~ O ~

Malgré sa fatigue, Crowley s'était réveillé aux premières lueurs de l'aube. Depuis qu'il avait repris conscience, le démon avait tenté par trois fois de se dépêtrer de ses draps de satin à chaque tentative, une douleur fulgurante avait explosé dans ses omoplates. Crowley savait qu'il n'était pas blessé. Pourtant, il souffrait. La médecine moderne aurait qualifié son mal de « douleurs fantômes ». C'était comme si un couteau s'enfonçait sans cesse dans sa peau pour lui rappeler qu'il avait été amputé de quatre de ses ailes.

Ce matin en particulier, il était d'une telle fragilité que le moindre choc, lui semblait-il, risquait de désintégrer son corps et sa conscience.

Une heure passa, puis deux, pendant lesquelles il eut tout le loisir de réfléchir.

Crowley, jadis appelé Raphaël, était encore à ce jour un être éthéré. Même si on l'avait privé d'une grande partie de sa divinité, le démon était parvenue à garder jalousement l'espérance dans le creux de ses mains. Pour le démon, cet espoir était la plus grande des victoire qu'il puisse remporter sur sa condition d'ange déchu.

Crowley était bien placé pour le savoir, les gens ne se définissaient pas par leurs vices, mais au contraire, par ce qu'ils avaient gardé d'intact, de pur, au plus profond d'eux même. Certes, l'Amour de Dieu lui avait été arraché. Et alors quoi ? D'où venait la règle qu'un démon ne puisse pas aimer ? Se faire amputer de sa part divine le condamnait-il à faire de lui un animal féroce ? Non. Malgré sa malédiction, jamais il n'avait pu se passer des minutes de vie passées en présence d'Aziraphale.

Si la compagnie de l'ange lui avait bien apprit une chose, c'est qu'il existe un fragment de paradis en chacun de nous. Crowley parvenait à l'entre-apercevoir dans les sourires de son ami.

Chaque regard lancé à cet être doux et sensible lui avait donné la force d'agir afin que cet amour devienne une réalité tangible. Le démon se rattachait à l' espoir de pouvoir, peut-être un jour, goutter aux lèvres de l'ange. C'était la promesse d'un souffle de vie, d'un jour meilleur, empli non plus de douleur et de manque, mais de désir et d'harmonie. Crowley refusait de se rattacher à sa vie antérieur. Il avait la conviction que le bonheur était à porté de main. Qu'il possédait déjà tout les ingrédients en lui. Ne restait plus qu'à le bâtir.

Vers neuf heures, Crowley se décida à agir coûte que coûte. Ce soir était peut-être sa dernière chance de se faire aimer d'Aziraphale. Il fallait qu'il s'habille et qu'il passe chez le fleuriste.

Il fit de son mieux pour ignorer la douleur lancinante dans son dos alors qu'il se préparait pour la journée qui l'attendait.

Depuis son balcon, il observa la ville s'animer, prenant de lentes bouffées de tabac en guise de petit déjeuné. Tout était parfaitement figé dans la lumière acidulée du matin. Sur le parking en bas de son appartement, il pouvait distinguer le soleil se réverbérer sur le capot sombre de sa Bentley. Crowley en avait conclu que les événements de la veille avait miraculeusement été annulé par Adam. Il n'y avait plus qu'à espérer que le librairie de Aziraphale avait elle aussi retrouvé sa gloire passé.

Le fil de ses pensées l'entraîna à songer à la librairie en feu. Il avait cru perdre son ange lorsqu'il ne l'avait pas retrouvé dans le brasier. Crowley ne savait pas ce qu'il serait devenu si Aziraphale était mort ce jour là. Le démon se fit cependant violence pour oublier la détresse qu'il avait ressentit. Son ami était vivant, en sécurité, et à présent libéré de ses obligations envers le ciel. Ne restait plus qu'à trouver un moyen de se faire lui-même oublier de Lucifer. Il était hors de question que Crowley laisse son frère le manipuler. Le démon ignorait si son aîné avait fini par le démasquer, mais il ne voulait prendre aucun risque.

