Auteur : Mangafana

Disclaire : Rien n'est à moi.

Partie 2


John, pour ce qui lui paraissait être la centième fois aujourd'hui, soupira.

Il était actuellement dans un pub, dans le trou du cul du monde ou le MI6 avait sa planque, dans un coin paumé de l'Ecosse. Et bien qu'on soit en septembre, il regrettait déjà de ne pas avoir eu la possibilité d'emmener ses tricots parce qu'il faisait très froid, ici.

Quand il pensait à ce qu'était sa vie il y avait encore 24h et ce qu'il avait maintenant, il se posait des questions sur son karma. Il avait dû être Jack l'Eventreur dans une autre vie, au moins, pour avoir autant de malchance.

Hypnotisé, il regarda une goutte de condensation descendre le long de son verre pour s'écraser sur son sous-verre. Passionnant. Comme ce village de 250 personnes et le triple de vaches et de moutons. Bon sang.

Mais bon, être morose n'était pas dans son caractère alors il décida de se reprendre et observa le pub. Comme on pouvait l'imaginer dans ce genre d'endroit, la salle était assez grande mais basse de plafond. Il y avait peu de lumière qui passait par les 3 minuscules fenêtres obstruées par au moins 10 ans de crasses en tout genre.

Le pub était chauffé par une gigantesque cheminée ou brulait un feu de l'enfer et il était peuplé d'autochtones tous plus ou moins alcoolisés qui avaient tous le nez rouge. Si John devait juger le village par les spécimens qu'il avait sous les yeux, il aurait dit que personne dans le village ne devait avoir moins de 50 ans. Mais John savait qu'il ne devait pas se fier aux apparences. En plus, le barman était jeune, lui.

D'ailleurs, celui-ci, après avoir servi un de ses habitués (ça devait en être un, il l'avait appelé par son prénom), s'approcha de lui.

-Alors, dîtes-moi, vous êtes nouveaux dans le coin ou vous êtes de passage ?

-Vous en avez beaucoup, des nouveaux, qui viennent s'installer ici ?

-Bizarrement, oui, pas mal. Ils viennent en quête de calme et de paix après une vie à 100 à l'heure. Il y en a même un, une fois, qui a décidé de devenir berger. Mais ils ne restent jamais bien longtemps. Je crois que le maximum, c'était 2 ans et ils s'en vont. Finalement, la vie ici ne leur convient pas. Trop loin de tout. Le cinéma le plus proche est à 1h, ainsi que la première grande surface, et on est en zone blanche, ici, donc les portables ne passent pas et pour internet et la télévision … ça dépend des conditions climatiques. Alors ?

-… Je suis nouveau, je pense.

-D'accord … vous n'avez pas l'air très sûr. Vous habitez ou ?

-La maison à la sortie de la ville à droite.

-Ah, la planque du MI6 ?

A ses mots, John, qui avait porté son verre à sa bouche, s'étouffa et fut prit d'une quinte de toux.

-Comment vous savez ça ?

-Oh ben tout le monde le sais, ici. C'est de notoriété publique.

-Ah … et il y en a beaucoup, des gens qui ont habités cette maison ?

-Une dizaine en trois ans, je dirais.

-Ah quand même. Et ils restent longtemps, généralement ?

-Trois ou quatre mois.

-Ah, bon.

John ne savait pas s'il devait être soulagé ou continuer à s'apitoyer sur son cas.

-Maintenant, la question est … Vous êtes un criminel ou un témoin … hum, à vous voir, je dirais un témoin. Vous n'avez pas la tête d'un criminel.

-Merci … je crois. En tout cas, il ne faut pas dire que je suis ici.

-Pas de souci, ne vous inquiétez pas, depuis aussi loin que la planque est là, jamais aucun méchant n'est venu tuer un témoin ici. Les gens du coin sont des tombes.

-Me voilà rassuré.

-Dîtes, ce n'est pas trop mes affaires mais … vous paraissez être habillé assez légèrement pour la région. Je serai vous, j'irai faire un tour chez le vieux Tony, au petit supermarché du coin, pour prendre des fringues plus chaudes.

-Je pense également que ça serai une bonne idée, mais on ne m'a pas vraiment laissé le temps de prendre mes affaires, ils m'ont juste donné ce pantalon parce que l'autre n'était plus en état, je n'ai pas d'argent liquide, sauf pour ma bière, ne vous inquiétez pas, et le MI6 m'a prit ma carte pour que je ne sois pas repéré. Ils m'ont largué ici avec juste un numéro à appeler en cas d'extrême urgence et des boites de conserves pour manger pendant au moins 60 ans. Je n'ai même pas de voiture pour me déplacer.

-Oui, c'est un peu la galère. … Et vous faisiez quoi, avant ?

-Je suis médecin.

-Oh, un docteur, c'est pas vrai ?!

-Ben, si, pourquoi ?

-On n'a plus de médecin ici depuis au moins 20 ans. Et le plus proche médecin ici est à 50 km et il ne se déplace jamais jusqu'ici. Si vous êtes d'accord pour travailler, on peut en parler avec le maire, on a un cabinet qui ne demande qu'à être repris.

-Mais je ne serai peut-être pas là longtemps.

-Pas longtemps c'est mieux que jamais. Vous seriez pour ?

-Bien sûr. Si je peux travailler, ça trompera mon ennui d'être ici … Enfin … non … pas que … c'est pas ennuyeux ici … mais …

-Haha, ne vous inquiétez pas, je sais que tant qu'on n'est pas d'ici, on ne peut pas vraiment être bien et oui, je vous confirme, même pour les gens du cru, c'est un peu ennuyeux dans le coin.

