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L'avion atterrit sur le tarmac de Washington Dulles à deux heures quinze et Blaise fut réveillé des limbes d'une légère pression à l'épaule. Il tira sur son masque de sommeil, son livre dégringolant sur le siège vide voisin.
« Nous sommes arrivés, Votre Altesse. » lui annonça Abdul.
« Mmh. »
Un bâillement dans la gorge, Blaise tourna la tête vers le hublot. Dehors, le ciel était noir d'encre et le jet privé roulait ses derniers mètres avant l'arrêt définitif. Agent Weasley était déjà postée juste à côté de la sortie, prête à en sécuriser l'accès. Il y eut les remerciements du pilote royal, les dernières consignes de sécurité puis les ceintures furent détachées. Debout devant Blaise, Abdul maintenait son long manteau en l'air pour le lui faire enfiler manche par manche avant de remonter l'allée à ses côtés. Une fois l'escalier passager déployé, Agent Weasley ouvrit la marche d'un pas rigide, les cheveux au vent. Elle ne les avait pas attaché, aujourd'hui, et c'était ce tourbillon auburn éclairé par les faisceaux de l'avion que Blaise contempla tout en demandant :
« Quel est le programme de demain ? »
« Neuf heures trente : Départ de l'hôtel. » récita aussitôt Abdul à sa droite. « Dix heures : inauguration de la Tour Ariana. Midi trente : déjeuner avec la délégation présidentielle au Lafayette. Quatorze heures : Rendez-vous avec Carla Perucito au Mariott. Quinze heures vingt : vidéoconférence avec Irving Corp. Seize heures : Visite de la Galerie Moderne de DTR. Dix-sept heures quinze : Retour à l'hôtel. Dix-huit heures : Séance de méditation. Dix-neuf heures : Essayages. Vingt heures quinze : Départ de l'hôtel. Vingt-et-une heures : Gala de la Fondation Lincoln. Vingt-trois heures vingt : Vol retour. Onze heures : Arrivée à Londres. » termina-t-il tandis qu'ils descendaient les dernières marches menant à la piste d'atterrissage.
Cinq 4x4 aux vitres teintées les y attendaient, la porte passager de la voiture du milieu maintenue ouverte par un colosse en lunettes noires et talkie-walkie.
« À quelle heure devrais-je me lever, demain matin ? » continua Blaise tout en s'installant sur la banquette en cuir.
« Six heures trente serait l'horaire optimal, Votre Altesse. » répondit Abdul depuis le siège voisin. « Surtout si vous souhaitez faire votre séance de sport du matin. L'hôtel comprend une piscine ainsi qu'une salle de sport et un sauna. J'ai privatisé les trois pour la journée entière. »
« Je serais plutôt tenté par un footing. » objecta Blaise et il vit le reflet d'Agent Weasley se figer imperceptiblement depuis le siège passager avant. « Préférablement dans un grand parc. »
« Lequel vous siérait le mieux ? »
« Qu'importe. Ce ne sont pas les coins de verdure qui manquent, ici. »
« Votre Altesse. » intervint Agent Weasley sans se retourner. « Pour des raisons de sécurité, il serait préférable que vous vous exerciez dans l'un des espaces aménagés par l'hôtel et non dans une zone inco… »
« Non. »
« Votre Alt… »
« J'ai dit non. »
Leurs deux regards se croisèrent dans le rétroviseur intérieur. Ni l'un, ni l'autre ne flanchèrent.
« Hum. » reprit maladroitement Abdul, ses yeux effectuant une navette nerveuse entre son Chef et la garde du corps. « Je… je peux trouver rapidement un parc aux alentours et transmettre les informations au service de sécurité ? Comme ça, hum, ils pourront vérifier puis encadrer le périmètre d'ici demain matin. C'est… est-ce… est-ce que cela vous, hum, conviendrait ? »
Agent Weasley resta immobile trois secondes durant puis hocha une seule fois la tête, lèvres pincées. Blaise arbora quant à lui un lent sourire.
« C'est parfait. » approuva-t-il. « Vous viendrez courir avec moi, Ginevra. »
« À vos ordres. » répondit-elle aussitôt et son regard quitta le sien pour se perdre dans la skyline de Washington.
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Blaise se réveilla à l'aube, enfila une tenue de sport, attrapa sa gourde et trouva Agent Weasley déjà prête dans le couloir.
« Votre Altesse. » le salua-t-elle, tête penchée vers le bas.
