LET'S DRINK


Dimanche matin, 1h 20. Bar.

Le temps passe tellement vite. Il ne peut pas être déjà une heure du matin... Lovino se demande si son téléphone bug.

« Antonio ! C'est notre chanson ! Bouge ! »

Le prénommé lâche un rapide coup d'œil vers l'italien. Après l'avoir regardé pendant un moment, il secoue la tête gentiment en amenant une nouvelle bouteille de bière vers ses lèvres.

« Non, vas-y avec Francis. J'arrive après ! »

Gilbert hausse des épaules et s'éloigne de la table en secouant son postérieur. En y faisant plus attention, Lovino devine le son Pump Up the Jam de Technotronic jouer de plus en plus fort dans le bar. La piste de danse est maintenant remplie et les silhouettes de Francis et Gilbert émergent d'elle, de temps en temps.

Lovino ne peut pas croire que ce truc soit « leur chanson ». Puis en y réfléchissant vraiment, ce n'est pas si étonnant que ça.

Après s'être hydraté de sa nouvelle boisson favorite (l'amaretto), Lovino semble s'être habitué à l'alcool. Évidemment, il reste toujours aussi torché qu'en début de soirée - même plus - et il n'a jamais eu aussi chaud de toute sa vie. Mais il gère. Enfin il croit. En tout cas, il aime bien ça. Il se sent heureux, confortable et une envie de danser lui prend soudainement.

Mais l'appel de la boisson est plus fort. Non, c'est Antonio qui est trop fort. Comment a-t-il pu penser que Lovino allait adorer cette nouvelle liqueur d'amande super sucrée au goût de frangipane ? C'est bon. Même trop bon. L'italien a vaguement l'impression d'être un enfant accro à l'alcool.

« Pourquoi tu ne vas pas avec eux ? » La voix de Lovino est plus mélodieuse. Antonio a l'impression que tout s'améliore et devient plus facile quand il ouvre la bouche. Ou bien n'est-ce que les effets de l'alcool.

« Hum... disons que je sais déjà comment ça va finir. Puis je ne vais pas te laisser tout seul. »

L'italien fait abstraction de ce qu'il pense être le plus gênant - à vrai dire il ne sait plus grand chose depuis quelques minutes, c'est un miracle qu'il ne soit pas en train de vomir - et répond et tournoyant le liquide dans son verre.

« Comment ça finir ? Finir de quoi... » Ses yeux bruns qui paraissent maintenant plus sombres et plus brillants plongent dans ceux de l'espagnol. « Sois plus précis, bâtard. »

Antonio sourit. « Regarde-les. »

Le corps de l'espagnol s'approche de Lovino et vient presque se coller au sien. Antonio passe un bras derrière lui et avec l'autre, il pointe la piste de danse. L'italien ne réagit pas tout de suite. Tout ce qu'il peut faire c'est laisser ses émotions s'embrouiller et relâcher cette chaleur qui commence à brûler ses joues.

« Tu vois Francis ? » Lovino acquise. Le français fait des mouvements subtils que l'on peut même qualifier d'élégants. Ses cheveux viennent se dresser en une queue de cheval mais les plus rebelles se collent sur son front humide. « Là il va s'approcher de Gilbert en lui faisant des appels de phare avec sa tête. Ça veut dire qu'il a trouvé des filles. »

Lovino fronce des sourcils en finissant son verre. La voix d'Antonio devient plus forte, plus proche.

« Il va lui demander d'être discret et de regarder derrière lui. Mais Gilbert il va... » Antonio ricane légèrement. « Il va se retourner en attirant tous les regards sur lui. Il fait toujours ça. »

Et comme si c'était écrit, à peine quelques secondes plus tard, le scénario très précis d'Antonio se déroule sous les yeux de Lovino et sous les siens également. Francis secoue la tête, Gilbert fait des tours sur lui-même en poussant tout le monde et des filles s'approchent d'eux.

« Waouh. » C'est tout ce que réussit à dire l'italien. Il a peur que sa phrase ne soit pas trop cohérente s'il en dit plus.

Mais pour de vrai, le jeune homme est vraiment impressionné. Peut-être par le fait que les deux jeunes hommes arrivent à séduire des filles aussi facilement ou peut être par les talents cachés de médium d'Antonio.

