Chapitre 2 : Escorte.
Quelque chose le dérangeait depuis quelques jours. Plus précisément, depuis qu'il avait entendu les ragots scandaleux de ses éditrices sur la possibilité que sa secrétaire mente sur son aisance financière. Sasuke ne savait pas encore pourquoi mais il se sentait différent autour de la rose; plus alerte. Il voulait savoir de quoi il en découlait. Pas par simple curiosité, mais parce qu'il mettrait tout en oeuvre pour l'aider si elle avait réellement des difficultés financières à cause de son train de vie. Loin de faire d'elle un modèle de femme entretenue, il pensait fermement qu'une femme aussi talentueuse que Sakura méritait de vivre sans s'inquiéter de l'argent qui paierait sa prochaine paire de lunettes Moncel. Son travail excellent ne servirait qu'à justifier encore mieux sa décision de vouloir augmenter son salaire à qui le demanderait.
Il termina son déca allongé d'un trait et posa tranquillement sa tasse de café dans la soucoupe en porcelaine blanche reposant sur la table en pvc. Durant toute l'action, ses yeux restèrent rivés sur une main beaucoup trop audacieuse à son avis. Au loin, Sakura était assise en dehors de la salle de réunion aux cloisons vitrées. Elle y papotait activement avec quelques collègues de travail, Lee Rock et Kiba Inuzuka. En temps normal, Sasuke savait pertinemment qu'il devrait faire un peu plus attention à ce que son directeur artistique, Neji Hyuga, lui disait sur leur futur campagne de promotion des produits électroniques de Uchiwa Corp, mais la main que Kiba avait subtilement posé puis glissé le long de la cuisse de la fille était devenu son centre d'attention.
De multiples questions le taraudait dont la principale était ce que le jeune analyste financier était pour Sakura. Un compagnon ? Un ami proche ? Ou juste un ami qui s'accordait le droit de la toucher comme bon lui semblait ? Sasuke jeta un coup d'oeil rapide au visage de Sakura. Celle-ci riait aux éclats à une phrase bien placée par Rock, visiblement très confortable du fait d'être touchée de la sorte. Donc il n'est définitivement pas un profiteur.
Il était étrange de ne s'en rendre compte que deux années plus tard, mais Sasuke n'avait jamais su concrètement si la jeune femme avait quelqu'un dans sa vie. L'absence de bague à son annuaire en disait long sur son statut marital. Sakura Haruno a-t-elle un petit-ami ? se demanda-t-il en captant brièvement le regard rieur puis surpris de la rose. Tout naturellement, il lui fit un signe de main discret et elle lui sourit en faisant de même.
Aujourd'hui encore, la question resta sans réponse.
En l'homme débrouillard qu'il était, il décida donc de mener de façon discrète sa propre enquête. Poser subtilement quelques questions ne demandait pas d'effort pour le maître de tact qu'il était. Ses pas le menèrent, en une belle journée ensoleillée, au bureau de Naruto, la seule personne de l'étage des publicistes avec laquelle Sakura traînait lors de quelques rares pauses cafés. Il emmena avec lui deux sachets de ramens, de soupe miso et de side-dishes de viandes marinées juteuses. C'était une précaution nécessaire pour s'assurer de la coopération du blond glouton.
— Donc… tu aimerais savoir si Sakura, Sakura Haruno, ta secrétaire particulière, a un petit-ami ?
Au diable la subtilité.
La franchise serait son atout. De toute façon, le sourcil arqué de Naruto ainsi que son air ouvertement dubitatif ne laissait place à aucun doute, il protégerait l'information de son amie s'il soupçonnait que Sasuke le baladait trop verbalement.
— Oui. Donc ?
Naruto renifla dédaigneusement et attrapa une paire des baguettes chinoises posées sur la table. Il ouvrit ensuite une des boîtes en plastique qui contenait des crevettes et se servit sans dire un mot. Sasuke comprit son jeu. Il fit de même, silencieusement.
— Depuis quand tu t'intéresses à Sakura Haruno ?
— Tu n'as pas besoin de le savoir.
— Oh que si, on parle de Sakura Haruno là, suppléât Naruto.
— Peux-tu arrêter de dire son nom complet comme ça ?
— Comme quoi ? Ça te donne l'impression de parler d'une figure mythique extrêmement mystérieuse ? Parce que c'est exactement ce que je veux te faire comprendre. Tu t'attaques à Sakura Haruno, la ice-queen de l'entreprise, celle-sur-laquelle-on-ne-doit-surtout-pas-poser-de-questions-au-risque-de-devoir-vivre-sans-réponse-car-personne-ne-connait-sa-vie-privée.
— Ce titre est inutilement long, fit sèchement remarquer le brun. Et oui, je parle de cette Sakura Haruno là.
Naruto afficha un air dubitatif et continua à piquer les crevettes dans sa nourriture.
— On n'en a jamais particulièrement parlé même si j'ai bien essayé… mais j'ai entendu des rumeurs à ce sujet.
Sasuke se retint de rouler des yeux. Bien sûr qu'il avait entendu des rumeurs, tout son étage était un nid à perroquets. Et c'était l'autre raison pour laquelle il était venu toquer à sa porte alors qu'il aurait pu rejoindre son frère, Itachi, au restaurant pour déjeuner.
Le brun attendit que son ami poursuive, sans succès. Ce dernier eut même l'audace d'afficher un petit sourire supérieur aux coins de ses lèvres.
