Partie 2 : Passer à la caisse
Ron n'était clairement pas à l'aise dans son fauteuil et ce n'était pas Harry, terminant de consulter ses documents derrière son bureau, qui l'y aidait. Puisque le roux avait souligné l'urgence du sujet qui l'amenait, le brun n'avait pu que le prier de s'installer pendant qu'il terminait ce qu'il avait à faire. Même si en apparence, son attention n'était pas concentrée sur son invité intempestif, ce n'était pas pour autant qu'il ne notait pas sa vexation croissante ni qu'il ne s'étonna pas de le voir finalement exploser.
-Je ne comprends pas pourquoi tu n'as toujours pas démenti ton mariage avec la fouine ! éclata Ron. Ginny conviendrait largement si tu tiens tant que ça à te marier ! Et pourquoi est-ce que tu as choisi un Serpentard ? Tu as oublié tout ce qu'ils ont fait ? Ce sont tous des mangemorts ! Tu imagines la réputation catastrophique que tu vas avoir ? En tant que Sauveur, tu n'as pas à te compromettre avec ces ordures ! Et …
-Et en quoi est-ce que c'est ton problème, Ron ? coupa calmement Harry, l'air de ne pas y toucher
Ron en perdit la voix, clairement choqué. Quand il se disputait avec Hermione ou Harry, tous les deux le laissaient vider son sac avant d'essayer de le faire changer d'avis, ce qui était difficile car généralement, à ses yeux, il avait toujours raison. Jamais ils ne lui avaient coupé la parole et il ne comprenait pas pourquoi Harry le faisait aujourd'hui.
-Je comprends qu'en ayant un passif avec Draco, tu aies du mal à envisager que je puisse l'épouser, fit Harry tout en continuant de faire des annotations sur ses documents. Je ne te demande pas de devenir ami avec lui, simplement de ne pas me prendre la tête avec mon fiancé à chaque fois qu'on se voit, ce qui est, j'estime, le minimum de la part de mon meilleur ami. C'est un Serpentard ? Oui, je m'en suis rendu compte et ce n'est pas un critère essentiel pour moi. Les maisons de Poudlard ne définissent pas les gens et j'ai assez grandi pour l'avoir compris. C'est un mangemort ? Personne n'est parfait et tout le monde fait des erreurs. Il assume les siennes et a subi celles de son père, encore aujourd'hui. Je peux essayer de comprendre les raisons de ses actes mais ce n'est pas pour autant que je pardonne et que j'oublie, avant que tu ne me le dises. Je suis totalement conscient de qui est Draco Malfoy, Ron.
-Je pensais que tu allais épouser Ginny ! déclara Ron
Harry fusilla Ron du regard.
-Et quand est-ce que j'aurais annoncé cette ineptie ? siffla Harry
-Ginny … protesta Ron.
-Ginny crie sur tous les toits qu'elle sera la prochaine lady Potter depuis qu'elle a dix ans, je suis au courant, balaya Harry, agacé. Nous sommes effectivement sortis ensemble quelques semaines quand j'avais quinze ans et elle quatorze. J'ai refusé de poursuivre notre relation pour ne pas dessiner une cible sur elle pour Voldemort. Si je voulais aller plus loin avec elle, est-ce que tu ne penses pas que je serais sorti avec elle voire, que je ne l'aurais pas demandé en mariage depuis le temps ?
-Elle dit que tu voulais être plus à l'aise avec tes nouveaux rôles avant de l'épouser, assura Ron, tout sourire.
-C'est bien, fit Harry. Mais quand est-ce que j'ai dit que je voulais l'épouser ?
-Elle n'est pas assez bien pour toi ? rugit Ron
-Non, répondit fermement Harry.
Le roux le regarda, bouche bée, ce qui agaça encore plus le brun. Depuis la mort de Voldemort, ce dernier s'était rendu compte que l'amitié qui liait le « trio d'or » était plus que bancale dans le sens où Hermione, Ron et lui auraient dû se disputer assez gravement pour remettre en cause leur relation. Hermione et Harry l'avaient redéfini quand ils s'étaient retrouvés seuls pendant la quête des horcruxes mais Ron était toujours resté campé sur ses positions. Comme il était son premier ami, le brun avait toujours fait en sorte d'aller dans son sens pour ne pas le perdre et c'était actuellement en train de se retourner contre lui. Or, Harry avait bien l'intention de faire ce qu'il voulait sans que qui que ce soit ne lui souffle ce qu'il devait faire et cela passait par ne plus ménager le roux.
Harry déposa tranquillement son stylo avant de darder un regard particulièrement noir sur celui qui se prétendait être son meilleur ami.
-Cela fait trois mois que je vous ai annoncé que j'allais me marier avec Draco, martela lentement Harry. Tes parents, Ginny et toi êtes les seuls à vous y être opposés parce que vous refusez de reconnaître l'existence du contrat de mariage entre le clan Potter et le clan Malfoy. Pour une raison que j'ignore, vous êtes persuadés que je comptais épouser Ginny alors que politiquement parlant, elle n'apporterait strictement rien au clan Potter et elle ne pourra jamais faire partie du clan Black. Pire, elle a toujours considéré qu'elle serait lady Potter sans même s'assurer que j'avais des sentiments pour elle.
Harry se redressa et Ron se tassa dans son siège, ayant clairement devant lui celui qui avait vaincu Voldemort.
-Mon mariage aura lieu dans deux mois, décréta Harry. C'est le temps qu'il vous reste pour accepter que je lierai ma vie à Draco Malfoy. Si d'ici là, tes parents, Ginny et toi ne parvenez toujours pas à vous y faire, ce n'est pas la peine de vous présenter à la cérémonie et encore moins de prétendre être mes amis. J'ai autre chose à faire que de m'inquiéter de personnes qui me tournent le dos parce que je ne satisfais pas leurs caprices.
-Caprices ?! bondit Ron
-Caprices, maintint froidement Harry. Cela fait des années que je suis sorti avec Ginny et depuis le temps, si je comptais réellement l'épouser, je pense que j'aurais dit plusieurs fois des mots en sa faveur, elle m'aurait accompagnée dans des soirées mondaines ou je passerai des moments avec elle. Je n'ai rien fait de tout ça parce que je la considère certes comme une amie mais surtout, elle est ta sœur et je n'avais clairement pas envie de me prendre de nouveau la tête avec toi parce que tu ne voulais pas qu'un garçon l'approche alors que la moitié de sa promotion au moins était passée entre ses cuisses.
-Tu mens ! rugit Ron
-Si tu ne veux pas y croire, ce n'est pas le problème, balaya Harry. Si je voulais vraiment m'unir à Ginny, j'aurais montré mon intérêt pour elle. Or, je n'ai rien fait parce que je ne suis pas amoureux d'elle, peu importe les sornettes qu'elle a pu vous raconter. Et le fait que vous m'ayez accueilli dans votre maison quelques fois pendant les vacances ne constitue pas une dette magique que je dois régler en épousant Ginny.