Lui... lui il n'est pas sûr d'arriver à faire une chose pareille. Lovino aime les filles - même un peu trop - mais il a l'impression que ce n'est pas réciproque. Tout ce qu'il veut c'est être comme nonno Romeo quand il avait son âge. Avoir une petite amie pour chaque jour de la semaine ou une connerie comme ça.

Tout ce qu'a Lovino c'est son verre d'amaretto, le souffle chaud d'Antonio contre son oreille et son compteur de conquêtes amoureuses se rapprochant fortement du chiffre zéro.

« Toi aussi tu dragues des filles quand t'es avec eux alors ? »

Antonio le regarde pendant quelques instants, avant de hausser des épaules en souriant. « Ça arrive oui. Mais habituellement, ça fini toujours mal. »

Sans blague. Lovino fini son verre en fermant ses yeux.

« Soit j'suis trop bourré et je renverse des verres partout, soit Gilbert réussit à se bagarrer avec elles. » L'italien manque de peu de s'étouffer.

« Se bagarrer ?! » Ok, le jeune homme n'est pas très expérimenté en matière de drague, mais s'il y a une chose que son grand père lui a appris c'est de respecter les femmes. Enfin, ça paraît logique ? C'est genre la première règle de base pour coucher avec elles, non ?

« Ouais. » Antonio se retient de rire et porte une nouvelle fois sa bouteille vers ses lèvres. « C'est toujours Francis qui repart avec. Une fois il est parti de la soirée avec les trois. »

« Les trois ! » Quand il est alcoolisé, Lovino est tellement plus libre dans ses expressions. Il n'essaye pas de cacher ses émotions derrière de la colère ou quoi que ce soit. Et ça... Antonio trouve que c'est adorable.

L'espagnol s'approche un peu plus en hochant la tête, les lèvres étirés.

« Le lendemain, il ne voulait rien nous raconter. La seule chose qu'il nous a dit c'est qu'on saura ce qui s'est passé le jour de sa mort, dans son mémoire. »

« Tu penses qu'il... enfin qu'ils ont... » Lovino ne veut pas le dire à voix haute, par gêne, mais il veut toute de même en parler. Ici, c'est comme s'il était autorisé à engager ce genre de conversation sans que personne ne le prenne pour un pervers ou qu'importe. Et étonnement, ça rend l'espagnol plus enjoué et même ravis de discuter de ce genre de chose avec lui. Enfin, c'est ce que croit Lovino.

Ugh... pourquoi il pense ça ?

« 100% sûr. »

L'italien rougit en posant son regard sur la piste de danse. Il croit les voir, mais il n'est pas sûr. Peut-être sont-ils plus loin ou peut-être sont-ils partis ou bien Lovino est juste putain de trop bourré pour se concentrer.


Dimanche matin, 03h. Devant le bar.

L'italien a pris sa veste, mais il n'aurait pas dû. Il ne fait pas si froid que ça et en se regardant de plus près dans la vitre du bar, il pense être plus beau sans.

Bien évidemment qu'il aime sa veste. Il pense même que c'est la plus belle qu'il possède. Mais Lovino ne sait pas... peut-être que ça serait mieux si on voyait son corps, comme celui d'Antonio. Antonio avec ses putains de biceps et ses putains d'épaules larges et son t-shirt moulant son putain de buste.

La façon dont il se tient, comment il amène sa cigarette vers ses lèvres, son teint plus matte et brillants et... tout le reste. Tout est calculé, Lovino en est sûr.

« Tu as froid ? »

L'italien secoue la tête en fumant lui aussi sa cigarette qui arrive à sa fin. « Non. »

Depuis quelques minutes, l'alcool à un peu descendu. Mais juste un peu. C'est à dire le gramme parfait pour qu'il ne fasse pas tomber sa cigarette ou qu'il ne se mette pas à danser ou chanter comme un imbécile. Il tangue toujours un peu quand il marche et ressent constamment se sentiment de flotter sur un nuage.

L'air est calme, la musique résonne en arrière-plan et les quelques personnes les accompagnants pendant leur pause-clope ne sont pas si bruyantes que ça. On pourrait même les qualifier de super charmantes et de carrément sexy.