« Ginevra. » répondit-il.
Il se mit en route vers l'ascenseur et l'entendit emboiter le pas.
« Nous avons sécurisé un tiers du parc de Rock Creek. » lui annonça-t-elle, une fois enfermés dans la vaste cage vitrée en direction du rez-de-chaussée de l'hôtel. « Les sentiers sont suffisamment boisés pour ne pas attirer l'attention et assez définis pour courir confortablement sur une bonne distance. »
« Quelle distance, à peu près ? » voulut savoir Blaise.
« Tout dépendra de votre endurance et de la durée de l'entraînement. » répondit Agent Weasley.
« Combien de minutes pourrais-je rester sur place ? » demanda encore l'héritier.
Depuis la naissance, son propre temps ne lui avait jamais appartenu.
« En excluant le trajet en voiture pour arriver sur place… quarante-cinq minutes. »
« Ok. » haussa des épaules Blaise. « Pour cette durée, sept-huit kilomètres me semblent faisables. »
Agent Weasley acquiesça d'un seul et unique hochement de tête. Elle était dos à lui et face aux portes, comme prête à anéantir la moindre menace dans la seconde qui suivrait son apparition. Adossé contre le fond de l'ascenseur, Blaise laissa ses yeux remonter de ses baskets à son legging et de son gilet à sa queue-de-cheval. Elle était haute, parfaitement centrée et jaillissait en une cascade rousse s'arrêtant un poil au-dessus de ses omoplates.
« Vous vous êtes coupée les cheveux, dernièrement. » dit-il, son observation tenant plus du constat que de l'interrogation.
Agent Weasley tourna la tête, offrit un profil impassible puis revint à sa position initiale.
« Oui, Votre Altesse. »
Votre Altesse. Blaise serra la mâchoire et essaya d'ignorer la profondeur nouvelle du fossé. Dehors, derrière la porte de service, le même 4x4 de la veille les attendait et il regarda défiler les rues endormies de Washington à travers sa vitre sans tain.
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« David Vaughn. Architecte principal de la Tour. Grand amateur de cigares. Vous vous êtes rencontrés en 2018 en compagnie de Sa Majesté, lors de l'établissement des premiers plans de construction. » le briefa Adbul 0.8 secondes avant que Blaise n'arrive au niveau du concerné.
« David. » le salua-t-il d'une poignée de main solennelle appuyée d'un fort contact visuel. « C'est un édifice à la hauteur même de votre talent dont nous célébrons l'inauguration, aujourd'hui. Vous pouvez être fier. »
« Vous m'honorez, Votre Altesse. » s'exclama l'architecte. « Rien de tout ceci n'aurait été possible sans votre vision créative. »
Ce qui était un terme affreusement élégant pour « fric » mais Blaise savait lire entre les lignes.
« Sa Majesté s'excuse de ne pouvoir être présente pour un si bel évènement mais vous transmets ses plus sincères félicitations. » poursuivit-il. « Elle espère venir visiter la Tour Ariana aussi rapidement que le lui permettra son agenda. »
« Je n'en doute pas ! Il va sans dire qu'elle y sera toujours la bienvenue. » affirma David.
Il leva le bras pour tapoter fraternellement l'épaule de Blaise et fut stoppé dans son mouvement par le regard hautement dissuasif de l'Agent Weasley. Postée en ombre juste derrière Blaise, elle se rendait visible à quiconque franchissait la ligne.
« C'est… un très grand plaisir de vous revoir, en tout cas, Votre Altesse. » prononça lentement l'architecte, un oeil nerveux posé sur la rousse.
« Plaisir partagé, David. » acquiesça aussitôt Blaise avant de se pencher vers lui et ajouter, sur le ton de la confidence : « Et si vous veniez à passer par Buckingham, soyez certain qu'une boîte de Montecristo n°2 vous y attendra toujours. Enfin, si vous souhaitez en partager un avec moi, bien évidemment. »
« Oh. » jubila David. « Ce serait un immense honneur, Votre Altesse. »
Blaise esquissa une risette amicale et lui tapota deux fois l'épaule, juste parce qu'il le pouvait. Puis il passa à la personne suivante — « Abigail Kay Moore, responsable de l'équipe design, diplômée de Dartmouth, très fan de Madonna », lui chuchota Adbul. La demi heure fut occupée à serrer des mains moites, fermes, osseuses, douces, anonymes et sourire sans relâche, muscles faussement détendus, visage toujours ouvert, tout en transmettant remerciements et promesses que son assistant se chargerait de retenir pour lui. Un manège familier.
