Coucou à tous ! J'arrive avec un nouveau chapitre. Certes il y a un peu de retard mais j'ai été très prise ces derniers temps ! Surtout n'hésitez pas à me laisser une petite review si cela vous plait :D
Chapitre 2 : Les deux seins dans le même sabot
Bilbo regardait son visage. Elle n'en avait pas l'habitude. Mais quelque chose l'avait troublé lors de la drôle de soirée qu'elle avait vécu la veille. Elle peinait d'ailleurs à croire que cela s'était réellement produit. Pourtant, des frissons continuaient de lui traverser l'échine. Elle entendait leurs voix. Leurs voix graves. Les voix de ces nains en quête de foyer et de vengeance. Ils souhaitaient se mesurer à un dragon. Pour Bilbo, ils voulaient mourir. Que pouvaient-il réellement tirer de leur salut ? La hobbit n'en avait pas la moindre idée. Elle n'avait entendu que ce qu'elle avait pu entendre. Leur chanson. Elle était sûre d'au moins une chose. Ils avaient eu les voix les plus belles qu'elle avait pu entendre. Elle revoyait ce maître nain aux cheveux noirs, ce nain qui l'avait regardée avec tant de mépris lorsqu'elle avait catégoriquement refusé de signer le contrat. Il la condamnait. Pourquoi ? Pour avoir peur de la mort. Bilbo ne voulait pas mourir. Elle aimait cul de sac. Mais aujourd'hui, quelque chose de nouveau s'était frayer un chemin dans son crâne. Elle ne voulait pas mourir, c'était un fait. Mais voulait-elle mourir un jour de vieillesse sans avoir faire plus que lire des livres et cuire du poisson frai ? À présent elle n'en était plus tellement sûre. Elle eu l'impression de renaître en ignorant tout d'elle alors qu'elle se regardait dans ce miroir. Ils étaient partis. C'était également un fait.
Prise d'une drôle de pulsion, la hobbit déboutonna sa chemise. Elle regarda sa maigre poitrine, et caressa la naissance de son sein gauche. Il pointait à peine. Puis elle entreprit de toucher son visage. Il y avait peu de rides, mais celles qui étaient là étaient malheureusement bien visibles. Elle entrait dans un autre âge. L'âge où on se contente de lire des livres et cuire du poisson frai. Et elle y était même rentrée depuis bien plus longtemps qu'elle ne voulait l'admettre. Allait-elle réellement mourir ainsi ? Bilbo se mordit la lèvre. Elle regarda à la fenêtre de sa chambre. Il faisait grand jour. Puis elle revint à son miroir. À ses seins. Avait-elle déjà était une femme ? Avait-elle déjà servi une autre cause que la sienne ? Elle revint à son visage. Allait-elle le laisser vieillir sans cicatrices d'aventure ? Gandalf avait réveillé quelque chose, elle le sentait. Pire encore, elle l'avait su dès l'instant où le vieux magicien l'avait abordée alors qu'elle fumait dans son jardin. Il tentait de la sauver d'elle même.
Bilbo reboutonna sa chemise. Elle se jeta sur son vieux sac en cuir. D'un geste mécanique, elle y fourra quelques vêtements, le nécessaire pour survivre quelques jours. De la nourriture, et toutes les choses qu'elle pensait utiles à sa vie. Elle boucla le sac. Elle ne prit même pas le temps de le regarder. Elle le hissa sur ses épaules, et se rua vers la porte d'entrée de sa petite maison. Elle l'ouvrit à la volée, et respira tendrement l'air extérieur. Ses yeux clignèrent. La lumière était aveuglante. Elle claqua la porte, et se mit à courir.
- Je l'ai signé !
Tous les nains se tournèrent vers cette drôle de petite femme qui les interpellait. Bilbo était à bout de souffle. Elle peinait à respirer. Gandalf se mit à sourire.
- Je me doutais bien que vous le signeriez, dit-il.
- J'ignore si c'est une bonne idée, mais je l'ai signé, répéta Bilbo.
Le vieux nain, Balin, s'approcha de la hobbit. Cette dernière lui tendit le parchemin. Il sortit une lunette, et se concentra dessus. Avant de sourire.
- Tout est en ordre, déclara-t-il. Bienvenue, Bilbo, dans la compagnie de Thorin écu de chêne !
Bilbo esquissa une petite moue réjouie. Elle les regarda tous. Les nains étaient bourrus et sans manière. Elle doutait que la cohabitation soit de tout repos. Hélas, elle venait de se joindre à eux pour une raison qui lui était encore inconnue. Elle leur trouvait un sale caractère et une hygiène douteuse, mais quelque chose l'avait séduite. Ou plutôt, quelque chose lui avait fait peur. Elle avait eu peur de rester Bilbo. En voyant ce contrat, elle avait aspiré à plus. Gandalf avait semé une graine, et la voilà qui prenait racine.
- Donnez lui un poney.
Bilbo haussa les sourcils. Elle reconnut cette voix traînante et agacée. C'était une voix qu'il lui arrivait de prendre, notamment lorsqu'une autre femme lui passait devant lors du marché aux légumes.
