Notes : Ce chapitre deux arrive un peu plus tôt que prévu car je ne serais pas à proximité de mon ordi dimanche.
J'espère qu'il vous plaira.
Pour la première partie de ce chapitre, je me suis inspiré de la musique "Chapelle" de Pomme que vous pouvez retrouver sur youtube. C'est une ambiance sonore très douce est agréable.
Bonne lecture à vous et un grand merci à Emiemy qui a eut la gentillesse de m'envoyer un premier commentaire.
Amour à vous,
LDDW
- Chapitre 2 -
Cela faisait bien longtemps qu'Elle ne répondait plus aux prières. Certains humains avaient encore la prétention d'agir celons ses ordres, mais Aziraphale n'était pas dupe. Dieu s'était tue. Ne restait plus que le lointain écho de son passage.
La Chapelle de Savoie était située le long du Strand dans la cité de Westminster à Londres. Les vitraux de l'église avaient été détruits pendant le Blitz de Londres de la Seconde Guerre mondiale.
Aziraphale se souvenait cependant de la rosace aux éclats d'ambres qui éclairait jadis ce lieu Saint. Rien n'était éternel ici-bas. C'était la plus éprouvante des leçon qu'avait tenté d'assimiler l'ange au cours de son long séjour sur Terre.
Tout les dimanches, Aziraphale venait se recueillir dans ce sanctuaire. Ce n'était en rien une démarche religieuse, non. Il prenait juste un moment pour constater l'absence de ce vitrail, à jamais perdu, brisé.
Dans ce décor éploré, privé de son plus beau ornement, l'ange laissait sa voix résonner sur des vieux murs dentelés par le temps. Aziraphale pleurait son vitrail disparu, symbole de tout ce qu'il avait laissé derrière lui. Il chantait en la mémoire de son antique vitrail, si proche de la voûte céleste. Dans un psaume lyrique, à demi murmuré, il louait cette lumière qu'il avait vu s'écouler en de calmes rayons, tel une rivière d'or à travers le verre coloré.
C'était la dernière fois qu'il penserait à ce vitrail. Il était temps d'avancer.
Une fois revenu de la messe, l'ange entreprit un grand ménage de printemps dans sa librairie.
Aziraphale était en réalité déterminé à vaincre cette terrible odeur de moisi embaumant les lieux. Si la moisissure avait camouflé son aura angélique à un démon, certainement qu'un petit nettoyage aurait raison du problème. La tâche se révéla ardue.
Un nuage de saleté se mouvait depuis l'entrée de la librairie. Tout curieux qui aurait jeté un coup d'œil à l'intérieure aurait aperçu un petit homme plein de zèle, menaçant de son balais la vermine qui avait osé grignoter ses précieux livres.
Même avec l'aide d'un ou deux petits miracles, Aziraphale ne vint à bout de la tâche qu'en fin d'après midi.
Un sentiment rare de satisfaction submergea l'ange en observant sa librairie propre et soignée. Mieux encore, il avait l'impression d'avoir fait le ménage dans son esprit.
Aziraphale devait se l'avouer : il s'était laissé aller ces derniers temps.
Toutes les horreurs dont il avait été témoin pendant la seconde guerre mondiale avaient profondément ébranlé son amour pour l'humanité. Aziraphale avait été envoyé aux premières loges pour assister aux massacres. Plus que jamais, les livres étaient devenus un moyen pour l'ange de se protéger du monde extérieur. Sa librairie était comme un refuge. Outre ses excursions au parc et à la messe, il restait généralement cloîtré chez lui.
L'ange prenait peu à peu conscience qu'il s'était laissé embarqué dans une routine machinale et aliénante afin d'éviter de penser...
Le carillon de la porte d'entrée le ramena soudainement au moment présent.
« Décidément ! Pesta Aziraphale, « on ne peut plus avoir un instant de paix ici !».
Sa politesse d'ange l'obligea toutefois à se façonner un sourire courtois sur le visage. Il espérait que l'aspect neuf de la librairie n'allait pas inciter les passants à venir plus souvent troubler sa tranquillité. Ce qu'il découvrit à l'entrée fut toutefois pire que ce qu'il imaginait.