Ron blêmit.
-Comment oses-tu penser ça ? articula le roux d'une voix blanche
Harry sortit un dossier d'un tiroir et le balança vers Ron.
-Lis-le, ordonna le brun.
Hésitant clairement, il obéit et devint blême. Il s'agissait d'un contrat de mariage entre Ginny et Harry en règlement d'une dette magique qu'aurait contracté ce dernier en entrant officieusement dans la famille Weasley. Fébrilement, il continua de lire le document et découvrit que ses parents et Ginny auraient totalement la mainmise sur toutes les possessions d'Harry sans qu'il ait son mot à dire.
-Pour ton information, railla Harry, cette dette magique n'existe pas puisque tes parents ont clairement failli à son élaboration en refusant de m'introduire correctement dans le monde sorcier. Les seuls liens magiques que j'ai eus avec des Weasley sont celui avec Fred et Georges qui ont immédiatement alerté les personnes compétentes quand ils ont découvert mes conditions de vie pendant mon enfance et que j'ai complété en les aidant à fonder leur boutique et avec toi quand nous avons sauvé Hermione du troll mais ce lien s'est dégradé quand tu m'as tourné le dos quand tu as découvert que j'étais fourchelangue et s'est totalement dissous quand tu as refusé de me croire quand mon nom est sorti de la Coupe de Feu.
Les accusations fusaient et atteignaient en plein cœur le roux qui ne pouvait même pas réfuter.
-Je n'étais pas au courant de ça, murmura Ron en repoussant le dossier.
-Ça ne me surprend même pas, renifla Harry. Tu hurles quand ça ne correspond pas à ta vision des choses et te connaissant, tu aurais tout fait capoter en allant directement me voir pour me faire accepter cette ineptie de force.
Harry regarda Ron qui était complètement défait. Son état n'allait pas s'améliorer avec ce qu'il allait profiter pour lui dire.
-Tu reproches à Draco d'avoir pris la marque des ténèbres et tu refuses de voir qu'il a suivi la volonté de son père pour le rendre fier, asséna Harry. Tu ne te rends même pas compte que tu fais exactement la même chose que lui en ne remettant pas en cause ce que te disent tes propres parents.
L'air indigné du roux le poussa à développer.
-Molly et Arthur t'ont dit que je devais épouser Ginny, rappela Harry. Tu les crois, c'est tout à ton honneur, mais quand est-ce que tu t'es demandé si c'était ce que je voulais ? Quand est-ce que tu t'es demandé si nous allions bien ensemble ? Non, tu t'es simplement dit que comme c'était ce qu'ils voulaient, alors c'était ce qui devait se passer alors que tu avais l'exemple de tes propres frères que la parole de tes parents n'était pas la parole de Merlin. Le monde n'a jamais tourné uniquement autour de toi et encore moins autour de ta famille, Ron, et il serait temps que tu le comprennes.
Harry se leva de son siège et d'un regard, poussa Ron à en faire de même.
-Je n'ai pas le temps d'écouter tes pleurnicheries et encore moins de me démontrer en long, en large et en travers que tu as raison alors que c'est totalement faux, décréta Harry. Soit tu acceptes que le monde tourne sans que toi ou tes parents aient besoin de mettre son grain de sel, soit tu fais une croix définitive sur notre amitié. Contrairement à toi, je ne t'ai jamais posé d'ultimatum mais quitte à choisir entre la pérennité de mon clan et satisfaire les caprices d'une famille qui n'a rien fait pour moi, qu'importe que ce soit celle de mon meilleur ami, crois-moi que le choix sera très vite fait. Elian va te raccompagner.
Harry claqua la porte de son bureau sur le nez de Ron et ce dernier, encore choqué, ne se rendit pas compte qu'il était mené à la sortie de l'hôtel particulier.
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Draco soupira de soulagement alors que la porte du passage secret bascula pour laisser passer Harry.
-C'était à prévoir, non ? sourit Draco
-Au moins, nous sommes prévenus, répondit Harry en prenant place.
Hermione n'avait mis que quelques semaines pour leur rendre l'ébauche de contrat pour les Mères de Lignée avec ses annotations. Pendant une semaine, ils avaient mis à plat tous les détails que la jeune femme avait considéré comme problématiques et ils les avaient travaillés jusqu'à ce que l'ensemble satisfasse toutes les personnes qui pourraient être soumise audit contrat. La brune avait ensuite déclaré qu'elle serait d'accord pour remplir le rôle de Mère de Lignée uniquement si les autres candidates ne correspondaient pas. Draco avait accepté et avait alors établi avec sa mère Narcissa et sa tante Andromeda – qui avait récemment réintégré le clan Black et qui était devenue Matriarche du clan – une liste de toutes les sorcières aptes à remplir ce rôle important. Le futur couple avait fini par tomber d'accord sur le fait que s'il se mariait, cela ne servait effectivement à rien de séparer les lignées par le sang donc il avait décidé qu'il n'y aurait qu'une seule Mère pour les différentes lignées dont ils étaient à la tête. Puisque les invitations avaient été envoyées, la rumeur de la recherche d'une Mère de Lignée pour les clans Potter, Black et Malfoy s'était répandue comme une traînée de poudre mais le couple avait été sans pitié et avait renvoyé toutes les propositions, appuyé par un article dans les journaux pour bien montrer qu'il comptait faire les choses à sa manière.
Les chefs de famille des sorcières de la liste établie par Andromeda et Narcissa avaient été contactés par courrier officiel et avaient tous – les chefs de famille comme les sorcières choisies – prêté serment pour ne rien dire. Lesdites sorcières avaient subi une série de tests – notamment généalogiques pour éviter la consanguinité – avant d'avoir un entretien avec Draco ou Harry.
La sorcière qui venait de sortir était Daphnée Greengrass. Son père mort, sa mère n'avait pas hésité à lui céder la tête de leur clan, ce qui faisait que c'était elle qui avait reçu le courrier des Matriarches des clans Malfoy et Black pour Astoria, l'un des faibles de Narcissa et la seule pour laquelle elle n'avait rien lâché. Au nom de leur camaraderie durant leur scolarité, elle avait demandé à voir Draco sur le sujet avant qu'ils ne commencent leurs entretiens. Curieux, Harry avait demandé à y assister sans être vu et Draco avait donc décidé de recevoir son ancienne camarade dans un salon doté d'un miroir sans teint. La lady avait alors révélé quelques détails supplémentaires, notamment sur les cadettes des familles sang pur qui pourraient convenir en tant que Mère de Lignée alors qu'elles avaient été écartées sur la demande d'Harry.
-Tu en penses quoi ? demanda Draco
-Cela revient au même, fit Harry en haussant des épaules. Nous avons déjà établi que la Mère sera intégrée soit dans le clan Black, dans le clan Malfoy, dans le clan Potter voire, si elle accepte de porter un quatrième enfant, dans le clan Gaunt dès que le contrat sera accepté. Nous ne la laisserons pas avoir un quelconque pouvoir sur nos clans et encore moins sa famille.