- Vraiment, ce n'est pas nécessaire, dit-elle avec gêne.
Elle n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit qu'elle se retrouva hisser sur un poney. Elle pinça les lèvres, et teint les rênes aussi éloignées d'elle qu'elle le pouvait.
- Je suis allergique, marmonna-t-elle. Gandalf, je suis allergique aux poneys.
- Malheureusement, ma chère Bilbo, vous devrez faire avec, je le crains, répondit le magicien.
Bilbo poussa un soupir. Et sentit quelque chose lui frôler le visage à toute vitesse. Elle tourna la tête, et ouvrit de grands yeux. Les nains étaient entrain de se lancer des petites bourses.
- Que faites vous ?demanda-t-elle à Gandalf. Vous ne vous vendez pas les uns aux autres, tout de même ?
- Ah, Bilbo, rit le magicien. Cette touche de mépris et de cynisme était ce qui manquait à cette compagnie !
Bilbo fronça les sourcils.
- Allez vous me dire de quoi il en retourne, Gandalf ?s'agaça-t-elle.
- Ils ont parié sur la probabilité que vous veniez ou non, expliqua le magicien.
Qui attrapa au même instant quelques pièces d'or.
- Je n'ai jamais douté de vous, ajouta-t-il avec un clin d'oeil.
- Charmant, soupira Bilbo.
Elle regarda l'ensemble de la compagnie. Ils étaient barbus, rugueux, mal élevés, et plus que tout grognons et particulièrement durs en plaisanterie. Ils avaient ce quelque chose que Bilbo avait du mal à comprendre. Ils riaient, rotaient, mangeaient à s'en rendre malade. En vérité, ils agissaient sans penser au lendemain. Bilbo prit cela pour une forme de désespoir. Curieusement, cela la peina, mais elle n'en laissa rien paraître. Elle venait de s'embarquer dans une drôle de chose, elle en était certaine. Son regard se posa alors sur le dos du nain menant la troupe. Il était solide et noble, ainsi hissé sur ce qui était pourtant un simple poney.
- Alors, je suis à vos ordres, désormais ?demanda la hobbit à Gandalf.
- Vous êtes aux siens, répondit le magicien en désignant le grand nain.
Bilbo le regarda de nouveau. Ses cheveux étaient soufflés par la brise du début de journée. Elle pencha la tête sur le côté, chose que Gandalf remarqua, puisqu'il eut un petit rire discret.
- Ma chère Bilbo, je vous souhaite bien du courage, dit-il avec bonne humeur.
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- Nous passerons la nuit ici, déclara Thorin de sa voix froide.
Il descendit de son poney, et le tira par les rênes. Ils étaient perchés sur un monticule rocheux surplombant une vaste plaine. Bilbo regarda le paysage nocturne avec une étrange fascination. Elle n'avait jamais vu d'endroit aussi grands. Chaque parcelle d'herbe reflétait la lumière des étoiles, et dès lors qu'une flaque d'eau pointait, l'horizon explosait de lumière. La hobbit descendit de son poney sans rien quitter les yeux. Et fut surprise de s'écrouler au sol. Tous les nains se tournèrent vers elle. Elle était à quatre pattes au sol, les yeux écarquillés.
- Bilbo ?
C'était un des plus jeunes nains, Kili. Il vint près d'elle, et posa une main sur son dos. La hobbit frissonna, peu habitué aux rapports physiques.
- Je ne peux plus me lever, souffla-t-elle.
Une douleur vive irradiait ses jambes. Kili passa un bras sous ses épaules, et la hissa difficilement contre lui. Bilbo sentait à peine son corps bouger. Il était complètement endolori.
- Vous n'avez pas l'habitude de monter, n'est ce pas ?demanda le jeune nain.
- Oui, je pense, répondit Bilbo.
Gandalf vint près d'eux, et donna une petite tape dans son dos.
- Comme pour le reste, vous vous y habituerez, dit-il d'un ton rassurant.
Kili adressa un sourire à Gandalf, et porta Bilbo contre lui jusqu'à pouvoir l'asseoir contre la falaise. La hobbit se laissa tomber, à bout de souffle.
- Vous souffrirez, demain.
Bilbo tourna la tête. Cette voix était empli d'un mépris non feint. Elle savait parfaitement de qui il venait. Elle regarda Thorin de côté.
- Je n'ai pas vos cuisses, maître nain, rétorqua-t-elle durement.
- Non, en effet, répondit Thorin en lui tournant le dos.
Bilbo pinça les lèvres. Elle avait bien du mal à n'avoir cure des moqueries. Pourtant, ce n'était pas dans son tempérament de rétorquer à tout va pour avoir le dernier mot. Elle était de ces femmes qui se taisent et ignorent les simples disputes qui n'en valent pas la peine. Elle mesurait, elle contrôlait. Mais en présence de ce nain, tous ses principes durement acquis semblaient s'envoler, la ramenant à l'état de petite fille.