Les seules missions que lui déléguait sa mère étaient des missions qui elle-même ne l'intéressaient pas. Elle prenait souvent le prétexte du gain d'expérience dont pouvait bénéficier Blaise et de l'entraînement pour le plein exercice de ses fonctions, le jour où il serait amené à la remplacer sur le trône. Si un jour il la remplaçait sur le trône. Mais Blaise savait, au fond de lui, que son rôle actuel n'oscillait qu'entre pantin et parodie.
Sa mère n'avait financé la Tour Ariana que pour royalement emmerder Trump — sans mauvais jeu de mots. Depuis son investiture, les relations anglo-américaines s'étaient progressivement dégradées, frisant par moments la guerre ouverte. Le pic d'animosité avait été atteint à la suite d'une mauvaise blague sur les femmes anglaises proférée par le président lors d'un meeting dans l'Ohio. Le lendemain matin, Sa Majesté la Reine d'Angleterre avait racheté les cinq plus grands gratte-ciels de Washington et ordonné la construction d'une sixième tour à deux pas de la Maison Blanche. La Tour avait par la suite été baptisée Ariana, du nom de la souveraine qui l'avait mise au monde. Avec Imane Zabini, l'agressivité passive pouvait s'élever au rang d'art. Le simple fait de préférer n'envoyer que son fils pour l'inauguration était un acte politique en soi.
Alors Blaise terminait de serrer des mains pour un projet dont il n'avait participé qu'en tant que papier peint. Il rencontrait ensuite la délégation présidentielle et échangeait des mots vides de sens pour un semblant de paix diplomatique. Il déjeunait avec Son Altesse Princesse Carla Perucito de Valence et naviguait quarante-cinq minutes de conversation codées sur les bienfaits d'un possible mariage entre leurs deux nations. Elle lui tendit ensuite la main pour qu'il embrasse ses fines phalanges et quitta la pièce dans un drapement satiné au parfum Lancôme. Le revoici seul dans cent mètres carrés de restaurant privatisé.
« Ginevra. » appella-t-il.
« Votre Altesse. » apparut-elle aussitôt à sa droite.
« Asseyez-vous. »
Il la sentit hésiter puis l'observa prendre précautionneusement place face à lui, à l'endroit même où l'assiette de Carla Perucito venait d'être débarrassée. Blaise poussa le menu vers elle.
« Commandez ce que vous voulez. »
Agent Weasley écarquilla très légèrement des yeux et fixa la couverture en velours du repertoire culinaire sans esquisser un seul mouvement. Elle était droite comme un piquet sur sa chaise.
« Allez-y. » l'incita-t-il à nouveau. « Je n'aime pas manger seul. »
Les yeux de sa voisine quittèrent le menu pour se poser directement sur lui, le transperçant de ce regard incisif et pourtant si étranger. Cinq ans qu'elle assurait sa sécurité personnelle et Blaise n'avait toujours pas réussi à s'y habituer. Lorsqu'un employé du restaurant se matérialisa près de la table pour prendre sa commande, elle reporta toute son attention sur lui et l'hériter put enfin respirer correctement.
« Juste un verre d'eau, s'il-vous-plaît. » demanda-t-elle.
« Ginevra. » souffla Blaise, silencieusement exaspéré.
« Je n'ai pas spécialement faim. » continua sa voisine.
« Rajoutez-lui une salade. » décida-t-il pour elle. « La plus copieuse du menu. Préférablement avec de l'avocat dedans. Aucun crustacé. »
« Je n'ai pas faim. » siffla Agent Weasley.
Ce n'était plus avec une neutralité passive qu'elle le dévisageait, à présent, mais plutôt un froid début de colère. Le coeur de Blaise fit un douloureux looping, reconnaissant dans ces deux iris émeraudes une lueur qu'il n'avait plus vu depuis longtemps. Car ce n'était pas non plus Agent Weasley qui le fusillait du regard mais Ginny, sa Ginny. Celle qui ne supportait pas de perdre au Uno et le traitait de tous les noms d'oiseaux permis par la langue anglaise, totalement indifférente au fait que leur destinataire soit le Prince du royaume ou le mendiant du coin.
« Votre Altesse. » ajouta-t-elle un instant plus tard, chaque syllabe prononcée comme une insulte.