Depuis plusieurs minutes, Lovino n'arrive pas à détourner ses yeux de cette fille au loin. Se tenant débout au milieu de la route, elle rigole et discute de façon agitée avec les gens autour d'elle. Ses cheveux sont blonds - Lovino a toujours su qu'il avait un truc pour les blondes - et son ruban dans les cheveux l'hypnose comme une pendule dans les airs. À la vitesse dont elle se déplace et avec son temps de concentration diminuant au fil des heures, l'italien a du mal à se faire une idée sur son visage. Est-ce qu'elle est vraiment jolie ? Tout ce que sait Lovino c'est que sa poitrine est plutôt pas mal.

Puis en prenant une nouvelle bouffée de sa cigarette, il croit croiser son regard. Merde, c'est sûr. Elle le regarde. Enfin il croit.

Lovino panique légèrement en jetant sa clope par terre. Il se redresse du mur et commence à racler sa gorge bruyamment. Antonio tourne son attention vers lui en continuant de fumer.

Ce n'est qu'un regard échangé, Lovino n'est pas bête. Mais il ne sait pas pourquoi, ça le rend nerveux. Est-ce qu'elle va venir vers lui ? Devant Antonio ? Est-ce que l'italien va lui renverser un verre sur elle ou même se battre jusqu'à ce que mort s'en suive comme ce putain de connard de Gilbert ?

Oh purée, il faut vraiment qu'il aille se resservir à boire.

« On re-rentre ? » Demande Antonio en écrasant sa cigarette avec sa chaussure.

Lovino hoche immédiatement la tête. En menant le pas, il espère secrètement qu'elle le regarde toujours.


Dimanche matin, 04h. Bar.

Les gens bougent, la musique s'arrête petit à petit mais la fête continue. Surtout dans sa tête à vrai dire. L'italien est tellement éméché que les gens vomissant à côté de lui ne le dérange plus. Il se met même à rire de façon diabolique en les insultant en italien - dans sa barbe évidemment.

Les chaises sont en train d'être rangés, ce qui sonne la fermeture du bar. Avec plus de mal qu'il ne l'aurait cru, le jeune homme se lève, légèrement boiteux. Serait-ce la dixième table qu'il percute ? Il n'en sait trop rien et entre nous, il n'en a rien à foutre. Lovino empoigne ensuite ce qu'il croit être sa veste et s'avoue vaincu vers la complexité qu'est de l'enfiler. Mais heureusement pour lui, Antonio arrive derrière et réussit à le lui mettre sur ses épaules. Ce stupide espagnol est toujours là quand il a besoin d'aide.

Zigzaguant entre les tables et les gens - Lovino à l'impression de n'avoir fait que ça - il perd rapidement la cadence en suivant Antonio. Avant qu'il ne le perde pour de bon, ou bien qu'il ne trébuche ou qu'importe, l'italien l'agrippe par le bras. Le plus vieux s'arrête immédiatement et se retourne vers lui. Lovino plonge instantanément son regard dans ses magnifiques yeux verts si uniques et si fantastiques et si putain d'éclatants.

« Ça va Lovino ? »

Sa voix est plus fébrile et plus profonde. L'alcool le rend tellement plus intense, ça en devient trop attrayant.

« Hm. » Murmure Lovino en se rapprochant de lui.

Sa main s'enroule autour de son bras et sert un peu plus son biceps détendu. Lui qui en avait fait une obsession depuis le début de la soirée, le voilà secrètement ravis de pouvoir y toucher. Utilisant son ami comme gouvernail, Lovino suit ses pas et sort du bar plus rapidement qu'il ne l'aurait espéré.

Dehors, l'air y est plus frais. Les gens sont aussi plus nombreux et dispersés. En regardant autour de lui, le jeune homme ne peut empêcher cette sensation de plénitude et de soulagement envahir son corps. La soirée est sûrement finie mais avec elle, elle a emporté tout ce que Lovino traînait derrière lui.

