Chapitre 2 (Lyra)
Alors que je m'étais assoupie sur son épaule, Nick me fit sursauter en se redressant brutalement. Je ne saurais dire depuis combien de temps nous étions assis dans cette chambre, mais en jetant un coup d'œil par la fenêtre, je vis que le ciel qui recouvrait la forêt commençait à s'assombrir. Lorsque je reportais mon attention sur lui, je vis Nick tendre l'oreille et je me concentrais alors pour essayer de comprendre ce qui l'avait fait réagir ainsi. C'est alors que j'entendis les bruits de pas provenant de l'autre extrémité de l'appartement, dans le salon. Nick me fit signe de le suivre discrètement et je m'exécutais. Arrivé au bout du couloir, il jeta un bref coup d'œil dans la pièce avant de se tourner vers moi pour m'indiquer de rester cachée. Il sortit ensuite à découvert et s'adressa à nos visiteurs. Il connaissait l'un d'entre eux et la réponse de ce dernier me fit comprendre que c'était réciproque. Mais je n'eus pas le temps d'en apprendre davantage sur leur relation. Avant que j'aie le temps de réagir, je vis l'un des hommes brandir une arme et appuyer sur la gâchette sans perdre la moindre seconde. Le bruit de la détonation me fit reculer de plusieurs pas. Nick s'effondra presque instantanément et perdit connaissance juste après m'avoir murmuré quelque-chose. Je n'avais pas besoin de l'entendre pour en comprendre le sens. D'autant que le cri de surprise qui m'avait échappé avait alerté les trois inconnus de ma présence.
Après une courte seconde d'hésitation, je me précipitais vers la cuisine. La fenêtre de celle-ci donnait directement sur un escalier de secours externe situé à l'arrière de l'immeuble, ma seule issue. Je dévalais les marches de l'escalier quatre à quatre, consciente que quelqu'un me suivait de près, mais mon instinct me hurlait de ne pas me retourner et de continuer ma course. Alors que je franchissais les dernières marches, je ressentie une violente brûlure au niveau de la cuisse gauche. Je venais d'être touchée à mon tour. Cela ne ralenti pas ma course pour autant. Boitant, je continuais malgré cela à la même vitesse jusqu'au rez-de-chaussée puis ouvrit la porte qui menait aux sous-sols et me précipitais à l'intérieur. Je traversais tout le couloir et une fois arrivée au bout, pénétrais dans l'une des caves de l'immeuble en verrouillant la porte derrière moi, essoufflée.
Adossée contre le mur de briques, je commençais à me sentir faiblir. Toute ma jambe gauche s'était engourdie et mon corps me semblait lourd. Cette fatigue qui me gagnait peu à peu n'était pas normale. La façon dont Nick s'était effondré non plus. Les projectiles qui nous avaient atteints n'étaient pas de simples balles, on les avait plongés dans quelque chose. Je me laissais glisser vers le sol et me servais de mon écharpe pour faire un garrot au-dessus de la blessure, afin de ralentir la progression du poison. Exactement comme Antonio me l'avait enseigné lors de notre première randonnée en montagne, je devais avoir environ douze ans.
-Voilà, il faut que tu serres bien fort afin de bloquer le retour veineux. Cela permet de limiter la progression du venin dans ton organisme, le temps d'obtenir les soins appropriés.
J'écoutais les conseils d'Antonio avec beaucoup d'attention. Mais également avec une pointe d'inquiétude.
-Mais, tu crois vraiment qu'on risque de se faire mordre par un serpent ? On ferait peut-être mieux de faire demi-tour. Je ne suis pas certaine que cette sortie me convienne, affirmais-je en lançant des regards tout autour de moi, à la recherche de l'ennemi.
-Trouillarde !
-Nick, ne te moques pas, le réprimanda son père. Tu veux que je te rappelle la tête que tu faisais la première fois que tu as croisé une vipère ?
Je me mis à glousser. Il me tira la langue et je lui rendait sa grimace. Antonio rigola de nos âneries et la discussion se termina en fou rire général.
La localisation de cette blessure était probablement la raison pour laquelle les effets mettaient plus de temps à se faire sentir que dans le cas de Nick, mais je savais que je perdrais bientôt connaissance également. Nos agresseurs semblaient avoir abandonné leur traque mais j'avais besoin d'aide. Et Nick également. Je n'avais aucune idée de ce que ces trois hommes voulaient. Il fallait que je prévienne le reste de la meute. Je fouillais alors dans ma poche à la recherche de mon téléphone et composait le numéro d'urgence, celui de Clay. Il décrocha après la deuxième sonnerie.
-Allô ?
Malgré mon audition sur-développée, sa voix me semblait lointaine, comme étouffée. J'étais en train de sombrer.
-La ... la cave. Nick ...
Ce fut mon dernier mot.