— Tu ne vas pas me rendre la tâche facile, conclut Sasuke entre ses dents serrées.
— Il faut bien que quelqu'un te fasse lâcher du string de temps en temps !
Sasuke roula des yeux… deux fois, sous le regard amusé de Naruto. Il souffla, s'avouant vaincu. C'était impossible de discuter avec le blond lorsqu'il était dans cet état là.
— Comme c'est surprenant ! s'exclama Sasuke avec un air plat, désabusé. Des rumeurs ? Et qu'est-ce qui se disait ?
Naruto éclata de rire à la grande humiliation de l'Uchiwa.
— Oh mon Dieu, rit-il en s'étouffant presque. Tu es excellent ! C'est dommage que tu n'aies pas souvent besoin de mes services !
— Enfoiré, murmura le brun avec ses joues roses d'embarras.
— Je disais, se reprit Naruto tant mal que bien, qu'une rumeur circule à ce sujet. Il y a six mois environ, les gens disaient que ses vêtements coûtent trop chers pour son salaire de secrétaire et qu'elle venait sûrement d'une famille riche. Mais il y a une autre possibilité à mon avis... soit elle a des parents assez blindés... soit elle travaille comme escorte.
Il se glaça à ce mot. Sakura ? Escorte ? Pourquoi "escorte" ?
— Quelqu'un l'aurait vu devant un magasin Cartier avec un homme qui fait à peu près deux fois son âge. Ils se tenaient par la main et marchaient trop près l'un de l'autre pour qu'il n'y ait rien entre eux !
Était-ce une blague de mauvais goût ? Une escorte ? Une femme avec autant de caractère pouvait-elle être une escorte ? Une rumeur aussi folle ne pouvait être l'œuvre que de femmes jalouses. Sasuke en était certain. Cela ne pouvait en être autrement.
— Mais… je ne sais pas vraiment si je peux la classer dans la catégorie des ragots vu que c'est moi qui l'ai vu de mes propres yeux.
Les yeux de l'Uchiwa s'écarquillèrent sous le choc. Il savait que c'était une conclusion trop hâtive de se baser uniquement sur cette image pour en déduire qu'elle sortait avec des hommes pour de l'argent. Mais une part de lui, la part ayant vécu avec Naruto — le seul survivant de l'accident ayant tué les meilleurs amis de ses parents, crut entièrement aux propos du blond.
— Hé, Sasuke, tout va bien ? s'inquiéta l'autre. Tu es tout pâle !
Non, il n'allait pas bien. Il savait qu'il avait une pensée très fermée sur le monde de la nuit, du travail du sexe et autres activités du même genre. Apprendre que Sakura, la femme qui l'obsédait depuis si longtemps, faisait partie intégrante de ce cercle lui fit le même effet qu'un coup de poignard dans les reins. Il voulait la courtiser, il voulait tenter quelque chose, n'importe quoi !, avec elle. Il aurait aimé la présenter officiellement à son frère, puis à ses parents lorsqu'il aurait eu son feu vert.
Mais il ne pouvait plus maintenant.
Pas avec une escorte. Pas avec quelqu'un qui était peut-être sorti avec les mêmes personnes arrogantes et suffisantes avec qui il faisait affaire ou discutait lors des ennuyants banquets mensuels de la Corporation. Jamais n'avait-il connu cela; jamais n'avait il vu l'objet de son désir, de son obsession lui échapper pour une quelconque raison. Ce sentiment le laissa hagard, intérieurement comme dépossédé de lui-même.
— Hé, du calme ! C'est juste ce que j'ai vu mais j'ai peut-être mal interprété les choses ! paniqua Naruto en voyant le regard fixe, vide du brun.
Sasuke reposa les baguettes suspendues depuis trop longtemps au-dessus des boîtes express. Il prit rapidement congé de son ami et monta dans l'ascenseur desservant son étage. En passant à toute vitesse dans le hall menant à son bureau, il fut arrêté par une Sakura souriante en train de finir son repas tout en travaillant sur son ordinateur personnel.
— Vous êtes déjà de retour ? Puis-je vous amener les prochains dossiers à traiter ?
Sasuke ne sut quoi faire. Il ne pouvait pas lui faire face dans son état, sinon il la tuerait. Il la tuerait parce qu'il ne pouvait plus la faire sienne. Il la tuerait parce qu'il était un malade qui ne la voulait que pour lui. Rien qu'à lui. Son regard intense plus que son silence effraya lentement la jeune femme qui posa ses baguettes dans la nourriture délaissée et tenta de se lever pour lui demander ce qui n'allait pas.
À l'opposé de tout ce que son éducation d'héritier Uchiwa lui avait inculqué au fil de ses vingt-sept années d'existence, il écouta ses plus bas instincts, tourna sur ses talons et fuit sans demander son reste. Le tout, sous le regard médusé de la femme par qui il venait d'avoir le cœur brisé, pour la première fois de sa vie.
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à suivre... (psst ! Un petit commentaire sur la direction que prend le récit ? Please ? :( )
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Note d'auteure : Il faut savoir que Sasuke souffre de troubles obsessionnels donc il est normal qu'il réagisse excessivement à la moindre chose pouvant éloigner l'objet de son obsession de lui. De plus, un Uchiwa, perdant contre quelqu'un d'autre les faveurs d'une femme ? Impossible dans sa petite tête d'enfant gâté XD