En effet, Daphnée leur avait révélé qu'une discussion avec sa mère lui avait appris que les sorcières de la haute société s'attendaient à avoir une influence notable sur les clans Potter, Black et Malfoy par le biais de leur fille si elle devenait Mère de Lignée ou plutôt, sur les futurs héritiers de ces clans. Leurs buts n'étaient clairement pas mauvais – le couple avait cru comprendre qu'elles voulaient rétablir des arts interdits par le ministère qui ne savait même pas de quoi il parlait – mais Harry avait la hantise de voir d'autres que lui décider de la vie des clans dont il avait la responsabilité, hantise qu'il avait finalement fait partager à son futur compagnon.
Considérant le sujet clos, Draco décida de satisfaire à son tour sa curiosité.
-Tu as eu des retours de numéro 6 ? demanda le blond
Harry avait depuis longtemps arrêté de s'insurger sur les surnoms insolites que son fiancé trouvait pour nommer les Weasley. Il avait cependant réussi à le convaincre de ne plus user de « la belette » s'il ne voulait pas se voir appeler à tout bout de champ « la fouine ». Comme le blond se refusait à appeler certains par leurs prénoms, les numéros étaient les moins insultants.
Cela faisait maintenant trois semaines que Ron s'était fait remettre à sa place par Harry et qu'il avait enfin découvert le véritable visage de certains membres de sa famille. Le brun avait cru comprendre qu'il s'était enfoncé dans le travail, cessant subitement de se targuer d'être son meilleur ami à tous les clients de la boutique, mais également ne se rendant plus au Terrier. Deux jours auparavant, il était venu voir Harry et Draco ne savait toujours pas ce qui s'était dit.
-Ron a accepté de prendre la tête de la succursale de la boutique que Georges va ouvrir en France, annonça Harry.
-Quel est le rapport avec notre mariage ? demanda Draco, intrigué
-Il compte se désolidariser de ses parents et de sa sœur, expliqua Harry. Je ne sais pas comment mais il s'est enfin rendu compte que s'il a perdu Hermione, c'est parce qu'il a trop souvent suivi l'avis de ses parents au lieu de prendre ses propres décisions.
Un an après la mort de Voldemort, quand il avait enfin eu la bénédiction de ses parents, Ron avait voulu sortir avec Hermione. Malheureusement pour lui, cette dernière ne l'avait pas attendu, ses sentiments pour lui s'étouffant rapidement puisqu'il ne les lui rendait pas, entre autres. Le roux en avait été dévasté mais même Harry n'avait pas eu de peine pour lui en apprenant le fin mot de la version de l'histoire de l'intéressé.
-Tu penses que ça suffira ? demanda Draco
-J'espère bien, soupira Harry. Je lui ai déjà dit que je n'avais pas l'intention de plomber mon mariage uniquement pour lui faire plaisir. Qu'il prenne les mesures qui s'imposent.
Draco ne put que sourire.
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Grâce à ses titres, Albus Dumbledore pouvait se targuer d'avoir des représentations de lui dans de nombreux lieux, dont le ministère de la magie. Connaissant son caractère facétieux, personne ne s'était étonné que son portrait soit toujours présent dans les tableaux magiques et qu'il prenne vie au moment où on ne s'y attendait le moins. En vérité, il s'agissait d'une option assez onéreuse où le portrait magique pouvait prendre la place de son équivalent dépourvu de magie sans qu'on ne puisse le remarquer. C'était un moyen comme un autre de se tenir au courant de ce qui se passait dans le monde sorcier, lui qui était un incorrigible curieux, d'autant plus que de rares élus étaient au courant de ce tour de passe-passe.
Ce jour-là, il s'était félicité de ne pas avoir informé l'actuel ministre de la magie de la particularité de ses tableaux ou sinon, il n'aurait pas pu assister à l'entretien entre le ministre Jason McLaggen, Arthur, Molly et Ginny Weasley.
-Etes-vous certains de ce que vous dites ? insista Jason
-Harry a promis à ma fille qu'il l'épouserait, martela Arthur. Il n'aurait jamais fait volte-face sans magie noire là-dessous !
-Je n'ai aucune confiance en ce Malfoy ! abonda Molly. Harry n'aurait jamais voulu se marier avec lui, surtout qu'il voit encore ma petite Ginny et qu'elle est enceinte de lui !
Albus et Jason haussèrent un sourcil incrédule. Tous les deux connaissaient plusieurs raisons pour passer outre un contrat de mariage et la venue d'un héritier d'un autre que le ou la fiancée en faisait partie. Il était certain que si Harry Potter était conscient de devenir père, ce mariage qui faisait couler beaucoup d'encre n'aurait pas lieu.
Mais Albus et Jason n'avaient aucune confiance dans les informations divulguées par les trois Weasley. Le scandale créé par Ginny presque sept ans auparavant, où elle s'était vue à deux doigts d'être reniée des amitiés du Sauveur, avait bien fait comprendre qu'il n'avait aucune intention de reprendre une relation romantique avec la rousse et le fait qu'on ne le voit jamais avec elle tendait à le confirmer. Ceux qui avaient fait leur scolarité en même temps qu'eux – dont le propre neveu du ministre, Cormac, qui était même sorti avec Hermione Granger – rejetaient immédiatement toute idée de couple entre eux car ils avaient vu de première main qu'Harry Potter avait plus subi cette courte liaison pendant sa cinquième année et ils savaient que Ginny Weasley adorait être sous les feux de la rampe. Alors garder une relation secrète avec le Sauveur ? Aucune chance.
-Je ne peux pas organiser un mariage entre Harry Potter et votre fille sur vos seules paroles, déclara Jason avec précaution. Il faut que le test de paternité corresponde avant de l'envisager.
-Vous dites que ma fille mentirait sur un sujet aussi important ? gronda Molly
-D'autres oui, fit Jason, refusant de s'avancer.
Il coupa immédiatement la parole à la matrone qui allait se lancer dans une diatribe dont elle avait le secret.
-Les preuves doivent être irréfutables si vous ne voulez pas que le mariage perde toute crédibilité, déclara fermement Jason. Sans cela, vous pourriez être accusé d'entrave à la réalisation d'un contrat de mariage et avec les clans Potter, Malfoy et Black en face, qui peut connaître les conséquences …
La menace de représailles de trois clans britanniques majeurs freina assez les Weasley pour qu'ils prennent le temps d'y réfléchir.
-Nous apporterons le test qui prouve qu'Harry Potter est le père de l'enfant de Ginny, décréta Arthur. En attendant, faites en sorte que le mariage soit définitivement préparé pour être célébré avant que Malfoy ne mette la main sur lui.
Le père de famille se leva et entraîna sa femme et sa fille derrière lui pour quitter le bureau. Albus en profita pour rejoindre le domicile d'Harry pour le mettre au courant de ce nouveau retournement de situation.
