Les premiers jours se passent dans un engourdissement glacial, comme si Obi-Wan ne comprend pas réellement ce qui se passe, dans quelle situation qu'il est.

Lui et son nouveau padawan - car il est chevalier, la tresse manquante en témoigne - sont calmes l'un envers l'autre, mais chacune de leur conversation est courte et distante, de simples mots adressés à une personne forcée de côtoyer le même espace de vie. Plus tard, il se dira que ce comportement calme et silencieux d'Anakin est également dû au choc provoqué par ce changement de vie brutal.

Durant la première semaine, tout est calme. Les jours s'écoulent sans aucune maladresse entre eux. Obi-Wan fait sa routine et Anakin s'adapte sans poser de questions. Ils mangent ensemble, parlent rarement et préfèrent ne pas se regarder trop longtemps dans les yeux. Ce n'est que plus tard, lorsque Kenobi s'est mis face au Conseil, qu'il a réalisé ce qui se passe vraiment. Quand Yoda lui a parlé des épreuves, bêtement, tout lui revient à la surface de sa mémoire en un bloc qu'il encaisse durement face à eux.

Il réussi les épreuves, sa tresse est coupée et il retourne à l'appartement où son ventre s'effondre une nouvelle fois en voyant la forme recroquevillée de l'ancien esclave sur le canapé, regardant l'holonet avec une fascination qui n'est guère atténuée par son séjour prolongé au Temple.

Soudain, ça lui fait mal.

Son maître est mort sans qu'il puisse faire quoi que ce soit malgré sa présence. Il se trouve promu chevalier à un âge assez jeune, avec un padawan sur le dos a cause d'une simple promesse faite sous la pression de la mort imminente de Qui-Gon. Obi-Wan inspire profondément, et sûrement bruyamment, car la petite tête châtaine sursaute et se redresse, les yeux se posant immédiatement sur la silhouette mince et longue de son nouveau maître.

« Tu… Tu vas bien ? » demande timidement le garçon.

Il franchit une ligne d'intimité entre les deux jusqu'à là jamais enjambée. La question surprend Obi-Wan qui sent sa langue rouler pour offrir une réponse sèche et dégoulinant d'un sarcasme que le petit ne mérite pas. Sa bouche s'ouvre, mais aucun mot n'en découle. Les sourcils d'Anakin - de son padawan - se froncent un peu plus. Finalement, Kenobi pince ses lèvres et hoche simplement la tête, se dépêchant d'aller à la cuisine pour préparer le repas qui tarde à cause de sa séance au Conseil.

Le silence se réinstalle entre eux, lourd et gênant.

Aucun n'a le courage de le briser.

Aucun ose le faire.

Quelques jours plus tard, la porte est cognée, ce qui surprend Obi-Wan. Les autres Jedi ne l'ont contacté que si c'était nécessaire, c'est-à-dire rarement. Ils comprennent le sens du deuil, mais le jeune homme sent ce sentiment de désapprobation alourdir de plus en plus l'air autour de lui.

Pour le bien des missions et de l'apprentissage, le maître et le padawan doivent avoir une certaine relation qui exige une sorte d'attachement ambigu. Ce lien est mince et cassable au passage à la chevalerie. Toutefois, le deuil prolongé d'Obi-Wan suggère qu'il a trop été attaché, une chose que les Jedi disent inacceptable. Obi-Wan comprend, vraiment. Il essaye de nager au-dessus de la vague de sentiments, les évacuant dans la Force, mais ils semblent constamment revenir et le noyer.

Ainsi, le jeune Jedi a bien muselé ses émotions au fond de son esprit et a mis un masque vierge sur son visage creusé par la fatigue. Ordonnant à Anakin, qui s'amuse avec Artoo, de rester dans le salon, Obi-Wan se lève gracieusement afin d'atteindre la porte, honteusement réticent à faire face à un membre du Conseil ou simplement un Jedi quelconque.

« M- Comte Dooku. » murmure avec surprise Obi-Wan en ouvrant.

