CHAPITRE 1
Dean regardait son ventre arrondi dans la glace et même s'il s'était fait à l'idée que tout ceci n'était pas un cauchemar, il avait toujours du mal avec sa nouvelle apparence. Comment un homme pouvait-il être... enceinte ?!
Était-ce même le bon terme à employer ? Il doutait fort que quelqu'un ait la réponse à sa question.
Il posa la main sur le ventre à la peau rebondi et tendu. C'était devenu un rituel pour lui. Chaque matin, il se positionnait devant la glace et mettait une main sur son ventre. Chaque matin, le miroir lui renvoyait son reflet avec force pour lui montrer que oui, tout cela était bien réel.
Hier encore, il avait senti un coup.
Une boule se forma dans sa gorge et il tenta désespérément de faire redescendre la crise d'angoisse qui menaçait de le submerger. Il ne servait à rien de paniquer. Ce qui était fait, était fait et puisque de toute façon il ne pouvait guère revenir en arrière, alors il devait vivre avec.
Et puis, s'il en avait vraiment la possibilité, voudrait-il effacer l'année qui venait de s'écouler ? Voudrait-il vraiment que rien n'ait eu lieu ? Se réveiller et se retrouver dans le lit de Lisa et dans cette vie qui était devenue une cellule de prison plus qu'autre chose ?
Non.
S'il y a bien un truc dont Dean avait la certitude. C'est qu'il ne voulait pas oublier. Durant l'année, il s'était senti plus libre et plus vivant que jamais.
Son regard se fixa sur celui qui se reflétait dans le miroir. Il observa ses yeux verts et replongea, sans le vouloir, dans les souvenirs des douze derniers mois de sa vie.
Dean regardait avec une douleur sans nom son bébé être lentement tiré sur le plateau de la dépanneuse. La pluie diluvienne qui s'échappait du ciel ne l'aidait pas à retrouver le moral.
Une fois l'Impala remorqué, il monta avec le chauffeur qui les conduisit vers le garage le plus proche. Dean n'avait pas besoin d'avoir l'avis d'un mécanicien. Il savait d'ores et déjà que c'était le moteur qui avait lâché. Sa journée, déjà pourrie, venait de lui infliger le coup de grâce.
Il posa la tête contre la vitre froide et regarda les lumières de la nuit défiler à mesure que la dépanneuse avançait. Son bébé ne pouvait le laisser comme ça. Elle ne pouvait pas l'abandonner elle aussi !
Dean serra fortement les paupières et déglutit avec difficulté. Bordel ! Il n'allait tout de même pas se mettre à pleurer ?! Il n'était pas une femmelette !
Seulement voilà, l'Impala était le dernier souvenir qui lui restait de sa famille. Sa mère était morte, son père était mort. Et Sam les avait rejoints un an plus tôt. La Chevrolet était le seul lien qui pouvait le rattacher à sa famille. Chaque pièce de cette voiture, de sa peinture noire immaculée, jusqu'au cuir usé des sièges, recelait de souvenir en tout genre. Qu'ils soient bons ou mauvais. Elle avait été la témoin silencieuse des aventures de la famille Winchester.
Lorsque la dépanneuse arriva au garage, il était presque l'heure de la fermeture de celui-ci. Le propriétaire accepta cependant de finir plus tard et de prendre la voiture en charge.
« Ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir une Chevrolet Impala de 67. » avait expliqué le garagiste.
Dean s'était contenté de souffler un simple merci. D'ordinaire, il aurait été fier de cette remarque, mais aujourd'hui, il savait que celle-ci serait la dernière qu'il entendrait sur son bébé.
Le mécanicien travailla une petite quinzaine de minutes avant de refermer le capot, le visage triste.
« J'ai bien peur que cette journée soit la dernière pour votre Impala, monsieur. » Déclara le garagiste en se tournant vers Dean. « Mais vous le saviez déjà, n'est-ce pas ? »
« Oui... Est-ce que je peux la laisser chez vous le temps de m'organiser pour la ramener chez moi ? »
« Bien sûr. Après tout, ce n'est pas parce qu'elle roule plus, qu'elle doit finir à la casse ! Surtout qu'elle est encore magnifique pour son âge. »
Dean ne répondit pas. Que pouvait-il rajouter à ça ? Il paya le garagiste et lui demanda s'il y avait un motel dans le coin. L'homme répondit par l'affirmatif et lui expliqua comment s'y rendre.