En marchant le long de la rue, les deux jeunes hommes observent les voitures passer, les gens partir et la nuit bercer la ville. Lovino s'autorise même le geste de glisser sa main le long du bras ferme et glissant d'Antonio jusqu'à atteindre la sienne. Leurs doigts se frôlent et aux premiers abords, l'espagnol ne comprend pas. Mais rapidement et dans un accord commun, leurs doigts s'entremêlent et ils resserent tous deux leur étreinte.

Lovino sent les doigts chauds d'Antonio se lier avec les siens et sa paume si grande et si ferme contre la sienne encore moite. Mais ça ne semble pas le déranger. L'espagnol se contente simplement de sourire en mettant ses lunettes de soleil blanches sur son nez - Lovino avait oublié qu'il les avait empruntés. Mais rien ne semble le déranger. Jamais.

« Il faut que j'appelle Francis et Gil. Je ne sais pas où ils sont. »

En s'étant arrêté un peu plus loin vers les poubelles, le plus vieux sort son téléphone et compose un numéro. Pendant que celui-ci est tourné vers le trottoir, Lovino fixe la route en agitant la main d'Antonio dans tous les sens. Il bouge de gauche à droite, saute, tourne et passe le temps. Mais rien y fait, Antonio ne lâche pas sa main.

L'italien se dit qu'il doit être vachement bourré pour faire de tels choses devant lui et d'en apprécier chaque instant.

Puis en s'entend une présence passer devant lui, le jeune homme arrête ses singeries. Il fixe devant lui et aperçoit la jeune femme blonde de toute à l'heure. Elle le regard, un air d'amusement sur son visage en tenant le bras d'un homme. Lovino ne fait pas attention aux mèches de cheveux s'emmêlant devant ses yeux ou à ses joues beaucoup trop rouges à cause de l'alcool. À cet instant précis, son apparence lui importe peu. Tout ce qu'il compte c'est qu'il a Antonio avec lui et qu'il soit assez ivre pour demander à cette fille une cigarette.

« Oh ! Oui sûrement, attends... »

Elle lâche le bras de ce type et se met à fouiller activement dans son petit sac à main. Pendant ce laps de temps, Lovino ne quitte pas les yeux de son ruban vert - c'est beaucoup trop joli et trop mignon - et de sa poitrine qui est de plus en plus à découvert.

« Tiens ! »

« Merci. » Répond-il en prenant la cigarette qu'elle lui tend.

Lovino l'examine de plus près. Une putain de menthol, évidemment.

Ses grands yeux rencontrent ceux plus sombre de Lovino. Elle lui sourit et il croit la voir rougir.

« Bonne soirée... » Sa propre voix est tellement mélodieuse, le jeune homme ne s'en rend pas compte.

« Toi aussi. »

Puis elle repart rejoindre son groupe d'amis, sans lui adresser le moindre intérêt.

« Ok bah on va rentrer alors. Oui... oui devant le bar. Vous êtes où vous... ? Quoi ? Dis à Gil d'arrêter de hurler s'il te plaît, je n'entends rien. »

Antonio est tellement prévoyant et si gentil. Lovino n'a même pas eu le temps de lui demander son briquet que celui-ci plonge sa main dans une des poches de son jean et en sort un. Comme un maître dans l'art de la jonglerie, l'espagnol maintient son téléphone contre son oreille, allume son briquet avec une main et maintient toujours une pression sur celle de Lovino avec l'autre.

Le plus jeune ne sait pas s'il aurait eu la même motivation pour faire autant d'effort ou si il en serait capable, vu l'état dans lequel il est.

Mais ça le rend encore plus heureux, il ne peut pas le nier. Même si le goût de menthe lui arrache la gorge et qu'il a envie de recracher ses poumons, il ne peut s'empêcher de sourire en regardant Antonio.

« Ok appelez-moi. » Murmure l'espagnol en lui retournant son attention.

Lovino se demande si cette soudaine fixation qu'il a en son égard l'intrigue. Mais après tout, le comportement d'Antonio n'a pas si changer que ça. S'il y en a un qui doit se poser des questions c'est bien lui et non le plus vieux.

Mais encore une fois, Lovino s'en fiche. Il se fiche de ce que cet idiot d'espagnol peut bien penser, de ce qu'il est en train de faire ou bien de ce qui va suivre.

Il veut juste contempler son ami encore un fois et bannir toutes les cigarettes mentholées du pays.