Le vieil homme, ancien maître du défunt Qui-Gon, le regarde avec une expression illisible sans faire mine de vouloir entrer dans l'appartement. Le menton haut et les mains jointes dans le dos, il observe avec une force tranquille le jeune homme aux cheveux auburn.

Ce dernier se souvient de lui. Comment ne pas le connaître ? Un des rares Jedi à avoir quitter l'Ordre de son plein gré pour une autre profession. Dans le cas de Dooku, cela fait près de huit ans qu'il est dans la politique, une branche qui l'a toujours intéressé. L'homme hausse un sourcil et se penche vers Obi-Wan, rendant ce dernier mal à l'aise.

« Bonjour, Obi-Wan. »

Les mots font tordent les entrailles du jeune homme qui détourne un instant le regard, perdu. Il ne sait pas ce que l'ancien Jedi fait ici et n'a jamais été assez proche de lui pour engager une conversation indépendamment de la présence de Qui-Gon.

« Bonjour. Vous… vous voulez entrer ? » propose Kenobi.

Dooku secoue la tête. Il ne veut pas entrer, seulement jeter des mots de condoléances vides de sens et qui pourtant raclent sa gorge avec irritation et impatience.

« Je voulais seulement te dire que je suis attristé par ta perte, jeune. » déclare d'un ton neutre le comte.

Les muscles du jeune homme se raidissent alors qu'il prend une profonde inspiration. Sa mâchoire se serre et il baisse les yeux en s'inclinant légèrement devant l'ancien maître de son propre maître, qui est maintenant mort.

«… Merci, Comte Dooku. Maintenant, votre ancien padawan fait qu'un avec la Force. » murmure Obi-Wan avec une timidité qu'il ne se connaît pas.

Ces mots n'ont apporté aucun réconfort au Jedi qui les accepte tout de même. Il renvoie les doléances et le vieil homme hoche simplement la tête. Leur conversation brève distrait suffisamment Obi-Wan pour que son padawan doive l'appeler plusieurs fois avant qu'il ne daigne de baisser les yeux vers sa minuscule forme.

La moue au visage, un pli soucieux qui creuse son front, Anakin lui demande timidement si tout va bien et qui était la personne qui l'a perturbé à ce point. Le jeune homme ne répond pas immédiatement, car il n'a pas de réponse à la question. Après tout, c'est vrai, pourquoi la visite du Comte Dooku a été aussi surprenante ? Qui-Gon a été son padawan, le politicien est donc en droit d'aller voir le protéger du défunt sans qu'aucune suspicion ne suive ce mouvement.

Pourtant…

Obi-Wan secoue la tête.

Il fabule, c'est tout.

De son côté, le garçon apprend une chose importante.

Anakin n'aime pas les autres enfants.

C'est définitif dès qu'il a posé son pied dans la classe qui accueille le clan qu'il est supposé intégrer. Cela fait deux semaines depuis qu'il aborde la tresse de padawan, mais il n'a pas été en contact avec les autres initiés avant la troisième semaine, devant s'adapter à ce mode de vie avant d'y plonger tête première.

En entendant ce moment qui l'a rendu nerveux depuis le jour où il a su qu'il devra aller à une sorte d'école pour Jedi, Obi-Wan a instruit le garçon comme il le pouvait. Les bases de la lecture et de l'écriture ont été de mise, mais seulement pour la langue basique. Puisque Mos Espa est un lieu achalandé par les touristes, Anakin a gobé beaucoup de vocabulaire - peu civile - de diverses langues, donc Obi-Wan ne s'y est pas autant attardé que l'écriture basique.

Parfois, lorsque Shmi pouvait récupérer des manuels encore lisibles, elle lui faisait de petites leçons afin de garnir le cerveau de son fils d'un minimum de connaissance qu'elle savait ne pas être suffisant pour survivre dans ce monde si elle venait à mourir. Elle a tout fait pour lui donner des outils afin de se débrouiller.

