dumbledore inspira brusquement, comme si les paroles du Gryffondor l'avaient surpris. Harry ne comprit pas pourquoi. N'importe quel idiot aurait pu prédire qu'il allait réagir ainsi.

- Je sais que nous ne nous sommes pas toujours très bien entendus, reprit le Directeur calmement. Mais, mon cher garçon, tu sais certainement que j'essaye d'agir dans le meilleur intérêt des élèves. Je ne les laissais pas être… je n'aurais pas ignoré Mme Ombrage si je n'avais pas déjà un autre plan, un plan plus subtil, pour l'évincer.

- C'était quoi ce plan ?

- Je crains de ne pas pouvoir te le dire.

Le brun haussa de nouveau des épaules.

- Eh bien, ce n'était pas assez rapide pour éviter à Dean ou aux autres d'être blessés. Maintenant c'est fait. Et je me plierai à l'audience ou la punition ou peu importe ce que ce sera.

Il en était arrivé au point où il pensait que ça ne le dérangerait pas tant que ça d'être expulsé de Poudlard et de voir sa baguette être brisée. Bien sûr, ce serait horrible, et ça ferait mal, mais ça voudrait aussi dire qu'il serait loin de tous ces gens déterminés à lui faire des cachotteries en permanence.

- Je te prie de croire que, dès que je le pourrais, je t'expliquerai tout. Et envoie Neville me rejoindre ici, s'il te plaît.

88888888

- Ce que vous avez fait était au-delà de stupide.

Harry leva les yeux du sol de la salle des Trophées, qu'il était en train de récurer. Snape se tenait là, droit comme une armure d'obsidienne sur le seuil de la porte.

- Pourquoi monsieur ?, demanda le Gryffondor en donnant un coup de brosse plus vigoureux pour venir à bout d'une tache particulièrement tenace entre deux pierres.

Il était quasiment sûr que Rusard rajoutait de nouveaux trucs chaque nuit pour qu'il les trouve et s'en débarrasse le jour suivant. Il avait reçu deux autres mois de retenue pour ce qu'il avait fait à Ombrage. Au moins, elle avait été arrêtée par les autorités, et la position de Fudge était précaire, même s'il était toujours en poste.

- Parce que le Directeur avait les choses bien en main, enfant stupide.

- Je ne vois pas comment, vu que les gens se faisaient quand même ouvrir la main.

Harry replongea son chiffon dans le seau d'eau savonneuse, et se déplaça un peu pour pouvoir passer à la prochaine tache sur le sol. C'était un mélange peu ragoûtant d'araignée écrasée et de poussière, apparemment. Harry l'examina. Oui, il se souvenait de celle-là, d'il y avait deux jours, mais il utilisa quand même le chiffon pour l'ôter de la faille entre les dalles.

- Regardez-moi quand je vous parle !

Harry leva de nouveau les yeux, mais les laissa traîner du côté du menton de son professeur. Il n'était pas près de rencontrer le regard de son « père », plus jamais.

- Quoi ? Monsieur.

- Vous êtes devenu incontrôlable, persifla Snape, la main s'agitant à son côté comme s'il voulait dégainer sa baguette et ensorceler le jeune homme. Je suis tout-à-fait disposé à vous discipliner.

- Vous pouvez le faire en tant qu'enseignant, lui annonça Harry calmement. Rien de plus, monsieur. J'ai regardé les lois, vous voyez. Vous saviez que j'étais votre progéniture, et pourtant vous ne m'avez jamais reconnu. Ce qui signifie que je tombe dans la même catégorie que n'importe quel enfant illégitime ignoré. Dans ce cas, le parent Sang-Pur ou Sang-Mêlé n'a pas à les entretenir, mais ils n'ont aucun droit légal sur eux non plus. Les droits légaux ne s'appliquent qu'en cas de reconnaissance ou ignorance de l'existence de l'enfant.