Blaise se mordit la joue, un peu euphorique.
« Et un tiramisu. » ajouta-t-il encore.
La fureur qui émanait de sa voisine était un tableau bien trop fascinant pour se tourner vers le serveur comme la politesse l'exigeait.
« Et un café. Latte, lait de soja. N'ajoutez pas de sucres. Servi dans une tasse. » continua-t-il, incapable de s'arrêter. « Et, ok. Un verre d'eau. Avec glaçons. Et une rondelle de citron. »
« Votre générosité vous perdra, Votre Altesse. » railla Agent Weasley.
« N'est-ce-pas ? » répliqua Blaise, grand sourire aux lèvres, avant d'attaquer le plat de saumon présenté en oeuvre d'art sur son assiette. « Vous pourrez manger et disposer librement de votre temps jusqu'au gala, ensuite. »
Et juste comme ça, la tension meurtrière fondit comme neige au soleil chez la jeune femme.
« Mais... votre programme de la journée n'est pas fini, je dois être... »
« C'est juste une vidéoconférence. Personne ne me kidnappera via Skype. Et puis je pense me rendre seul ensuite à la Galerie Moderne. Je sais. » prononça-t-il avant même que son garde du corps n'ouvre la bouche pour protester. « Ce n'est ni prudent, ni responsable. Mais je sais ce que je fais. Et j'ai envie d'anonymat, juste le temps d'une expo. »
« Je peux parfaitement vous protéger de loin. Je sais me fondre dans la masse. »
« Moi aussi. » répondit Blaise tout en piquant une portion de saumon pour la porter à sa bouche. « Vous, mieux que personne, le savez. »
La distance était revenue, dans sa posture, dans son regard, mais Blaise sut qu'elle se rappelait de ces après-midis durant lesquelles ils se déguisaient pour se perdre dans la capitale. Deux ados londoniens comme les autres pour une demi-journée bénie.
La salade fut portée en un temps record, accompagnée d'un grand verre d'eau en cristal, deux glaçons et rondelle de citron. Blaise regarda sa voisine attraper la fourchette avec hésitation, la faire tourner entre ses doigts puis la reposer sagement sur la nappe.
« Mangez. » l'exhorta-t-il. « Et reposez-vous ensuite. Vous n'avez probablement pas dormi du vol et je sais que vous vous êtes levée avant cinq heures pour sécuriser le parc avant que le footing de ce matin. Vous méritez un peu de répit. »
Agent Weasley hocha la tête puis reprit sa fourchette.
« Merci, Votre Altesse. » dit-elle.
Et pour une première fois, Blaise supporta de l'entendre prononcer ces deux mots.
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Le reste de la journée s'enchaîna sans éclats ni accrocs. Blaise se rendit à l'exposition et fit mine de comprendre le sens des coups de pinceaux aléatoires composant les toiles. Il observa des sculptures, s'arrêta devant des statues, observa des collages, cligna des yeux et se demanda quand, exactement, il lui était devenu aussi difficile de ressentir ne serait-ce qu'un quart d'émotion.
Col remonté, casquette sur la tête, il sortit dans la rue et marcha, marcha, marcha, inspira une longue bouffée d'air frais, marcha encore, prit un thé à emporter dans un coffee shop du coin, discuta un peu avec la gérante, la fit sourire puis se créa une porte de sortie lorsqu'elle plissa des yeux et mmh, c'est bizarre, arrêtez-moi si je me trompe, vraiment, mais vous... vous ressemblez énormément à...
Sans éclats ni accrocs.
Blaise marcha encore, s'arrêta sur un banc, but son thé, se brûla la langue, regarda le temps s'écouler et ne fut que peu surpris de voir un 4x4 noir l'attendre patiemment sur le trottoir d'en face.
Depuis la naissance, sa propre liberté ne lui avait jamais appartenu.
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« Comtesse Barbara, quarante-six ans, vingt-neuvième fortune des Etats-Unis, amatrice de joaillerie, vous vous êtes déjà rencontrés il y a six mois au mariage de Princesse Tammy, dans le New Hampshire. » fit l'exploit de prononcer en un seul et unique souffle Abdul.
« Madame la Comtesse, j'ai une confession à vous faire. » débuta Blaise d'un ton grave.
« Oh ? » s'inquiéta aussitôt la concernée, une main sur son rang de perles. « Dites-moi tout, mon cher. »
« Depuis que je suis entré dans cette salle, je n'ai eu d'yeux que pour vous. »
« Mais... mais quel flatteur ! » rit-elle à gorge déployée.