Devant lui, le démon serpent était de retour, un carton dans les bras.
« Où puis-je déposer cela ? » Demanda la créature sur le ton de la conversation.
« Que...Que faites-vous encore ici ? Bégaya l'ange, absolument outré que ce satané démon ai le culot de remettre les pieds dans sa librairie. « Ne vous ai-je pas clairement dit de ne plus jamais revenir ? »
« Techniquement, vous m'avez seulement demandé de sortir. » Répondit le démon , un sourire insolent aux lèvres.
« Ne jouez pas au plus malin avec moi ! S'énerva Aziraphale. « Vous savez parfaitement de quoi je veux parler ! Vous n'avez rien à faire ici ! »
« Au contraire » objecta la créature d'une voix suave. « Il se trouve que je suis venu faire affaires avec vous. »
Les yeux d'Aziraphale s'écarquillèrent de surprise à cette annonce.
« Il est hors de question que je fraternise avec l'ennemi ! Gronda-t-il, les dents serrées.
« Dans ce cas, il ne me reste plus qu'à reprendre mes livres et chercher un autre libraire pour en prendre soin. C'est bien dommage pour vous, il s'agit d'œuvres uniques... » Annonça le démon en faisant mine de partir.
Aziraphale sentit son cœur manquer un battement.
« Une minute ! Halte là ! » S'écria-t-il en venant se placer devant la créature. « Vous venez m'apporter des livres ? »
Un sourire satisfait orna le visage du démon. Aziraphale avait l'intime conviction qu'il venait de se jeter dans la gueule du loup.
« Je déménage à Los Angeles dans un mois ». Expliqua le suppôt de Satan d'un ton détaché. « J'ai fait le tri dans mon appartement et je me suis dit qu'au lieu de m'encombrer de ces antiquités, je pouvait peut-être vous les confier. »
« Comme c'est aimable à vous ! Venir me donner vos ordures sataniques pour que je les ajoute à ma collection. » Riposta Aziraphale d'un ton faussement enjoué.
«Il n'y a rien de très maléfique dans ce carton. » Répondit le démon, l'air soudain gêné. « Il ne s'agit en réalité que de quelques parchemins volés à Alexandrie, et une ou deux œuvres personnelles... »
« Vous avez dit Alexandrie ! » S'écria soudainement l'ange en se précipitant vers le démon pour lui arracher son carton des mains.
Sans plus de cérémonie, Aziraphale partit s'installer à son bureau pour mieux faire l'inventaire de son nouveau trésor. Il comptabilisa six rouleaux provenant d'Alexandrie ainsi que quelques livres aux reliures disloquées.
« Vous avez volé ces rouleaux ? » Grinça Aziraphale d'un ton soupçonneux.
« Je n'étais pas en surface lors de l'incendie d'Alexandrie »Avoua le démon avec lassitude.« C'est un de mes confrère qui a eu la présence d'esprit de les sauver du feu. Il me les a donné pour que je les garde en lieux sur. Belzebuth n'est hélas pas une très grande fan de littérature. Mauvaise idée que d'apporter du papier en enfer... »
Aziraphale aurait pu jurer que la créature semblait désolé que l'enfer ne conserve pas les écrits produit par l'humanité. Il garda néanmoins ses pensées pour lui même.
« Et c'est à moi que vous confiez ces ouvrages ? » Demanda l'ange, ne pouvant cacher dans sa voix une curiosité croissante..
«J'ai besoin de savoir qu'ils sont en lieux sur. » Expliqua le démon en évitant le regard d'Aziraphale, comme si un tel aveu le rendait mal à l'aise. « Vous m'êtes apparu comme l'homme providentiel. »
Une étrange chaleur s'infiltra dans la poitrine d'Aziraphale et monta jusqu'à ses joues. Jamais encore personne n'avait reconnu ses talents de conservateur. Notre héros fit de son mieux pour camoufler son embarra. Il ne pouvait décemment pas se laisser perturber par un serviteur de Satan.
