Les Conquêtes
Jon se glissa dans la pièce, un feu ronronnait dans une imposante cheminée et Daenerys était assise à table. Elle faisait face à une assiette à peine entamée et buvait un verre à petite gorgée. Évidemment, elle allait mal.
Pas un mot n'avait franchi sa bouche depuis l'exécution sommaire de Missandei. Elle avait juste fait demi-tour, écouté distraitement ses conseillers en fixant l'horizon, demandé à être seule. Jon devait aimer le risque pour avoir insisté pour malgré tout voir la souveraine.
Évidemment, elle savait qu'il était là : Daenerys avait autorisé sa venue même si elle ne daignait pas le regarder pour l'instant. Il s'approcha encore et s'assit à sa droite. Elle ne le regardait toujours pas. En fait, il était en train de se demander si elle l'aimait.
— Tu es venu mais tu restes silencieux ? Qu'est-ce que tu me veux ?
La voix de Daenerys avait un ton particulier, toujours exigeant, toujours un peu brutal. Mais il savait qu'elle avait un cœur énorme, elle était aussi généreuse que belle. C'était au cas où elle ait besoin de soutien qu'il était venu.
— Je suis venu car je me souviens que c'est dure de perdre un ami. Ça m'est arrivé trop souvent…
— Ce qui est dure, c'est de perdre l'unique personne qui ne m'a jamais trahi, Daenerys le contredit durement.
Jon se tendit et il joignit ses mains sans rien dire.
— Tu l'as dit − peu importe à qui mais maintenant ta filiation est connue et mes « conseillers » doutent et complotent.
Tout se savait. Par les anciens et les nouveaux dieux, Jon aurait préféré que tout soit plus simple. Que l'ensemble de Westeros s'unisse pour commencer. Daenerys ferait une meilleure reine que tous ceux qui avaient défilé sur le trône ces trente dernières années − ce n'était pas discutable dans son esprit.
— Je n'ai jamais voulu-
— Ça n'a aucune importance, le coupa la reine avec force. Je t'avais prévenu et tu ne m'as pas écoutée.
— Je suis avec toi, je ne suis pas un prétendant, je ne suis pas un ennemi. Je suis un de tes loyaux vassaux.
Il voulut approcher sa main de ses cheveux mais elle le repoussa sèchement. Elle commença à grignoter les légumes froids avec rage. Elle détestait le monde entier il ne pouvait pas vraiment l'en blâmer. Il se souvenait lui-même…
— Quand j'ai appris l'exécution de mon père, j'étais furieux. J'ai voulu rompre mes vœux et descendre jusqu'à Port-Réal incendier la ville.
Elle sourit doucement, elle était tellement belle.
— Lord Eddard Stark a fait tout ce qu'il a pu pour nous, y compris nous aimer sincèrement alors que l'on était que des problèmes supplémentaires…
Daenerys écoutait silencieusement, elle regardait son visage et tout se qui y apparaissait peu à peu.
— Je n'ai jamais imaginé qu'il ne soit pas mon père. Tout ça pour dire que penser aux responsables de cela me rendait furieux. Je détestais Robert pour avoir traîné mon père là-bas et j'avais envie de d'attraper ce sale gosse tordu de Joffrey et-
— Finalement, tu es encore en colère.
Jon releva la tête et sourit en se rendant compte de son emportement.
— La colère c'est normal et je dirais même bien. L'injustice rend furieux, c'est sûrement la seule chose à garder dans ce monde.
Daenerys lui présenta sa fourchette pour lui permettre de piocher dans son assiette. À deux, la quantité de nourriture s'amenuisa à toute vitesse et ils restèrent silencieux pendant de longues minutes. Contrairement à d'habitude, Daenerys n'avait appelé aucun serviteur, elle ne s'était pas précipité sur d'obscures documents pour travailler, elle ne l'avait pas congédié.
— Est-ce que tu veux parler de Missandei ? questionna Jon dans un doux murmure. Ses connaissances m'ont impressionnées dès le premier jour.
Daenerys sourit avec une fierté indicible.
— Je l'ai rencontrée quand j'ai libéré les Immaculés. Elle était esclave, fière, cultivée et indiscutablement attentionnée. Elle effectuait l'interprétation entre le maître d'esclaves et moi : il était rustre et grossier et elle s'évertuait à le cacher. Je ne l'ai jamais entendue jurer : elle avait plus noble cœur que moi.
C'était un moment privilégié. Daenerys venait de retrouver sa douceur mais bien sûr cela ne dura pas. En se rappelant que son amie n'était plus de ce monde, elle perdit son sourire. C'était difficile de se dire qu'elle l'avait libérée d'années de servitude pour causer sa mort quelques années plus tard. Quelle mauvaise amie. Quelle mauvaise monarque.
— Elle avait foi en toi, son enthousiasme m'a rappelé que prendre le risque de croire n'est pas inutile. Pas quand on croise la route de Daenerys du Typhon. Tu vas transformer le monde et tu vas tous nous transformer au passage !
Un éclat de rire fit trembler la jeune femme. Elle secoua la tête et ses cheveux caressèrent son buste. Elle était toujours sublime, rajeunie par un sourire ou impitoyable en tant que chef militaire.
— Est-ce que tu me considères comme un de tes conseillers ? demanda avidement l'ancien Roi du Nord.
— Oui, peu ou prou.
Elle avait un petit sourire sardonique mais il ne s'y fia pas. Elle pouvait changer d'humeur très vite et il ne voulait pas l'offenser par une nouvelle maladresse.
— Après tant d'années de déception, le doute devient un réflexe. Je te dirais de conquérir les habitants en même temps que les territoires.
— Ou alors je sévis face à un crime de lèse-majesté ?
— Si parler devient un crime, ton règne s'annonce sanglant, prédit Jon en lui saisissant la main. Et si tu leur permets de te parler en face, ils le feront. Tu n'as pas besoin d'être d'accord avec eux, simplement,…
— De les traiter comme des conseillers, finit sèchement Daenerys.
Elle semblait agacée et un tantinet impatiente. Il aurait aimé qu'elle lui parle plus franchement mais ce n'était pas son genre. Dans un certain sens, elle était toujours cette dernière Targaryen isolée entre tous. Et ce n'était pas lui qui regrettait sa figure paternelle qui allait constituer un soutien.
— Énerve-toi. Tu dis que la colère est une bonne chose, profites-en.
Voyant qu'elle n'accordait pas le moindre crédit à ses paroles, il se leva et la domina de toute sa stature. Il pensa à tous les gens insultants, méprisants ou impertinents qu'il avait pu rencontrer. Il s'en inspira pour déblatérer une tirade convaincante :
— Quoi, tu vas rester assise à me regarder les bras ballants ? T'es quoi ? Une fichue menteuse, une fausse libératrice ? Ou Missandei mérite pas un simple éclat de voix ?
— Pas mal mais tu es trop mignon pour jouer à ça, se moqua impunément Daenerys avec un regard d'aigle.
— Qu'est-ce que tu vas faire à Cersei ? J'ai toujours imaginé qu'une fois face à Joffrey, je lui ferais regretter sa bêtise.
— Comment ça ? Avec un discours assommant ?
Jon secoua la tête dépitée. Est-ce qu'il était un tantinet sadique pour aimer des femmes si moqueuses ?
— Laisse tes sœurs se chargeaient des exécutions. Moi je me chargerai de mes conquêtes.
Défi : Mille Prompts (Défi de la gazette des bonbons au citron)
Prompt : 997. Et si − Daenerys n'avait pas exécuté Varys ?
Code : 084