Le Maître des Potions le fixa. Le jeune homme retourna à son nettoyage. La dernière chose qu'il voulait était que Rusard débarque et rajoute des retenues, ne serait-ce que parce qu'elles tronquaient son temps d'étude. Entre la moitié des Gryffondors qui se méfiait de lui à cause de ses « mensonges » sur Voldemort, et l'autre moitié parce qu'il ne se joignait pas au groupe de Défense d'Hermione, et les retenues, il n'aurait jamais pu rejoindre l'équipe de Quidditch de toutes façons.

- Vous devez bien voir que vous allez trop loin.

- Non, je ne vois pas, renvoya Harry en gardant les yeux baissés alors qu'il travaillait sur une décoloration cendreuse du sol. Je ne sais même plus ce que trop loin veut dire maintenant. Je ne sais pas ce qui se passe avec lui ou avec la guerre. Personne ne me dit rien. Je ne suis qu'un étudiant comme les autres maintenant.

- Vous ne serez jamais ça.

Le jeune homme haussa les épaules.

- Je pense qu'on s'en sortirait mieux tous les deux si vous me considériez en tant que tel, monsieur, maintenant que votre raison de me haïr vous a été enlevée.

Lorsqu'il leva les yeux de nouveau, Snape était parti. Harry sourit légèrement et continua à frotter aussi fort qu'il le pouvait, tout en récitant des formules de Défense dans sa tête.

88888888

Le professeur Dumbledore assura les cours de Défense pour le restant de l'année. Il adressa à peine la parole à Harry, à part pour corriger certains de ses sorts et accorder des points pour ses bonnes réponses. Il ne croisa jamais son regard. À ce point des choses, le Gryffondor était habitué à la douleur. Il continua à étudier seul, et sortit de son examen de Défense confiant qu'il aurait un Optimal. Il avait souri lorsqu'il avait vu l'expression de l'examinateur lorsque Cornedrue avait surgi de sa baguette.

- Harry.

La voix basse, intense, fit se retourner le jeune homme.

- Qu'est-ce qui ne va pas, Neville ?, demanda-t-il. Tu penses…

Londubat fit de brusques gestes de se taire et l'attira en bas d'un escalier, dans une petite alcôve cachée par une tapisserie. Harry se rappela avoir vu l'entrée d'un passage secret à cet endroit sur la Carte du Maraudeur, et il fit taire la douleur.

- Qu'est-ce qu'il y a Neville ?, s'enquit-il de nouveau d'une voix plus basse.

Le visage de son camarade prit une teinte aussi grise que les pierres sur lesquelles il s'appuyait.

- Harry. Tu dois parler au professeur Dumbledore. Tu dois lui dire d'arrêter.

- Arrêter quoi ?

Neville le fixa, la bouche légèrement ouverte, et, contrairement à tous les autres depuis la révélation qu'il était le fils de Snape, le crut.

- Oh, Merlin, chuchota-t-il en déglutissant comme s'il ravalait sa nausée. Tu… personne ne t'a dit. Tu ne sais pas ce qu'il fait.

Harry secoua la tête et conjura un tabouret pour que son camarade s'asseye.

- Prends le temps de te calmer, enjoignit-il doucement. Puis dis-moi ce que Dumbledore fait, si tu peux.

Neville ferma les yeux et prit un moment pour respirer profondément. Puis il rouvrit les yeux.

- Que sais-tu de la prophétie ?

- Quelle prophétie ?

Londubat gémit légèrement.

- Ok, rien du tout donc, établit-il quand il put respirer de nouveau. Ok. D'accord. Il y avait… il y a une prophétie qui a été faite à propos de quelqu'un qui pourrait vaincre Tu-Sais-Qui. Il y avait assez de détails pour que Tu-Sais-Qui sache que ce serait quelqu'un né à la fin j-juillet, et que ses parents l'auraient défié t-trois fois. C'est pour ça qu'il a attaqué ta famille, Harry. Il pensait que tu pourrais le vaincre.

Harry resta immobile, réfléchissant à ces nouvelles données pendant que, une fois de plus, son futur changeait et se réalignait et s'écrasait comme un mur de brique s'effondrant dans sa tête. Puis il déglutit.