Le trajet n'était pas bien long, mais entre le froid et la pluie, il sembla interminable pour Dean. Une fois dans la chambre et après avoir pris une bonne douche chaude, il se servit un verre avec le whisky qu'il s'était acheté en chemin.
Il était à peine vingt heures, mais Dean avait bien l'intention de se prendre une bonne cuite. Histoire de finir la journée en beauté. Assis sur le canapé miteux de la chambre, il se sentait seul et incroyablement vide.
Est-ce que le reste de sa vie allait continuer de cette façon ? Allait-il devoir supporter ce sentiment d'oppression jusqu'à sa mort ? S'était-il battu pour ça ?
Voilà un peu plus d'un an maintenant que Sam était mort et Dean était retourné vers Lisa et Ben. Parce qu'il l'avait promis à son frère, mais surtout parce qu'il le voulait. Les premiers temps, il s'était senti bien. Plus de chasse, plus d'apocalypse, plus de mort. Il goûtait enfin la joie d'avoir une vie normale.
Mais au fil des jours, puis des semaines et des mois, il avait commencé à avoir l'impression de ne plus exister. Et cette sensation était devenue constante. C'était atroce d'avoir le sentiment d'étouffer en permanence. Et c'est ce qu'il ressentait, à longueur de journée. Il avait l'impression que sa vie était fade et monotone et il la regardait s'écouler lentement.
La chasse ne lui manquait pas, mais voyager de long en large et en travers du pays était quelque chose qu'il voulait revivre.
Dean avait compris en vivant avec Lisa qu'il n'était pas fait pour la routine. Il avait besoin d'espace et de liberté. De rouler pendant des heures sans trop savoir où il allait, ni ce qui l'attendait au bout de la route.
Il en avait alors parlé avec Lisa, lui proposant de venir avec lui. Elle l'avait regardé avec effarement et pour la première fois depuis qu'ils étaient ensemble, ils s'étaient violemment disputés.
Finalement, ce qui devait arriver arriva. Dean dut faire un choix. Rester avec Lisa et continuer à avoir une vie monotone, ou se retrouver seul et sillonner les routes avec son bébé.
Il n'avait pas choisi la route tout de suite. D'une part, parce qu'il n'aimait pas la solitude et Lisa avait été claire, elle ne viendrait pas avec lui. Il y avait également le fait qu'il s'était senti redevable envers elle. Il était revenu dans sa vie un peu comme un cheveu sur une soupe, forçant légèrement le passage. Et pourtant, elle l'avait accepté chez elle, dans sa petite famille.
Il avait tenu un mois. Un mois de pur calvaire. Combien de fois avait-il eut l'envie de prendre la tangente et de ne jamais retourner chez Lisa ? Trente et un jours. Mais Dean était un homme de parole. Il avait promis à Lisa qu'il resterait, que c'était elle qu'il choisissait.
Cependant, il était rentré en soir et avait découvert son sac de voyage aux pieds de Lisa. La jeune femme était assise sur la première marche de l'escalier et elle le regarda avec tristesse, mais résolution.
« Lisa... »
« Laisse, Dean. » L'avait-elle coupé. « J'ai été égoïste et en me voilant la face je t'ai fait souffrir. C'est toi qui avais raison, tu n'es pas fait pour une vie rangée et ordinaire. Mais... je ne suis pas faite pour l'aventure. Alors... » sa voix s'était légèrement enrayée, preuve que cela lui en coûtait de dire ça. « Alors... je te laisse partir. »
« Lisa... je... je suis désolé. »
Qu'aurait-il pu dire de plus ?
La jeune femme avait essuyé une larme.
« Ne le sois pas. Aimer c'est également savoir laisser partir. Et je t'aime Dean. Sincèrement. »
« Moi aussi je t'aime, Lisa ! » s'était exclamé Dean.