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Si Draco n'avait pas eu de réponse positive quant à sa prochaine visite, nul doute qu'il aurait été tué plusieurs fois en essayant de passer les différentes protections !
Avisé par un Harry mort de rire du projet des trois Weasley, Draco avait tenu à assurer les arrières du couple en faisant appel à l'un des meilleurs maîtres de potions du continent. Lord Severus Prince, anciennement Snape, s'était retiré de l'enseignement après la mort de Voldemort pour vivre de ses recherches. Il n'était présent que pour les événements mondains ou requérant sa présence comme au Magenmagot et le reste du temps, il était enfermé dans son laboratoire. C'était uniquement parce qu'il était l'un de ses étudiants préférés que le blond avait pu obtenir un entretien avec lui.
-Monsieur Malfoy, salua Severus sur le pas de la porte du manoir Prince. Ou devrais-je dire, lord Malfoy. Mon état de santé ne m'avait pas permis d'assister à votre intronisation mais je peux aujourd'hui vous adresser de vive voix mes sincères félicitations pour votre titre, en espérant que vous ne ferez pas les mêmes erreurs que votre prédécesseur pour quelques miettes de pouvoir alors qu'il aurait pu en obtenir une part conséquente sans cette … mésalliance.
-Je vous remercie, lord Prince, sourit Draco avant de lui emboîter le pas.
Severus Snape, en tant que maître de potions et directeur de la maison Serpentard, n'avait jamais compris ce qui avait poussé des héritiers de grands clans sorciers britanniques à se soumettre à ce point à Voldemort. Tout au long de sa scolarité, il avait pu avoir un aperçu des notions qu'il leur était inculqué depuis l'enfance et avait eu l'occasion de les approfondir en fouillant la bibliothèque de Poudlard mais également celle des Malfoy lors d'une visite peu après sa majorité. Il avait eu ses propres raisons pour prendre la marque des ténèbres mais les héritiers sang pur, surtout du calibre de Lucius Malfoy, n'avaient aucune raison de faire confiance à Voldemort pour diriger le monde sorcier britannique alors que dans les faits, ils le faisaient déjà. Malgré tout, Severus et Lucius s'étaient beaucoup apprécié, malgré la différence d'âge et le fait que ce soit le blond qui l'ait convaincu de prendre la marque.
Les deux lords prirent place dans un salon où le thé avait été servi.
-Laissons de côté les simagrées propres à nos titres et parlons librement, fit Severus. Qu'est-ce qui t'amène ici ?
-J'imagine que tu es au courant que je vais me marier dans moins de deux mois, fit Draco.
-Parmi tous les sorciers qui vivent sur cette planète, pourquoi est-ce que tu as choisi Potter ? leva les yeux au ciel Severus
-Essentiellement à cause d'un contrat de mariage entre les clans Malfoy et Potter mais sinon, parce que c'est l'un des seuls qui ne se préoccupe pas de mon nom, haussa des épaules Draco.
Severus ne pouvait que s'incliner. La plupart des sorciers s'arrêteraient sur le nom des Malfoy qui était assez connoté mangemort mais Potter avait déjà prouvé qu'il ne s'encombrerait pas de la réputation d'une famille mais des actes de l'individu en question. Ça et le fait que Draco n'en aurait rien à faire de sa fortune puisqu'il avait la même, à peu de choses près.
-J'espère que tu ne veux pas me faire le douteux honneur d'être ton témoin ? renifla Severus
-J'ai été tenté mais je tiens à profiter de ma nuit de noces, ricana Draco. Ce rôle sera tenu par Théo Nott, tu n'as pas de soucis à te faire.
-Weasley numéro 6 sera certainement le témoin de Potter, fit Severus.
-Non, réfuta Draco. Neville Longbottom a accepté cet honneur. Disons pour résumer que le Sauveur et son meilleur ami n'était clairement pas sur la même longueur d'onde et que ce dernier aurait d'abord préféré que le fiancé soit la fiancée et qu'elle soit aussi rousse que lui. Mais c'est en passe d'être réglé.
Severus pinça les lèvres d'agacement. Il ne fallait pas être Merlin pour comprendre que les Weasley imaginaient déjà entrer dans le clan Potter par le biais d'un somptueux mariage entre Harry Potter et Ginevra Weasley. Or, ces derniers n'avaient rien fait pour que cette éventualité puisse être possible puisque Severus avait appris par Albus Dumbledore qu'ils avaient volontairement omis d'introduire correctement Harry Potter à la culture sorcière, ce qui était un frein considérable aussi bien pour l'intéressé que pour son tuteur. De toutes les façons, ce n'était pas lui qui allait les plaindre face aux échecs successifs à la réalisation de leurs caprices.
-Donc, qu'est-ce que tu viens faire là, à part rendre visite à ton ancien directeur de maison ? recentra Severus
-Justement, je viens te voir à propos de cette certitude des belettes, fit Draco. Harry et moi avons découvert que les parents comptaient mettre sur le dos de mon fiancé le bâtard que porte leur fille chérie et qu'ils allaient apporter la preuve au ministre qu'il est bien le père.
-Et que dit Potter ? demanda Severus
-Il ne fait que ricaner, leva les yeux au ciel Draco.
-La folie des Black semble l'avoir atteint, commenta Severus. Mais je parierai plus sur le fait qu'il a déjà une solution pour se tirer de ce guêpier. Alors pourquoi est-ce que tu es là ?
-Je ne connais pas sa solution, grimaça Draco. Donc en attendant, je veux que la potion de paternité ne soit pas trafiquée pour qu'on déclare l'annulation de notre mariage.
-Tu ne veux pas qu'on te vole ton fiancé ? ricana Severus
-Avant que tu ne t'imagines quoi que ce soit, je ne suis pas amoureux d'Harry, leva les yeux au ciel Draco. J'ai assez de raisons bassement pragmatiques pour ne pas le laisser m'échapper, encore moins au profit des belettes.
-Je peux le comprendre, concéda Severus. Donc une potion de paternité et pour bien faire les choses, une autre d'identification au cas où ils auraient fait avaler à cette petite garce une potion pour que l'enfant soit « adopté » par le sang par Potter. En revanche, je ne ferais pas ça pour rien.
Draco grimaça. Il savait que ça allait venir sur le tapis et Severus Prince n'était pas un Serpentard pour rien. Mais malheureusement, il était prêt à tout pour ne pas laisser gagner les Weasley.
-Quel est ton prix ? demanda Draco, vaincu
Le sourire carnassier de son ancien professeur le fit violemment trembler.
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Hermione fut assez surprise de découvrir sur le pas de sa porte Ginny Weasley. En effet, quand elle avait refusé de sortir avec Ron six ans auparavant, elle avait été impitoyablement rayée des contacts de Ginny, Molly et Arthur Weasley. Il était donc improbable qu'elle ait pu leur donner son adresse. Encore moins qu'ils aient accepté de mettre un pied dans le monde moldu de plein gré.