Jetant un coup d'œil à sa montre, il se dit qu'il était temps de sortir. Crowley avait encore une semaine devant lui pour réfléchir à un plan pour se débarrasser de Lucifer et de son lieutenant des enfers.

~ OO ~

Il existait des règles précises pour courtiser un ange. Voyez-vous, si les démons étaient très portés sur la danse pour séduire leurs partenaires, les créatures célestes privilégiaient quant à elles le chant pour déclarer leur amour. Cela expliquait en grande partie pourquoi les anges n'avaient strictement pas le droit de danser. Et bien qu'aucune lois n'interdisait aux démons de chanter, ces derniers refusaient tout simplement de se rappeler l'existence de cet organe d'origine angélique.

Le Moyen âge n'avait pas été seulement marqué par les guerres, les épidémies ou les famines. Il y existait aussi une certaine finesse se traduisant par l'amour courtois. C'était les anges eux même qui avaient apporté cette tradition dans leurs baguages à cette époque charnière du christianisme. Au grand dam des démons, il subsista pendant plusieurs siècles une équivalence entre le fait d'aimer et celui de chanter. Sous une forme lyrique, l'amant devait confier ses sentiments à l'être aimé et en prouver la pureté. Ainsi, par-delà l'image de temps des ténèbres, l'ère médiévale avait curieusement fait resurgir ces étranges coutumes soumises aux anges pour gagner le cœur de leur moitié.

Crowley avait cependant attendu la fin du XIX siècles pour mettre ces règles en pratique.

C'était un beau matin de Mars 1891. Aziraphale organisait un salon littéraire dans sa librairie et avait cordialement invité Crowley à le rejoindre. Non pas que le démon eut été friand de littérature, mais l'enthousiasme de son ami était tel qu'il n'avait pas trouvé le courage de décliner son invitation.

Aziraphale profitait pleinement de sa notoriété dans le milieu mondain pour accumuler des livres sans dépenser le moindre centime. En une décennie, la librairie avait acquis plus d'une centaine d'ouvrages en tout genre.

Dès qu'il avait passé le seuil de la porte, Crowley s'était retrouvé acculé par nombre de jeune gens, tous curieux de faire sa connaissance.

Des « Alors c'est vous le fameux Anthony J. Crowley ! » et « Aziraphale nous à tant parlé de vous ! » fusaient dans tout les sens et le démon ne savait plus où donner de la tête.

Merci Satan, la main secourable de l'ange vint l'arracher à cette foule pour l'entraîner à l'écart des autre invité.

« Crowley, tu es finalement venu ! » Se réjouit Aziraphale en gratifiant le rouquin d'un sourire lumineux.

« La tentation était trop forte mon ange, jamais je ne raterais l'occasion de te voir en smoking ». Tenta de plaisanter Crowley.

Le démon cru apercevoir une légère rougeur sur les joues de l'ange avant que ce dernier ne le sermonne :

« Vieux serpent, cesse de faire le malin et regarde autour de toi ! N'est-ce pas magnifique de voir tout ces jeunes talents dans ma librairie ? Peut-être pourrais-tu leur donner quelques conseils ? Tu aidais William de temps en temps non ? . »

« Tu veux dire qu'il plagiait allègrement tout mes discours. » Ronchonna Crowley.

« Qui ne serait pas fasciné par tes monologues mon cher ? » Le taquina Aziraphale avec un clin d'œil complice.

« Je n'arrive pas à déterminer si c'est une remarque ou une éloge ».

« Je vais telaisser réfléchir à la réponse pendant que je m'occupe de mes autres invités. Fredonna l'ange en tapotant amicalement l'épaule du démon. « N'hésite pas à discuter avec eux, ils sont tous d'un goût exquis ».

Crowley aurait volontiers rebondi sur ce dernier commentaire, mais Aziraphale s'était déjà perdu dans la foule.

Très vite, l'intérêt qu'on portait à Crowley s'atténua. Le démon n'était en effet pas très loquace en plus de dégager une aura inquiétante.