« Point de flatterie lorsque la vérité seule coule dans mes veines. » susurra Blaise. « Ces boucles d'oreilles ne pourraient briller d'un tel éclat sur une autre personne que vous. »
« Votre Altesse, je suis une femme mariée et heureuse, ne me faites pas douter ! » minauda la Comtesse.
« Oh, jamais je ne me permettrai… »
Etcetera. Rembobinez. Rejouez.
Blaise ne s'ennuyait pas. Il ne s'amusait pas spécialement non plus. Il était juste… là. Aussi présent qu'absent. Et chaque nouvelle coupe de champagne passant sous son nez l'ancrait dans l'instant. Le faisait un peu plus décoller. Il traversait les foules, riait avec les convives, serrait des mains, embrassait des joues, prenait une autre coupe, riait encore. Il voulait juste se barrer d'ici.
Chercher la sortie le fit tomber sur un couloir qui en déboucha sur un autre et bientôt, le calme et l'obscurité qu'il cherchait sans savoir l'enveloppèrent comme les bras d'une mère. Il termina sa flûte de champagne pour l'abandonner sur le parquet, vacilla sur quelques mètres puis décida de se débarrasser également de ses chaussures en cours de route. Le sol était froid sous ses pieds et ce n'était plus du parquet mais de la mosaïque car soudainement, il ne se trouvait plus dans un long couloir interminable mais une grand salle ovale dont les fenêtres hautes invitaient la lumière des rayons lunaires.
Blaise resta planté sur place une moitié d'éternité puis d'un seul coup, car tout lui venait de façon brusque, ce soir, il eut envie d'écouter une chanson, cette chanson, celle avec le piano mal accordé et la voix masculine désinvolte, celle qui donne l'impression de marcher sur un fil tendu et qui parle d'agonie… Agony. Celle-ci. La trouver avec une vue trouble dans sa bibliothèque musicale fut un exercice laborieux mais il y arriva et s'allongea la seconde suivante, joue chaude contre sol glacial.
take a pill and go to sleep
Il ferma les yeux.
« Votre vol est dans quarante-cinq minutes, Votre Altesse. » l'informa Agent Weasley depuis la porte.
« Je sais. » murmura Blaise avant de tapoter la place vide, juste à côté de lui. « Venez vous allonger avec moi. »
« La voiture sera avancée dans très exacte… »
« Chhhh. » souffla Blaise. « Chut. Ginevra. Je sais. Venez. »
Il n'y eut d'abord aucun mouvement. Puis, presqu'au moment du refrain, Blaise sentit une chaleur à ses côtés et une épaule l'effleurer. Un temps passa, puis :
« Et maintenant ? » demanda-t-elle.
Blaise tâta le sol à l'aveuglette, trouva le bras de sa voisine puis sa main. Lorsqu'il glissa ses doigts entre les siens, Agent Weasley se crispa un instant, prise de court, mais ne combattit pas l'étreinte. Alors il garda sa paume contre la sienne pour le restant de la chanson.
isolation caved in
i adore you
the sound of your skin
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Chanson : Agony x Yung Lean.
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J'espère que cette suite vous plaît ! À vrai dire, je ne sais pas encore bien où je vais avec cette trame mais je pense, après réflexion, faire cinq chapitres maximum. Je pense aussi (si j'en ai le temps et la motivation) poster soit sur d'autres histoires pré-existantes, soit sur de nouvelles histoires encore en parallèle. We shall see. En attendant, merci beaucoup d'avoir lu ! :)
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Rar :
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ilybryry : Très, très heureuse que tu aimes ce début ! Et puis Ginny en Natasha Romanoff : j'adhère totalement. Il y a effectivement un lourd sentiment de dépit chez Blaise qui subit plus qu'il ne vit son existence ainsi que son statut. Il navigue à gauche, puis à droite, selon le courant, et Ginny (malgré tout) est sa seule boussole. Mmh, je ne dirais rien quant au reste de peur de spoiler le peu de storyline que j'ai prévu pour cette histoire mais c'est en tout cas une supposition intéressante ! Et plausible. Merci beaucoup d'avoir lu !
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Fleur D'Ange : Merci beaucoup ! Je suis très heureuse que tu aimes ma conception de ces personnages, hehe. En espérant que cette suite te plaise !
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See you soon !