-Je suis désolé, je ne voulais pas être désobligeant.

-Pas de soucis.

-Mais vous, vous êtes d'ici ? Parce que vous ne semblez pas vraiment …

-Oui, et bien je suis né à Londres mais j'ai été abandonné et j'ai été adopté par le gérant du pub d'ici quand j'avais deux ans. J'y suis resté jusqu'à ce que je retourne à Londres faire mes études. J'ai fini mes études et j'ai bossé à la City de Londres en tant que courtier en bourse. Je gagnais super bien ma vie et j'étais pas mal doué, j'adorais ma vie là bas.

-Et qu'est-ce qui s'est passé ?

-Mon père est mort. Je suis revenu pour son enterrement et ma mère est morte 1 mois plus tard, de chagrin. Et je me suis rendu compte qu'à Londres, même si on dit qu'on a des amis, on est anonyme, perdu dans la masse alors qu'ici, les gens compte vraiment et j'ai été soutenu et encouragé. J'aurai pu retourner à Londres, tout le monde aurai compris ici, comme vous pouvez le voir, il n'y a pas beaucoup de jeunes, ils sont tous partis, mais je me suis rendu compte que c'était ici chez moi. Alors j'ai repris le pub de mon père. Au moins, avec l'argent que j'avais gagné là bas, je n'avais pas à m'en faire pour l'argent et donc ma qualité de vie est bien meilleure que celle de mes parents. J'ouvre le pub le midi et le soir, de temps en temps, je loue une chambre aux randonneurs et le reste du temps, je fais ce que je veux. Ça fait 3 ans que je suis revenu et je ne le regrette pas.

-Je suis désolé pour vos parents. Mais si vous êtes revenu ici, c'est que vous y étiez le mieux.

-Ouais, je me sens bien, ici. C'est chez moi bien plus qu'à Londres et tout le monde ici me connais et je connais tout le monde. Ça doit faire bizarre de dire ça, surtout à vous qui avez l'air de venir de la ville, mais j'aime ce coin paumé et je n'en changerai pour rien au monde … enfin, si on pouvait avoir du réseau et la fibre, je ne dirais pas non, quand même, mais sinon, c'est cool.

John rit de la fin du plaidoyer du barman. Il était drôle, il avait de l'humour, et il était plutôt mignon. Assez petit, enfin de sa taille, quoi, avec de beaux yeux noirs assez envoutant, une barbe de trois jours qui lui donnait un petit air sauvage assez sympa et ses cheveux ramenés en arrière par du gel. Il était assez sexy et sympa.

Ouh là, quand John prit conscience de ses pensées, il se donna une gifle mentale. Ça se voyait que Sherlock était parti depuis plus d'un mois, il était clairement en manque de câlins.

John poussa un nouveau soupir en pensant à son amant mais reporta son attention sur le barman qui lui souriait.

-Alors, ce job, il vous intéresse ?

-Bien sûr. Où est la mairie, que je me présente au maire ?

-La mairie est fermée tous les jours de la semaine, sauf une permanence le mardi matin une semaine sur deux. Mais vous avez de la chance, le maire est là. Eh, Georges, tu peux venir, stp ?

John vit un homme, la soixantaine bien tassée, se lever un peu en chancelant et s'approcher d'eux. En le voyant arriver, John pu remarquer que son nez rouge et sa bedaine proéminente était le signe que l'homme buvait beaucoup, mais il avait l'air sympathique, malgré tout. Il portait la sorte de casquette en laine que tout le monde portait ici et une veste molletonnée verte. Il s'assit sur le siège à côté de lui et regarda John.

-Alors c'est vous, le nouveau planqué ?

-Comment tu le sais, Georges ?

-Le MI6 est tenu de m'informer quand ils font habiter quelqu'un dans la maison. Et ils doivent me dire si c'est quelqu'un de dangereux ou pas.

-Et ?

-RAS pour lui. Dit Georges en souriant.

-Il est médecin, Georges, et je lui aie dit qu'on n'en avait pas. Il ne sait pas combien de temps il va rester ici, mais le temps qu'il est là, il peut tenir le cabinet, non ?

-Vous êtes vraiment toubib ?

-Et bien, je ne peux pas vous présentez mes diplômes donc vous allez devoir me croire sur parole mais j'ai travaillé pendant plus de 10 ans en tant que médecin militaire et normalement, je suis sensé travailler aujourd'hui dans un cabinet médical privé.

-C'est pas mal. Vous seriez d'accord pour être notre médecin ?

-Il ne va pas avoir le choix, de toute façon, je vais lui prêter de l'argent pour qu'il s'achète des vêtements un peu plus chaud alors il va bien falloir qu'il me rembourse. Dit le barman en lui faisant un sourire.

-Alors c'est vendu. Vous êtes notre nouveau médecin. Je vais prévenir le village, vous commencez demain, je pense que vous allez avoir du travail.

-En revanche, Georges, il n'a pas de voiture, il va lui en falloir une pour faire ces visites.

-J'ai une vielle camionnette. C'est sûr, vous ne ferez pas d'excès de vitesse avec elle mais elle vous emmènera à bon port.

-ça marche, merci beaucoup.

Pour sceller leur accord, John et Georges se serrèrent la main

-Parfait, jeune homme. Restez-là, je vais chercher la clé du cabinet et je reviens.

Puis Georges sorti du pub sous la pluie battante. John ne tourna vers le barman avec un grand sourire :

-Je ne sais pas comment vous remercier. Tout ça, c'est grâce à vous et je ne sais même pas votre nom. Je suis John Watson, au fait. Dit John en lui tendant la main.

-Jim Moriarty, enchanté. Dit le barman en la lui serrant.

A suivre