Chapitre 2.
La maison que la rose habitait était dès plus modeste, avec une pièce principale, une chambre et une salle de bain. Rien ne pouvait trahir la véritable nature de la jeune femme, si l'on ne s'intéressait pas à l'un des livres de la bibliothèque installée près du lit double. Rejetant en arrière ses longs cheveux à la couleur particulière, Moira leva la main et le feu de la cuisinière s'alluma, une théière en étain rempli d'eau venant se poser dessus. Elenor regarda son amie faire, toujours aussi émerveillée.
Moira était l'une de ses humaines ayant subi une mutation génétique lui permettant de se servir de la magie présente dans l'air. Durant toute son enfance et son adolescence, elle avait été réduite en esclavage, obligée de travailler au château de Sélior, la capitale de Pénian. Jusqu'au jour où elle était apparue à Fendrel, avec ses cheveux roses et son tatouage de cœur sous son œil droit. Personne ne connaissait sa véritable nature, ni d'où elle venait, en dehors d'Elenor et de la famille de cette dernière. Mais même eux n'avaient jamais su ce qu'avait subi la jeune mutante.
Mais cela n'avait pas empêché les deux jeunes femmes de nouer une forte amitié. Elles se connaissaient depuis leurs seize ans maintenant et l'excentricité de Moira avait été à l'origine du tatouage de lotus bleu sur le bras droit d'Elenor, de celui, presque identique, qu'elle avait au-dessus de son sein droit, ayant apparemment des propriétés magiques et de celui de larme sous son œil droit. Moira elle-même s'en était fais d'autres depuis son cœur, des tatouages runiques protecteurs sur ses cuisses pour le moment invisible sous son pantalon.
« - Tu as lu le journal ? fit innocemment Moira en déposant, manuellement cette fois-ci, deux tasses et le pot de sucre.
- Oui, tout à l'heure à l'auberge et franchement, ils risquent de tourner en rond longtemps. Le prince est sain et sauf, qu'ils s'estiment heureux et qu'ils tournent la page.
- J'espère que tu as raison, ils fouillent toutes les forêts de Pénian, apparemment. »
Elenor haussa les épaules, pas vraiment inquiète du fait que toutes les forêts du continent soient fouillées. Moira lui servit une tasse de thé lorsque l'eau fut prête et sortit du four quelques gâteaux aux pépites de chocolat. La jeune femme aux cheveux noirs huma la fumée s'échappa à la fois de la tasse et de l'assiette dans laquelle sa meilleure amie venait de mettre les gâteaux, l'odeur lui donnant l'eau à la bouche.
En la voyant faire, Moira secoua la tête, amusée par le comportement de son amie et par son appétit semblable à celui d'un gouffre sans fond qui ne l'empêchait pas de garder une bonne ligne grâce principalement à son travail à la ferme.
« - Vas-y, je les ai fais pour toi...
- Tu insinues quoi par là ? demanda Elenor en plissant les yeux.
- Que tu as encore dû sauter le repas de ce midi et ce qui empire ton appétit déjà trop grand, rétorqua moqueusement la rose. »
La noiraude aurait bien voulu démentir, nier les propos de sa meilleure amie, mais cette dernière la connaissait depuis un moment et donc, ce qu'elle disait était tout à fait véridique. Un grand sourire étira les lèvres charnues de Moira lorsque Elenor tendit la main pour se saisir d'un premier gâteau, mordant dans la pâte cuite. Le silence plana dans la pièce pendant quelques secondes, la mutante attendant avec une certaine appréhension le verdict de son amie.
Après tout, il fallait la comprendre. En dehors de ses potions et onguents légèrement influencé par sa magie, Moira n'était pas une très bonne cuisinière. Brûlant le plus souvent les plats qu'elle faisait ou bien prenant le sel pour du sucre, ou inversement. Elle était donc inquiète, même si Elenor était un peu son cobaye culinaire depuis longtemps, il était déjà arrivé que la noiraude tombe malade à cause de quelque chose qu'elle avait mangé chez la rose.
Avalant sa bouchée, la jeune femme aux tatouages de lotus bleus n'afficha aucune expression, ce qui ne manqua pas d'angoisser un peu plus sa meilleure amie qui pianotait rapidement des ongles sur le bois de la table. Finalement, Elenor lui offrit un magnifique sourire, dévoilant ses dents bien blanche aux canines à peu plus pointues que la moyenne. Moira souffla de soulagement.
« - Ils sont parfaits ! déclara la noiraude. Tu as enfin réussi !
- Que Mère-Nature soi louée ! J'avais peur de te faire encore tomber malade !