Le regard sur le visage des autres, leur menton levé avec un air hautain, comme si ces initiés sont meilleurs qu'Anakin - plus intelligents que lui. Cette attitude a fait grincer des dents le garçon qui s'est pincer les lèvres en retenant les répliques acerbes qui veulent voler hors de sa bouche. Il est un ancien esclave : il est capable d'endurer.

Les cours théoriques sont longs et monotones. Les mots sur l'écran flottent dans son esprit sans s'y accrocher et les informations passent d'une oreille pour sortir de l'autre. Lorsque Qui-Gon lui avait brièvement parlé de comment devenir un Jedi, lors de son passage à l'infirmerie, il avait imaginé des aventures, des dangers et des sensations palpitantes, mais depuis ces trois semaines, il n'a trouvé rien de cela. Juste un vide qui creuse de plus en plus son ventre, son cœur. Il n'aime pas ça. Pas ça du tout.

Ce que le garçon apprécie le moins, ce sont certainement les méditations obligatoires qui doivent approfondir le lien entre le sensible et la Force. Pour entrer dans cet état de transe profonde, il faut rester immobile longtemps avec une respiration stable et uniforme. Anakin n'en est pas capable. Il doit bouger, ses muscles frémissent à chaque seconde où l'immobilité est inutile de son point de vue. Et entrer en transe pour se connecter avec une entité qui chantonne déjà dans ses oreilles depuis toujours n'est pas une chose qui lui est utile. Loin de là, même.

Durant toute la journée, il a suivi le groupe en écoutant à moitié les instructions du maître qui s'occupe de son clan. Ce dernier est bavard, et probablement gentil si Anakin avait fait un effort pour ne pas se refermer sur lui-même. Il s'est mis dans une coquille dès qu'il a vu que les autres le prennent de haut et ne veut pas s'en sortir juste pour se faire cracher - métaphoriquement - à la figure. Cela ne le dérange pas, Anakin est habitué de voir les personnes de son âge le rejeter. La différence est qu'ici, il a le choix de les ignorer alors que sur Tatooine, il ne pouvait pas aller bien loin sans se faire exploser.

Être un apprenti Jedi n'est pas du tout comme Anakin l'avait imaginé.

Loin de là.

Des jours se sont écoulés avant ce que cela ne se passe. C'est durant le repas qu'Anakin a senti cette légère douleur. Ses sourcils de froncent et il va masser le point irrité sur sa hanche. Instinctivement, le garçon sait que ce n'est pas lui qui a mal, mais la seule personne dans le Temple entier avec qui il entretient une relation plus amicale que houleuse.

Ainsi, l'enfant de sept ans abandonne son plateau avec une pointe de culpabilité - la nourriture est sacré, il ne faut pas la gaspiller - et se glisse hors de la salle en faisant attention à ne pas attirer l'attention du maître qui dirige le clan. Théoriquement, Anakin a le droit de se promener dans les couloirs sans réprimande lors de ces moments de repos, mais il ne veut pas justifier son soudain envie de gambader loin des autres à une personne qui empeste le dégoût envers le garçon.

Cela fait deux mois qu'il est ici, mais il n'a pas encore complètement tout mémorisé. Il suit donc le lien fragile qui l'uni à son maître mitigé dans ce rôle, préférant fuir et faire plein de missions que continuer à instruire personnellement son padawan. Ça lui fait un peu mal au coeur et lui serre la gorge, de savoir que vraiment personne ne le veut outre un défunt Jedi avec qui il a peu parlé. Parfois, lorsqu'il est seul dans sa chambre, il rumine contre la survie d'Obi-Wan, se demandant pourquoi ce n'est pas Qui-Gon qui a survécu. Honteusement, il enfoui ce genre de pensée non par culpabilité, mais parce que songer au Jedi mort le rend triste.

La négligence qu'Obi-Wan affiche sur son cas n'empêche pas Anakin de l'apprécier - un peu. Il se soucie de son maître, mais seulement par mesure pratique. Après tout, qui voudrait l'entraîner en dehors de Kenobi ? Peu de gens se porterait volontaire, Anakin en est sur.

« Hé, tu cours où comme ça ? » questionne une voix familière.

