Tout compte fait, il se demanda s'il n'avait pas fait une connerie.
Cela faisait déjà une heure qu'ils naviguaient et Law était toujours en train de hurler à plein poumons pour que quelqu'un lui vienne en aide. Sauf que, comme ils se trouvaient actuellement en plein milieu de l'océan, il n'y avait aucune chance pour que qui que ce soit réponde à ses appels. Et il en avait conscience, la seule raison pour laquelle il s'époumonait était évidente : c'était pour lui casser les oreilles et le pousser à bout.
Il commençait à le connaître, le bougre. Il avait toujours été sournois et revanchard, il était impossible qu'il ne tente pas quelque chose en cours de route pour lui faire regretter son geste.
Rosinante ne voulait pas en arriver là mais quand il n'eut plus le choix, il céda et fit appel à son pouvoir. Il claqua des doigts et réduisit Law au silence. Lorsque le calme revint enfin, il poussa un long soupir de soulagement. Si son boucan avait duré plus longtemps, il aurait fini par le jeter par-dessus bord. Law, scandalisé qu'on lui ôte la parole, se mit à lui jeter tous les objets qui lui passaient sous la main, en guise de protestation.
– Bon, tu arrêtes maintenant ? S'impatienta Rosinante.
Loin de s'arrêter, Law continua de plus belle. Son comportement n'avait rien d'étonnant, c'était lui qui avait fauté : il avait montré une faiblesse. Maintenant, le gosse allait s'en donner à cœur joie pour l'agacer encore plus. Cette situation ne lui plaisait pas du tout, il devait mettre le holà tout de suite s'il ne voulait pas voir l'incident du couteau se reproduire. Finalement, il saisit Law par le poignet et le plaqua contre le plancher de la barque, à ses pieds. Law voulut crier mais plus un son ne sortait de sa bouche, alors il se débattit, frappant les mollets de Rosinante au passage, sans grand succès.
– J'ai dit : tu arrêtes.
Après quelques secondes de bagarre, Law se fatigua. Il cessa son manège et attendit que Rosinante le libère. A peine le laissa-t-il se relever que celui-ci fonça s'installer à l'autre bout de la barque, le plus loin possible de lui, en le fusillant du regard.
Rosinante n'était pas très fier de lui. Il aurait voulut que les choses se passent autrement, sans hargne, mais c'était peine perdue. Il savait parfaitement que Law n'allait pas accepter de le suivre gentiment et qu'il risquait d'être teigneux, mais il n'avait pas mesuré l'ampleur de la tâche. Law n'était pas seulement réticent à l'idée d'être soigné, il était complètement terrorisé par les adultes et ne faisait que se défendre contre ce qu'il percevait comme une menace. Un gosse comme lui, cruellement arraché à sa famille, témoin d'horreurs innommables, était déjà suffisamment perturbé comme ça. Et voilà que lui, pétri de bonnes intentions, le forçait à renoncer, encore une fois, au seul cadre un tant soit peu stable qu'il connaissait. Etait-ce vraiment pour le mieux ? Il n'en savait rien, il n'était même pas le mieux placé pour mener à bien cette mission. La preuve, après même pas une heure de voyage, le voilà qui perdait déjà patience. Et pourtant…
Pourtant, il lui était impossible de le laisser dans cet état. Il reconnaissait ces mécanismes de défense, il savait où ça allait le mener et il ne voulait pas que cela lui arrive. Il ferait tout son possible pour l'aider. Qu'il le veuille ou non.
Plusieurs minutes passèrent, et finalement Law sembla s'apaiser. Rosinante le libéra alors de son silence. Il claqua à nouveau des doigts.
– Tu t'es calmé ? Demanda-t-il, en essayant d'insuffler à sa voix un équilibre, entre la fermeté et la douceur.
Law lui lança un regard courroucé. Il ne lui répondit pas et fixa l'horizon, boudeur. Il prit cela pour un oui. Malgré tout, un pincement douloureux serra l'estomac de Rosinante. S'il ne parvenait pas à gagner sa confiance, qui sait ce qu'il adviendrait de lui. Que se passerait-il si le seul adulte référent dans son esprit restait Doflamingo ? Il le savait déjà, et il ne pouvait pas laisser une telle chose se produire. Pas encore. Sans parler du D caché dans son nom.
Il devait réussir. Dorénavant, sa seule mission était Law.