Il ne voulait pas que la jeune femme remette en doute ses sentiments. Il avait toujours été sincère avec elle.
« Je sais. » Avait-elle doucement répondu. « Mais pas autant que moi et j'espère de tout cœur que tu aimeras un jour quelqu'un comme je peux t'aimer. »
Dean était donc parti. Mais au lieu de se sentir libre, le sentiment d'oppression qu'il ressentait depuis longtemps n'avait fait que s'accentuer. Et voilà que quelques heures plus tard, il se retrouvait seul dans une chambre de motel pourrie à se saouler la gueule.
Lorsqu'il se réveilla le lendemain matin, Dean était toujours sur le canapé, il avait toujours son verre dans la main, la bouteille était toujours posée sur la table basse. Sauf que les contenants étaient vides et lui était rempli de souffrance.
Sa tête le lançait, comme si son crâne était compressé avec force. Et il avait l'horrible impression qu'une pierre allait et venait au niveau de son œsophage.
Merde alors ! Il n'était plus fait pour se prendre des murges pareilles !
Il réussit tant bien que mal à se rendre dans la salle de bain. Il se planta devant levier et se regarda dans le miroir pendant plusieurs longues minutes. Il tentait avec peine de faire passer son envie de vomir en prenant de fortes inspirations, mais rien n'y faisait. Excédé, il décida que le meilleur moyen pour faire cesser tout cela était de se faire vomir lui même.
C'est sans hésiter qu'il se pencha au-dessus de la lunette des toilettes et s'enfonça sans ménagement deux doigts dans le fond de la gorge. Aussitôt, la boule qu'il sentait au niveau de sa poitrine remonta avec force et il recracha une quantité faramineuse de liquide plus ou moins brunâtre. Non seulement ce n'était pas beau à voir, mais l'odeur était également horrible. Il vomit même une deuxième fois à cause de cela.
Une fois douchée et ses dents brossées, il se sentait un peu mieux et son mal de tête avait légèrement disparu. Néanmoins, l'idée de devoir organiser un remorquage de son bébé l'assombrit légèrement. Il allait devoir s'habituer à ne plus la conduire.
Dean prit son téléphone portable et composa un numéro qu'il n'avait pas contacté depuis bien longtemps.
Il y eut deux intonations, puis :
« Allô. »
« Bobby, c'est moi, Dean. »
« Dean ?! Pourquoi m'appelles-tu, jeune idiot ! Je croyais que tu avais arrêté la chasse ! »
Pour beaucoup de personnes, le ton autoritaire et légèrement colérique de Robert Singer les aurait quelque peu refroidis. Mais, Dean était habitué et même si cela pouvait passer pour du sadisme, ça lui avait même quelque peu manqué. Un sourire naquit sur son visage sans qu'il ne puisse s'en empêcher.
« Je vois que tu n'as pas changé, toujours aussi aimable ! » répliqua Dean avec humour, ce qui lui valut un grognement mécontent pour réponse. « Si je t'appelle, c'est parce que bébé m'a lâché et j'aimerais pouvoir la déposer chez toi. Tu sais... histoire qu'elle ne finit pas à la casse. »
Il y eut un long silence à l'autre bout de la ligne et c'est d'une voix plus douce que Bobby déclara. « Bien sûr, fiston. Je serais ravi d'accueillir ta beauté. J'essaierai de voir si je ne peux pas faire quelque chose. »
« Merci Bobby, mais tu sais, j'ai bien peur qu'il n'y ait pas grand-chose à faire. »
Après avoir raccroché, Dean ramassa le peu d'affaires qu'il avait éparpillé et sortit du motel pour rejoindre le garage.
Au départ, il ne fit pas attention. Il passa devant sans trop la voir. Ce n'est qu'après avoir fait plusieurs pas, qu'il s'arrêta soudainement et regarda par-dessus son épaule. Ses sourcils se froncèrent et il s'approcha lentement, avec prudence, comme s'il avait peur qu'elle se transforme en monstre prêt à le dévorer.