Anakin plisse le nez et retient un grognement d'agacement tandis que des pas se font entendre derrière lui.

« Je t'ai posé une question. »

L'ancien esclave se tourne lentement, les lèvres pincées, vers Ferus Olin qui aborde une moue interrogative avec les bras croisés sur son torse. Les deux garçons cultivent une relation étrange, basculant dans une rivalité enfantine à une simple connaissance éloignée. Un jour, ils peuvent être courtois et un autre jour, ils peuvent vouloir se sauter à la gorge.

Aujourd'hui semble être la dernière option.

Fourrant ses mains dans ses poches, Anakin plisse les yeux vers son aîné de quelques mois, l'ennui transpirant de chaque pore de sa peau. Il ne veut pas parler, juste aller voir son maître à la baie médicale afin de se changer les idées et être de nouveau tranquille. Ferus ne saisi certainement le message que lui envoie Anakin car il se penche vers lui, la tête inclinée dans une moue qui va vite fondre en un rictus moqueur, Anakin en est sur.

« Tu fais ton muet aujourd'hui ou- » commence Olin.

« Ferme-là. » claque sèchement Anakin. « Et laisse moi tranquille, tu veux ? » marmonne-t-il dans sa barbe.

Les derniers mots sont audibles pour l'autre l'initié qui laisse un lent sourire prendre possession de ses lèvres.

« Le problème, Skywalker, c'est que je ne veux pas te laisser seul. » dit-il avec une franchise dérangeante.

Les poings du plus jeune se serrent tandis que ses muscles se raidissent. Il veut juste effacer ce sourire arrogant des lèvres de ce petit diable qui ne cesse de le tourmenter pour tout et pour rien. Ses poils sont hérissés et sa poitrine se gonfle comme un dragon prêt à cracher une langue de feu brûlante et mortelle.

« Tu cours où ? » demande une nouvelle fois Olin. « Vers ton maître ? »

Anakin grince des dents.

« Peut-être qu'il ne veut pas te voir, c'est pour ça qu'il s'en va toujours. Ça doit lui faire des vacances. »

La nonchalance qui dégouline de ces propos glace le sang du padawan qui fait un pas vers Ferus, ne masquant pas sa colère qui doit faire plaisir à l'initié, si le rictus large qui agite ses lèvres est un indice.

« Tu vois, je suis sur qu'il préfère être loin d'une personne incapable de gérer ses émotions… Un peu bizarre, pour un ancien escl- »

Le dragon dans le cœur d'Anakin rugit alors même qu'il bondit sur ses pieds pour abattre son poing sur la joue de Ferus. Ce dernier pousse un cri de surprise mélangé avec de la douleur et titube quelques pas en arrière avant de rétablir avec maladresse son équilibre. Les yeux écarquillés, il fixe avec une expression ébahie le jeune Skywalker fumant de rage devant lui, les muscles bandés comme un prédateur prêt à s'accrocher à sa proie coûte que coûte.

Les dents serrées, le padawan grogne lorsque Ferus reprend ses esprits et tente de lui lancer sa main sur son visage, esquivant simplement avant de le gifler. L'initié agrippe la tunique de couleur sombre d'Anakin et essaye de le faire basculer par terre, mais le garçon riposte d'une violente bourrade qui les entraînent tous les deux au sol.

Anakin avait l'habitude de se battre, sur Mos Espa. Ce n'était jamais beau ni élégant, mais efficace et douloureux. Ainsi, ses ongles trouvent le plus de peau possible pour s'y enfoncer, ignorant les gémissements de douleur qu'émet Olin tandis que celui-ci abat ses poings là où il le peut, c'est-à-dire sur les hanches, les épaules et le dos. Anakin grogne lorsqu'un doigt manque peu de crever un de ses yeux, puis élance son genou qui va se loger près de l'aine de Ferus qui chouine au coup bas.

« Initié Olin, Padawan Skywalker ! »

« Anakin ! »

Des mains fortes séparent les deux garçons et Anakin se trouve soudainement contre le torse de son maître, haletant de fureur et rougi par l'effort de cette petite bataille. Les doigts de Kenobi sont serrés sur les épaules d'Anakin, le tirant contre lui tandis que Ferus est éloigné par un maître familier, mais dont le nom lui échappe.