-Ginny, salua Hermione. Que puis-je pour toi ?
-J'ai besoin de te parler, fit Ginny.
La brune l'observa quelques instants avant de se décaler pour la laisser entrer. Ce que ne savait pas la rousse, c'était que la propriétaire des lieux avait ensorcelé la bâtisse pour que toute magie soit totalement désactivée à ses yeux. Donc elle avait très bien noté les glamours qui cachaient son teint blafard et ses cernes mais surtout le sort de dissimulation au niveau de son ventre pour faire croire à une taille de guêpe alors qu'elle était déjà bien avancée dans sa grossesse.
-Assieds-toi, proposa Hermione. Un thé ? Je n'ai que des sachets, malheureusement.
-Non merci, fit Ginny, visiblement le cœur au bord des lèvres.
-Très bien, je t'écoute, dit Hermione.
La rousse prit son temps comme pour rassembler ses idées mais la brune savait parfaitement que toutes ses prises de parole étaient savamment calculées, sauf quand elle était sous l'emprise de la colère.
-Je sais que tu es proche d'Harry et qu'il a l'habitude de tout te raconter … commença Ginny.
-Harry ne me raconte que ce qu'il a envie que je sache, coupa Hermione. Comme tout le monde, il a un jardin secret et je n'ai pas besoin de le forcer à parler pour me sentir bien.
Contrairement à toi. Le sous-entendu était clair, puisqu'après la mort de Voldemort, Ginny s'était faite encore plus présente auprès d'Harry et l'avait harcelé pour connaître la moindre de ses pensées et « subtilement » diriger sa vie future. Pas étonnant qu'il l'ait envoyé bouler dès qu'elle avait fait mine de vouloir une place plus officielle à ses côtés.
Le regard noir que la rousse lui lança fit comprendre à la brune qu'elle avait bien noté le sous-entendu et que ce n'était pas pour autant qu'elle l'appréciait. Mais elle reprit rapidement le contrôle et son attitude faussement hésitante.
-Je voulais te le dire moi-même parce que nous sommes amies, sourit doucement Ginny.
Hermione se mordit presque la langue devant tant d'hypocrisie. Devait-elle réellement lui rappeler les hurlements qu'elle avait poussé quand la brune avait refusé d'intercéder en sa faveur quand elle avait été publiquement rejetée par Harry ? Mais sa curiosité prit le dessus et elle se tut.
-J'ai compris que je m'y étais très mal pris pour montrer qu'Harry me plaisait et petit à petit, nous nous sommes revus, en toute amitié bien sûr, jusqu'à devenir un couple. Il ne voulait pas que tout le monde le sache alors nous nous sommes cachés. Mais Malfoy a débarqué avec ce contrat de mariage et j'ai commencé à craindre pour nous. Harry m'a promis qu'il allait tout faire pour ça n'arrive pas et avec ce que je viens d'apprendre, je ne veux pas mettre ça en plus sur ses épaules.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? fit Hermione
-Je … je suis enceinte, avoua Ginny dans un souffle.
-Oh …, fit Hermione qui comprenait surtout que la rousse voulait faire endosser la paternité de son bâtard à Harry.
Les années après la mort de Voldemort, Hermione et Harry avaient développé leur relation de manière plus mature et bien entendu, le sujet de leurs amours passés était venu sur le tapis. Avec du recul, Harry avait conclu que ses « relations » avec Cho Chang et Ginny Weasley n'étaient respectivement qu'un coup de cœur et un désir d'avoir une vie normale. Ça avait été plus complexe pour Hermione car ses sentiments pour Ron étaient devenus plus profonds au plus fort de la guerre. Mais ses parents avaient une telle emprise sur le roux que ça lui avait fait comprendre que si elle avait persisté, elle n'aurait pas formé un couple avec Ron mais avec Ron, Arthur, Molly et éventuellement Ginny. Rien qu'avec cette information, toute l'histoire de la rousse était bancale car Harry ne voulait pas de Ginny. Dans une société où le mariage était une institution très respectée, le brun avait très tôt fait des recherches pour ne pas commettre d'impairs et avait assuré à Hermione qu'il avait fait en sorte de ne pas se faire piéger. Son meilleur ami ne se serait permis de s'amuser avec la rousse, d'autant plus qu'il s'était renseigné sur ses frasques pendant et après la guerre et elle n'avait jamais pris de précautions pendant ses aventures sexuelles. Sensibilisé aux risques des maladies et infections sexuellement transmissibles par Hermione qui lui répétait ce que ses parents, médecins spécialistes, lui disaient, Harry avait toujours fermement réprouvé son comportement irresponsable qui aujourd'hui, lui revenait en pleine figure.
Mais toutes ses pensées ne répondaient pas à la question principale : quel était le rôle d'Hermione dans le plan de Ginny ?
-Je … je voudrais que tu sois sa marraine, poursuivit Ginny. Mais pour ça, il faudrait qu'Harry prenne bien le fait que la seule fois où j'ai oublié ma contraception soit celle où nous avons conçu …
-Quand est-ce que tu as su que tu étais enceinte ? demanda Hermione, voulant savoir à quel point son interlocutrice pouvait mentir
-Quatre mois, j'ai fait un déni de grossesse, rougit Ginny.
Et en plus, elle me prend pour une conne, leva les yeux au ciel Hermione.
A vue de nez, la brune estimait que la rousse en était à sept mois bien tassés. Le déni de grossesse était possible, mais vu son visage, les effets secondaires de la grossesse la travaillaient depuis assez longtemps pour qu'elle connaisse son état depuis un certain temps. D'ici à imaginer qu'elle avait découvert par hasard qu'elle était enceinte et qu'elle comptait utiliser le bébé à venir pour enchaîner durablement Harry, il n'y avait qu'un pas.
-Qu'est-ce que tu attends exactement de moi ? demanda Hermione, faisant en sorte de ne pas montrer son exaspération
-Je compte aller voir Harry dans deux jours pour lui annoncer la nouvelle, fit Ginny. J'aimerai que tu me soutiennes pour qu'il ne me rejette pas totalement.
-Tu sais comment est Harry, rappela Hermione. Je pourrais lui faire en sorte de ne pas s'emporter tout de suite mais pas influer sur ses décisions.
-Harry protègera toujours les innocents, assura Ginny en posant une main sur son ventre.
Mais tu ne feras jamais partie du pack « Innocent à sauver pour Harry Potter », ricana intérieurement Hermione.
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-J'espère que vous avez une bonne raison de convoquer un lord de manière aussi cavalière, encore plus lord Potter-Black, décréta Harry en entrant dans la salle d'audience silencieuse.
Draco, qui l'accompagnait, observa discrètement l'assemblée rassemblée et nota immédiatement que toutes les personnes qui étaient présentes étaient farouchement contre les idées prônées par Harry, notamment celle d'éradiquer le maximum de corruption et de népotisme dans les grandes institutions sorcières.
-Prenez place, milords, invita Jason McLaggen. Nous devons instruire une affaire de toute urgence.