Les yeux du démon n'avaient de cesse de chercher l'ange parmi la foule. Crowley avait sentit la jalousie le ronger intérieurement en remarquant l'adoration qu'Aziraphale portait à un jeune dandy. Le bougre était en effet d'une rare beauté, se démarquant du commun des mortels avec ses cheveux longs, ses cravates lavallières et les boutonnières de ses costumes fleuries d'un œillet.

« C'est Oscar Wilde ». Glissa une voix inconnue à son oreille. « Il est parvenu à se faire un nom dans le monde littéraire par le biais de la poésie et le soutient de votre ami. »

En se retournant vers son interlocuteur, Crowley découvrit un splendide jeune homme.

« Si Aziraphale n'a aucun sens de la mode », songea Crowley, « il a plutôt bon goût en matière de beauté masculine... ».

« Et à qui ai-je l'honneur ? » Demanda le démon sans masquer son intérêt pour la belle créature en face de lui.

« Sire Alfred Douglas, pour vous servir ». Le Salua l'homme avec une petite courbette théâtrale.

Crowley songea que la personnalité de ce garçon lui plaisait déjà.

« Antony . » Se présenta-t-il à son tour. « J'ai entendu parler de vous. Le marquis de Queensberry est votre père il me semble. »

« A mon grand désarroi, oui. » Soupira Douglas, une main sur la poitrine comme si il était prit d'un haut le cœur. « Qu'elle chose étrange que les noms ne trouvez-vous pas ? Un homme est sensé éprouver de la fierté à porter le sien, mais généralement, il lui inspire la honte de tout ce qu'il n'est pas. »

« Ce qu'on appel une rose, embaumerait autant sous un autre nom. » Récita Crowley sans réfléchir.

« C'est une citations de William Shakespeare, je me trompe ? Êtes-vous auteur ? » S'extasia le jeune homme.

« Non. La littérature n'est pas vraiment mon domaine d'expertise. » Répondit vaguement le démon.

« Comment connaissez-vous ce cher Aziraphale si vous n'êtes pas écrivain ? S'étonna Douglas. Il ne sort pratiquement jamais de sa librairie. »

« Nous... nous somme rencontré dans un jardin. » Éluda Crowley. Ce qui n'était pas foncièrement faux si on y réfléchissait bien...

« C'est le destin de toutes fleurs... » En conclu son interlocuteur, la mine rêveuse.

« Pardon ? » S'étrangla le rouquin.

« Ne me regardez pas avec cet air choqué. Cela fait plus d'un quart d'heure que vous êtes ici, et vous n'avez cessé de regarder votre ami comme si il était la seule chose digne de votre intérêt.

« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler ». Tenta de nier le démon en fixant obstinément le sol à ses pieds.

« Détendez-vous Anthony. Nous jouons dans la même cour tout les deux. » Le rassura Douglas. « En vérité, j'espérais rendre jaloux Oscar en vous abordant. Cependant, votre regard possessif dirigé vers Aziraphale m'a fait supposé que je n'étais pas le seul à chercher l'attention d'un homme... »

De longue minutes passèrent sans que Crowley parvienne à retrouver sa voix. Il pensait jusqu'alors que son attirance pour l'ange était demeuré imperceptible. Le jeune londonien venait cependant de lui prouver le contraire. Son silence ne faisait que confirmer les suppositions de son interlocuteur.

« Que proposez-vous pour mettre fin à cette tourmente ? » Fini par répondre Crowley, la voix mal-assurée.

« A les rendre fou de jalousie pardi ! » S'extasia le blond, un sourire comploteur sur le visage.

A se demander qui était le vrai démon dans cette pièce...

« Et comment allons-nous procéder ? »

« Laissez-moi vous montrer ». Répondit le jeune homme en se dressant sur un tabouret, à la manière d'un orateur.

« Votre attention s'il vous plaît ! » Appela Douglas à l'attention des autres invités.

La foule se tourna alors en direction du jeune fanfaron, curieux d'entendre ce qu'il avait à annoncer.