« Que signifie tout cela ? » dit cette même personne.

Les deux enfants se regardent sans rien dire, Ferus essoufflé et endolori, et Anakin avec une satisfaction vicieuse qu'il est certain que les Jedi ne devraient pas ressentir. Leur silence alimente l'agitation du maître Jedi qui claque sa langue en fusillant du regard Anakin. Dans son esprit, il est clair que c'est l'ancien esclave qui est à l'origine de cette bataille inacceptable entre les murs de ceux qui se proclament gardiens de la paix.

« Anakin ? » demande doucement, mais prudemment Obi-Wan.

L'interpelé souffle avec agacement en pointant du menton l'initié en face de lui, ce dernier se raidissant avec nervosité.

« Je voulais me promener tranquillement et seul, mais Olin m'a suivi et a commencé à me narguer. » explique-t-il brièvement.

Les sourcils du maître se froncent profondément alors qu'une lueur illisible agite ses prunelles.

« Ce n'est pas une raison pour commencer une bagarre futile. » le Jedi relève les yeux vers Kenobi. « Je croyais que vous enseigneriez cela en premier, Chevalier Kenobi. »

Les doigts du jeune homme s'enfoncent un peu plus dans les épaules d'Anakin dans un geste inconscient. Le padawan se tend aux mots accusateurs du Besalisk et se serait avancé d'un pas, la poitrine gonflée d'indignation, si son maître ne l'avait pas tirer sèchement contre ses jambes, maintenant qu'il s'était redressé de sa position accroupie.

« Je crois, » commence d'une voix neutre Obi-wan. « qu'il y a un mal attendu quant à la raison de cette futile bataille, comme vous le dites si bien, Maître Krell. »

Le cœur d'Anakin rate un battement en entendant ces mots. Aucun indice d'une insolence quelconque, son ton est soigné et bas, monotone sans être défraîchit. Anakin reconnaît ce timbre de voix car il a souvent entendu les esclaves l'utiliser envers leur maître comme moyen de se défouler sans que cela ne paraisse. Un angle d'attaque sournois, et avec les mots de Kenobi, le surnommé Krell ne peut guère riposter sans se faire voir comme quelqu'un qui cherche lui-même la bagarre.

Finalement, ils se séparent sans que la situation ne s'envenime, Krell et Olin d'un côté, et Anakin et Obi-Wan de l'autre. Ils se dirigent vers leur quartier, et le silence lourd qui plane sur eux rend nerveux le garçon qui attend les coups verbaux sur un pied alerte. Toutefois, ça ne vient pas. Tout au long du chemin, la lourdeur se loge dans son estomac tandis que ses entrailles se nouent sans confort.

Lorsqu'ils passent la porte, Kenobi les amène sans un mot jusqu'au salon avant de faire face à Anakin avec une expression déçue. Les mains sur les hanches, Obi-Wan hausse un sourcil quand Anakin reste silencieux, les traits pincés par le mécontentement qui l'agite.

« Et bien ? Pourquoi tout ce raffut ? »

Le garçon agite nerveusement ses pieds, ses doigts jouant avec fébrilité sur l'ourlet de sa tunique alors que sa gorge sèche ne veut pas coopérer. Il veut dire quelque chose - n'importe quoi, même si c'est stupide -, sauf qu'il ne peut pas articuler. La peur, froide et enlaçante, glisse avec une lenteur doucereuse sur sa peau et le fait frissonner. Il garde les yeux baissés, mais perçoit clairement le mouvement vif du bras d'Obi-Wan, et son cœur monte jusque dans sa gorge.

Ses yeux se ferment violemment et son corps devient moue afin que l'impact physique lui fasse moins mal que si ses muscles étaient raides. Le silence est lourd, sa respiration est bruyante dans la pièce et il attend la douleur – sa punition physique -, mais elle ne vient pas.

Soudainement, une main se pose sur son épaule.