« Hier je vous chasse de ma librairie, aujourd'hui vous m'offrez des trésors de mille ans d'âge. Pardonnez-moi donc si je vous demande : où est l'arnaque ? »
« Je ne vous offre rien. » Répondit sèchement le démon. « Considérez plutôt cela comme un échange équitable. Vous mettez en lieux surs mes livres, et en contre-partie, vous avez accès à toutes les pensées qu'ils renferment. »
« Vous êtes prêt à marchander avec un ange pour quelques parchemins ? » S 'étonna Aziraphale, peinant à croire la chose possible.
« Seulement avec vous. » Avoua solennellement la créature. « Vous avez l'air d'être consciencieux avec vos livres. Je vous fait confiance. »
Aziraphale manqua de s'étouffer avec sa propre salive.
La créature semblait faire preuve de bien trop d'honnêteté pour sa condition. Il ne s'agissait sûrement là que d'une odieuse manœuvre pour endormir la vigilance d'Aziraphale. Ce dernier se résolu à ne jamais tomber dans un pareil manège !
Le regard de l'être céleste bascula sur les vieux manuscrits décrépis sur son bureau. Peut-être pourrait-il y trouver une excuse pour découvrir les vrais intentions du démon ?
Se raclant la gorge, il tenta de briser le lourd silence qui avait pris place dans la librairie.
« Je ne connais aucune de ces œuvres... » Marmonna-il en feuilletant un des ouvrage d'un œil faussement intéressé.
« C'est parce que j'en suis moi même l'auteur. Répondit le démon en s'avançant vers le bureau d'Aziraphale. Il désigna alors le livre dans les mains de l'ange.
« Celui-ci est une retranscription de l'épopée de Gilgamesh, rédigé par mes soins. Rien à voir avec ces horribles tablettes de pierre à moitié rongé par le temps. Il y a aussi quelques journaux personnels faisant constat des choses que j'ai pu observer et entendre pendant mes brefs séjours sur terre.
« Vous étes intéressé par l'Histoire ? S'étonna Aziraphale. « Ou vous aimez seulement garder une trace de vos méfaits ? »
« Je considère plutôt l'écriture comme une forme d' exutoire. Ironique pour un démon n'est-ce pas ? ».
Aziraphale ne cessait d'être surpris par les réponses du démon. Son regard se concentra un instant sur les quelques journaux aux couvertures décrépites. Le bibliophile en lui prit note d'acheter le matériel nécessaire pour remettre à neuf ces ouvrages.
« Si j'avais fait comme vous, il m'aurait fallu plus d'un carton pour raconter six mille ans de vie commune avec l'humanité. » Déclara l'ange avec un sourire contrit.
« Je ne suis monté que sept fois à la surface » se justifia le démon. « A peine de quoi remplir un carton, j'en ai bien peur. »
« Vous ? Le serpent tentateur, n'êtes venu ici bas que sept fois pour semer le chaos ? »
« Je sais, c'est honteux. » Adhéra le démon dans un rire sans chaleur. « Mais que voulez-vous ? Je m'arrange toujours pour me faire tuer à des moment clé de l'histoire. »
Les yeux de l'ange quittèrent un instant le manuscrit pour observer avec effarement son ennemi.
« Vous voulez me faire croire que vous avez été désincorporé plusieurs fois ? Et l'enfer à tout de même juger bon de...Enfin...Vous avez pu obtenir d'autres enveloppes corporelles pour retourner sur Terre ? »
Aziraphale était scandalisé qu'on puisse négliger ainsi ses incarnations terrestres. Si au cours de ses six mille ans de service, il avait par malheur abîmé son corps, les autorités célestes n'auraient pas tardé à le renvoyer travailler aux archives. Son enveloppe aurait alors été donné à un ange plus consciencieux.
Aziraphale eut un frisson dans le dos rien qu'en y pensant.
« La différence entre mon travail et celui des autres démons, c'est que je rend mes tentations absolument inoubliables. Quand je marchande une âme contre un miracle démoniaque, je fais en sorte que mon méfait reste mémorable ! Expliqua le démon avec fierté.