« La muse est venue à l'instant me visiter ! Expliqua-t-il en jetant un regard calculé vers Crowley. C'est pourquoi, je voudrais vous servir les vers qu'elle vient de me chuchoter à l'oreille ! »

Des applaudissements et des cris d'encouragement fusèrent dans toute la salle. Douglas avait l'air très satisfait de son effet.

Sa voix emplit alors la librairie dans un doux timbre de ténor. Crowley était fasciné par la candeur du garçon. Même après que le poème eut été déclamé, les derniers vers trottaient encore dans son esprit.

« ...My name is Love

Then straight the first did turn himself to me

And cried, 'He lieth, for his name is Shame,

But I am Love, and I was wont to be

Alone in this fair garden, till he came

Unasked by night; I am true Love, I fill

Lovers'hearts with mutual flame.'

Then sighing, said the other, 'Have thy will,

I am the Love that dare not speak its name. »

On pouvait dire que Douglas avait bien réussi son coup. Wild était à présent si jaloux que le démon pouvait sentir les yeux de l'homme lui jeter des éclairs dans le dos.

Après que les invités eurent félicité le chanteur, Oscar avait fendue la foule pour se dresser devant Crowley, tel un lion enragé. Le démon aurait presque ri de la situation si il n'avait pas aperçu le regard troublé de son ange dans un coin de la librairie.

« Et vous ? » L'aborda abruptement le dandy avec un sourire railleur. « Allez-vous à votre tour enchanter nos oreilles comme l'a fait Sire Douglas ? Vous avez été sa muse l'espace d'un instant. Ce beau garçon ne mérite-il pas un éloge à son tour ? ».

Crowley jeta un coup d'œil dans la direction de Douglas. Ce dernier ne pu cependant lui répondre que par un regard désolé.

« Je...Je ne... » Bredouilla le démon, incapable de penser correctement tant la situation lui paraissait grotesque.

« Quelle éloquence ! » Le complimenta Oscar, une profonde ironie dans la voix. « Je pensais pourtant que ce salon était consacré aux écrivains et aux poètes. Me serais-je fourvoyé ? »

Le démon se sentit prit d'un vertige face aux nombres de regards qui étaient à présent fixés sur lui.

« Crowley ne chante pas » Intervint finalement Aziraphale en s'interposant entre eux.

L'ange était certainement au courant de la répugnance qu'avaient les démons pour le chant. Crowley se sentit touché que Aziraphale le protège de ce désagrément. Mais son ami se trompait.

« Un poème suffirait, j'en suis certain ». Insista le dandy.

La patience du démon commençait sérieusement à s'épuiser. Non pas à cause de l'impolitesse de Wild. A vrai dire, il se fichait cordialement de l'opinion que l'homme pouvait bien avoir de lui.

Non, son problème était plus intrinsèque.

Les démons voyez-vous, étaient tous capable de chanter. Cependant, leur voix céleste leur rappelait irrémédiablement le paradis perdu. C'était en ce dernier point que Crowley différait de ses semblables. En effet, depuis qu'il avait rencontré Aziraphale dans le jardin d'éden, Crowley ne craignait plus de ressentir cette douce nostalgie du paradis qu'invoquait le chant. Ainsi, lorsqu'il avait apprit la manière de séduire son bien aimé, il s'était appliqué à lui écrire la plus belle des déclaration d'amour.

Il se trouvait dans la ville portuaire de Scarborough à l'époque. On était à la fin du Moyen-Âge, au XVe siècle plus précisément. La grande foire commerciale de l'été durait un mois et demi, de mi-août à fin septembre. Les artistes y venaient présenter leurs créations, en particulier les bardes. Sa chanson était née là-bas. Les troubadours ne signaient pas leurs œuvres à l'époque, et des compositions d'une grande beauté étaient généralement attribuées à des anonymes. En particulier cette chanson qui traversa les siècles: Scarborough Fair.

Crowley avait fait de son mieux pour que cette chanson arrive un jour aux oreilles d'Aziraphale. Mais ce n'était plus suffisant. Il voulait à présent que l'ange sache qui en était l'auteur. Le démon sentait ses dernières forces céder. L'occasion était trop belle.