Anakin sursaute et serre les dents, sa tête s'inclinant un peu plus vers l'avant. Un seul coup, ses lèvres peuvent s'ouvrir et il s'excuse immédiatement. Il ne sait pas pourquoi, mais Anakin a appris depuis longtemps qu'il ne faut jamais questionner pour une punition, seulement s'excuser.

« Désolé, m-maître, je… Je recevrai la punition que vous voulez. » chuchote précipitamment l'enfant.

Son esprit fait rage, car il se sent trahit. Qui-Gon Jinn lui avait certifié que les Jedi ne frappaient pas sans raison ou à titre punitif. Sa mère – sa propre mère - l'avait rassuré sur ce point.

« Anakin… Anakin ! » répète un peu plus fort Kenobi lorsque le garçon ne semble pas l'avoir entendu. « Je ne lèverai jamais la main sur toi, n'ai pas peur pour ça… Et, oui, tu vas avoir une punition, mais tu ne seras pas battu. Jamais. » dit lentement Obi-Wan.

Il hésite un moment, mais de décide finalement. Avec douceur, il coince le menton de son cadet entre ses doigts et lui relève la tête afin que leurs yeux puissent se croiser. L'angoisse profonde dans ces prunelles d'un bleu pur et magnifique font siffler intérieurement le Chevalier Jedi. Tout à l'heure, il voulait se passer la main dans les cheveux avec frustration, mais ce geste a mal été interprété par l'ancien esclave qui a sûrement pensée qu'Obi-Wan allait lever la main sur lui.

« Tu méditeras sur ton comportement envers l'initié Olin, car c'était inacceptable. Tu comprends ? »

Il ne veut pas qu'Anakin croit qu'il le punit pour rien. Le garçon hoche la tête, et Obi-Wan lui ébouriffi les cheveux.

« Bien. »

Il se lève et laisse son padawan à sa méditation. Kenobi va s'enfermer dans sa chambre, voulant reposer son corps comme Bant lui avait indiqué un peu plus tôt dans la journée. Un soupir quitte ses lèvres quand il s'échoue sur son lit, ses yeux se fermant d'épuisement.

Maître… Qu'aurez-vous fait à ma place ? se demande intérieurement le jeune homme.

De son côté, Anakin s'efforce de libérer ses émotions dans la Force, comme Obi-Wan le lui a appris, mais son esprit mijote tellement qu'il ne peut que se frustrer avec ses échecs répétés. Dans sa tête, une question subsiste et glace ses veines à chaque fois qu'il s'y attarde. Comment Olin a su pour son passé ? Anakin n'a jamais mentionné quoi que ce soit qui pourrait porter l'attention d'autrui là-dessus – il croit – et les membres du Conseil ont été très clair à ce sujet. Anakin doit laisser le passé derrière et ne plus y penser, ne jamais souffler ne serait-ce un mot sur ce qui est en lien avec son enfance sur Tatooine.

Alors comment ?

x

Cela fait trois ans depuis le début du partenariat entre Obi-Wan Kenobi et du jeune Anakin Skywalker, respectivement âgés de 26 et 10 ans.

Leur relation a évolué, tout comme Kenobi s'est sorti du deuil étouffant que son défunt maître lui a apporté. Avec évidence, parfois les émotions le submergent et il doit souffler un bon coup avant de pouvoir être de nouveau opérationnel. Il n'a pas honte d'avouer intérieurement que la présence rayonnante et d'un constant rafraîchissement d'Anakin, lorsqu'il s'est véritablement mis dans la tête qu'il est une personne et non une simple promesse, l'a beaucoup aidé à surmonter la mer agitée provoquée par la mort de Jinn. Toutefois, il ne dira jamais cela à voix haute. Il ne manquerait plus qu'Obi-Wan gonfle l'égo déjà enflé de son apprenti.

Kenobi coule un regard vers la silhouette mince et petite d'Anakin qui élimine un à un ses adversaires du petit tournoi organisé pour que les initiés se montrent aux maîtres et chevaliers Jedi.