-Et cela n'aurait pas pu attendre ? railla Draco. Vous semblez oublier que nous nous marions dans à peine trois semaines et que nous devons terminer d'organiser la cérémonie.
-Non, assura le ministre de la magie. Il a été porté à l'attention du ministère qu'un enfant sorcier allait naître sans que son père ne veuille prendre ses responsabilités. La preuve a été faite que lord Potter-Black était ce parent absent et la loi prévoit qu'il épouse la personne qu'il a mise enceinte.
-Oh, et qui est la grande gagnante ? railla Draco
-Ginevra Weasley, déclara Jason.
Contrairement à ce qu'il pensait, le futur couple ne cilla même pas. A peine un soupir las passa leurs lèvres comme s'ils étaient déjà au courant.
-Dois-je être vraiment étonné ? renifla Draco. Cette famille a toujours voulu s'élever au-dessus de sa condition sans vouloir faire un seul geste en ce sens. Enfin, certains membres surtout …
Se sentant directement visés, Arthur, Molly et Ginny rougirent de fureur.
-Quelles sont les preuves que je suis le père de l'enfant de Ginevra Weasley ? coupa froidement Harry
-Nous avons une potion de paternité qui indique formellement que vous êtes le père, révéla Jason.
-Une chance alors que je sois présent pour affaires, s'éleva alors une voix de velours.
-Lord Prince, salua Jason.
Ce n'était pas un secret que les lords Malfoy et Prince se côtoyaient mais il était rare que ce dernier se fasse voir au ministère et sa présence ce jour-là n'était clairement pas une coïncidence. Malgré son aversion pour les Serpentards, McLaggen avait compris que Potter et Malfoy étaient au courant des projets des Weasley et qu'ils allaient leur servir un beau spectacle. Les trois roux lui ressortaient par les yeux depuis qu'ils avaient exigé qu'il fasse rédiger le contrat de mariage qui allait lier Ginevra Weasley et Harry Potter. Leurs demandes farfelues et leur condescendance avaient eu raison de sa patience et de toute bienveillance à leur égard.
Severus Prince s'avança et les trois Weasley purent voir de leurs propres yeux qui était ce fameux lord.
-C'est Snape ! hurla Ginny
-C'est un mangemort ! beugla Molly
-Il n'a rien à faire ici ! abonda Arthur
-Il a sa place dans cette assemblée puisqu'il possède un siège, tonna Jason, ramenant immédiatement le calme. Et contrairement à ce que vous pensez, nous connaissons parfaitement son ancienne identité et je vous rappelle que sans les informations qu'il a rapporté à Albus Dumbledore et à Harry Potter, Voldemort serait à ma place et règnerait sur toute la Grande Bretagne sorcière ! Il a été remercié par un Ordre de Merlin de première classe pour toute sa vie sacrifiée pour détruire ce monstre ! Les seuls qui pourraient trouver à redire à ses actes devraient s'être rendus responsables d'actes aussi prestigieux. Est-ce votre cas ? Non, donc poursuivons !
Les Weasley furent stupéfaits qu'on puisse prendre la défense d'un sorcier aussi insupportable mais malheureusement, comme l'avait souligné le ministre, aucun d'entre eux ne pouvait se targuer d'avoir fait autant pendant la guerre que Severus Snape nouvellement Prince et donc, ne pas reconnaître ses efforts pour la victoire d'Harry Potter.
Le ministre McLaggen reporta son attention sur le lord Prince.
-Puis-je vous demander en quoi votre aide pourrait être utile dans cette affaire ? demanda Jason sur un ton neutre
-J'ai été professeur de potions à Poudlard pendant de nombreuses années et je détiens une maîtrise dans cette matière, branche magies occultes et médicomagie entre autres, rappela Severus. Je serais plus à même pour confirmer … ou infirmer les résultats du maître de potions du ministère concernant cette potion de paternité.
-Et puisque ma responsabilité est directement impliquée, j'exige une contre-expertise, ajouta Harry. J'ai appris bien malgré moi que la confiance n'exclut pas le contrôle.
-Cela me semble raisonnable, concéda Jason. Commençons par le témoignage de mademoiselle Weasley.
Pendant que Ginny s'avançait, faussement timide, Hermione s'était rapprochée de son meilleur ami et Draco tendit l'oreille.
-Elle est venue me voir il y a deux jours, résuma Hermione.
-Alors qu'elle t'a rejeté quand tu lui as clairement dit que tu ne l'aiderais pas à me faire revenir vers elle ? haussa des sourcils Harry. Elle est en train de perdre le sens des réalités.
-Sauf si elle comptait sur un argument choc pour avoir son soutien, pointa Draco.
-Exact, elle veut que je sois la marraine de cet enfant, confirma Hermione. Elle a déclaré qu'elle avait gardé votre relation secrète parce que tu le voulais et qu'elle avait oublié une fois sa contraception. Oh, elle dit également avoir fait un déni de grossesse et qu'elle est à quatre mois mais vu son état sans glamour, je pense qu'elle au courant depuis le début et il est clair qu'elle entame le huitième mois.
-Merci pour les infos, souffla Harry, alors qu'il voyait que la rousse avait enfin atteint son siège pour l'interrogatoire.
-Mademoiselle Weasley, je vais poser la question que tout le monde se pose : si vous êtes enceinte de lord Potter-Black, cela veut dire que vous avez une relation avec lui. Or, personne n'est au courant. Pourquoi ?
-Harry n'a jamais voulu que le monde sorcier et plus particulièrement les médias puissent se mêler de sa vie privée comme ils l'avaient pendant sa scolarité, avoua Ginny. Je n'ai fait que respecter sa volonté.
-Un mensonge doit toujours comporter une part de vérité, murmura Draco. Vous êtes sûrs qu'elle n'aurait pas eu sa place à Serpentard ?
-Je pense que toute la famille aurait dû y être mais que les préjugés de leurs parents n'auraient pas pu le supporter, renifla Hermione.
-Soit, fit Jason. Depuis quand avez-vous une relation secrète avec lord Potter-Black ?
-Il y a sept ans, je me suis rendu compte que je braquais plus Harry que je ne l'attirais, avoua Ginny. J'ai donc fait en sorte d'apprendre à le connaître en tant qu'amie et au fur et à mesure, notre relation a évolué pour devenir plus intime.
-Et vous êtes tombée enceinte, fit Jason.
-Harry avait toujours dit qu'il prendrait son temps pour construire sa famille, déclara Ginny. Un jour, je me suis aperçue que j'aurais dû prendre ma potion de contraception quelques jours plus tôt et j'ai immédiatement corrigé mon erreur mais il semblerait que ça n'ait pas été suffisant. Quelques détails qui ont sauté aux yeux de ma mère m'ont poussé à consulter un médicomage et c'est comme ça que je l'ai découvert.
-Présentez la preuve de la paternité de lord Potter-Black, ordonna Jason.