Ses vers étaient restés trop longtemps enfouis dans son cœur. Ses mots avaient trop longtemps été volé par des bardes de pacotilles. Sa voix angélique fusa dans l'air comme un souffle rédempteur.

Are you going to Scarborough Fair?

Parsley, sage, rosemary, and thyme

Remember me to one who lives there

He once was a true love of mine

Tell him to make me a cambric shirt

Parsley, sage, rosemary, and thyme

Without no seams nor needle work

Then he'll be a true love of mine

Tell him to find me an acre of land

Parsley, sage, rosemary and thyme

Between the salt water and the sea strands

Then he'll be a true love of mine

Tell him to reap it with a sickle of leather

Parsley, sage, rosemary, and thyme

And gather it all in a bunch of heather

Then he'll be a true love of mine

Are you going to Scarborough Fair?

Parsley, sage, rosemary, and thyme

Remember me to one who lives there

He once was a true love of mine

Le temps de cette confession, Crowley avait gardé les yeux résolument fixés sur la nuque pale de l'ange. Lorsque enfin, il osa lever son regard sur l'assistance, il fut surprit de découvrir les expressions ébahies de Wild et des autres convives. Tous l'avaient écouté dans un silence religieux, mais seul la réaction de son ange comptait en cet instant. Tournant un regard incertain vers Aziraphale, il sentit son sang s'embraser à la vue des larmes qui coulaient de ses joues.

Les paroles qui avaient suivi avaient cependant refroidi le démon au plus profond de son être.

« C'était très beau Crowley » Avait simplement commenté l'ange avec un sourire contrit.

Aziraphale n'avait pas répondu par son propre chant. Crowley comprit alors. Sa demande amoureuse venait d'être décliné. Son ami n'était pas amoureux de lui en retour. C'était des larmes de pitié qui coulaient sur le joues de son bien-aimée.

Crowley se sentit tomber en disgrâce pour la deuxième fois de son existence. Qu'est-ce qui lui avait prit, au nom de l'enfer, pour déclarer sa passion ainsi ? Qu'elle folie lui était donc passé par le tête ?

La voix d'Oscar Wild l'aida soudain à reprendre pied dans la réalité.

« Je vous présente mes excuses Monsieur Crowley. J'ai agit comme un idiot ». S'excusa le dandy, une expression coupable sur le visage. « Pensez-vous que j'ai une chance d'inspirer à mon tour Sire Douglas ? ». Finit-il par demander, les yeux remplis d'espoirs.

« Le seul moyen de se débarrasser d'une tentation est d'y céder. Essayez de lui résister, et votre âme aspire maladivement aux choses qu'elle s'est défendues. » Répondit Crowley sur un ton monocorde.

Et sur c'est mots, Crowley était sorti de la librairie sans même un au revoir pour Aziraphale ou Douglas. Crowley se fit la promesse solennelle que jamais plus, il ne chanterait à nouveau.

Ce qu'il ignorait encore, c'est que sa chanson, si longtemps oublié, deviendrait bientôt la mélodie la plus connue du royaume d'Angleterre.

~ OOO ~

Le temps avait passé, et Crowley était de nouveau prêt à tenter sa chance.

Le démon gara sa voiture un peu plus loin de la librairie qu'à son habitude afin de faire un saut chez le fleuriste. Il n'avait qu'une seule idée en tête, transformer le persil, la sauge, le romarin et le thym en une composition plus fleurie.

A l'époque où il était encore un ange, Crowley avait toujours aimé donner des noms aux belles choses qu'il créait. Alpha du Centaure, Sirius, Rigel, Rose, Lys, Aster...Mais c'était sous sa forme de démon qu'il avait commencé à inventer des histoires pour ses étoiles et glissé des messages cachés dans ses fleurs.

Lorsqu'il sortit de chez le fleuriste, c'était les bras débordants de splendides pivoines, d'achillée, d'anémone rouge et d'aster pourpre.