Finalement, et après un long soupir, Bilbo se laissa aller contre la falaise. Elle cala sa tête le plus confortablement possible, et se mit à regarder le ciel. La lune brillait haut, luisante comme un soleil dans cet air froid. Elle n'avait jamais prêté attention à la lune. À vrai dire, elle n'avait jamais prêté attention à grand-chose. Elle eut la désagréable impression d'être passée à côté de tout en ne quittant cul de sac que pour aller faire des provisions. L'envie de toucher son visage la reprit. Elle voulait sentir l'âge sur elle, toute cette jeunesse qu'elle perdait à s'enlaidir dans la routine.
- Vous allez bien, Bilbo ?demanda Kili, la réveillant de sa rêverie désagréable.
- Je suis fatiguée, pour ne rien vous cacher, répondit la hobbit.
Kili sourit, et vint s'asseoir à ses côtés. Ses armes teintèrent en touchant la pierre.
- Vous n'avez pas l'habitude de faire ce genre de chose, reprit le jeune nain. Vous verrez, avec le temps, ça viendra.
- La question est la suivante, Kili, murmura Bilbo. Est ce que je souhaite que ça vienne ?
Kili fronça les sourcils avec incompréhension.
- Oubliez ce que je viens de dire, lâcha la hobbit. Bien sûr que cela viendra. J'apprendrai.
- Je pourrai vous aider, rien que pour l'épée, dit Kili avec enthousiasme.
Bilbo ricana.
- Voyez vous la moindre épée à ma ceinture ?répliqua-t-elle.
Kili fit la moue. Et Bilbo se sentit incroyablement vulnérable. Elle était actuellement au milieu d'étendues sauvages, sans la moindre défense, sans la moindre arme. Elle était livrée toute entière à ces nains. Son sort dépendait d'eux, et c'était une chose dont elle avait horreur. Elle se découvrait faible devant eux alors qu'elle s'était toujours crue armée de tout ce qu'il faut à une personne. Maintenant elle comprenait. Elle n'était armée que de sa vie, mais de rien pour la défendre.
Un cri retentit. Bilbo releva un visage terrifié. Elle se tourna vers Kili. Fili vint s'asseoir à côté d'eux.
- Des orcs, lâcha Kili avec une voix pleine d'horreur.
- Des orcs ?répéta Bilbo en se levant soudainement.
Le visage de Kili se ferma. Il regarda son frère.
- Ils attaquent à l'aube, reprit-il. Des marres de sang, voilà ce qu'ils laissent.
Bilbo se sentit pâlir. Elle regarda au loin. Elle réalisa alors dans quoi elle venait de se lancer, et regretta immédiatement la politesse dont elle avait fait preuve en ouvrant sa porte à Dwalin, premier nain d'une lignée envahissante et dévastatrice avec qui elle se retrouvait désormais, les pieds coupés par la pierre et le cerveau plein à craquer de hurlements de bêtes.
- Les orcs ne sont pas une plaisanterie.
La voix de Thorin tonna si fort que tous tournèrent la tête vers lui. Bilbo déglutit. Le chef nain se dressa de toute sa hauteur, leur tournant le dos. Il était aussi impénétrable que la nuit.
- Ne t'inquiète pas, ma fille, finit par dire Balin.
Il avait posé une main sur l'épaule de Bilbo.
- Thorin a plus de raison qu'un autre de détester les orcs, reprit le vieux nain.
Bilbo haussa un sourcil, interrogatrice.
- Laisse moi te raconter, murmura Balin en tapotant son épaule.
Bilbo n'aimait pas ce contact, mais elle le laissa continuer. Sa curiosité venait de se faire mordre. Alors elle écouta le récit de Balin. Elle y entendit plusieurs noms, connus comme inconnus. Elle retint celui de Thorin à de nombreuses reprises. Et plus Balin avançait dans son récit, plus Bilbo sentait son corps frissonner. Jamais elle n'aurait pu imaginer de telles choses. Elle ne sortait que trop peu, elle ne connaissait que la vaisselle. La guerre était une matière humaine, naine, elfique, mais pas hobbit. Le mal n'était pas pour elle un terrain familier. Pour la première fois de son existence, elle regardait la souffrance en face. Elle n'en avait pas encore pleinement conscience, mais elle sentait son coeur battre pour les morts. Elle se découvrait une nouvelle sensibilité. Une étrange compassion.
- Je comprends mieux, finit alors par dire Bilbo.
Elle regarda Thorin. Il venait de s'éloigner. Une drôle d'idée la pris, et elle commença à marcher dans sa direction. Balin lui saisit le bras.
- Ne fais pas ça, Bilbo, dit-il.
- Il ne croit pas en moi, répondit la hobbit. Je crois qu'il doit au moins savoir que je sais parler.
Balin soupira, et lâcha son bras. Bilbo sentit son regard s'accrocher à son dos alors qu'elle marchait vers le chef nain. Elle ne s'attendait pas à un accueil chaleureux. Elle ne s'attendait d'ailleurs à aucun accueil. Elle savait qu'elle n'était pas la bienvenue, quoi qu'elle puisse faire. Mais elle restait persuadée qu'il était grand temps qu'elle se présente à lui seul à seul.