Oui, le jeune Skywalker est fort. Très fort, même. Mais également d'une insubordination sans limite qui fait craquer les plus patients Maîtres Jedi qui s'occupent de l'éducation des jeunes. À cause de son insolence et le constant défi que sa personnalité représentent, Kenobi a été obligé de faire tout l'apprentissage de son padawan seul avec lui, avec seulement l'holonet et les salles d'entraînement à sa disposition. Oh, Maître Yoda l'abeaucoup aidé, surtout au début, mais il n'en reste pas moins qu'Obi-Wan a assumé la plus grosse partie de l'éducation d'Anakin, et ce, seulement trois mois après le début de leur collaboration.

Au début, cela a été dur, Kenobi ne le cache pas. Il en a même stupidement voulu au garçon qui, à la base, était calme quoi qu'un peu impulsif. Mais là… Non, il est heureux d'avoir eu Anakin avec lui. Peut-être est-ce égoïste, mais cela lui a permit de ne pas se noyer.

« C'est ton padawan qui bat tous les autres initiés ?» demande une voix familière.

Un jeune homme qui s'apparente à la même tranche d'âge qu'Obi-Wan se penche sur son côté et s'y installe, les yeux grands ouverts sur le spectacle. Théoriquement, Anakin n'est pas obligé de faire le tournoi, mais le garçon a insisté avec le bon argument que cela lui fera du bien d'affronter d'autres adversaires que son cher maître.

Obi-Wan a été à contrecœur d'accord avec cela. Se battre contre d'autres personnes ne sera que bénéfique pour l'enfant. Kenobi n'avait pas prévu qu'il brille face à tous ses adversaires. Kenobi sait que Skywalker est bon, peut-être un peu plus fort que ceux de son âge, mais… Par la Force, Anakin semble s'ennuyer sur le terrain de combat !

« Ouais… » murmure Obi-Wan en grimaçant légèrement, sa main frottant avec gêne sa nuque.

Il sait combien cet événement est important – et impératif – pour les initiés, car ce moment était également important pour lui. Si ça avait été lui, en ce moment, Obi-Wan aurait été furieux contre Anakin. Son ami glousse dans un souffle alors que son poing frotte sans animosité, mais amicalement, son épaule.

« Et bien, tu l'as bien entraîné, hein ! » dit-il d'un ton moqueur, mais aucune méchanceté en dégouline.

« Guren… » marmonne dans sa barbe Obi-Wan.

Le Chevalier Jedi glousse sans discrétion en tapotant l'épaule vêtue de son ami avant de se pencher doucement vers l'oreille de Kenobi avant de lui susurrer avec malice :

« Je me souviens d'un initié arrogant, un peu violent aussi, qui aimait bien se vanter devant… » commence Guren, insensible au rouge qui envahi les joues de Kenobi à ce rappel de sa jeunesse vaniteuse.

Le rouquin secoue sèchement son épaule et détourne le regard, ne voulant pas affronter le yeux rieurs de son ami qui s'éloigne finalement de lui – juste un peu.

À la fin, Obi-Wan ne peut pas vraiment réprimander son padawan pour son comportement, car Guren avait bien raison de souligner leur ressemblance sur ce point, mais il lance tout de même des paroles qui, il espère, dégonflera l'égo et la suffisance qui transpire littéralement d'Anakin, et ce, jusqu'à ce qu'il aille fini de se doucher pour aller au lit. Tout cela sous les yeux vigilants de son maître.

Les jours ont continués comme cela. Entraînement, améliorations, parfois des conférences sur les actions irrespectueuses d'Anakin. Ce dernier est devenu de plus en plus agité, voulant explorer la galaxie aux côtés de son maître lorsque celui-ci part en mission, mais Obi-Wan est très réticent à cela jusqu'au jour où c'est Yoda lui-même qui lui demande d'amener son padawan vers lui.

C'est ainsi qu'Anakin commencera à se faire surnommé « catastrophe naturelle ambulante » sans aucune exagération.

Aucune, vraiment.

Kenobi en témoigne ( malheureusement ).