Narcissa Black Malefoy

Concernant mes rencontres avec Narcissa, il avait existé un accord. Jamais, au grand jamais sans rendez-vous, cela avait été les conditions que j'avais imposé.

Durant notre adolescence, je lui avais fait jurer de m'inviter qu'uniquement quand Bellatrix était absente. Je l'avais toujours décelée dans son regard, cette étincelle de folie qui promettait la violence la plus monstrueuse à la moindre occasion. Trop jeune pour savoir me défendre correctement puis consciente des dommages pouvant être infligés en cas de duel impromptu, je n'avais jamais souhaité la croiser plus que nécessaire.

Du 12 square Grimmaurd, j'en gardais en partie de mauvais souvenirs. Walburga avait été une sorcière quej'avais également pris en horreur. Devenue experte en partie de cache-cache afin de l'éviter, j'avais bénéficié du soutien d'Andromeda qui avait repéré mon petit manège. Tout était sinistre dans cette demeure, vous pouvez me croire, la décoration y compris.

Cependant, je pouvais aussi me remémorer ces moments heureux. Ces nombreuses heures passées ensemble à échanger entre autres sur les dernières coiffures à la mode. Le salon personnel de réception de Narcissa qui avait toujours dégagé des effluves divines en provenance de sa collection de thés.

A Narcissa, j'associais toujours cette image, cet immense meuble contenant les différents thés. Enfants, nous avions souvent échoué à atteindre les bocaux, alors dépendantes de l'aide de son elfe de maison personnel pour les saisir. Adolescentes, nous avions passé des heures à organiser la collection. Adultes, nous avions enrichi les étagères de breuvages en provenance du monde entier.

La première grande annonce qui avait chamboulé notre amitié avait également eu lieu dans ce salon. Narcissa, d'une pâleur extrême et le regard dur m'avait informée de la répudiation de la famille d'Andromeda. A cause de la surprise, j'avais laissé ma tasse m'échapper des doigts.

Puis, dans un murmure, elle m'avait suppliée de ne jamais m'unir à un moldu, de ne jamais commettre le même crime que sa sœur. Je n'avais pas formulé cette promesse parce que je n'avais tout simplement pas les mêmes convictions qu'elle. Lors de mon départ ce jour-là, j'avais pris pour la première fois conscience que notre amitié pourrait être brisée par nos croyances respectives.

Puis, était venue l'époque des fiançailles avec Lucius. Je n'avais jamais formulé mes doutes à haute voix et j'avais espéré que cette union soit heureuse. J'avais cependant eu la certitude que mon amie avait eu conscience de l'inquiétude dans mon regard.

J'avais été la première informé de cette union après leurs parents respectifs, j'avais serré ma tasse dans mes mains après l'annonce. Narcissa avait posé sa main sur la mienne tout en tâchant de me rassurer.

J'avais cependant été une participante très active à cet événement. J'avais eu l'honneur d'être présente à l'essayage de la robe de cérémonie. Mon avis avait également été sollicité pour la décoration.

Et, mon cadeau au couple avait été un service à thé en plus des sachets que j'avais emporté le matin même que nous avions dégusté toutes les deux avant que je ne la serre dans mes bras, sereine devant son bonheur apparent.

Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis le mariage, la recherche d'une demeure parfaite avait été laborieuse, la première visite au Manoir Malefoy avait été particulière. Une rumeur m'était parvenue aux oreilles, celle qu'un certain Voldemort avait recruté des partisans. Narcissa m'avait embrassé à mon arrivée tout en posant ses mains sur mes avant-bras. Ce jour-là, elle m'avait annoncé attendre un enfant.

Pendant la grossesse, mes visites avaient été régulières, souhaitant rester proche de mon amie. Mais j'avais également constaté que les autres visiteurs n'étaient pas de mon goût. Je n'avais pas posé de question mais au fond j'avais su que la rumeur était fondée.

L'honneur de tenir en premier après ses parents le nouveau-né m'était revenu. Le souvenir de jour-là était toujours aussi précis dans ma mémoire. Narcissa avait laissé une larme s'écouler sur sa joue tandis qu'elle avait relevé la manche de sa robe, me montrant ainsi qu'elle ne portait pas la marque.

Elle avait su que j'avais été sur le point de lui annoncer ne plus pouvoir lui rendre visite, que j'allais refuser d'être associée de loin ou de près à ce Voldemort. Cette fois-ci, elle m'avait demandé de jurer de prendre soin de son fils s'ils devaient leur arriver quelque chose. Cette fois-ci, tout en tenant contre moi son bien le plus précieux, j'avais promis.

Au cours des années suivantes, j'avais reçu quelques colis strictement identiques contenant un unique sachet de thé, mon préféré. Je n'avais pas été oublié et je n'avais pas oublié pas non plus.

Aujourd'hui, après deux guerres, nous n'avons jamais repris contact. Assise dans mon jardin, je ne pouvais que boire du thé en l'honneur de ce que nous avions été.