Lorsqu'il arriva devant elle, il dut se pincer le bras pour être sûr qu'il ne rêvait pas. Puis, il posa une main tremblante sur la peinture noire et lisse du capot.
Son bébé... Son bébé était bien là devant lui. Il ne rêvait pas !
Il sortit les clés de sa poche et ouvrit la portière avant de les glisser dans la serrure et d'enclencher le contact. Aussitôt, le moteur se mit à ronronner !
Dean caressa le cuir du volant avec vénération et bien qu'il se sache ridicule, il laissa quelques larmes de joie couler sur ses joues.
Son bébé était revenu à la vie. Oui, oui, elle était belle et bien vivante et elle était même comme neuve ! C'est ce détail qui indiqua à Dean qu'il se passait vraiment quelque chose d'étrange. Le compteur de l'Impala indiquait zéro.
ZÉRO !
Comment était-ce possible ? S'agissait-il bien de son bébé ? Oui, Dean en aurait mis sa main à couper. De plus, ses clés avaient bien réussi à démarrer le moteur. C'est en cherchant des indices dans la voiture que Dean comprit immédiatement qui était l'auteur de tout ceci.
Posé sur la banquette arrière, une plume. D'une blancheur éclatante.
Dean la prit et la regarda avec émerveillement. Il fit glisser un doigt sur toute la longueur et sa peau se couvrit de frisson face à la douceur de la plume. Elle n'était pas très grande. Environ trois à quatre centimètres, pas plus.
Il eut alors une idée. Il sortit de sa voiture et ouvrit le coffre de celle-ci. Après avoir bien fait attention que personne ne pouvait voir, il ouvrit le double compartiment. Celui qui contenait toutes ses armes. C'est dans une vieille boite en métal qu'il trouva son bonheur.
Il prit l'aiguille qui leur avait servi à de nombreuses reprises, son frère et lui, à recoudre leurs vêtements. Et c'est avec délicatesse qu'il perça la tige creuse de la plume. Il changea progressivement d'aiguille, allant toujours vers de plus gros diamètres, jusqu'à ce qu'il puisse glisser le fil de son propre collier dedans.
Une fois le travail effectué, il remit le tout autour de son cou et regarda avec fascination la plume se loger contre son sternum, juste à côté de l'amulette qu'il avait reçu de son frère.
Sans trop savoir pourquoi, il se sentit soudain plus léger.
Avant de partir, il joignit ses mains et les porta à son visage avant de fermer les paupières. Et il pria :
« Castiel. » Il ne pouvait clairement pas employer un diminutif dans ses circonstances, ce serait un vrai manque de respect. « Merci. Merci de m'avoir rendu mon bébé. Merci de veiller sur moi. »
C'était court, mais clair et précis et il était sûr que Cass allait apprécier.
Voilà bientôt deux semaines que Dean était parti de chez Lisa. Il roulait sans trop savoir où aller, mais cela ne le dérangeait pas. Il se faisait de l'argent en jouant dans les bars ou parfois en travaillant dans des garages en manque de personnel.
Il était actuellement dans l'État du Colorado et se dirigeait vers l'Arizona. Il avait envie de voir le Grand Canyon. Duranto était son prochain arrêt. Il avait besoin de faire une pause. Il trouva facilement un motel pas trop cher ou passer la nuit. Une fois dans sa chambre, il décida que son programme serait le suivant. Dans un premier temps, il prendrait une bonne douche bien méritée, ensuite il irait manger un bon burger et savourer une bonne bière, puis il irait se faire un peu d'argent autour d'une table de billard et finirait sa nuit dans son lit.
Ouep, c'était un bon programme.
Il enleva son tee-shirt et se dirigea vers la salle de bain, lorsque quelqu'un toqua à sa porte. Légèrement surpris, Dean alla ouvrir sans penser à remettre son haut.
« Bonjour, Dean. »
Ce dernier n'en croyait pas ses yeux. Devant lui se tenait Castiel, en chair et en os ! Lorsqu'il le vit, la joie de le revoir fut si forte, qu'il le prit dans ses bras.