- C'est pour ça que Dumbledore a changé si drastiquement quand il a découvert que Snape était mon père, murmura-t-il. Parce qu'il pensait que je ne correspondais plus à la prophétie. Parce qu'il ne savait pas si mes parents avaient défié Voldemort trois fois.

Bien sûr, il savait que ça ne tenait pas qu'à ça, parce que Dumbledore avait évité son regard dès l'été, avant même de savoir pour Snape. Mais ça devait faire partie du tout. Et Neville acquiesçait si fort de la tête qu'il allait probablement se faire mal à la nuque.

- Ouais, souffla Londubat. Et je suis né aussi à la fin de juillet, un jour avant toi. Et mes parents l'ont défié trois fois. Alors le professeur Dumbledore pensait que c'était peut-être moi, pas toi.

Harry cligna des yeux, une fois.

- Il a essayé de t'entraîner ? Ou de te convaincre que tu es le vrai Survivant ?

- Tu seras toujours le Survivant, contra rapidement Neville, tendu. Mais il pense que je suis celui qui vaincra V-Tu-Sais-Qui. Mais je ne peux pas.

Sa voix tremblait et ses yeux fixaient le vide.

- S'il te plaît. Tout cet entraînement qu'il veut que je subisse ? Je ne peux pas le faire. Je ne peux pas.

Harry déglutit, encore, avant de prendre la parole.

- Le problème, Neville, c'est que si je lui dis d'arrêter, il saura que tu m'en as parlé. Je ne peux pas dire comment j'ai su pour la prophétie autrement.

Alors même qu'il parlait, son esprit tournait à toute vitesse, tirait d'autres conclusions. Voldemort croyait probablement la même chose que Dumbledore, ou du moins avait des doutes quant à savoir s'il était allé après le bon gamin. Ce qui expliquerait pourquoi Harry n'avait pas reçu de visions ou autres. Mais autre chose rôdait derrière cette révélation. Il devait la tenir éloignée. Il ne pouvait pas la gérer maintenant.

- C'est vrai.

Neville avait l'air sur le point de s'effondrer. Harry attrapa rapidement son bras et le secoua un peu, le faisant lever la tête et le regarder d'un air malheureux.

- Écoute-moi, intima Harry. Peu importe ce que tu dois faire, tu dois te sortir de là. Mens s'il le faut. Échoue à l'entraînement. Peu importe, fais ce qu'il faut. C'est toujours moi qui a le titre débile et la cicatrice débile sur mon front. Tôt ou tard, ils seront obligés de revenir vers moi.

Même si je n'en ai pas envie. Mais il ne pouvait pas laisser Neville essuyer le gros de la tempête pour lui. Personne ne le méritait, Neville encore moins. Lequel avala sa salive et acquiesça.

- D'accord. Harry… si… ma grand-mère m'a dit qu'elle n'accueillerait pas une disgrâce de la famille…

- Tu peux venir habiter avec moi, si c'est ce dont tu as besoin, offrit le brun aussi doucement que possible, même s'il n'avait encore aucun plan définitif pour son hébergement de l'été. Tu seras toujours le bienvenu.

Peut-être que Neville pourrait même apporter un supplément d'argent, et dans ce cas ils auraient d'autres options. Son camarade avait une telle expression d'adoration, si éclatante, que Harry se sentit mieux lui-même. Peut-être qu'il ne pouvait pas faire grand-chose, mais au moins il pouvait apaiser certaines craintes de son ami.

- Merci Harry, chuchota Londubat avant de se tendre.

L'autre Gryffondor put entendre des voix dans le couloir, celles de Ron et Hermione.

- Est-ce qu'ils savent ?, interrogea Harry avant de pouvoir s'en empêcher.

Il essayait de se reposer sur leur amitié, sur ce qu'ils pouvaient lui offrir, sans demander plus, mais à cet instant, s'ils avaient su à propos de la prophétie et la façon dont Dumbledore avait fait volte-face…

Neville fit oui de la tête.

La chose que Harry essayait de repousser pour s'en occuper plus tard enfla de nouveau. De la rage. Tant de rage qu'elle allait le submerger dans une seconde comme un tsunami, s'il le permettait.