« Vraiment ? » Répondit l'ange, une grimace dubitative tordant ses traits. « Et cela suppose détruire votre enveloppe corporelle à chaque fois ? Je ne savais pas qu'une âme humaine valait un tel sacrifice, surtout pour un démon. »
« Je suis le serpent tentateur. Il est dans ma nature de délaisser une vieille peau au profit d'une nouvelle... »
" Cela doit rendre fous vos supérieurs ... » Ne pu s'empêcher de commenter Aziraphale. « Cependant, si ils vous autorisent à remonter en surface, c'est qu'ils doivent être satisfaits de votre travail. Après tout, vous êtes celui qui a provoqué le pêché originel. Être le premier émissaire de Satan doit peser lourd dans la balance je suppose... »
« C'est sans conteste une position respectable . » Reconnu amèrement la créature.
« Et combien d'âmes avez vous précipité en enfer dites moi ? »
Aziraphale espérait que toutes ses questions ne rendaient pas son enquête trop évidente. Il désirait en savoir le plus possible sur son ennemi avant d'accepter son offrande.
« Sept ». Répondit en toute simplicité le démon.
« Sept ? » S'étrangla le libraire. « 6000 ans depuis que Eve à mordu dans une pomme, et vous me dites que vous n'avez que sept âmes à votre compteur ? Cela devait être des personnalités hors normes !
« Cette chère Lilith était en effet unique en son genre ». Concéda le démon, un sourire tendre sur le visage. « Elle m'a vendue son âme en échange de l'égalité homme/femme. Une féministe avant l'heure si vous voulez mon avis... Je ne comprend toujours pas pourquoi Dieu lui a interdit d'enfanter. Peut-être par peur de se faire détrôner avant l'heure par une femme trop indépendante... »
« Ne blasphémez pas ! Vous allez attirer l'attention sur nous ! » S'inquiéta Aziraphale en jetant un regard vers le plafond.
«Ne vous affolez pas mon ange. Je suis quasiment certain que la ligne est depuis longtemps saturé par la litanie des plaintes humaines. C'est peut-être pour cela que la communication semble impossible de nos jours. C'est vrai, depuis Jeanne d'Arc, qui s'est déjà venté d'avoir entendu Dieu chuchoter à son oreille ? ».
Aziraphale se massa douloureusement les tempes, affligé par le nombre d'absurdités blasphématoires que ce démon pouvaient proférer à la seconde.
« Je doute que les voix du Seigneur fonctionnent comme un réseau téléphonique mon cher... » Tenta-t-il de résonner.
« Pourtant, cela expliquerait pourquoi il y a de moins en moins de miracles angéliques ! » Poursuivit le démon sur sa lancé. « Cela fait d'ailleurs un moment que je n'entend plus parler de votre messager officiel, la retraite existe-elle chez les anges ? »
« Gabriel est le plus fidèle serviteur de notre Seigneur ! S'énerva Aziraphale en se redressant promptement sur son siège. « Je vous interdit de remettre en question son efficacité ! »
« Si je ne peux pas critiquer ouvertement les choix stratégiques de votre Saint-Patron, les humains s'en chargeront à ma place. » Susurra le démon avec un sourire railleur.
« Surveillez votre langue Serpent ! »
« Crowley ».
« Je vous demande pardon ? ».
« C'est mon nom. Crowley ». L'informa le démon en haussant un sourcil.
« Oh...Je...Je suis Aziraphale ». Bégaya l'ange, soudain gêné d'avoir pensé que les démons n'avaient pas de nom propre.
L'ange ne poussa toutefois pas le vice jusqu'à aller serrer la main de la créature.
« Ange vous sied mieux ». Déclara Crowley en examinant sa manucure.
Incapable de décider si le rouquin venait de le complimenter ou de l'insulter, L'ange émit un bruit de gorge impossible à retranscrire dans l'alphabet latin.
