Rédactrice des discours du ministre de la magie, je dois régulièrement me rendre aux archives. C'est là que se trouve Drago Malefoy. Aucune fuite possible, les aurors l'ont volontairement placé dans ce service. Les archives se trouvent au sous-sol, pas de fenêtre, une seule et unique porte qui mène à un ascenseur pour rejoindre l'étage supérieur : celui des aurors.
« Cesse de lire ces imbécilités. » dis-je en me saisissant de la Gazette des Sorciers.
Sept ans plus tard, nos rapports étaient désormais cordiaux. Un bonjour de la tête, je lui demandais les archives dont j'avais besoin pour un discours, il me les donnait, je les étudiais et je lui rendais. Voilà quelle était notre relation. Peu de mots échangés.
Alors quand je me suis saisie du journal, il a pris un air ébahi.
« Depuis quand on se parle Granger ? D'habitude tu te contentes de me demander des archives, je te le donne et tu me les rends quand tu as fini. Basta. »
« Il faut un début à tout. Tu t'enfonces à lire ce tissu de mensonges. »
« Qui te dit que c'est faux ? »
« Je cite : « Le jeune mangemort Drago Malefoy aurait utilisé un sort contre la personne en charge des archives afin d'accéder au ministère. Que fera-t-il ensuite ? » C'est moi qui était à ce poste avant, et aussi loin que je me souvienne, jamais je n'ai reçu un sort de ta part pour devenir rédactrice de discours. »
Je le vois passer sa main dans ses cheveux jusqu'à s'arrêter à sa nuque. Quelques mèches tombent devant ses yeux qu'il relève vers moi.
« Ils écrivent sur moi ce qu'il y a de pire… »
« Et bien tu sais ce que j'ai pu ressentir pendant la guerre quand on me jugeait sur mon sang. »
« Ce n'est pas la même chose ! »
« Ah bon ? A quel moment être jugé pour quelque chose dont on n'est pas responsable et qui ne fait pas de nous ce que nous sommes réellement est différent ? »
Un soupir. Juste un soupir, voilà sa réponse.
« Qu'est ce tu veux Granger ? »
« Je souhaite les décrets portant sur les elfes de maison de 1876 à 1880 s'il te plait. »
Un soupir.
Il sait que je n'ai pas répondu à sa réelle question. Mais c'est vrai, il a raison pourquoi lui avoir parlé aujourd'hui ?
Il me donne les documents et je quitte ce lieu froid, tant par la personne occupant les lieux que par la température.
Une fois à mon bureau, je m'égare… Depuis que la guerre est finie je n'avais plus recroisé Drago Malefoy. Jusqu'à ce que les aurors lui demandent de travailler aux archives il y a maintenant 9 mois. Depuis, presque chaque jour je le vois. Depuis, presque chaque jour, il dépérit.
Une note atterrit devant moi me sortant ainsi de mes songes.
« J'ai l'impression d'être un étranger dans mon monde. »
Je sais que cette note est de Malefoy. Pas besoin de signature. Bien que l'article d'aujourd'hui n'était pas le pire que j'ai pu lire le concernant je me doute que ça ne doit pas être facile. Une citation de L'Etranger d'Albert Camus me revient : « Pour la première fois depuis bien des années, j'ai eu une envie stupide de pleurer parce que j'ai senti combien j'étais détesté par tous ces gens-là. » Je sais que c'est une erreur, mais je me dirige vers l'ascenseur pour rejoindre les archives. Mes pas sont précipités et je m'en veux de réagir ainsi. Quand je franchis la porte des archives, il est de dos.
« Je savais, au moment où j'ai envoyé cette note, que t'allais accourir. C'était une erreur de ma part. Je ne suis pas un de tes elfes de maison Granger ! Je n'ai pas besoin de ta pitié ni de ton aide. »
Son attaque me coupe le souffle. Il est toujours de dos, rajoutant à cette atmosphère déjà lourde une épaisseur supplémentaire âcre. Vexée ma seule réponse est de déposer les décrets que je lui ai demandé quelques minutes auparavant sur son bureau.
« Je venais seulement te rendre les décrets, ne crois pas que j'ai suffisamment d'estime pour toi pour t'accorder de mon temps. »
Alors que je commence à partir, j'entends son léger rire.
« Sans les consulter ? »
Je me sens rougir et je quitte ce lieu bien décidée à y envoyer une secrétaire la prochaine fois.