La jeune femme sortit de sa poche une fiole d'un beau rose et la tendit au médicomage désigné pour l'audience. Ce dernier lança plusieurs sorts sur la fiole puis finalement l'ouvrit pour en laisser tomber trois gouttes sur un parchemin préalablement ensorcelé. Le nom d'Harry James Potter flotta à la vue de tous.
-Permettez ? fit Severus
Une fois l'accord du ministre obtenu, Severus se leva et récupéra la fiole des mains du médicomage et lança une salve beaucoup plus nourrie de sorts sur la fiole. Il exigea un parchemin vierge qu'il ensorcela sous le regard suspicieux d'un des maîtres d'enchantements attaché au ministère puis versa dessus une goutte de la fiole apportée. Le même nom s'éleva.
-Visiblement, mademoiselle Weasley dit la vérité, constata Jason.
-Effectivement, fit Severus. Toutefois, le hasard fait bien les choses puisque je devais me rendre au département des Mystères discuter avec leurs spécialistes au sujet d'une amélioration possible de la potion de généalogie et comme toujours, j'apporte une fiole de la recette en circulation.
Le maître de potions sortit de sa poche l'objet en question.
-Monsieur Potter ? fit Severus
-J'accepte que vous utilisiez cette potion pour la contre-expertise, fit Harry.
-Mais ce n'est pas … protesta Arthur.
-La demande de lord Potter-Black est tout à fait légitime, coupa Jason. Maître Prince, procédez, je vous prie.
Sans aucune délicatesse, Severus piqua le doigt de Ginny et compta sept gouttes de sang au-dessus de la potion qui avait été versée dans un bol en bois. A l'aide d'une baguette de verre, il mélangea avant de placer quelques gouttes sur un parchemin préalablement enchanté. Il ne fallut que quelques instants avant que le même nom s'élève pour une troisième fois.
-Il est clair que vous êtes le père de cet enfant, lord Potter-Black, annonça Jason.
-Si nous devons en croire ces parchemins, oui, fit Severus. Cependant, en réalité, ils ne disent pas que lord Potter-Black est le père de cet enfant à venir.
-C'est pourtant son nom qui apparait, pointa Jason, les sourcils froncés.
-Le nom sous lequel lord Potter-Black est connu, corrigea Severus.
-Je crains de ne pas comprendre, fit le ministre.
Les murmures appuyèrent ses mots.
-Le peuple sorcier me connait sous le nom d'Harry James Potter, expliqua Harry. Mais « Harry » n'est que le diminutif de mon véritable prénom et je ne vous apprends rien, si j'étais le père de cet enfant, mon nom complet serait apparu. C'est une protection magique pour protéger les enfants sang pur et les empêcher de nouer des mésalliances, entre autres, une procédure qui est loin d'être ignorée par le ministère.
-Si le résultat est faux, pourquoi deux potions différentes ont donné exactement le même nom ? demanda Jason
-La potion de généalogie a plus de cinq cents ans, rappela Severus. Au fil de son existence, des améliorations ont été faites et des contre-indications ont été découvertes. Le cas que nous avons sous les yeux a déjà été étudié il y a un peu moins de deux siècles. Pour résumer, la potion indique le nom d'Harry James Potter parce que c'est un élément d'Harry James Potter qui a été utilisé pour que cet enfant soit son fils ou sa fille.
-Or, reprit Harry, je ne connais mon véritable nom que depuis que j'ai repris mes titres. Si cet enfant avait été conçu pendant la guerre, la potion aurait été correcte mais puisque je ne réponds plus exactement à ce nom.
-Alors, comment est-ce possible ? demanda Jason
Avec un rictus machiavélique, Severus récupéra à nouveau quelques gouttes de Ginny qui hurla qu'il mélangea à une partie du contenu d'une nouvelle fiole qu'il montra à tous virant au noir.
-Ceci est une potion d'identification, annonça Severus. Elle permet de savoir si on a administré une potion de magie de sang à une personne. Si ça n'avait pas été le cas, la potion serait restée orange. Vu la situation pour laquelle nous sommes tous présents, je pencherai sur une potion d'adoption par le sang, la version intra-utero pour être exact qui a été interdite à travers toutes les sociétés sorcières à travers le monde car elle serait la cause d'un nombre très important de vols de lignée.
Les trois Weasley étaient blêmes, choqués d'avoir été découverts aussi vite. Le ministre les fusilla du regard, agacé d'avoir dû mobiliser autant de monde pour entériner un mensonge.
-Aurors ! gronda Jason. Veuillez mettre en état d'arrestation Ginevra, Mollyweather et Arthur Weasley pour faux témoignage et vol de lignée !
Les aurors s'empressèrent d'obéir aux ordres et des menottes de restriction magiques furent placées sur leurs poignets. Mais au moment où on allait les mener en cellule, Draco les arrêta.
-J'aimerai satisfaire ma curiosité, fit le blond. Quand avez-vous volé le sang d'Harry ?
Puisque les trois roux se trouvaient dans le cercle de vérité, bien moins violent que du véritasérum, ils furent obligés de répondre.
-Juste avant sa sixième année, cracha Molly. Il avait osé rejeter ma petite Ginny !
-Ajoutez dans les accusations le vol de sang, décréta Jason. Emmenez-les !
Les trois Weasley furent emmenés hors de la salle et les opposants à lord Potter-Black s'éclipsèrent à leur tour, la tête basse, ne voulant pas se rappeler à son bon souvenir.
-Et dire qu'il y avait un moyen encore plus infaillible pour prouver qu'ils mentaient, soupira faussement Harry.
-Eclairez notre lanterne, Potter, grinça presque Severus.
-Un seul sort, celui de fertilité, sourit de toutes ses dents Harry.
Ceux qui étaient restés gardèrent le silence durant quelques minutes jusqu'à ce qu'Hermione pousse un petit cri d'incrédulité.
-Harry … tu es stérile ?! hoqueta Hermione
-Depuis que j'ai été mordu par le basilic et soigné par un phénix, ricana Harry. Seuls madame Pomfrey et Albus Dumbledore le savaient. Bien, comme l'a souligné Draco en entrant ici, nous avons un mariage à préparer …
§§§§§
Ça y est, ils étaient mariés.
Les dernières semaines avaient été riches en évènements. Harry et Draco avaient pu compter sur Andromeda et Narcissa pour les derniers détails du mariage et ils avaient convenu d'attendre quelques mois avant de mettre en route la prochaine génération.
Jason McLaggen avait demandé une enquête au sujet des trois Weasley et il avait découvert que Ginny était très loin d'être parfaite comme le pensait sa mère puisqu'il s'était avéré que la jeune rousse explorait sa sexualité – ce qui n'était pas un crime, certes – sans toutefois se soucier des conséquences. Elle était donc tombée enceinte et quand ses parents l'avaient appris, ils avaient imaginé ce plan machiavélique pour entrer dans le clan Potter-Black. Il n'avait pas été difficile pour le ministère d'identifier le véritable père, un criminel avec qui Ginny avait une relation tumultueuse depuis un an déjà.