Il parvint à tapoter l'épaule de Neville et se Désillusionner juste avant que Ron et Hermione ne décalent la tapisserie et que la jeune fille ne lance :

- Te voilà Neville ! Allez viens, on va être en retard à la fête de fin d'examens dans la Tour Gryffondor.

Ils partirent. Harry les observa, puis courut jusqu'au septième étage, essayant d'empêcher les éclats vifs, comme des éclairs, de sortir par les pores de sa peau et écorcher les murs.

88888888

Harry se rua dans la Salle sur Demande. Il avait demandé un endroit qu'il pouvait casser, et il l'avait obtenu, une pièce tellement remplie de babioles qu'il ne pouvait pas voir les murs. Des piles vacillantes de chaises et d'étagères surchargées et de livres abîmés et de vêtements en haillons et de valises éclatées l'attendaient.

Il hurla, et lâcha tout.

Des éclairs noirs surgirent de sa peau et de sa baguette. Heurtant les piles de chaises, en faisant basculer plusieurs, qui allèrent cogner d'autres choses, qui tombèrent et en frappèrent d'autres. L'écho des grondements et des vagues de poussière s'élevèrent dans les airs, mais Harry n'était pas satisfait, il commençait à peine.

Il frappa le sol du pied, sans jeter aucun sort, juste en convoquant la furie hurlante de son âme, l'envoyant s'écouler de sa baguette comme des lames de fond, ne sachant pas ce qui allait se passer, juste que ça arriverait, juste à visualiser…

Cela prit la forme du feu.

Des flammes qui se contorsionnaient autour de lui, visant le plafond, rouges et or comme pour lui rappeler sa Maison, formant des mâchoires, des crocs recourbés, des mains crochues qui atteignaient et déchiraient le bazar. Harry éclata de rire, conscient qu'il avait l'air plus qu'un peu dérangé, et ouvrit les bras pour accueillir la liberté.

La flamme s'accroupit en haut d'une armoire et sauta de nouveau, s'enroulant pour former des jaguars avec des taches oranges sur leur fourrure, et des phénix bleu-blanc qui avaient du sang sur leurs serres. Harry les observa dévorer de vieilles robes, des boules de cristal craquelées sur le côté, des bureaux éventrés, des parchemins voletants auxquels il manquait des bouts, et toutes sortes de vieux machins inutiles dont personne ne voulait.

À un moment, les flammes ramassèrent ce qui semblait être un diadème argenté et jouèrent avec. Il y eut un cri strident, si perçant que Harry plaqua ses mains sur ses oreilles. Il supposa que certains des objets ici étaient ensorcelés, ou alors qu'ils avaient suffisamment de conscience pour savoir ce qui leur arrivait.

Mais ça ne comptait pas. Il ne laisserait pas ça compter. Le cri s'évanouit, et le diadème fut dissout en une volute de cendre noire.

Puis les flammes tournèrent leur attention vers Harry. Lequel leva la tête, sentant ses cheveux roussis s'agiter autour de lui. Ils avaient encore poussé, et il allait les laisser pousser, et il ne savait pas ce qu'était ce feu, mais il allait le contrôler, parce qu'il allait vivre et il emmerdait tout ceux qui diraient autrement.

Les flammes s'enroulèrent vers lui, et reculèrent quand il fendit l'air de sa baguette. Cette fois, il leur ordonna délibérément d'arrêter, de refroidir et de revenir à lui, de la même façon qu'il devrait sortir de cette salle et faire semblant de ne pas savoir certaines choses et que ça ne le dérangeait pas.

Les flammes luttèrent contre lui, et leur volonté était accablante. Mais pas davantage que celle de Harry, que ce ras-le-bol bouillonnant issu de cette année horrible qu'il avait eue, et du fait que rien n'allait dans son sens.

Avec un hurlement qui leur était propre, les flammes s'engouffrèrent dans sa baguette et disparurent. Harry se retrouva au milieu d'un espace vide en pierres partiellement fondues et toujours fumantes.

Il pouvait respirer à nouveau.