« Je peux constater que votre librairie a eu le droit à un petit ménage de printemps ». Fit remarquer le démon en jetant en regard sur les étagères dépoussiérées.
« Je voulais faire disparaître cette horrible odeur d'humidité. Et puis, il m'a parut raisonnable après votre dernière visite de m'assurer que mon aura angélique soit mieux perceptible ».
« Sans vouloir vous contrarier, votre aura sent toujours aussi faiblement ». Lui apprit Crowley avec une moue désolé.
« Vous n'êtes pas sérieux ? ». S'inquiéta l'ange, paniquant déjà à l'idée que son pouvoir faiblissait.
« Je sais à quoi ressemblance une aura angélique, mais votre parfum est plus semblable à celui des humains. Vous êtes peut-être resté trop longtemps sur terre ? ».
« C'est invraisemblable... Je n'ai jamais entendu parlé d'une perte d'aura ... ».
« Aucun ange ou démon ne s'est jamais imprégné de l'atmosphère terrestre aussi longtemps que vous ». Réfléchi à voix haute le rouquin. « Il y a peut être des effets inconnus à rester trop longtemps dans le même corps ? »
« Si c'est le cas, je risque de faire plus souvent de mauvaises rencontres ... » Se désola l'ange en s'avachissant sur sa chaise.
« Vous me fendez le cœur. » Se désola le démon, prenant un air offensé. Je viens vous apporter mes précieux livres, mais vous me traitez toujours comme la pire des racailles. »
« Je suis navré mais les habitudes ont la vie dure. Soupira Aziraphale. « Par ailleurs, je ne suis toujours pas convaincu de votre honnêteté. Que cherchiez vous donc la première fois que vous êtes venu m'importuner ? »
« J'ai vu le De Vinci qui ornait le dessus de votre bureau. » Expliqua Crowley en s'avançant vers le tableau pour mieux l'admirer. « Un original qui plus est ! »
« Je vous l'ai dit, j'apprécie grandement l'authenticité. »
« Et puis, je l'avoue, j'aurais certainement volé un ou deux de vos livres si vous n'aviez été qu'un simple libraire. » Termina le rouquin en gratifiant Aziraphale d'un sourire démoniaque.
« Vous n'auriez pas osé ! » S'offusqua l'ange, la main sur le cœur.
« Je suis un démon, c'est mon travail d'aller à l'encontre des règles. »
Crowley était à présent en train de caresser du bout des doigts le même livre qu'il avait choisi la dernière fois.
Ce frôlement tendre provoqua un frisson le long de la colonne vertébrale de l'ange. Il y avait quelque chose de religieux dans l'attitude du démon envers ce livre. L'ange avait conscience de sa propre folie, mais les mots coulèrent de sa bouche avec une limpidité déconcertante.
« Vous pouvez le lire si vous le désirez. » Offrit Aziraphale, les joues rouges d'embarras.
« De quoi ? » S'étrangla le rouquin tout rétractant ses doigts hors de portée de l'ouvrage.
En cet instant, l'homme ressemblait plus à un enfant prit en faute qu'à un démon. Un petit sourire tendre se dessina sur les lèvre d'Aziraphale.
Il venait de découvrir le pêché mignon d'un démon.
« Le livre. » Expliqua l'ange posément. «Il n'est pas question de vous le vendre, ni même que vous l'empruntiez, mais vous pouvez prendre le temps de le lire ici. »
« Vous laisseriez un démon lire dans votre boutique ? » S'étonna Crowley, incrédule.
« J'ai la vague impression que je ne serais pas de si tôt débarrassé de vous tant que vous n'aurez pas eu ce que vous désirez. Voici donc le marché : je prend soin de vos ouvrages, je vous laisse le libre accès à ma bibliothèque, et en échange, vous ne volez aucune de mes affaires. L'arrangement vous convient-il ? »
Le démon ouvrit et ferma plusieurs fois la bouche avant de parvenir à produire un réponse.
« Ce serait parfait... » Accepta-t-il dans un demi murmure.