Pour bien enfoncer le clou, Harry les avait expressément invités à la cérémonie magique avec leurs chaînes et leurs tenues de prisonniers pour qu'ils assistent à leur complète défaite. Muriel, outrée des extrémités auxquelles ils en étaient venus, les avait reniés puis avait décidé de laisser son titre à Percy, le plus à même à ramener le nom des Weasley sur le droit chemin. Il avait d'ailleurs accepté d'adopter l'enfant de Ginny, Gwendoline, qui reprendrait le nom de Prewett.
Même si ce n'était pas un mariage d'amour, Harry et Draco avaient très vite trouvé des terrains d'entente. Les affaires de leurs familles respectives étaient séparées, même s'ils avaient quand même créé des alliances pour ne pas se tirer dans les pattes, ils œuvraient ensemble pour retirer l'éducation de l'emprise opportuniste du ministère – le brun avait toutefois refusé qu'ils utilisent ses titres de lord Gryffondor et de lord Serpentard pour cela – et avaient créé un réseau pour permettre aux élèves les plus talentueux de développer leurs potentiels hors du pays. Le ministère s'en était bien entendu indigné mais le brun lui avait froidement rétorqué que s'il voulait garder les talents britanniques en Grande Bretagne, il serait temps de leur en donner la possibilité.
Comme Harry et Draco étaient loin d'être des moines, mis à part la nuit de noces qu'ils avaient dû consommer, ils avaient des maîtresses sans que l'autre ne s'en sente offusqué, le brun chassant dans le monde moldu et le blond optant pour les maisons closes sorcières haut de gamme et surtout, aucun d'eux ne s'en cachant. Cela ne les empêcha pas de devenir amis et de totalement l'assumer devant leurs connaissances respectives.
Finalement, Hermione était devenue la Mère de Lignée du couple Potter Malfoy. Elle savait qu'elle allait faire une croix sur au moins trois de ses futurs enfants et également sur une possible vie de couple mais elle ne s'était pas attendue à ce que les deux sorciers lui offrent quand même le véritable rôle d'une Mère de Lignée, donc à faire partie de leur famille. Ayant un caractère aussi fort que les deux autres, leurs disputes étaient épiques pour toute personne qui y assistaient et beaucoup avaient ricané en supputant qu'Harry et Draco courbaient l'échine bien facilement devant une « femme ». Le premier petit plaisantin l'avait très vite regretté car après une raclée donnée de main de maître par la « femme » et où Hermione s'était fait un plaisir de l'humilier, Harry et Draco étaient passés derrière elle pour le ruiner aussi bien financièrement que socialement pour lui rappeler qu'Hermione était également une Potter-Malfoy. Depuis, plus personne ne moufetait sur l'un des membres de la triade.
Leurs enfants furent leur fierté à tous les trois. Le premier, né deux ans après le mariage de Draco et d'Harry, s'appelait Jason Lucien Malfoy et par le miracle de la Magie, bien que Draco soit le père biologique, l'enfant était le portrait craché d'Harry avec les yeux gris mais sans les cheveux en bataille. La même chose s'était produite avec sa sœur Séverine Lilian Potter, née trois ans après Jason, magnifique blonde à la crinière ébouriffée avec les mêmes yeux verts que son père. Heureusement, Lorelei Natalia Black et Stanislas Hadrian Gaunt, les jumeaux « surprise » nés deux ans après leur sœur, étaient un savant mélange de leurs deux pères et de leur mère. Les quatre enfants faisaient le bonheur de leurs parents et de leur seule grand-mère en vie et en liberté, Narcissa Black Malfoy. L'impasse n'avait pas pu être faite sur l'éducation sang pur – ils étaient les héritiers de quatre clans majeurs, six si Harry se décidait à revendiquer ceux de Gryffondor et de Serpentard – mais leurs parents l'avaient adapté à leur époque et ils avaient tenu à ce qu'ils aient une solide éducation du monde moldu ainsi que les diplômes correspondants. Ça avait même fait naître une vocation puisque Lorelei avait décidé de faire carrière dans le stylisme.
Hermione, Harry et Draco avaient attendu que Lorelei et Stanislas aient six ans avant de s'engager plus sérieusement en politique. Hermione, avocate dans les deux mondes, aidait Harry et Draco, en tant que membres du Magenmagot, à étudier les lois qui avaient besoin d'être réformées ou au contraire, à rédiger celles qui devaient être passées pour que le monde sorcier britannique soit enfin cohérent vis-à-vis de la Magie. Draco se chargeait de convaincre les membres de l'assemblée tandis qu'Harry gagnait l'opinion publique.
Les quatre enfants avaient continué le travail de leurs parents sans le savoir en n'intégrant pas Poudlard à leurs onze ans. En effet, Hermione, Harry et Draco, en discutant avec le portrait d'Albus Dumbledore, avaient bien compris que tant que le ministère restreindrait autant l'éducation, alors les sorciers britanniques figureraient toujours parmi les moutons noirs du monde magique. La fratrie avait donc fait ses études à Salem pour essentiellement éviter qu'on les voie à travers le prisme de leurs parents. D'ailleurs, pour éviter qu'on leur pose des questions, ils avaient tous porté le nom d'Evans jusqu'à ce qu'ils quittent définitivement Salem.
Harry avait hurlé de rire quand il avait appris que Draco avait littéralement vendu son âme à Severus Prince pour son aide pour faire capoter légalement le plan des reniés Weasley. Si leur première fille avait été nommée à son honneur – c'était d'ailleurs une idée bien ancrée dans la tête d'Harry avant même qu'il ne songe à se marier – ce n'était pas suffisant pour le lord. La triade en avait donc discuté avec lui et outre une initiation en potions et en défense sous sa houlette des enfants dès leurs sept ans respectifs, Severus avait négocié pour être actionnaire chez Weasley et Weasley, farces et attrapes, rejoignant Harry avec les financements Potter et Black. Cet investissement avait eu pour conséquence que la triade et l'ancien professeur décident de créer Chez Eileen et Lily, une chaine de cinq boutiques d'apothicaire à travers le pays, redonnant enfin ses lettres de noblesse aux potions, bien malmenés à cause du programme imposé par le ministère. Ça avait eu un succès fou, encore plus quand Harry avait publiquement déclaré qu'il ne se fournissait que là-bas et que la fille de Neville et d'Hannah Abbot, Alicia, avait décidé d'y travailler pendant les vacances de sa sixième et sa septième année puis en parallèle à son cursus d'apprentissage de médicomage. Le fait que la chaîne soit entrée douze ans après sa création dans le top trois des entreprises privilégiées dans le cursus de maîtrise de potions dans le monde et qu'elle refusait catégoriquement de prendre des apprentis britanniques avait curieusement augmenté sa popularité.
Oui, Harry avait pris sa revanche sur son enfance malheureuse et les trahisons en tout genre.