« Cass, mon pote ! Ça fait plaisir de te voir. »
« Pour moi aussi, Dean. » Dis Castiel en répondant maladroitement à son accolade.
Dean se recula pour le laisser entrer et regarda son ami de plus près. Il n'avait absolument pas changé.
« Tu te sers toujours de Jimmy comme vaisseau ? »
« Jimmy est mort. »
« Quoi ? Mais, comment ? »
Dean était vraiment surpris. Normalement, rien ne pouvait atteindre le vaisseau d'un ange quand celui-ci en possédait le corps. À moins que Castiel ait rendu sa liberté à Jimmy et que quelque chose ne l'ait tué après. Mais, Dean aurait pensé que Castiel protégerait mieux son vaisseau.
« Je ne le sais pas moi même. Après t'avoir quitté, j'ai voulu rendre son corps à Jimmy, mais je n'ai pas réussi à le quitter. »
« Oh ! Ok... Et sinon, tu as réussi à remettre de l'ordre là-haut ? »
« Oui, plus ou moins. Mais j'ai été banni il y a peu. »
« Comment ça ?! »
Castiel sembla soudain mal à l'aise devant le regard surpris de Dean et se passa une main sur la nuque.
« Disons qu'ils n'ont pas trop aimé que je me range de votre côté. »
« Mais c'était il y a plus d'un an maintenant. Pourquoi te faire ça aujourd'hui ? Ah moins que... Ne me dis pas que c'est à cause de l'Impala ?! » s'énerva Dean.
Castiel le regarda, surpris. « Pourquoi cela te met-il en colère ? »
« J'ai le droit d'être en colère ! Je pensais qu'on était proche toi et moi. »
« Mais c'est le cas... » tenta de s'expliquer l'ange.
« Alors pourquoi tu t'es mis dans cette situation juste pour réparer ma putain de voiture ?! Pourquoi tu ne m'as pas contacté pour me dire que tu avais des soucis ?! » le coupa Dean. « J'aurais pu t'aider ! Bordel ! » Jura-t-il en se levant pour tourner le dos à l'ange.
« Mais, Dean, ce n'est pas juste une putain de voiture. C'est ta voiture, ton bébé comme tu me le disais si bien. Tu as sauvé l'humanité alors je pouvais bien faire ça pour toi. Merde à la fin ! » s'énerva à son tour Cass
Dean fut surpris d'entendre l'ange jurer, ce n'était absolument pas dans son habitude. Il soupira et se frotta la nuque, il se sentait mal pour son ami. Castiel avait souvent franchi les limites pour lui et son frère. Apparament, la réparation de l'Impala était le geste de trop.
« Comment ça se passe pour toi maintenant ? » finit par demander Dean souhaitant partir sur un sujet moins... sentimental. Il se tourna vers l'ange qui n'avait pas bougé d'un iota. « Est-ce que tu es mortel maintenant ? »
Il se souvenait clairement de lui en train de dormir sur sa banquette arrière.
« Pas tout à fait. Disons que seul le temps aura raison de moi ou une arme d'ange. » Répondit Castiel en soupirant. « Parfois, j'en viens à regretter Gabriel. »
« Je ne pense pas qu'il aurait été mieux que ton Raphael. »
« Peut-être... mais lui, mieux que quiconque, connaissait la valeur du libre arbitre. »
Dean se passa une main sur la nuque.
« Je suis désolé, mon pote. Mais tu sais... je me rends compte que parfois le libre arbitre ça craint un peu. »
« Pardon ?! »
« Ben c'est vrai... ne te fâche pas, hein, mais avoue que les décisions qu'on a prises toi, mon frère et moi étaient vraiment dingues. Enfin, je veux dire qu'on a réussi, mais vraiment de justesse, et... oh ! Cass, qu'est-ce que tu fous ?! » s'exclama Dean.
L'ange venait de le plaquer avec force contre le mur. Ils étaient tellement proches l'un de l'autre que leur souffle se mélangeait. Trop proche aux yeux de Dean, qui sentit son besoin d'espace personnel revenir au galop.