« Dans ce cas, laissez moi prendre soin de vos pauvres livres, prenez un siège et enfin, soyez sage pendant votre lecture. » Déclara Aziraphale avec toute l'hégémonie dont il était capable.
L'ange fit alors mine de se mettre au travail, examinant avec une minutie feinte les manuscrits de Crowley.
L'ange ne pu toutefois s'empêcher de lancer quelques œillades à la dérobé pour observer son étrange invité.
Le serpent tentateur n'avait pas daigné poser son maléfique postérieur sur l'un des nombreux fauteuil d'Aziraphale. Il semblait privilégier le sol dur et froid au velours confortable des coussins. Peut-être était-ce là une des séquelle de 6000 ans coincé en enfer ?
Le démon était d'un calme olympien. D'une main gracieuse, la créature tournait les page de son livre sans que le froissement de ses doigts sur le papier ne dépasse le simple murmure du vent. Aziraphale en fut hypnotisé. Crowley avait l'air totalement absorbé par son livre, inconscient des yeux de l'ange sur lui.
Les traits de son visage étaient emprunt de nostalgie, comme si sa lecture éveillait en lui des souvenirs douloureux. Aziraphale n'osa toutefois pas questionner Crowley pour savoir ce que L'Alcibiade de Platon éveillait dans son cœur.
L'ange du finalement se résoudre à tourner son attention vers son propre livre. L'œuvre qu'il avait entre les mains était une merveille d'anecdotes sur la vie en Mésopotamie vers 2650 av. J.-C. Elle y racontait les déboires du roi de la citée d'Uruk, Gilgamesh. Le style était épuré et concis, rien à voir avec l'épopée fantasque qu'en retiendrait l'histoire.
Crowley racontait avec une ironie mordante et sans pitié tout ce dont la bêtise humaine était capable. Peu à peu, Aziraphale se laissa captiver par le récit.
L'ombre la nuit s'était emparée de chaque recoins de la librairie lorsqu'une main froide se posa sur l'épaule de l'ange. Dans un sursaut, Aziraphale en fit tombé son livre.
« Je ne voulais pas vous effrayer. » S'excusa le démon. « Le livre vous plaît-il ? »
« C'est une mine d'or. » Répondit nerveusement Aziraphale en époussetant son livre.
« Content qu'il vous plaise. » Sourit le démon en posant délicatement le livre emprunté sur le bureau de l'ange, comme pour attesté qu'il ne l'emmènerait pas avec lui.
« Vous partez ? » Demanda Aziraphale.
« Oui »
Leur regard se croisèrent, mais Aziraphale n'avait plus eu l'occasion de faire face à ses pupilles reptiliennes depuis leur première interaction. L'ange fit ainsi face à son propre reflet dans les verres sombres des lunettes de la créature.
N'était-il pas fou de laisser un tel être pénétrer sur son territoire ? Quelle folie pouvait bien le pousser à supporter la présence de cet homme ?
Sans un merci ni même un au-revoir, le démon rompis le contact visuel et disparu dans l'ombre, comme absorbé par les ténèbres.
Aziraphale tomba avec lourdeur sur son siège, tremblant de peur, mais aussi d'excitation.
Il avait besoin d'un thé pour se remettre de toutes ses émotions !
D'un claquement de doigt, Il miracula une tasse fumante face à lui. Le contacte brûlant de la porcelaine sur ses paumes l'aida à faire disparaître la tension dans ses muscles. Aziraphale fit délicatement s'écouler un lait à demi écrémé dans l'eau chaude.
Comme un nuage se dissolvant dans un bain de soleil, le lait et l'eau se mêlèrent pour donner une teinte cotonné à la boisson. Après avoir pris un profond plaisir à respirer les émanations de cannelle, il sirota distraitement l'arôme fleuris tout en feuilletant l'épopée de Gilgamesh.
L'ange aurait aimé se plonger corps et âme dans sa lecture, cependant, ses pensées vagabondaient sans arrêt vers sa conversation avec le démon.
Une question en particulier lui brûlait les lèvres :
Qui étaient les six autres âmes que Crowley avait précipité en enfer ?