- Oh, ne t'en fais pas, je guéris plutôt rapidement ! Et encore plus grâce à tes potions de soins ! »
Les joues de Moira se tintèrent de rouge alors qu'elle prenait sa tasse pour en boire une gorgée, gênée de recevoir un compliment. Elenor laissa fleurir un sourire malicieux sur ses lèvres, juste avant de manger un nouveau gâteau.
Les deux jeunes femmes discutèrent jusqu'à ce que le soleil ne commence à décliner. Moira présentant à la noiraude les nouvelles potions et onguents qu'elle avait fabriqué. Elle donna d'ailleurs un pot à Elenor. C'était un onguent à la framboise, sans particularité spéciale, mais à l'odeur merveilleuse que la jeune femme aux cheveux noirs appréciait énormément.
« - Merci ! s'exclama celle-ci en lui sautant en cou, ce qui obligea Moira à se pencher un peu en avant.
- Ce n'est rien. Mais le soleil est presque couché, dépêche-toi de rentrer ! »
Elenor hocha la tête et embrassa son amie sur la joue avant de courir en direction de son cheval, rangeant le pot d'onguent dans l'un de ses sacs de selle. Elle dénoua les rênes, les passant par-dessus la tête de sa monture et plaça son pied dans l'étrier, elle s'accrocha au pommeau de la selle avant de se hisser sur le dos de l'équidé. Après un dernier signe de la main en direction de Moira, Elenor talonna son cheval qui commença à trotter, avant de finalement partir au galop.
Pour pouvoir élever des chevaux tranquillement et leur permettre de pouvoir galoper à leur aise, il fallait un domaine bien grand. La ferme familiale de la famille d'Elenor était l'une des plus grandes de Fendrel. Elle couvrait plusieurs hectares de terrain, rendant presque ridicule la petite maison se trouvant en plein milieu et l'écurie.
Lorsque la jeune femme passa le portail délimitant les limites de sa propriété, elle descendit de son cheval pour le fermer. Étant chez elle à partir d'ici, la noiraude n'avait plus à craindre une arrestation à cause du non-respect du couvre-feu. Elle remonta en selle et cette fois-ci, elle ne demanda pas à son cheval d'aller au galop. Au fur et à mesure du chemin, ils furent rejoints par d'autres chevaux, curieux de les voir revenir.
Bien qu'elle soit désormais une éleveuse de chevaux, Elenor n'en possédait pas tant que cela. Son père lui avait laissé, un grand cheval de trait, quatre juments, ainsi que deux étalons, l'un d'eux étant actuellement sa monture et sous sa responsabilité, deux chevaux étaient nés trois ans plus tôt. Cette année, trois petits étaient nés. Un poulain, ainsi que deux pouliches jumelles. Grossissant le nombre d'équidés qu'elle possédait à douze.
Au bout d'une quinzaine de minutes, Elenor arriva enfin près de sa maison et de l'écurie, où elle s'occupa de rentrer les chevaux avant de les nourrirent. Elle en profita également pour récupérer ses sacs de selle qu'elle porta sur son épaule gauche. Cela fait, la jeune femme rentra définitivement chez elle.
Sa demeure était un peu plus grande que celle de Moira, ce qui était logique. Elenor avait vécu dans cette maison depuis son enfance, avec son père et sa mère, morte lorsqu'elle était encore enfant. Le bâtiment possédait donc deux chambres bien distinctes. En plus d'une pièce principale et d'une salle d'eau. Refermant la porte derrière elle, la noiraude soupira d'aise tout en retirant ses bottes souples.
S'avançant dans la pièce, Elenor déposa ses sacs sur la table de la cuisine pour en vider son contenu, entièrement rempli de nourriture en dehors du pot d'onguent offert par Moira qu'elle s'empressa d'aller ranger dans sa salle de bain, sur l'étagère à côté du lavabo et du miroir. La nourriture, de son côté, rejoignit les restes présents dans ses placards.
Lorsque la jeune femme eut enfin terminé de tout ranger et qu'elle eut bu un verre d'eau pour s'hydrater un peu, elle alla prendre une douche pour enlever l'odeur de cheval et la sueur qui lui collait à la peau. Dans sa chambre, qui était celle de son enfance, les murs étant encore décoré par de vieux dessins, Elenor s'arrêta devant un tableau. Trois personnes une figuraient, une femme aux longs cheveux bruns et aux yeux bleus, un homme très beau, aux yeux verts aux cheveux noirs qui portait autour de sa tête un foulard vert lui-aussi. Au milieu des deux adultes se tenait une enfant, âgée de quatre ans, aux cheveux noirs et aux yeux bleus portant un foulard identique à celui de son père, mais de couleur bleu.
Fixant le tableau, Elenor ne put empêcher le sourire triste qui étira ses lèvres lorsqu'elle se détourna pour s'allonger dans son lit, la fatigue l'assommant presque.