« Je t'interdis de me dire que le libre arbitre est mal. » Déclara Castiel d'une voix basse et froide.
« Je n'ai jamais dit... »
« Tais-toi ! Je ne me suis pas battu pour t'entendre me dire des billevesées pareilles, Dean Winchester ! Le libre arbitre est ce qui te permet de vivre ta vie comme tu l'entends. C'est ce qui a permis à ton frère de vaincre Lucifer. Le libre arbitre est la plus belle chose que mon père vous a donnée. Et à chaque fois que vous avez fait des idioties, mon père vous a toujours sorti d'affaire. Pour moi, ça prouve bien qu'il croyait en la même chose que vous. Je crois en la même chose que toi... »
Les yeux bleus de Castiel avaient été électriques durant toute sa tirade. À tel point que Dean avait pu sentir l'énergie vibrer autour de lui. Maintenant que Castiel avait fini de parler, Dean aurait dû lui demander de se pousser. Le lui dire. Le lui ORDONNER. Mais en ce moment, toutes ses pensées étaient tournées vers ses magnifiques yeux bleus chargés de savoir et de sentiments.
Lorsqu'il le regardait de cette façon, Dean avait la sensation qu'il pouvait voir son âme.
« Elle est très belle. » Murmura Castiel.
Sa remarque tira Dean de ses pensées. Il cligna plusieurs fois des yeux, confus.
« Hein ? »
« Ton âme. Elle est très belle. » Expliqua Castiel en posant une main sur son sternum.
À ce moment-là, Dean prit conscience de trois choses. La première, que la main de Castiel était chaude contre sa poitrine. La deuxième, que cettedite poitrine était présentement nue. La dernière, que les deux premières réalisations avaient fait battre son cœur plus vite. Beaucoup trop vite pour une scène qui se jouait avec deux hommes.
« Bordel, Cass ! » S'écria-t-il en repoussant l'ange. « Ne dis pas ce genre de chose ! »
« Pourquoi ? » demanda l'ange.
« Parce que... c'est comme si tu disais que j'avais de beaux yeux et on ne dit pas ces choses-là à un mec. Maintenant, lâche-moi ! »
Il commençait à perdre patience.
« J'ai dit ça à un homme une fois. Il s'est passé quelque chose de très bizarre par la suite. »
« Il t'a mis son poing dans la figure ? »
« Non, il m'a embrassé... et plus si affinité comme vous dites vous, les humains. »
« Tu as... tu as couché avec un homme ? » s'exclama Dean.
« Et une femme. » Répondit fièrement l'ange.
« Quoi ? En même temps ?! »
« Comment ? Non... c'est possible ce genre de chose ? »
« Bordel ! Quand je pense que le jour où je t'ai amené voir une prostituée tu semblais plus intéressé par les abeilles. »
« Mais j'aime toujours les abeilles. Ces petites bestioles sont vitales pour la Terre. »
« Mais oui, mais oui... donc, un homme et une femme ? » demanda Dean, taquin.
« Dean, je ne comprends pas pourquoi tu hausses les sourcils. »
Sa remarque amusa Dean qui éclata de rire. Finalement, Cass restait Cass.
« Rien, laisse tomber. Maintenant, j'attends tes excuses pour m'avoir plaqué comme un sauvage contre le mur. »
À ces mots, les joues de Castiel rougirent fortement, ce qui n'échappa pas à Dean.
« Pourquoi tu rougis ? Ça t'excite ce que j'ai dit ? »
Évidemment, Dean plaisantait, mais lorsqu'il vit les yeux brillant de l'ange, il déglutit avec difficulté. Comme tout à l'heure, il sentit son cœur s'emballer et une sensation bizarre envahit son ventre. Tout cela, plus ce qu'il lut dans les yeux bleus de Castiel, lui fit peur.
« Dean... »
« Ne dis rien, mec. » Le coupa Dean avec force en détournant le regard. « Je préfère ne pas savoir. »
Lorsqu'il regarda dans la direction de Castiel, il constata avec un mélange de soulagement, de culpabilité et de tristesse que l'ange avait disparu.