Comme dans une vision fantasmagorique, le démon aperçu alors son ange sortir de la librairie. Les yeux d'Aziraphale trahissaient une pure extase. Mais ce n'était en aucun cas parce qu'il avait aperçu Crowley sur le trottoir opposé. Un autre homme au teint matte lui enjambait le pas, l'air tout aussi enthousiaste.

Les deux hommes marchaient cote à cote en riant. L'inconnue prit alors la main d'Aziraphale pour lui faire exécuter un tour sur lui même. L'ange ne lui résista pas et se permit même de rougir dans la manœuvre. Ils se lançaient des regards complices, oublieux du monde autour d'eux. Leur manège dura tout le long de Soho Square, leur démarche dansante s'accordant dans une mélodie silencieuse.

Crowley observa leurs silhouettes s'éloigner jusqu'à ne devenir que deux points au loin.

Le démon resta là, immobile, les mains s'accrochant à ses fleurs. Leur parfum embaumait l'air, mais Crowley ne pouvait sentir que l'absence criante d'amour dans son cœur. En l'espace d'un instant, l'espace entre lui et Aziraphale était devenu un abîme. Et Crowley n'avait plus qu'à faire un pas en arrière pour tomber dans le désespoir.

Le démon pensa d'abord à aller tuer de ses propres mains l'homme qui osait poser ses mains sur son ange. Mais il se souvint que jamais Aziraphale ne lui avait rendu ses sentiments, qu'importe toutes les attentions qu'il avait eu pour lui. L'ange avait préféré sauver l'humanité plutôt que de le rejoindre dans les étoiles, et Crowley avait maintenant la raison sous les yeux. Délivré du paradis, Aziraphale s'était enfin permis d'être un peu égoïste. D'aimer pour lui même. En parlant de prendre sa retraite, l'ange avait certainement voulu faire comprendre à Crowley son désir de perdre son immortalité. Aziraphale voulait simplement vieillir aux côtés de l'homme dont il était amoureux.

Le démon ne pouvait que se plier aux dernières volonté de son ange. Cependant, rien ne l'obligeait à être témoin de son bonheur. Crowley refusait d'attendre leur dîner de sept heure pour entendre la confession d'Aziraphale. Il se sentait trop lâche pour subir une telle épreuve. Au lieu de cela, il pénétra dans la librairie et laissa une note sur le bureau de l'ange.

Je viens d'obtenir une promotion. Lucifer me veut à ses côtés jusqu'au prochain Armageddon. J'aurais aimé te dire adieu en personne, mais tu n'étais pas à la librairie. J'espère que la vie à la campagne te plaira. Prend soin de toi mon ange.

Ton ami,

Anthony J. Crowley

Enfin, il sorti de la librairie, monta dans sa voiture et fila à toute allure le plus loin possible du Londres. Dans son sillage, il laissa une traînée de pétales s'envoler vers les étoiles.


Raphaël détestait descendre au paradis. Cette fois là n'avait pas fait exception à la règle. Ses visites étaient toujours ponctuées des remarques désobligeantes de ses frères et sœurs. D'après eux, son travail n'était pas digne d'intérêt. Cependant, Raphaël avait cette fois-ci une très bonne motivation pour supporter le sarcasmes des autres Archanges.

Il avait donné rendez-vous à son frère Gabriel pour prendre des nouvelles de son nouvel assistant.

Le messager de Dieu l'accueillit avec une froideurs pesante dans son bureau, une grimace ennuyé sur le visage.

« Raphaël. » L'apostropha-il avec aigreur, comme si son nom lui était désagréable à prononcer. « Que puis-je faire pour mériter la visite du StarMaker en personne ? »

Raphaël pouvait sentir toute l'ironie dégoulinante de son frère dans ses paroles, mais trop de choses était en jeu pour qu'il relève l'affront.

« Dieu m'a récemment accordé l'assistance d'un ange. » Expliqua-t-il posément. « Je suis descendu pour pouvoir le rencontrer. »

« Oui en effet ». Grinça le messager, l'air aigri que Raphaël aborde le sujet. « Dieu à spécialement créer un ange pour t'assister. Son nom est Aziraphale. »

« Aziraphale... » Ne pu s'empêcher de répéter le StarMaker avec ravissement.

