Deuxième jour, deuxième couleur, deuxième défi : orange, avec des poneys.

En espérant que ça plaise à Pigeon, qui m'a fait découvrir le double poney :D
Au passage, joyeux anniversaire à toi :DD

Sinon ! Ingrate que je suis, je ne l'avais pas précisé hier (ça arrive à tout le monde d'oublier ToT), mais un immense merci à Arthy et Sea pour l'organisation de ce défi printanier - et aussi pour tout leur boulot sur le serveur discord (l'obscur serveur de l'obscur forum 8D). Je me suis vraiment amusée à faire ce défi (j'aurais probablement pas autant écrit ces dernières semaines sans ça), donc vraiment, merci !

PS : merci ShaSei72 pour ta review :p tu m'as effectivement démasquée, mais je pensais pas te croiser sur ffnet 8D

Bonne lecture !

OoOoOoOoO

Une de perdue, un de retrouvé.

- J'étais là tout le temps, bordel ! Et toi aussi !

Seiya fit une pause, visiblement à court de mots. Jabu en profita pour lui ôter sa canette à moitié pleine des mains. Comme en témoignaient la bière répandue sur le sol, le canapé et le jean de son ami, celui-ci n'était plus exactement en état de boire. Reniflant, les yeux rougis, Seiya leva mollement une main et, comptant sur ses doigts :

- Quand on était gosses et qu'elle voulait absolument jouer au cheval, un !

Jabu grimaça. Ouais, enfin, en l'occurrence, il aurait bien aimé ne pas avoir été là. Ses genoux s'en souvenaient encore. La voix pâteuse, Seiya poursuivait :

- Quand elle r'venue comme une fleur, paumée et tout, et que j'lui ai r'tapé sa bagnole, deux ! Quand CE CONNARD l'a abandonnée comme une fiente de pigeon, trois ! Quand il a fallu aller castagner ces enflures de vampires à la con, quatre ! Gentil, prévenant, tout quoi !
- Oui mais... osa Jabu. La gentillesse, ça suffit pas...

Seiya ricana :

- Ouais, j'ai bien vu. T'as vu l'immondice qu'elle va épouser ?! Franchement, un modèle de gentillesse et d'attention, hein ? Mais c'pas ça l'problème...

Le brun déglutit, s'affaissa encore un peu plus dans le canapé, prouvant par là que c'était encore possible. Jabu esquissa un vague rictus de compassion. Il ne savait pas quoi dire. Bien sûr, il était profondément désolé pour Seiya, mais...

- L'problème... L'problème c'est qu'elle m'a laissé croire... T'sais, j'pensais vraiment qu'il y avait quelque chose...

La voix de son ami s'était réduite à un filet douloureux, brisant le cœur de Jabu.

- Mais non... Mais non ! répéta Seiya. Y avait pas plus d'amour entre nous que de chips dans un paquet de Lay's !

Un rire étranglé, nerveux, échappa à Jabu, ce qui fit vaguement sourire le brun :

- Ouais, vaut mieux en rire... Je la déteste, tu sais...

Le blond eut un rictus. Ce n'était pas la première fois que Seiya répétait ces trois mots, comme un mantra. Et à chaque fois, à chaque fichue fois...

- Non, bien sûr que non, reprit le brun avec amertume. Je l'aime, évidemment.

Jabu soupira, sentant un mélange de colère et désespoir l'envahir.

- Combien de temps tu comptes répéter ça, hein ? lança-t-il avec plus de hargne qu'il ne l'aurait voulu.

Seiya le regarda, hébété.

- Tu veux pas, je sais pas, passer à autre chose ? Elle préfère l'autre suceur de sang, bah très bien, elle sait pas ce qu'elle loupe ! Maintenant, t'as pas tout perdu. Toute la meute, toute la famille est là pour toi ! Et moi je... je...

Jabu se sentit rougir. Bon Dieu, pourquoi ne s'était-il pas arrêté à la mention de leur meute ? Pourquoi avait-il laissé échapper ce "et moi" si... si larmoyant ?