On toqua à la porte et Dean sut tout de suite qu'il s'agissait de Bobby. Cependant, il ne répondit pas. Il ne voulait pas qu'il le voie dans cet état. Même si Bobby était au courant de ce qu'il lui arrivait, il ne voulait pas qu'il voie son gros ventre.
« Dean. »
« Y a personne. » Hurla-t-il.
« Dean, s'il te plaît ouvre la porte. »
« Non. »
« Bon... »
Il y eut des bruits de pas. Puis soudain, un coup de feu et le verrou de la porte explosa. Cette dernière n'ayant plus de loquets, s'ouvrit lentement et Bobby entra, un fusil à pompe dans la main.
« Non, mais ça ne va pas la tête ! » Hurla Dean une fois le choc passé.
Il attrapa en vitesse un oreiller pour le mettre sur son ventre, afin de le cacher à la vue de Bobby.
« Gamin, j'ai créé un bunker anti-démon et tu penses que c'est une simple porte en bois qui va m'empêcher de rentrer ? Idiot. »
« J'm'en fou. » Vociféra Dean en ramenant cette fois-ci la couverture contre lui.
« Fiston... » commença Bobby, en retirant sa casquette pour se gratter le crâne, nerveux. « Je sais que cette situation est compliquée pour toi. »
« Sans blague ! »
« Mais ce n'est pas en faisant l'autruche que les choses iront mieux. »
« Iront mieux ? Iront mieux ! Comment les choses pourraient aller en s'améliorant ? » S'énerva Dean en se redressant.
En faisant ça, la couverture glissa légèrement laissant apercevoir le début de son ventre rond. Horrifié à l'idée que Bobby puisse le voir, il remonta précipitamment la couverture. Sauf que dans sa hâte, il se donna un coup dans le ventre.
« AÏE ! »
« Idiot. »
Bobby s'approcha du lit et sans laisser le choix à Dean, il souleva les draps et regarda le ventre arrondi par un bébé de cinq mois.
« Bobby, s'il te plaît, ne regarde pas. » Supplia Dean, les larmes aux yeux.
« Écoute, gamin. Je ne suis pas comme Sam, mais je suis sûr que s'il était là, il te dirait de voir le bon côté de la situation. Que dans ton malheur, tu as la chance de connaitre ce qu'aucun autre homme ne connaitra jamais. »
« Sauf s'il se fait enculer par un emplumé. » Répliqua Dean, pince-sans-rire.
« Bref... même si tu ne le penses pas, tu vis quelque chose d'extraordinaire. »
« Je ne vois pas en quoi. »
« Bordel, fiston ! Qu'est-ce que tu vas faire lorsque ce gosse sera là ? Tu vas l'abandonner devant la porte d'un orphelinat ?! »
Dean ne savait pas quoi répondre, car il n'avait jamais envisagé la suite. Pour lui la seule chose importante c'est qu'il avait eu le rôle de la femme et qu'il l'avait encore. Il n'avait plus l'impression d'être lui même, il avait le sentiment de s'être trahi. D'avoir été trahi... Il n'avait jamais pensé que tout cela aurait une fin et qu'à ce moment-là...
« Bobby. »
« Quoi ? »
« Je vais être papa. »
« Et c'est que maintenant que tu t'en rends compte ? Imbécile. »
« Qu'est-ce que je vais faire ? » paniqua-t-il.
« Je pourrais, avec ma grande âme, éclairer ta lanterne. Mais seulement si tu me racontes enfin ce qu'il s'est passé avec Castiel. »
« C'est du chantage ! Et puis, comment sais-tu que c'est Cass ? »
« C'est le seul ange assez timbré pour s'enticher de toi. »
« Il ne s'est pas entiché de moi. »
« Ben voyons ! Arrête de tourner autour du pot. »
Sa voix n'acceptait aucun refus et lorsqu'il utilisait ce ton-là, il lui faisait aussi peur que son père, voir même plus.
« C'est bon, pas la peine de t'énerver comme ça. » Murmura Dean.
Il se mit alors à lui expliquer comment il avait revu Castiel.
À suivre...