Il sentit une forte chaleur se répandre dans sa poitrine à l'idée que Dieu avait créé un ange dont le nom faisait référence à sa propre personne. C'était assez inattendu, mais en même temps très exaltant.

« De Raphaël.. » Traduisit Gabriel avec moue dégoûtée. « Il y a tant d'orgueil en toi mon frère. Lucifer a décidément une très mauvaise influence sur toi... »

« Que veux-tu dire ? » S'inquiéta le cadet qui ne comprenait rien à la colère de son frère.

« Dieu nous a ordonné de lui créé une armée ». Lui exposa finalement Gabriel d'une voix dangereusement calme. « Cela fait des jours que nous travaillons d'arrache pied pour satisfaire Mère, et toi tu oses faire un caprice. Dieu n'a pas une minute à elle, mais un de ses fils se donne le droit d'exiger de son temps, et lui demande de créer un assistant ! »

« Mais Gabriel... » Supplia le StarMaker, affligé que son frère lui donne si peu de crédit. « Je ne peux pas travailler éternellement seul. Créer des étoiles est loin d'être une tâche facile ! De plus, Mère a eu la bonté d'accéder à ma requête, je ne vois donc pas où est le problème... »

« Le problème... » S'impatienta le messager « C'est que nous ne gaspillerons pas les services d'un ange pour une tâche aussi superflue que la création des étoiles. Aziraphale possède les capacités physique requises pour devenir soldat. Il a déjà été transféré dans mon département pour suivre un entraînement intensif. »

« Tu n'as pas droit! » S'épouvanta Raphaël, palissant à l'idée contre nature qu'un ange destiné aux étoiles soit reconvertie en guerrier. « Il n'a pas été créé pour combattre ! A quoi rime cette armée d'ailleurs ? De quoi va-t-elle nous protéger ? Aucune menace ne plane sur le royaume de Dieu à ce que je sache ! »

« Remettrais-tu ma parole en doute, et celle de Mère par extension? » S'écria son aîné en projetant aura menaçante autour de lui. « Je ne te savais pas si insolent petit frère ! »

« Gabriel, je t'assure que je ne voulais pas te manquer de respect mais... »

« Mais rien ! » Le coupa Gabriel avec fureur. « Aziraphale ne perdra pas son temps à barbouiller le ciel de nénuphars ou de je ne sais quoi ! »

« Nébuleuses... » Rectifia Raphaël, ne pouvant retenir sa langue.

« Peu importe ! Beugla le messager en balayant sa remarque d'un revers de la main. « J'ai bien mieux à faire que d'écouter tes jérémiade d'enfant gâter ! J'ai une Terre à faire tourner ! Et ce n'est apparemment pas toi ou Lucifer qui m'aiderez dans cette tâche ! Cesses donc de m'importuner avec cette histoire d'assistant ! Retourne dans ton vide intersidérale et ne reviens me voir que lorsque tu auras appris à te rendre utile pour la communauté ! »

Raphaël ne se fit pas prier deux fois. En un battement d'ailes, il s'était enfuis loin de son aîné, effrayé par sa colère tapageuse.

Cependant, à l'instant même ou il s'était précipité hors du bureau, le guérisseur en lui ressentit la peur de son frère. Raphaël comprit alors que la haine de Gabriel n'était qu'un masque pour cacher la profonde détresse dans laquelle il se trouvait. Le messager céleste souffrait de toutes les responsabilités que leur mère faisait peser sur son dos.

Raphaël fut pris de pitié pour son aîné. Il savait cependant que jamais Gabriel ne lui pardonnerait si il lui proposait ses service de guérisseur. Gabriel nierait toute faiblesse. Le combat était perdu d'avance...

Se sentant inutile, désabusé, Raphaël alla se réfugier parmi ses créations. Il en avait la conviction désormais, les étoiles seraient à jamais ses seules compagnes dans le froid abyssal de l'espace...


Désolé si cette histoire vous met un peu le seum. Mais devinez qui arrive dans le chapitre 3 ?