- Moi je... je...

Rien à faire. Il était empêtré dans sa phrase et n'arrivait plus à en sortir. Et les yeux brusquement attentifs de Seiya ne l'aidaient pas. Depuis des années, mais surtout depuis leur première transformation, il était tombé sous son charme. Il n'avait rien osé dire, trop timide, et avait silencieusement regardé son ami s'éprendre de cette petite peste et se faire briser le cœur. Tout au plus était-il parvenu à donner quelques coups de pattes par-ci par-là. À présent, les faire-parts de mariage avaient été distribués, et Seiya était en miettes. Et, bien sûr, son cœur à lui aussi.

- Toi tu quoi ?

La voix de son ami le sortit de ses pensées. Le brun s'était rapproché légèrement de lui. Son regard était toujours brumeux, mais à cause de la bière plus que du chagrin. Leurs yeux se croisèrent et, pour la première fois depuis longtemps, Jabu eut le sentiment que Seiya le regardait. Le regardait vraiment.

- Je... commença-t-il, mais les sons s'étranglèrent dans sa gorge. Et bien je... j'étais là, tenta-t-il vainement. Comme, heu, Hyoga, Shun, Shiryu, Géki... La famille quoi...

Seiya secoua la tête. Désespéré peut-être, mais pas complètement stupide non plus.

- Non, insista le brun. Précisément, pas comme eux. J'ai lassé tout le monde, poursuivit-il avec tristesse. Mais pas toi.

Jabu resta silencieux.

- Pas toi, répéta Seiya, qui attendait visiblement une réponse.
- Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi.
- Menteur.

La lèvre inférieure du blond trembla légèrement, indiquant à Seiya qu'il avait vu juste. Comme d'habitude, Jabu était incapable de lui cacher quoi que ce soit. Ils se connaissaient si bien, après tout ! Et ils avaient toujours été là l'un pour l'autre. Cependant, cette fois... Cette fois, et c'était une première, le brun avait le sentiment qu'il y avait autre chose que de la simple amitié derrière la sollicitude de Jabu. Assez étrangement peut-être, l'idée ne lui déplaisait pas, semblait presque naturelle.

- Alors ? reprit Seiya.

Son ami détourna le regard, jouant machinalement avec une canette de bière. Pour une raison inconnue, le brun trouva ses mains fascinantes, observant attentivement ses doigts qui tour à tour tapotaient ou écrasaient l'aluminium. Un silence calme tomba sur la pièce ; seul subsistait le bruit léger du trottinement des aiguilles de l'horloge.

Au bout de quelques minutes, Jabu eut un léger soupir et reposa sa canette, brisant le sortilège. Il tourna enfin son visage vers son ami :

- Je ne sais pas quoi te dire, Seiya, je... Je n'ai pas les mots.

Le brun retint une grimace. Certes, l'excuse était plausible, mais c'était toujours une excuse. Jabu les avait, les mots, c'est juste qu'il n'osait pas les dire. Certes, Seiya ne pouvait guère l'en blâmer. À sa place, il en aurait probablement fait autant. Un instant, le visage de Saori apparut dans son esprit, mais ses couleurs s'étaient affadies. Un autre problème, à vrai dire, le préoccupait : Jabu. Jabu et ses mots qu'il n'avait pas osé dire mais que Seiya avait parfaitement compris. Et auxquels il avait envie de répondre. La question était : quoi ?

- Je n'ai pas les mots, Seiya, répéta brusquement Jabu avec un courage qui les surprit tous deux. Je n'ai pas les mots mais...

De sa main gauche, il effleura maladroitement ses lèvres, puis fit un vague geste en direction du brun.

- ... mais je peux te montrer.

La gorge nouée par une émotion étrange, indicible, Seiya ne parvint qu'à acquiescer doucement. Avec une maladresse qui répondait à celle de son compagnon, il s'approcha lentement, laissant leurs souffles s'entremêler.